samedi 7 novembre 2009

Une belle page d'ex libris !


Voici une belle page d'ex libris ! Trois ex libris ont été successivement collés dans cet exemplaire d'un classique de la littérature gaillarde italienne du XIVe siècle (réédition Liseux de 1879 - Tirage de tête à 25 ex. sur papier de Chine).


Si le premier ex libris, celui de la librairie Auguste Blaizot, Paris, indique que l'exemplaire est passé par leurs murs, si le troisième ex libris or poussé sur cuir bleu (bibliothèque Georges Wendling), indique un séjour plus ou moins prolongé dans cette prestigieuse bibliothèque de bibliophile habitué aux plus belles éditions et aux plus belles reliures, que dire de l'ex libris au centre des plats qui arbore la devise "cum libris semper et ubique jucunda societas" et un chiffre aux trois lettres A, C et C entrelacées ? Sur les six volumes que compte la série, seule cet ex libris est collé dans tous les volumes, ce qui semblerait indiquer (et par son emplacement aussi, au centre du contreplat), qu'il s'agit ici du premier propriétaire de l'ouvrage, peut-être celui-là même qui a commandité la belle reliure signée en maroquin de David (réalisée vers 1880).

Le diable me prendrait si je voulais à mon tour coller mon ex libris au premier volume, à côté de ces célébrités bibliophiles ! Il n'y a plus assez de place ! Damned !! je vais devoir m'en séparer rapidement faute de pouvoir imprimer ma marque !

Si un bibliophile exlibrisophile bien documenté peu nous en dire plus sur cet ex libris (fin XIXe s.) à la devise latine, grand merci à lui !

Peut-on envisager de retracer le parcours de ces petits volumes sur un peu plus d'un siècle ? C'est ce que je vais m'attacher à faire... Quelques kilogrammes de catalogues Blaizot à labourer, retrouver les catalogues de la vente Georges Wendling, retrouver ce mystérieux "cum libris semper et ubique jucunda societas"

Bon samedi,
Bertrand

vendredi 6 novembre 2009

Encore des histoires de bibliothèques tournantes !


C'est l'ami Yves, fidèle lecteur du Bibliomane moderne, qui ce soir vous offre un billet au contenu tout en images, et quelles images ! Merci pour la qualité de ces reproductions fidèles qui nous permettent de comprendre à quel point, vers 1880, les bibliophiles avaient déjà de sérieux problèmes de rangement pour leurs livres... Voici une série de jolis modèles de bibliothèques tournantes de la marque Terquem déjà citée.


Cliquez sur les images pour les agrandir.












Bonne soirée,
Bertrand

jeudi 5 novembre 2009

Petite recherche entre amis. Ex libris E. Dollfus ?


Qui saura me dire à qui appartenait cet ex libris ?

A celui ou celle qui me répondra E. Dollfus je dirai merci tout de même... mais ce que je cherche à savoir, c'est qui pouvait bien être cet E. Dollfus dont l'ex libris (87 x 68 mm) est imprimé en héliogravure en sépia, dans le genre des illustrations des Artaud. Ce qui me laisse penser que cet ex libris est très probablement des années 1930-1940 ?


Au plaisir de vous lire,
Bertrand

Joseph Gamba, petit histoire par l’image d’un marchand libraire italien dans les premières années du XIXe siècle.




Voici comment, simplement à partir d’une petite étiquette imprimée et collée au contreplat d’un vieux livre du XVIIe siècle, on peut en savoir un peu plus sur un marchand libraire italien de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle.

Il s’appelle Joseph Gamba. Autant dire tout de suite que je ne sais rien de lui ou presque, de son lieu et de sa date de naissance, de sa mort. On peut simplement dire qu’il exerça un commerce de librairie, semble-t-il florissant entre la France et l’Italie, depuis Livourne pendant un temps, et également depuis Turin, sans savoir quelle ville il occupa en premier. Il fut associé à de nombreuses éditions dans les années 1800 à 1830 environ. Il n’était pas imprimeur, seulement marchand libraire.

Joseph Gamba édite ou diffuse pour d'autres les ouvrages suivants (entre autres) :

- Recueil de 163 des principaux plans des ports et rades de la Méditerranée dans lequel on a ajouté 40 planches de Jean Joseph Allezard sur des ports de la partie orientale de la Méditerranée. Frontispice gravé par Aliprandi, en couleur représentant des pavillons maritimes, 163 pp. de plans gravés (dont une carte dépliante d'Odessa à la fin) et 2 pp. d'index. Livorno, Joseph Gamba, 1817, in-4. J’en trouve une autre édition avec la même adresse mais à la date de 1833.

- Des rapports physiques et du moral de l’homme par Cabanis, seconde édition, An XIII (1805), de l’imprimerie de Crapelet à Paris et chez Crapart, et se trouve à Livourne chez Joseph Gamba.

- A collection of several stories moral tales, and reflections taken from the best English authors for the use of those who learn the English tongue. Leghorn, printed for Joseph Gamba, bookseller 1816.

- Traité théorique et pratique sur la culture des grains suivi de l’art de faire le pain etc., par Parmentier, Paris Delalain, de l’imprimerie de Marchant, et se trouve à Livourne chez Joseph Gamba. An X – 1802.

J’ai trouvé trace d’un « second catalogue » de plusieurs livres qui se trouvent chez le libraire Joseph Gamba [Torino : dalla Stamperia di Giacomo Fea, 1791] 128, 56 p. ; 8o (19 cm) - édition bilingue italien-français (un exemplaire est conservé à la Bibliothèque nationale du Portugal sous la cote B. 2336 P. Fundo Geral Monografias). Ce second catalogue publié en 1791 peut le faire naître vers 1771 (si l'on suppose que l'âge de 20 ans est raisonnable pour être libraire et publier son deuxième catalogue...) ou vers 1751 (si l'on suppose qu'il publie son deuxième catalogue vers l'âge de 40 ans... autre supposition raisonnable...). Il est peu probable qu'il soit né avant 1750 (ou alors peu d'années avant).

Voici un libraire implanté à Livourne au moins depuis 1790-1791 date à laquelle il publie un second catalogue de son fond. Il est toujours actif en 1833 (il aurait alors entre 60 et 80 ans environ).

D’où venait-il ? Quand est-il né ? Quand et où est-il mort ? Autant de mystères que je n’ai pas réussi à résoudre.

D’après la petite étiquette que j’ai trouvé dans un exemplaire du premier volume des Lettres du cardinal d’Ossat, édition in-4 de Paris, Jean Boudot, 1698 (2 vol.), il apparait qu’il était alors à Turin et vendait tout aussi bien du livre d’occasion ou qu’il pouvait être associé à quelque éditeur français, italien ou autre, dans le débit d’éditions modernes (voir le texte de l'étiquette reproduit ci-dessous).


On aimerait en savoir plus sur ce libraire d’envergure internationale mais pour ce faire il faudrait avoir accès aux archives, notamment à ceux de la ville de Livourne et à celle de Turin, en Italie.

Si vous savez des choses que j’ignore … n’hésitez pas à les partager avec nous.

Bonne journée,
Bertrand

mercredi 4 novembre 2009

Emile Terquem, fabriquant de bibliothèques tournantes pour bibliophiles (fin XIXe s.)


Chose promise...

Voici en quelques clichés un peu improvisés et d'un amateurisme tout à fait ordinaire, la petite bibliothèque tournante que je possède. Elle mesure environ 27 x 27 cm et est montée sur un pied central trilobé, le tout en bois exotique d'acajou de teinte brun-rouge. Ce modèle, vraisemblablement des modèles dits de luxe d'après ce que j'ai pu trouver, présente des filets de laiton incrustés dans le bois, aussi bien sur les montants verticaux que sur le dessus du plateau. De même les bordures des deux plateaux sont entourées de baguettes de laiton demi-cylindriques. Le tout est en parfait état. Ah, j'oubliais, la marque de la maison Emile Terquem se trouve sous le pied tournant, sous la forme d'une petite plaque de métal blanc rivetée sur le bois (voir photo ci-dessous).








Ce petit modèle est idéal pour présenter ou avoir sous la main de petits volumes allant du in-12 au in-8. Chaque logement, il y en a quatre identiques (un pour chaque face), peut loger environ 4 à 5 volumes d'épaisseur moyenne, soit un total de 15 à 20 volumes au total. C'est peu, mais sur un coin de bureau, c'est du meilleur effet (évidemment, si vous avez un château fort autour de vous, évitez ce petit gadget ridicule et penchez plutôt pour une version plus imposante à étages multiples et haute de plus d'un mètre).

PS : si vous en possédez un autre modèle, n'hésitez surtout pas à m'envoyer des photographies que je publierai avec plaisir. La bibliophilie c'est aussi ça !

