mercredi 25 novembre 2009

Le livre ancien par l'image : une reliure en maroquin rouge typique des années 1750-1770


Continuons notre voyage à travers les styles de décors des reliures anciennes. Nous resterons pour aujourd'hui, dans la même période que celle étudiée dans le billet d'hier (reliure en veau sur une édition de 1762).

Il s'agit aujourd'hui d'une série en quatre volumes, admirablement reliée en plein maroquin rouge, dos lisses, décors aux petits fers, filets, roulettes, pièces de titre et de tomaison de maroquin vert sombre, triple filet doré en encadrement des plats avec fleuret dorée dans les angles, tranches dorées, papier marbré peigne large, roulette dorée en encadrement intérieur des plats.


Cliquez sur les images pour les agrandir.


Maroquin rouge, dos lisses, riche décor aux dos, fleurettes, filets et roulettes dorés, le tout recouvrant l'intégralité du dos (décor très chargé mais à la fois très décoratif). Les pièces de titre et de tomaison de maroquin vert sombre, également décorées, viennent égayer le décor général.
Reliure exécutée sur une édition hollandaise de 1737-1742. La reliure peut être datée entre 1742 et 1760 peut-être 1770 ? je ne pense pas plus tard.



Nous avons à faire ici à une reliure d'un niveau supérieur par rapport à celle en veau vue hier. Le maroquin, très couteux, était réservé aux belles et riches bibliothèques. L'ouvrage recouvert est ici un roman du Chevalier de Mouhy, La mouche ou les aventures de M. Bigand, édition de Hollande entre 1737 et 1742, 8 parties reliées en 4 volumes. Cet ouvrage, déjà passablement rare, relié ici en maroquin de l'époque, devient une petite rareté.



Vue d'un des plats. Triple filet doré en encadrement et fleurette dorée dans les angles. Décor assez classique pour les reliures en maroquin de cette période.



Doublure de papier marbré, peigne large, roulette dorée en encadrement.


Bonne journée,
Bertrand

21 commentaires:

Bergamote a dit…

Même si j'admire le travail du relieur, je suis moins fan de cette reliure que de la précédente.

martin a dit…

Bertrand n'ose pas nous montrer les défauts, je suppose.

Bertrand a dit…

Martin fait partie de ces impitoyables...

Effectivement, les reliures présentent quelques petits défauts aux coiffes, coins et mors, et nécessitera un passage chez le restaurateur, néanmoins le décor des dos est préservé, et c'était là tout le propos de ce billet.

B.

Textor a dit…

Ces dos de maroquin rococo ont du chien (pour ne pas dire de la chèvre).
Savez-vous si le grain du maroquin permet de dater la fabrication ( long grain, glacé, etc...)?

J'ai l'impression, peut-être subjective qu'un maroquin du 17ème n'a pas la même consistance, peut-être étaient-ils teintés différemment, ils ont souvent un côté plus ... Grand Siècle !

T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le maroquin est exclusivement une peau de chèvre d'Afrique du sud à gros grains.
Deux autres peaux de chèvre sont utilisées en reliure : le chagrin, peau de chèvre d'Europe (ou d'Inde) à petits grains ; l'oasis, peau de chèvre du Niger à grains irréguliers.

Textor a dit…

Bonjour Bi Rhemus,

J'aurais appris quelquechose ce matin ! Je croyais que le maroquin qye j'appelle "à longs grains" qui donne un aspect parcheminé-granuleux, provenait d'une partie de la bête et non pas d'une espèce différente ou d'une région différente. J'ai des reliures de ce type recouvrant des ouvrages toute fin XVIIIème, mais pas avant.

Bonne journée

T

Bertrand a dit…

De ma propre expérience, à la vue et au toucher, j'ai pus constater les choses suivantes :

- le maroquin utilisé pour les reliures entre le XVIe et le début du XVIIIe siècle est presque toujours très lisse et fin, on ne voit pratiquement pas le grain.

- le maroquin dit à grain long n'apparait (en France) visiblement pas avant l'extrême fin du XVIIIe siècle. Je crois que ce motif de "grain allongé" dit "grain long" est obtenu par pressage du cuir entre des rouleaux ou des plaques qui impriment ce motif en surface du cuir. Si je me trompe ?

- le grain du maroquin utilisé à partir du milieu du XVIIIe siècle est plus visible qu'avant.

- le maroquin utilisé par les relieurs du XIXe siècle et notamment sous le second Empire et après (jusque vers 1890) est à gros grain mais le plus souvent très écrasé et très poli. Cf. les reliures de Trautz-Bauzonnet, Duru, Cuzin, etc.

- Au XXe siècle on retrouve souvent un maroquin à gros grain, souvent plus saillant (relief) qu'au XIXe siècle.

Tout ceci avec ses exceptions comme toujours, mais ça donne une vision globale, je pense, assez juste.

- le maroquin du XXIe siècle sera... du plastique ! beurk !!

B.

Textor a dit…

Voilà ce qui s'appelle une vaste fresque bibliomaniaque sur le grain de maroquin ! Merci Bertrand. J'avais fait des constatations assez semblables mais j'ai vu dans ma vie beaucoup moins de livres que vous.

T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Les chèvres des pays chauds sont plus grandes que celles des pays du Nord, leur peau est plus résistante et plus épaisse, la fleur l’est aussi, avec un grain marqué. Le maroquin à gros grain, dit maroquin du Levant, doit son appellation à cette caractéristique et, selon les textes, se serait implanté sur le marché parisien à partir de 1536 à la suite de traités signés entre la France et l’Empire ottoman. L’Italie l’utilisait depuis la fin du xve siècle où il arrivait par Naples et Venise importé d’Espagne et des pays musulmans.