PS2 : un seul défaut visible à l'usage. Il faut veiller à ce que les quatre faces de la bibliothèque soient chargées équitablement en nombre de volumes et en poids, sinon la bibliothèque penche... (un peu... mais c'est risqué tout de même).

Bonne soirée,
Bertrand

Vient de tomber sur nos téléscripteurs : « La collection du livre (XVe-XIXe siècles) »


Nouvelle rubrique : "vient de tomber sur nos téléscripteurs".


Chaque fois qu'un article ou une information, en rapport avec la bibliophilie ou l'histoire du livre, me tombera entre les yeux j'essaierai de la partager avec vous, c'est le cas ce matin avec cette Google News :

Yann Sordet, « La collection du livre (xve-xixe siècles) », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, 140 | 2009, [En ligne], mis en ligne le 02 novembre 2009. URL : http://ashp.revues.org/index747.html Consulté le 04 novembre 2009.

Auteur : M. Yann Sordet. Chargé de conférences, École pratique des hautes études — Section des sciences historiques et philologiques. Tous droits réservés : EPHE

Bonne lecture,
Bertrand

mardi 3 novembre 2009

Les ustensiles esthétiques du bibliophile : la bibliothèque tournante Terquem (fin XIXe).


Chers amis,

voici un de ces ustensiles qui font que le bibliophile est accompli ! (ou ne l'est pas).

Étalé de tout son long dans un canapé en cuir de vachette un peu rappé, le bibliophile-bibliomane jette un regard vers sa bibliothèque tournante en bois précieux. Bel objet ! Pratique ! Esthétique !

Cette bibliothèque remplie de petits volumes dorés sur tranche et recouverts des plus beaux maroquins brillants, en tournant sur elle-même, provoque comme un vertige de bonheur au bibliomane qui la possède. Mais le bibliophile y a droit aussi ! Et le bibliotaphe peut y enfouir les petits volumes les plus secrètement indévoilés aux yeux des visiteurs par trop curieux.

Restons-en là et lisons plutôt la belle notice promotionnelle concernant ces merveilleuses bibliothèques tournantes de la marque Terquem. Cette notice ce trouve dans le volume édité à l'occasion de l'Exposition du Cercle de la Librairie en 1881. Lisez plutôt.


Cliquez sur la photographie pour lire la notice.


PS : ces bibliothèques, de toutes tailles, sont aujourd'hui assez difficile à dénicher. J'en possède une de toute petite taille en acajou, avec l'étiquette de la firme Terquem apposée en dessous sur place d'acier. J'en possède un modèle plus grand, à deux niveaux, en bois moins noble (peut-être du chêne ou du hêtre ??), de facture plus grossière, qui n'est pas une production de la firme Terquem, mais qui fait tout de même mon bonheur. Je suis toujours à l'affût pour trouver ce genre de bibliothèque... mais je n'en vois guère sur le marché. Et vous ? En possédez-vous ? Terquem ?

Bonne nuit,
Bertrand

Pascal M., lecteur du Bibliomane moderne nous envoie cette autre publicité pour d'autres modèles de bibliothèques tournantes. Par ailleurs il se demande s'il existe encore des fabricants de ce genre de bibliothèques ? Si vous en connaissez...

Catalogue Manufrance 1914

Quelques chiffres sur la fréquentation du Bibliomane moderne en octobre 2009.


Voici les chiffres de la fréquentation du Bibliomane moderne pour le mois d'octobre 2009 et son évolution sur les derniers mois.

Le mois de septembre 2009 avait été le meilleur mois en terme de fréquentation depuis la création du Bibliomane moderne en septembre 2009, avec 4.565 visites enregistrées pour 8.764 pages vues.

Le mois d'octobre pulvérise ce dernier record avec 5.957 visites (+ 31% par rapport à septembre) pour 11.219 pages vues (+ 28% par rapport à septembre).

Encore une fois merci à toutes et à tous, le Bibliomane moderne vous doit son succès. Il le doit également aux intervenants de qualité tels que Textor, Raphaël, Denis, Xavier, le Vicomte Kouyakov, Pierre, Vincent P., Jean-Marc, qui nous proposent des billets toujours renouvelés et d'un intérêt que visiblement les lecteurs fidèles jugent bien.


Merci à toutes et à tous,
à bientôt pour de nouvelles aventures.

Bonne journée,
Bertrand

jeudi 29 octobre 2009

Curiosa et curiosités d'Asie...




Ce soir, j'avais plusieurs options possibles. La première, ne rien publier, option la plus sage à vrai dire puisque je dois m'absenter jusqu'à lundi. La deuxième option possible aurait été de vous livrer un bon vieux copier-coller d'un vieil article du Bibliomane moderne (sans vous le dire... c'est plus drôle...), mais l'actualité en matière de copier-coller a été suffisamment chargée pour aujourd'hui. Enfin, vous livrer un de ces billets ahurissants dont le Bibliomane moderne a désormais le secret. Jouer la carte du scandale, esbroufer à tout va, vous en donner pour votre argent. J'ai choisis cette troisième et dernière option.


Si vous avez l'âge légal, cliquez sur les images pour profiter pleinement du spectacle,
sinon, allez vous coucher !



J'ai acheté il y a quelque temps déjà de petits livres qui n'en sont pas. Il s'agit d'une grande feuille repliée en accordéon qui mesure dépliée entre 30 et 50 centimètres, le tout replié recouvert de plats cartonnés et toilés. J'en ai acheté un par curiosité, puis deux, puis trois, puis quatre...


Je dois bien avouer que je n'y connais rien du tout à l'art pictural asiatique et que ces petits "livrets" érotiques me sont totalement étrangers. Loin de la culture du livre érotique occidental traditionnel, je suis bien incapable de vous dire si ces petits livrets (ils mesurent entre 10 et 12 cm de hauteur) sont anciens ou tout à fait moderne. Pour être plus précis quant à la fabrication, sur les quatre exemplaires que je possède, aucun n'est vraiment identique aux autres, pourtant les scènes représentées sont parfois très proches et seul un détail diffère. Dans un premier temps, je dirais que ce sont des dessins à la plume ou au pinceau fin, mis en couleurs à la main. Mais y-a-t-il de l'imprimé là-dessous ? Aucune idée. Même en y regardant de près je n'ai aucune certitude. Le papier est différent à chaque fois et ne ressemble pas à nos papiers ni à du papier du Japon que l'on peut rencontrer en bibliophilie occidentale. Le papier est tramé (comme pour nos papiers vergés) mais ne ressemble pas à nos papiers de Hollande. Enfin, deux seulement sur les quatre présentent des signes d'écriture asiatique. Mais de quel pays ? Chine ? Japon ? Je l'ignore complètement. Bibliophilie ou pas ?


Voilà, sans doute ces petits livrets bien explicites (désolé pour les octogénaires sous pacemaker...), ne sont-ils rien de bien important ? Mais je m'interroge sur l'époque à laquelle ils ont pu être faits. De quelle origine sont-ils ? Ont-ils une histoire ? Une tradition ? Ils sont en tous les cas des petits ustensiles fort précieux pour les personnes atteintes de trou de mémoire compulsif en ce qui concerne les techniques de l'amour ... Ces petits livrets ont le grand chic de tenir très peu de place dans la table de nuit à côté de la bouteille de sirop contre la toux.


Je m'adresse tout particulièrement aux amis d'Asie qui nous suivent et qui pourront sans aucun doute nous en dire plus.

Bonne fin de semaine et à lundi,
Bertrand

PS : Avouez que rester là-dessus pendant quatre jours il y a pire comme supplice bibliophilique non ?

mercredi 28 octobre 2009

Des histoires à vous démonter un bibliophile ! Louise Labé, Molière, Corneille et les autres...




On connaissait les rumeurs sur l'affaire Corneille-Molière... Molière n'aurait été qu'un acteur, un excellent acteur certes, mais de toute évidence pour les uns incapable d'avoir écrit de tels chefs d'œuvre pour le théâtre comique français ! Corneille aurait écrit presque toute l'œuvre de Molière ! Pour les autres, tout ceci n'est qu'une farce, une facétie d'universitaires en mal notoriété. Molière est un génie ! Pour plus de détails sur cette passionnante chasse aux auteurs, visitez l'excellent site qui abrite le coeur de la polémique : Affaire Corneille-Molière.

Mais voilà que ce soir, à l'aube d'une nouvelle fiche descriptive pour mon catalogue, je me suis intéressé à la belle cordière, c'est à dire à la dame Louise ou Louis Labé. Femme de lettres lyonnaise de la première moitié du XVIe siècle, bien connue grâce aux manuels scolaires pour littérateurs en herbe mais finalement assez peu connues des bibliophiles lambda.

Je me sers d'une partie de l'article Wikipedia pour la suite :

Imposture poétique ou non?

"On ne connaît que très peu d'éléments de sa vie. Ceux que l'on peut lire sont parfois le fruit de l'imagination des critiques à partir de ses écrits : Louise Labé chevalier, Louise Labé lesbienne, Louise Labé prostituée, etc. Certains spécialistes du XVIe siècle avancent une thèse audacieuse : Louise Labé ne serait qu'une fiction élaborée par un groupe de poètes autour de Maurice Scève. (le nom de Louise Labé viendrait du surnom d'une prostituée lyonnaise "La Belle Louise") L'ouvrage de l'universitaire Mireille Huchon cité dans la bibliographie développe cette hypothèse. Daniel Martin a cherché à refuter cette hypothèse dans son article « Louise Labé est-elle une créature de papier ? ». Alors que M. Huchon affirme que, dans le portrait de Pierre Woeiriot, la présence d'une petite Méduse assimile Louise Labé à la créature mythologique (ce qui ne va pas de soi), on ne saurait en déduire que la décrire ainsi est « dévalorisant, à coup sûr ». « Le mythe de Méduse, prototype de la cruauté féminine, est souvent utilisé par les poètes pétrarquistes [...] depuis Pétrarque. Ronsard cherche-t-il à dévaloriser Cassandre dans les sonnets 8 et 31 des Amours ? » (p. 10) Daniel Martin conteste que le retrait de Jacques Peletier des Escriz dénonce une supercherie. Il fait remarquer (p. 27) qu'il « collaborait avec Jean de Tournes : il était aux premières loges pour avoir connaissance d'un projet aussi hardi de mystification ! Comment aurait-il pu ignorer une supercherie dont on nous dit par ailleurs que tout le monde en était informé ? » Il fait en outre remarquer que, dans ses Opuscules, il publie un texte à la louange de Louise Labé. On trouvera dans cet article d'autres arguments (Les témoignages de Rubys et de Paradin ; le rôle de Maurice Scève). Mais il faut reconnaître qu'aucun des arguments avancés n'emporte une conviction absolue. La thèse de Mireille Huchon en faveur de l'inexistence de Louise Labé a reçu l'approbation de Marc Fumaroli. Que la question de l'existence du poète soit seulement posée est un signe non douteux de la fascination qu'exerce encore aujourd'hui la figure abstraite et féminine (mais comment savoir ?) de Louise Labé. Les uns croient tenir le fil de sa biographie, les autres la veulent toute idéale."

J'aime bien savoir où en sont les recherches concernant ces petits "problèmes" de l'histoire littéraire. Imaginez une Louise Labé fictive ! Tous les collectionneurs d'éditions de poésies du XVIe siècle s'en arracheraient la perruque ! Enfin, pour tout vous dire, je n'ai pas encore tout lu sur cette histoire, mais je m'y mets de suite...

Et vous qu'en savez-vous ? Y-a-t-il une actualité universitaire brûlante sur le sujet ?

Connaissez-vous d'autres auteurs dont les mérites ont été mis en doute, voire leur existence même ?

Je pense que ce que vous savez sur ce sujet intéressera tout le monde ici. Osez vous exprimez !

Bonne nuit,
Bertrand ... qui part rêver au vrai visage que pouvait avoir la belle cordière ...

lundi 26 octobre 2009

Votre plus belle chasse bibliophilique ?



Lithographie originale coloriée et gommée. 1843
Honoré Daumier.
Tirage sur blanc. Collection privée.



Inspiré par le superbe article de notre ami bibliophile dauphinois Jean-Marc qui nous donne à lire aujourd'hui un très beau billet à propos de ces dernières acquisitions, ainsi que par la belle acquisition récente du Textor dont les mystères de la quête sont sans aucun doute non moins merveilleux que l'objet de la quête lui-même, me vient l'idée de vous poser la question (car je me suis posé la question moi-même en lisant ces billets) :

Quelle a été votre plus belle chasse ?

Bibliophiles, libraires, Bibliophiles-libraires ou Libraires-Bibliophiles, amoureux des beaux livres de tous poils, novices ou bien experts, amateurs de livres grandioses ou de simples petites bluettes, racontez au Bibliomane moderne votre plus beau gibier et vos techniques de chasse (affût, bois, plaine, aux chiens courants, chasse à courre, gibier d'eau, etc.)

Tribune libre ouverte !


Lithographie originale en noir. Vers 1840.
Charles Vernier.
Épreuve d'essai avant la lettre, légendée à la plume : "Première leçon de chasse."
Tirage sur blanc. Collection privée.



Bonne semaine,
Bertrand

dimanche 25 octobre 2009

Ulrich Zell et les débuts de l’imprimerie à Cologne.


Si vous m’autorisez une blague facile, je dirais que l’histoire des débuts de l’imprimerie a déjà fait couler beaucoup d’encre et il est naturel que le Bibliomane Moderne y contribue !

Faute d’avoir sur mes rayons un Gutenberg sur vélin, je vous présente aujourd’hui la production de l’un de ses disciples directs : Ulrich Zell, proto-imprimeur de Cologne, à propos d’un petit in quarto, le Summa confessionum d’Antoninus Florentinus.(1)

Saint Antonin de Florence (Antonino Pierozzi de Forciglioni) était un dominicain, archevêque de Florence qui écrivit plusieurs ouvrages à caractère religieux qui furent des best-sellers au XVème siècle. Il est mort en 1459, soit 10 ans avant la date probable de cet exemplaire. Il s’agit d’un confessionnal, c'est-à-dire d’un livre qui s’adressait tant aux confesseurs qu'aux pénitents et qui énumérait les cas d'excommunication, les péchés, les vertus, etc…L'auteur y traite notamment des questions spécifiques à poser aux différents membres de la société de l'époque: chevaliers, juges, avocats, écoliers, médecins, pharmaciens, bouchers, etc.. La dernière partie indique comment déterminer la pénitence, les formules d'absolution.

Fig 1 Le folio 1 débute, sans titre, par une table de rubriques


Fig 2 le prologue de l’ouvrage


Fig 3 La table


L’invention de l’imprimerie est revendiquée par les Hollandais sur la base de preuves assez convaincantes qui permettent de conclure que des livres imprimés sur vélin et sur papier étaient vendus dans les Flandres en 1445-46, c'est-à-dire à une date où les ateliers de Mayence n'avaient encore rien produit. Cette thèse est étayée par Ulrich Zell lui-même dans la Chronique de Cologne qu’il publia en 1499.

L'auteur anonyme de cette chronique dit expressément, en se réclamant de l'autorité d'Ulric Zell, que Gutenberg fut précédé par des premiers essais d'imprimerie tentés en Hollande :

« Quoique l'art, tel qu'on le pratique actuellement, ait été trouvé à Mayence, cependant la première idée vient de la Hollande et des Donats qu'on imprimait dans ce pays auparavant. De ces Donats date donc le commencement de cet art. »

Ulrich est considéré comme un témoin fiable des premiers pas de l’imprimerie, car il est très probable qu’il dut travailler avec Fust et Schoeffer.

On sait que Gutenberg, génial touche à tout acariâtre, a perfectionné la technique de l’impression avec des caractères mobiles, en association avec le financier Fust. Le monde n’était pas prêt à recevoir la nouveauté, la Bible à 42 lignes se vendit mal et les associés se firent de longs procès. Sur quoi, Fust, devenu possesseur du matériel de Gutenberg, l'avait fait porter dans sa maison de la rue des Cordonniers. Il s'adjoignit bientôt Pierre Schoeffer pour diriger les travaux. Schoeffer continua de perfectionner le nouvel art et de développer des astuces telles que l'interligne, l’impression en couleur des rubriques et des capitales, l’emploi des notes marginales, etc. Quelques apprentis furent mis dans la confidence – le procédé était encore secret - dont très probablement le jeune Ulrich Zell de Hanau.

1459. impression du Rationale divinorum officiorum de G. Durand

1460. impression des Constitutiones de Clément V

Je cite ces 2 impressions car elles donnèrent leur nom à des types caractéristiques de Schoeffer, les durandus et les cléments que l’on retrouve copiés par Ulrich Zell dans ses propres éditions. C’est cette similitude entre le style des caractères de Schoeffer et de Zell qui fait dire que le second travailla dans l’atelier de Fust et Schoeffer et en adopta les astuces typographiques.

Jusqu’alors confiné à Mayence, un évènement allait précipiter la diffusion du procédé : le sac de la ville, dans la nuit du 28 octobre 1462, par les troupes de l’archevêque Adolphe de Nassau, ce qui obligea les imprimeurs à quitter la ville et à essaimer dans les centres intellectuels médiévaux qui avaient un grand besoin de livres.