Les chèvres des pays froids présentent une fleur moins épaisse, les poils sont plus fins, et le grain est moins marqué. Le cuir obtenu à partir de ces chèvres est de nos jours souvent dénommé « chagrin ».
(En ligne : Claire Chahine , Aedilis, Actes, 8)

Le Bibliophile Rhemus a dit…

La grosseur de ce qu'on appelle le grain du maroquin est due au plus ou moins d'épaisseur et de grossièreté des peaux. Plus donc la peau est épaisse et grossière, plus le maroquin qui en est fait a le grain gros et réciproquement. Le maroquin gros grain, dit du Levant, doit uniquement à cette cause, et non à un travail particulier ou à une préparation tenue secrète, l'aspect qui le caractérise. Comme tous les autres maroquins que l'on tire encore des pays orientaux, il n'a réellement d'autre mérite que de venir de loin. On peut même dire que la plupart des maroquins qualifiés du Levant sont tout simplement de beaux maroquins français qu'on a débaptisés pour satisfaire la fantaisie des consommateurs.
(Manuel Roret du relieur)

Bertrand a dit…

Merci pour ces précisions. Je ne doutais pas de cela.

Cependant le Bibliophile Rhemus sera-t-il d'accord avec moi pour dire que le maroquin à grain long, lui, est obtenu par passage entre des cylindres marquant la fleur du cuir de ce décor en forme de grain allongé si caractéristique ??

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Exact grand chef gaulois !
Mais c'est un artifice.

Bertrand a dit…

Mais la vie, mon cher docteur, n'est-elle pas un énorme artifice, une énorme bouffonnerie ?

Je ris encore de l'ex libris que je viens de commettre en cinq minutes. Pierre en rira sans doute aussi car je viens de lui envoyer... ne pouvant le publier sur le Bibliomane moderne sans tomber sous le coup de la loi...

B.

Textor a dit…

Je comprends mieux le prix des reliures en plein maroquin, à long grains, venues du levant à dos de chameaux, puis embarquées sur des bateaux génois ou vénitiens, débarquées à Marseille, réapparaissant je ne sais comment dans les foires de Champagne, troquées à un relieur parisien, avant de finir sur le De viris illustribus urbis Romae... quel aventure !

Bertrand a dit…

Entre parenthèses, un certain nombre de libraires et d'apprentis libraires qui veulent se donner des airs de grands feraient bien de lire le Manuel Roret de la reliure... car bon nombre d'entre eux confond allègrement chagrin avec maroquin... c'est arrangeant pour les affaires, j'en conviens, mais très déplaisant pour l'acheteur. Tout comme ceux d'ailleurs qui confondent vélin et parchemin. Mais ils seront sauvés puisque Errare humanum est est-il écrit.

B.

Textor a dit…

Velin et parchemin, c'est un peu pareil non ? velin c'est le veau et parchemin c'est ... heu ? .. il va falloir que je me procure le Rollet !

Bertrand a dit…

Alors là Textor, je suis sur le flanc !

Évidemment non ce n'est pas la même chose. Outre que le vélin est de la peau de veau mort né (sans poil donc sans grain), que le parchemin est de la peau de porc traitée à la chaux dont les poils et la surface a été apprêtée pour recevoir l'écriture ou servir à la reliure, l'aspect visuel est vraiment différent et flagrant dans 9 cas sur 10. Le vélin est lisse, uniforme, bien blanc, le parchemin est souvent plus irrégulier sur la surface, on y voit si on regarde bien l'implantation des soies de la truie (puisque le cochon lui est parti à la chasse... il fallait bien faire un choix...).

Textor, au piquet !

B.

xavier a dit…

Le Roret "en ligne", pour les devoirs de week-end...

http://www.moulinduverger.com/reliure-manuelle/roret.php

Xavier

martin a dit…

Petite lecture de week-end pour Bertrand: L'Essai sur l'histoire du parchemin et du vélin, par Gabriel Peignot, L'art du parcheminier, par La Lande, dans Descriptions des artes et métiers, tome troisième, et le Nouveau manuel du chamoiseur, ... et parcheminier, par un certain Julia de Fontenelle, pour commencer.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Parchemin veut dire "peau préparée à Pergame" :les rois de Pergame (aujourd'hui Bergamo en Turquie) ayant des difficultés d'approvisionnement en papyrus (monopole de l'Egypte), encouragèrent, dès le IIIe siècle avant JC, la fabrication du parchemin, à partir de peaux de mouton, de veau ou de chèvre,et non de porc, traitées effectivement à l'eau de chaux puis polies à la pierre ponce après séchage. Le parchemin peut recevoir l'écriture sur ses deux faces et être gratté pour être réutilisé (palimpseste qui signifie "gratté de nouveau").

Textor a dit…

Textor au piquet... mais non, le Textor n'a pas fait d'études et ne demande qu'à apprendre des experts du Bibliomane, c'est cela qui l'amuse ! et pour apprendre il faut poser des questions bêtes !!
D'ailleurs, on m'a vendu tantôt sous le nom de vélin, tantôt sous celui de parchemin des livres qui méritent maintenant un déclassement si j'en crois vos définitions.
Donc tous mes vélins sur lesquels il reste des traces de chaux n’en sont pas …

Merci Bertrand et Bi Rhemus.

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