C’est donc en 1463 que Ulrich Zell parvient à Cologne (Köln, Colonia Agrippina, patrie d’Agrippine) petite bourgade paisible et prospère sur les bords du Rhin, où il installa sa première presse. Cologne est la cinquième ville à connaître l’imprimerie après Mayence, Bamberg, Subiaco et Strasbourg. (2)

Il eut l'avantage de travailler pour le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui le chargea d'imprimer le Recueil des histoires de Troye, composé par son chapelain Raoul Lefebvre. Ce recueil, paru en 1466 ou au commencement de 1467, est le premier livre imprimé en français. A partir de 1470, Ulrich Zell a déjà des concurrents à Cologne, tel Arnold Ther Hoernen.

Fig 4


Fig 5


Ce qui est bien avec Ulrich Zell, c’est qu’il occupe encore les bibliophiles de tous poils 500 ans plus tard car il avait l’habitude de ne pas dater ses éditions et la détermination de la chronologie des parutions est un vrai casse-tête ! Ses plus anciennes impressions paraissent remonter à 1463 ou 1464. Son premier livre daté parut en 1466, c’est le Super psalmo quinquagesimo liber primus de Jean Chrysostome

Voyez plutôt : Il y a au moins 3 ou 4 éditions du Summa Confessional qui selon les bibliographes sont datables des années 1469-1470.

Je vous laisse chercher les différences en prenant 3 exemples d’une même page introduisant le sermon de Jean Chrysostome De Penitencia qui suit le Confessionnal. Remarquez les « d » tantôt gothiques tantôt déjà romains.


Fig 6 Exemplaire Goff 786 - Not after 29 aug 1468


Fig 7 Exemplaire Textor ; Goff 787– About 1470 selon Goff mais Not after 1469 selon BM.


Fig 8 Exemplaire Goff 788 – About 1470


Selon certaines sources (British Museum ?), notre exemplaire serait l’édition princeps de ce texte, (Comme dirait Bertrand, il n’y a pas de mal à trouver des éditions princeps dans les années 1460 !!...) mais cela semble démenti par Goff qui la date de 1470… Que disent les experts du Bibliomane moderne ?

Quoiqu’il en soit, il est certain que les premiers imprimeurs ont atteint un degré de perfection étonnant dès leurs premières productions. Admirez la netteté des types (sans parler de la beauté du papier…) On ne s’en lasse pas ! Le seul inconvénient est le nombre des contractions qui rend le latin difficile à lire. (Pour moi en tous cas).

Fig 9


Fig 10


Fig 11


Pour les amateurs de filigranes, je vous livre celui-ci, plusieurs fois répétés sur les différents cahiers. A vos Briquet !!

Fig 12 Filigrane


Bonne journée !
Textor


1) Coll [133] f.sur 143 – ouvrage non folioté et sans signature, 27 lignes par page. BMC, I, 182 (IA.2766) – Polain, 238 – Pellechet, I, 819 – Goff, A-787 – B.M., I, 183 – G.W., 2082

(2) Histoire chronologique de l’imprimerie
http://www.letterpress.ch/SPIP/article.php3?id_article=26

samedi 24 octobre 2009

Iconomanie bibliomaniaque ou représentation lithographique du colporteur-livreur de livres dans la première moitié du XIXe siècle.


Plaisir des yeux. Billet dédié aux six visiteurs téméraires, visiteurs réguliers du blog (puisqu'ils ont voté en tant que tel) qui ne sont ni bibliophiles, ni libraires ! Beau sport en effet que celui de nous suivre dans nos pérégrinations bibliomaniaques sans être quelque si peu que ce soit atteint du frisson bibliolâtre. Mais ils existent donc ! Et pour eux la République des Icono-Bibliognostes ouvre grandes les portes.

Découverte hasardeuse, cette jolie lithographie signée PRUCHE (Clément Pruche), montrant un colporteur de livres et deux autres personnages. La scène doit se passer dans les années 1830-1840.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Caricature des années 1840, probablement parue dans le journal La Caricature ou le Charivari.
Lithographie signée dans la planche Pruche pour Clément Pruche.


On estime alors toutes les joies et les pénibilités du métier de colporteur...
Mais à vrai dire... est-ce bien un colporteur ou un simple livreur de volumes ??
Je m'intérroge, je dubite(*), je m'estonne...

Si par ailleurs quelqu'un dans l'assistance esbaudie peut nous expliquer toute la finesse de cette scène caricaturée, je suis preneur.

Bonne soirée,
Bertrand

(*) conjugaison au présent de l'indicatif du verbe dubiter. Peu usité. Déclinaison aimable et purement amateur et tout à fait personnelle de dubitatif, émettre des doutes, ... et pour ceux qui croiraient que j'invente... Cf. [GD : dubiter ; *FEW III, 170a : dubitare] "Douter" : Vous dittes vray mais je dubite Pour ce que je l'ay tant gardé (...) Car il y a XXX ans sans mentir Qu'il n'a oncques fait ung seul bien (OUDIN, St Genis M.S., c.1490, 75). Etonish nein comme dirait Cyclopède ? (allez ! moi sur ce, je file écouter et admirer Zaza la gouailleuse...)

vendredi 23 octobre 2009

Belle page ! Harmonies de la page de titre au XVIe siècle.


Pour répondre à la question de Martin en images, voici la page de titre de l'ouvrage évoqué récemment par l'article Saurez-vous retrouver à qui appartient cette marque de libraire ?


Vous ne trouvez pas que ces belles pages de titre du XVIe siècle ont quelque chose de divin ?! Cette admiration béate confine à la bibliofolie, j'en conviens, mais qu'importe puisque le malade est consentant...

Bonne journée,
Bertrand

On est si bien en compagnie de l'Octave ! Octave Uzanne chez lui.



Octave Uzanne à son bureau. Vue d'ensemble, vers 1890-1900.
Vizzavona François Antoine (1876-1961)
Droits RMN - (C) RMN / Daniel Arnaudet


C'est notre ami le Bibliophile Rhemus Peremptorius qui nous envoie ces photographies des intérieurs parisiens du maître Octave Uzanne. Ces photographies sont issues de la base Réunion des Musées Nationaux (Agence Photographique). Les photographies sont ici accessibles en petit format, ce site propose des tirages payants de bien meilleure qualité. La base documentaire est immense !

Octave Uzanne
semble âgé sur ces photos d'une quarantaine ou une petite cinquantaine d'années, ce qui daterait ces photographies des années 1890-1900. Est-ce le même appartement que je vous ai montré dans le billet d'avant hier ? La décoration est en tous les cas du même style. Japonisme à tous les étages ! Murs chargés de gravures et bibelots un peu partout. Beau parquet à chevrons qu'on imagine en plein chêne. Tapis et tentures.

Je vous laisse visiter les lieux.

Octave Uzanne à son bureau. Vue de détail, vers 1890-1900.
Vizzavona François Antoine (1876-1961)
Droits RMN - (C) RMN / Daniel Arnaudet



Octave Uzanne debut devant sa cheminée à côté de son bureau.
Vue de détail, vers 1890-1900.
Vizzavona François Antoine (1876-1961)
Droits RMN - (C) RMN / Daniel Arnaudet



Octave Uzanne a troqué la barbiche contre une moustache bien taillée. Signe des temps... nous ne devons pas être si éloignés du temps des Brigades du Tigre...

Un grand merci au Bibliophile Rhemus Peremptorius pour cette belle découverte.

Pour rappel, voici la liste des billets que le Bibliomane moderne a consacré à l'Octave depuis maintenant un peu plus d'un an :

- Une lettre autographe d'Octave Uzanne, l'ami des beaux livres.
- Le quémandeur de livre par Octave Uzanne.
- Carayon et Uzanne réunis sous le même toi par un bibliophile.
- La voix de son maître ou petite correspondance d'un bibliophile à son relieur.
- Des titres de livres par Octave Uzanne.
- Bibliophile et homme de lettres, Octave Uzanne n'est finalement qu'un homme comme les autres.
- Les Bibliophiles Contemporains.
- Considérations sur quelques livres de luxe. Bibliophilie rétrospective.
- Restons en bonne compagnie. Octave Uzanne et son Home.

D'autres billets, sur ou à propos d'Octave Uzanne, ont été publiés sous mon nom, sur d'autres supports électroniques.

Bonne journée,
Bertrand

jeudi 22 octobre 2009

Saurez-vous retrouver à qui appartient cette marque de libraire ?




Saurez-vous retrouver à qui appartient cette marque de libraire ? (*)

(*) J'ai supprimé la légende latine qui entourait cette marque pour que la recherche soit un peu moins facile.

Bonne journée,
Bertrand

Restons en bonne compagnie : Octave Uzanne et son Home (1892).


Je reste en compagnie d'Octave Uzanne pour une soirée encore !

Quelques pages plus loin dans le même deuxième tome de la revue l'Art et l'idée ... on trouve un autre article du maître dans lequel il nous explique par moult détails circonstanciés, comment avoir "un bel intérieur" ! Rien que cela. Ou comment avoir du goût chez soi !

Uzanne était un esthète à l'excès. On le sait maintenant. En plein période japomaniaque, bibelotage à gogo et objets empilés sur les rebords de cheminées, cadres accolés sur les murs tapissés, un lit recouvert d'un lourd velours, des pièces qu'on imagine froides, ... très froides. Uzanne nous explique ses goûts en matière d'arts décoratifs pour son Home idéal.

Uzanne avait un ego très développé, il ne s'en cachait pas. Son article (de quelques pages) est décoré de jolis bois gravés représentant quelques éléments de décor (vase, cheminée, coins de pièces, etc), et de deux très belles reproductions photographiques d'un intérieur d'appartement. La première intitulée "Porte de vestibule" (décorée de gravures, ferronneries et cuir du Japon) et la seconde "Angle d'une chambre à coucher" (lit décoré de cuir japonais).

J'imagine mal que ces deux photographies ne puissent être celles du propre appartement d'Octave Uzanne au 17 quai Voltaire à Paris.

Uzanne s'aimait trop et aimait trop se montrer dans ses livres (on le voit - comme Hitchcock apparait une fraction de seconde dans ses films - représenté en gravure dans de nombreuses vignettes de ses livres) pour qu'il n'ait pas saisi ici l'occasion de nous montrer son "Home".


Donc, jusqu'à ce qu'on me prouve le contraire - c'est évidemment ce que j'attends - je pense que les deux photographies ci-dessous sont celles d'une partie de l'intérieur de l'appartement d'Octave Uzanne sur le quai Voltaire, adresse qu'il occupa durant les années 1890.


Cliquez sur les photographies pour les agrandir.



On s'éloigne un peu de la bibliophilie pure mais c'est si bon... (pour moi en tous les cas).

Bonne nuit,
Bertrand

mardi 20 octobre 2009

Considérations sur quelques livres de luxe. Bibliophilie rétrospective.



Les grands boulevards peints par Gustave Caillebote (1848-1894). © Gustave Caillebote


Voici un petit texte que j'ai croisé par hasard, je vous le livre in extenso :

"Un libraire très voisin du boulevard, et qui pâtit douloureusement de l'indifférence des nouveaux bibliophiles à son égard, prétend, m'assure-t-on, que je sonne la cloche afin que les livres ne se vendent plus ; ce bibliopole, en mal d'éditions inécoulées, se trompe et je ne conçois pas des machinations aussi suicidatoires.

Il me semble, toutefois, et les amateurs artistes seront de mon avis, que la librairie de luxe doit être relévée de son abaissante routine, de son écoeurante monotonie, et qu'il est utile de sortir des eaux-fortes genre paroissien perpétrées par des prix de Rome, d'après de banaux illustrateurs, dont certains boutiquiers, éditeurs, tels que celui qui nous incrimine, ont vraiment trop saturé le public naïf, et de produire enfin des oeuvres originales en communion avec le goût moderne.


Or, comme l'édition de luxe à base d'eaux-fortes courantes ne réclame d'un publicateur ni science, ni recherche, ni art, tels de ces messieurs dépourvus de ces essentielles qualités sont navrés d'avoir à y renoncer et affirment que les bibliophiles sont ennemis des nouveautés. Réclamons-leur donc, de bon gré ou de force, des livres qui demandent de l'ingéniosité et des vertus de mise en page et d'essais de couleur, des estampes de peintres-graveurs ; réclamons-leur des combinaisons nouvelles inédites et montrant un goût d'art, et croyez bien que ces éditeurs en déroute s'évanouiront bien vite, désormais incapables et sans mission. C'est pour eux que nous sonnons la cloche d'alarme ; les temps sont révolus, ils sont enrichis dans une médiocre industrie ; qu'ils se retirent donc bedonnants et satisfaits sans charger davantage le marché de leur prétentieuse pacotille. Ils ont fait du négoce ; il ont récolté de l'argent : qu'ils quittent la place.

Désormais, espérons-le, on exigera davantage des publicateurs de livres de luxe, et que ce soit sur la rive droite ou la rive gauche de la Seine, un temps est proche où les non-valeurs n'auront plus cours.
Je sais bien que les imbéciles, les ignorants et les gens de mauvais goût seront toujours en majorité, mais je ne veux pas croire que la bibliophilie ne soit qu'une réduction de la société ; j'aimerais à y voir une élite, c'est pourquoi je lutterai sans cesse contre tous les camelots du temple."

Qui a bien pu écrire ces lignes à demi prophétiques et à demi pamphlétaires ?

A quelle époque ?

Dans quel livre ou quelle revue ?

De quel libraire "très voisin du boulevard" est-il question ici à votre avis ?

A vous de deviner(*). Essayez de vous fier à votre "nez" de bibliophile plutôt qu'à votre "Google books" préféré... même si vous ne trouvez pas la bonne réponse, c'est toujours plus amusant pour les lecteurs de lire vos hypothèses sur le sujet. Je donnerai bien évidemment la réponse à cette insoutenable énigme dans quelques heures.

Bonne soirée,
Bertrand

(*) Réponse à la devinette : Ce petit texte se trouve dans le deuxième tome de la revue intitulée "L'art et l'idée, revue contemporaine du dilettantisme littéraire et de la curiosité" publiée par Octave Uzanne. Juillet à décembre 1892. Revue de luxe publiée à Paris par l'Ancienne Maison Quantin, 7, rue Saint-Benoît. La Direction est assurée par Octave Uzanne, au 17, quai Voltaire (adresse personnelle d'Octave Uzanne à cette date). L'article en question se trouve aux pages 245-246. De quel libraire "voisin du boulevard" Uzanne parle-t-il en s'opposant à cette "écoeurante monotonie", cette "abaissante routine" ?? Sans certitude aucune, il apparait de manière assez évidente qu'il s'adresse ainsi aux éditeurs qui emploient essentiellement l'eau-forte comme illustration. Les candidats possibles sont alors les D. Jouaust, les Léon Conquet. Je penche personnellement pour la librairie de Léon Conquet. Pourquoi ? Tout simplement parce que la librairie Conquet était la librairie de la société des "Amis des livres" présidée par Eugène Paillet, société de Bibliophile directement en concurrence avec "les Bibliophiles Contemporains" présidée par Octave Uzanne. Animosités réciproques et querelles de clochés ! Uzanne, comme on l'a vu dans d'autres articles publiés sur le Bibliomane moderne, avait son ego haut perché ! Il est amusant de constater cependant qu'en 1892, année de publication de l'Art et l'idée, on trouve Octave Uzanne en tant que membre titulaire de la Société des Amis des Livres...

lundi 19 octobre 2009

Un très joli cartonnage romantique parlant ou Don Quichotte adapté pour la jeunesse (vers 1845).



Voici un petit volume intéressant. Pourquoi ?

Tout d'abord parce que j'ai plaisir à vous présenter un volume, qui, par définition fragile, a réussi à traverser plus d'un siècle et demi sans le moindre dommage. C'est toujours émouvant de voir ce spectacle pour les amateurs de reliures. Spectacle d'autant plus merveilleux quand on sait que ce volume était destiné aux mains peu délicates des enfants !


C'est d'un Don Quichotte pour les enfants dont il s'agit.

"Aventures de Don Quichotte de la Manche, par Michel Cervantès. Edition revue et corrigée par M. l'abbé Lejeune, chanoine, professeur à la faculté de théologie de Rouen. Illustrée de 20 grands dessins par MM. Célestin Nanteuil, Bouchot et Demoraine. Nouvelle édition et nouvelle traduction."

Volume édité à Paris chez P.-C. Lehuby, libraire-éditeur, 55 rue de Seine St-Germain. Ce volume mesure 22 x 14 cm. Il sort des presses de l'imprimerie Jeunet(*), rue St-Gilles, 108, à Abbeville, pour le texte et les bois gravés hors-texte ont été imprimés par E. Duverger.

Il est recouvert de sa reliure d'origine dite "reliure éditeur" décorée et parlante. La reliure est en percaline noire dite "anglaise", sorte de toile recouverte d'un apprêt brillant. Cette toile, estampée à froid à la plaque est également rehaussée en couleurs avant pressage. Le premier plat est décoré d'un encadrement à froid et d'une plaque dorée centrale avec médaillons en couleurs. On y retrouve quelques attributs spécifiques à Don Quichotte. Le dos est orné en long avec les deux personnages emblématiques, Don Quichotte et Sancho Pança en armures. On lit au bas du dos "LEHUBY ED. PARIS". Le deuxième plat est orné d'un seul fer doré, placé au centre, représentant les deux protagonistes.


Il s'agit d'une édition de Don Quichotte destinée à la jeunesse. Que pouvait attendre Don Quichotte des remaniements d'un chanoine ? "Il y avait à la fois à retrancher quelques épisodes qui affaiblissent singulièrement l'intérêt de la narration, et à faire disparaitre certaines peintures qui n'étaient pas sans danger pour de jeunes imaginations. (...) Quant aux suppressions qui ont été faites, il faut en savoir gré à l'éditeur ; elles sont dans l'intérêt de la saine morale comme dans celui du goût."

Cet ouvrage a été publié sans date au bas du titre mais les différentes notices que nous avons pu consulter donne généralement soit la date de 1845, soit celle de 1850. Ce bon chanoine Lejeune a donné vers la même époque et chez le même éditeur une édition illustrée et revue des Voyages de Gulliver.

Curieusement on ne trouve pas de trace d'étiquette de prix dans ce volume. Vraisemblablement pas ou très peu manipulé, j'en viens même a douter qu'il ait jamais été entre les mains de bambins-bibliophiles ... ou très bibliophiles alors.

La maison Lehuby était un spécialiste du livre pour la jeunesse. On la trouve déjà vers 1837 dénommée "Librairie de l'enfance et de la jeunsesse". On sait que P.-C. Lehuby était le successeur de Pierre Blanchard, libraire au 53 de la rue de Seine à Paris (1845). Vous retrouverez un exemple de cartonnage papier produit par cette maison parisienne dans un précédent article du Bibliomane moderne consacré aux cartonnages papier romantiques à médaillon lithographié. M. Lehuby avait la mauvaise habitude de ne pas dater ses éditions, ce qui ne facilite pas les choses pour bien faire l'historique de la Maison. Il reste à faire me semble-t-il.

Encore un petit bibelot pour romanticophile-bibliolâtre... évidemment, ça ne vaut pas tripette comme dirait Textor, ça ne vaut pas une princeps donnée par Ulrich Zell... mais bon, il faut s'émerveiller de toutes les belles choses, petites et grandes, même si toutes ne sont pas sur la même étagère, au même niveau. Je m'émerveille de tout ! Et mon petit doigt me dit qu'on ne va pas tarder de parler d'Ulrich Zell ici-même ...

Bonne journée,
Bertrand

(*) "L'imprimerie Jeunet, par exemple , qui s'occupe plus particulièrement de ce genre de travaux, fait sortir de ses presses, mises en mouvement par la vapeur, des milliers de volumes annuellement, pour des éditeurs Suisses seulement, indépendamment de ceux qu'elle livre aux éditeurs Parisiens, de ses occupations courantes de ville et d'un journal quotidien. Plus d'un lecteur des charmants volumes de l'édition Charpentier n'a pas toujours remarqué que certains ouvrages de Théophile Gautier, que le Schiller, (...) que le Chasseur rustique, etc., sortent des presses de M. Jeunet. (...) Extrait de Recherches historiques sur l'imprimerie et la librairie à Amiens par M. Pouy, 1861.

samedi 17 octobre 2009

Avis de recherche : marque de libraire au lion couronné et armé... (vers 1730-1740).


Chers amis bibliomanes,
actuellement entre un virus hachinnenin non certifié conforme et un lit bien douillet (je n'ai pu aller jusqu'au bout de la vente de livres d'Auxerre sans déclencher un cataclysme sinusal ...)
une recherche opportune me vient pour ne pas vous laisser dans la désolation d'un samedi maussade sans message ...

Je cherche à savoir quel libraire ou imprimeur (ou les deux) se cache derrière cette marque "au lion". Il faut chercher un libraire-imprimeur qui s'est caché sous l'adresse courante d'Amsterdam, dans les années 1730 - 1750.

Taille : 30 x 30 mm.


Toute information à ce sujet sera la bienvenue.

Merci d'avance,
Bonne journée,
Bertrand

jeudi 15 octobre 2009

Deux dessins originaux de Paul Gavarni en questions ou l'Ecole du bibliophile.


La bibliophilie n'est pas une école pour ceux qui aiment avoir toujours raison. Les fortes têtes en sont vite chassées !

En pays de Bibliophilie, toutes les sentences devraient se terminer par ces mots : " (...) en l'état actuel de nos connaissances."

Mais cette école a du bon, elle apprend l'humilité, la patience et le partage, autant de qualités qui manquent le plus souvent à bon nombre d'esprits forts.

Ainsi je dois admettre devant vous que je me suis trompé ! Je me suis trompé très récemment lorsque je vous ai donné un billet à propos d'un dessin original inédit de Gavarni.

Inédit, il ne l'était pas ! Il suffisait pour s'en convaincre d'ouvrir un volume du Diable à Paris, ouvrage collectif illustré par Gavarni de plus de 200 "types" hors texte gravés sur bois par les meilleurs artistes du moment (Le Diable à Paris, 2 vol. gr. in-8, Paris, Hetzel, 1845-1846). Dans cet ouvrage bien connu des amateurs de livres illustrés de la première moitié du XIXe siècle, on trouve sous le titre général de "Les gens de Paris", de nombreuses séries de portraits dessinés par l'artiste présentés ici gravés sur bois. C'est ainsi qu'en cherchant autre chose (enfin presque), je suis tombé en arrêt, hier soir, sur le fameux type du Poète dont voici le dessin que j'avais déjà présenté.

Dessin original de Gavarni. Plume et lavis.



Gravure sur bois par Lavieille d'après Gavarni. Planche hors texte extraite du Diable à Paris (1845-1846). La légende ne figurait pas sous le dessin original de Gavarni, le décor de fond non plus.


Vous constatez vous même que le dessin a parfaitement été gravé sur bois dans les moindres détails par Bara et Gérard, comme c'est indiqué au bas de la gravure sur bois. Cette gravure fait donc partie de la série des "Gens de Paris" pour "Le Diable à Paris" (1845-1846), et de la suite des "Hommes et femmes de plume." - 2e série. - planche n°5. Cette suite compte 6 planches au total. Vous remarquerez que seul le poète avait été dessiné par Gavarni, à la plume et au lavis, et que ce sont les graveurs qui vraisemblablement ont ajouté le décor de fond (fauteuil et bureau), à moins qu'il n'existe un second état intermédiaire du dessin de Gavarni, ce qui serait tout à fait possible. Vous remarquerez également la longue légende en bas de la gravure. Il faut savoir qu'apparemment, d'après ce que j'ai pu lire ici et là, Paul Gavarni attachait autant d'importance à la rédaction des légendes qu'aux dessins eux-mêmes. Ce qui m'invite à penser qu'il existe un dessin original avec la légende signée Gavarni, à moins que cette dernière n'ait été improvisée que sur le tard, à chaud, chez l'imprimeur ou chez l'éditeur (??). Ce dessin n'était donc pas inédit comme je vous l'avais annoncé. Mea culpa.

Quel hasard a bien pu me conduire à justement porter me yeux sur ces planches du Diable à Paris ? Tout simplement... un deuxième dessin original signé Gavarni tombé récemment entre mes mains. Je dis "original" et non "original inédit" car c'est encore un dessin finalement publié que je viens de retrouver. Et ce dessin ne se trouvait placé qu'à quelques pages de celui du Poète désigné ci-dessus. Voici la gravure sur bois qui en a été faite par Lavieille. Elle prend place dans la suite intitulée "Politiqueurs." C'est la huitième et dernière de cette suite. Vous remarquerez que dans le cas présent la légende est identique et qu'on peut donc considérer que le dessin que je vous montre ci-dessous était le dessin définitif qui a servi faire la gravure sur bois.

Dessin original signé et légendé par Gavarni.



Gravure sur bois par Lavieille d'après Gavarni.
Planche hors texte extraite du Diable à Paris (1845-1846).
La légende est identique à l'original de Gavarni.



Me voici donc l'heureux hôte de deux très jolis dessins originaux de Gavarni, tous deux faits pour le Diable à Paris. Enfin presque. Une hypothèse n'est pas à écarter trop vite cependant. Le premier dessin portant la légende à la plume "Poète" par Gavarni, je ne peux m'empêcher de me demander si ce dessin n'était pas destiné primitivement à la série des Français peints par eux-mêmes comme j'en avais émis la mauvaise certitude dans mon précédent article (même dimension - même titre que l'article des Français). Ce dessin n'ayant pas été retenu pour les Français peints par eux-mêmes, on imagine très bien que l'artiste ait voulu recycler ce dessin en le proposant pour le Diable à Paris. Les dates concordent, les Français peints par eux-mêmes ont été édités entre 1841 et 1842 et le Diable à Paris entre 1845 et 1846. Qu'en pensez-vous ?

Je suis comblé avec ces deux jolis dessins. J'attends un troisième, un quatrième, un cinquième, etc, qui devraient m'amener tout droit au Paradis des monomaniaques icono-bibliophiles... Et bientôt Honoré Daumier... Pourquoi pas ?

Décidément, votre serviteur s'intéresse de plus en plus aux dessins et aux autographes... mauvais virages diront certains ! Bon penchant s'exclameront d'autres ! Je n'en délaisse pas les livres pour autant. La guerre, c'est sur tous les fronts non ?

Je sais bien que le Bibliomane moderne me permet le plus souvent que de survoler tel ou tel sujet, de s'en approcher parfois, suffisamment près quelque fois pour en sentir tous les délices. Dans tous les cas, mon souhait le plus cher est que la "vérité" bibliophile soit mise en lumière et que les doutes et les interrogations soient nos moteurs à toutes et à tous pour atteindre le meilleur de nous et de l'histoire des livres. Noble cause ! Nobles ambitions ! Puissions-nous durer et continuer.

Bonne journée,
Bertrand

mercredi 14 octobre 2009

Les reliures à chaine, attachantes curiosités bibliophiliques (suite).



Reliure à chaine de la fin du XVe siècle.
Photographie catalogue Pierre Bergé (2005).


L'ami Textor me pardonnera de rebondir sur son dernier billet en vous montrait un des plus beaux spécimen qu'il m'ait été donné de voir de reliure à chaine. Je l'ai vu en vrai lors de la vente Berès (3e vente - Fonds de la librairie Pierre Berès - Des incunables à nos jours - 2eme partie - Drouot, Paris, vendredi 16 décembre 2005).

Cette jolie reliure contenant Scala celi de Johannes Gobius (sans date, vers 1480), in-folio (270 x 105 mm), estimée 8.000/12.000 euros (je ne sais pas combien elle a été finalement vendue ou pas...). Elle est présentée sous le numéro 208 du catalogue cité.

Je vous laisse admirer la reliure et lire la notice qui lui est rapportée.

Notice du catalogue Pierre Bergé (Décembre 2005)
Reliure à chaine.



Bonne soirée,
Bertrand

Les reliures à chaine, attachantes curiosités bibliophiliques.





La présentation de la bibliothèque Desguine à Nanterre par Raphaël, m’a donné l’idée de vous parler des premières bibliothèques publiques, et surtout d’une particularité bien connue des ouvrages qu’elles contenaient : les reliures à chaine.

Nous savons qu’au XVe siècle, les livres étaient déposés sur des pupitres et des rayonnages. La plupart des livres étaient munis d’une chaîne métallique, fixée au plat inférieur de la reliure et l’autre extrémité de la chaîne coulissait sur une tige métallique solidaire du meuble où était posé le volume. Sur le plat supérieur était collée une étiquette, en papier ou en parchemin, sur laquelle étaient écrits les titres des œuvres contenus dans le volume. Ainsi protégés contre le vol, les livres pouvaient ainsi être lus mais non déplacés. Les reliures étaient solidement confectionnées. Les peaux recouvrant les ais de bois des plats étaient munies de boulons et les angles étaient protégés par des pièces métalliques. Ce système avec les livres enchaînés existait dans beaucoup de bibliothèques publiques médiévales même si, aujourd’hui, le nombre des reliures à chaine subsistantes est particulièrement réduit.


Une intéressante étude a été réalisée en 2002 pour le 550e anniversaire de la bibliothèque publique de Sélestat Il ne reste aujourd’hui que trois ouvrages munis de la chaîne d’origine dans cette bibliothèque, mais beaucoup de volumes portent encore la trace de la fixation de la chaîne servant à attacher le volume dans la bibliothèque paroissiale.

Le bilan de cet examen des reliures a fait apparaître que la bibliothèque comptait au XVe s. au moins 277 volumes qui se composent ainsi : 88 volumes de manuscrits dont 57 étaient enchaînés et 189 volumes d’imprimés dont 139 volumes étaient enchaînés, ce qui donne un total de 196 volumes enchaînés dans la salle d’études, soit 71% de l’ensemble du fonds.


Le fonds Textor ne contient malheureusement qu’une seule reliure à chaine (Et encore manque-t-il la chaine elle-même !) mais celle-ci possède bien toute les caractéristiques du genre : solide peau de porc sur ais de bois, ferrures, large étiquette de vélin sur le plat. La seule particularité est la disposition de la chaine, qui, contrairement à l’usage, était ici fixée sur le plat inférieur, et l’étiquette sur le plat supérieur, ce qui ne devait guère être pratique pour un livre qui ne se lit pas de droite à gauche comme les ouvrages hébraïques.




Cette reliure recouvre une œuvre de Guillaume Budé, le De Contemptu Rerum, chez Josse bade, 1528. (1)

Ce livre a donné lieu à une longue enquête quasi policière. En effet, lorsqu’on possède une reliure à chaine, même sans chaine, on n’a de cesse que de vouloir savoir ce qu’il y avait à l’autre bout de cette chaine, autrement dit, dans quelle bibliothèque publique était fixé cet ouvrage, et à partir de là, qui a pu le feuilleter, le lire, l'étudier, etc…

En l’occurrence, je fus quelque peu aidé par un bibliothécaire qui a eu la bonne idée de laisser une mention manuscrite au dessus du titre : "Pro libraria Regal(is) colegij Campanae ats Navarrae pars fundati".


Si le Bibliomane Moderne avait existé à l’époque de mes recherches, je ne doute pas que l’énigme n’aurait pas résisté 5 minutes, mais voilà, j’étais bien seul alors, et l’expert de la vente ne devait pas en savoir davantage car le catalogue mentionnait l’ex-libris, sans plus. Une bibliothèque royale, certes, mais de la Campanie à la Navarre, voilà une large zone d’investigation !

Finalement, un jour, j’ai eu le déclic en feuilletant un de mes ouvrages préférés sur Paris, les Antiquitez de Paris, où Du Breuil nous apprend ( p 143 éd. De 1608) que le "collège de Navarre, autrement dict de Champagne, fut fondé par feu de bonne mémoire Jeanne, royne de France et de Navarre, Comtesse Palatine de Champagne et de Brie, l'an de grace 1304.....La Royne fondatrice enrichit pareillement ce collège d'une excellente librairie...De ceste maison parle Budé au traicté qu'il a composé de studio literarum, en ces mots: Nunc porticus duae orthodoxae Sorbona & Navarra, et philisophae theologicae , tamquam oracula duo nominatissima , qua fines cumq_, patent nommini christiani".

J’avais l’explication, Campanae ne voulait pas dire Campanie, mais Campagne c’est à dire Champagne ! Et la mention se lit donc : « Pour la bibliothèque du Collège Royal de Champagne, autrement dit de Navarre, part fondateur » (?).

Et voilà mon ouvrage tout droit sorti du collège de Navarre, l’institution la plus fameuse de la Montagne Sainte Géneviève, située sur l’emplacement de l’ancienne école polytechnique.

Vraie pépinière pour les commis de l’Etat, la liste des élèves du collège de Navarre est longue, Du Breuil en cite quelques uns : "De cette maison sont sortis infinis grands personnages comme Gerson, Joannes Major, Almainus, de Castro forti, Papillon, Gelin, de Villiers, Pelletier,qui s'est trouvé au Concile de Trente, ...Geoffroy Boussard..."

J’aime à penser, compte tenu de la date de l’édition, que Guillaume Briçonnet (1470-1534), Jean Hennuyer (1497-1578), Jacques Amyot (1513-1593) Pierre de la Ramée (1515-1572), le connétable de Lesdiguières (1543-1626) François d'Amboise (1550- 1619), ou encore le cardinal de Richelieu (1585-1642) ont pu consulter ce livre et qu’ils en ont été inspirés.(2)

Bonne Journée
Textor

(1) In-4 de (3) bl, 75 ff, a5-k5, (5)ff (index) (3) bl. C’est une dissertation morale sur le stoïcisme qui est défendu puis rejeté, selon le plan habituel de ce genre d’ouvrage philosophique.

(2) Rabelais donne au prologue du Quart Livre (1552) une définition de la philosophie de Pantagruel sous la forme d’un paradoxe, à savoir une « certaine gayeté d’esprit confite en mespris des choses fortuites », qui est une référence marquée au De Contemptu Rerum de Budé.


mardi 13 octobre 2009

Fiche de libraire : Le Marot de Sébastien Gryphe et Estienne Dolet, Lyon, 1538.




Pour continuer notre exploration de l'univers de Sébastien Gryphe, imprimeur-libraire lyonnais de la première moitié du XVIe siècle, voici une belle fiche de libraire issue d'un des catalogues les plus beaux et d'une des maisons de librairie les plus prestigieuses du XXe siècle, je veux dire la librairie Maggs Bros., 34 & 35, Conduit Street, London, W. (catalogue spécial intitulé : FRENCH BOOKS FROM 1470 TO 1700 A.D., 1926 - magnifique catalogue richement illustré en noir et blanc et de 796 numéros tous plus magnifiques et rares les uns que les autres).


C'est donc sur cette impression lyonnaise des Œuvres de Clément Marot que mon attention s'est portée hier, et plus particulièrement sur une impression rare de 1538. Voici ce que nous livre la fiche très détaillée du libraire londonien.

4 parties en 1 volume in-8. Reliure de maroquin bleu doublé signée Trautz-Bauzonnet.

Très rare édition publiée par Marot lui-même avec de nombreux changements et additions. Presque entièrement imprimé en lettres gothiques, l'édition a été partagée entre Sébastien Gryphe et Etienne Dolet.

Très bel exemplaire à grandes marges dans une charmante reliure de Trautz-Bauzonnet. Provient des bibliothèques du comte de Chaponay, du baron de La Roche Lacarelle et Hector de Backer.

Le reste de la fiche est un jugement littéraire sur Clément Marot et son œuvre.

Cette édition, avec le nom de Gryphius sur le titre, serait sortie légèrement plus tard et avec quelques changements par rapport à l'édition portant sur le titre "Au logis de M. Dolet". Cette première émission étant sortie des presses de Sébastien Gryphe le dernier jour de juillet 1538 d'après les bibliographes consultés.

Doit-on les considérer d'ailleurs comme deux éditions ou bien deux émissions différentes ? ou simplement deux états d'une seule et même édition ? Elles sont toutes deux apparemment très rares (les frères Maggs en demandait la modique somme de £195 en 1926 - à mettre en comparaison des £60 demandées pour l'édition de 1550 des Quatre premiers livres des Odes de Pierre de Ronsard Vandomois (Paris, Guillaume Cavellat), dans sa première reliure en veau (n°600 du même catalogue).

Cette édition est aussi célèbre pour l'épître de Marot qui ouvre le volume. C'est une lettre à Dolet dans laquelle Marot crie contre les libraires et imprimeurs cupides qui gonflent ses œuvres des vers d'autrui pour exploiter jusqu'au bout ce que promet sa réputation. C'est une des premières revendications des droits de propriété intellectuelle. Mais dans cette époque troublée où le bûcher n'est jamais vraiment loin, c'est aussi, de la part de Marot, l'expression de la crainte de devoir se justifier sur des œuvres qui ne sont pas de lui. Les risquent qu'encours un auteur l'engage à la prudence. Dolet en fera la triste expérience.

Je n'ai pas trouvé d'exemplaires de cette rare édition actuellement à la vente sur le marché du livre rare (source internet), cependant voici quelques exemplaires croisés à travers des derniers siècles : exemplaire Didot, 28 francs ; exemplaire Bruyères-Chalabre, 89 francs ; Exemplaire Pixérecourt, 75 francs ; exemplaire Solar adjugé au prix astronomique et décalé de 1.520 francs (la reliure ou la provenance devait être d'exception) ; exemplaire Techener, 300 francs. Tous ces résultats concernent des ventes du XIXe siècle et des exemplaires à l'adresse de Dolet). Les exemplaires à l'adresse de Gryphius se trouvaient au XIXe siècle, d'un prix comparable (110 francs Coulon ; 72 francs Bignon ; 218 francs Veinant ; 350 francs Solar ; 140 francs Techener).

Pour le plaisir, vous pouvez retrouver la version texte de cette édition sur le site des Bibliothèques Virtuelles Humanistes de l'Université François Rabelais de la ville de Tours.

PS : il faudra expliquer aux autorités compétentes (qui nous lisent peut-être) qu'au XXIe siècle on est comme un assassin lorsqu'on appose de tels cachets rouges (C.E.S. RENAISSANCE) sur les pages de titres d'ouvrages aussi précieux... ce qui montre bien à quel point les universitaires sont dans leur immense majorité très éloignés des considérations bibliophiliques qui nous occupent ici. La chose est dite !

Bonne journée,
Bertrand

lundi 12 octobre 2009

Louis XIV ! Louis XIV outragé ! Louis XIV brisé ! Louis XIV martyrisé ! Mais le Grand Alcandre libéré !


Françaises, Français, Estrangers, Estrangères, Bibliophiles, bibliophiles,
Bonjour !

Continuons avec le Grand Alcandre(*), j'ai nommé sa majesté Louis XIV, roi soleil, grandeur de l'Europe, cajoleur de ces dames, prince des amants, guerrier du cœur, soldat des chastetés perdues...

O la ! Je m'égare en ce lundi matin ! Resserrons les rangs ! ... Une ... deux ! Une ... deux !

Bref tout ceci pour vous dire que Louis XIV, tout comme son grand-père Henri IV dit le vert galant, s'est vu affublé du petit nom de Grand Alcandre ! On trouve ainsi vers la fin du XVIIe siècle et même au début du XVIIIe siècle, c'est à dire de son vivant, nombre de romans historiques et récits grivois contant les aventures amoureuses, vraies ou fausses, du Grand Alcandre.

Pour illustrer mon propos, voici trois de ces titres dont deux portent en toutes lettres le nom du Grand Alcandre.

Les amours du Grand Alcandre.
A Paris, chez Estienne Loyson, 1665.
Roman historique à clé (sans la clé... qui n'existe pas à ma connaissance... et donc très difficile à appréhender aujourd'hui dans toute l'étendue de sa finesse.) Louis XIV avait 27 ans en 1665, c'est l'année de la parution de l'Histoire amoureuse des Gaules de Bussy-Rabutin. Ce petit roman est très rare. Son auteur, un certain Claude Collin ou Colin, resté pratiquement inconnu. On ne sait rien de lui d'après mes recherches (qui sont en cours...).



Le Grand Alcandre frustré ou les derniers efforts de l'amour et de la vertu. Histoire galante.
A Cologne, chez Pierre Marteau, 1696.
Roman pseudo-historique dénonçant les amours volages de Louis XIV... Très recherché des bibliophiles... qui s'y intéressent (sourire). Assez rare.

Louis XIV a 58 ans en 1696.



Les intrigues amoureuses de la cour de France.
A Cologne, chez Pierre Bernard, 1685.
Édition parue l'année suivant la première (1684).
Roman pseudo-historique attribué au fertile et néanmoins génial Gatien Courtilz de Sandras (dont on reparlera bientôt).
Louis XIV a 47 ans en 1685.



Je pourrais également vous citer :

- Les Conquestes amoureuses du grand Alcandre dans les Pays-Bas. Avec les Intrigues de la Cour. Cologne, Pierre Bernard, 1684.

- Les Dames dans leur Naturel, ou La Galanterie sans façon. Sous le Regne du Grand Alcandre. Cologne, Pierre Marteau, 1686.

Si vous en connaissez d'autres, je suis preneur.

Évidemment, ces ouvrages étaient tous ou presque, imprimés en Hollande et diffusés ensuite sous le manteau en France, soit avec la complicité de libraires quelque peu "libertaires", soit avec l'aimable participation d'amateurs de littérature à scandale et de nouvelles dépaysantes comme l'ont été Guy Patin et bien d'autres.

On imagine Louis XIV, au lever, rayonnant de gloire et de prestige sur toutes les cours de l'Europe ou presque, se voir dire :

"Sire, encore un pamphlet sur vos aventures galantes ! Quand cela cessera-t-il ?"

Et Louis XIV de répondre :

"Daignez, Monsieur, avancer ma robe de chambre ! On s'les gèle ici !" (faut vous dire Monsieur que chez ces chez gens là... on n'chauffe pas... on b...) (Versailles était si grandiose mais si peu chauffé qu'il fallait bien fourailler un peu comme dirait le Vicomte ...)

Bonne semaine,
Bertrand

(*) Alcandre est un mot composé du grec (alkè et anèr) et signifie "homme puissant". Ce sobriquet avait déjà été utilisé pour Henri IV (Histoire des amours du grand Alcandre, en 1652) et réutilisé par la suite pour Louis XIV.

dimanche 11 octobre 2009

Les amours d’Anne d’Autriche épouse de Louis XIII avec Monsieur le C.D.R. le véritable père de Louis XIV (1693).



Page de titre de l'édition de Cologne, Pierre Marteau, 1693.


Voici un petit livre qui réserve bien des surprises. Sous un titre déjà bien prometteur, on découvre toute une histoire. La voici résumée pour vous.

Ce petit volume in-12 parait ici sous l’adresse de Cologne, chez Pierre Marteau à la date de 1693. Avec un titre à la sphère et (20)-132 et 57 pages (on trouve en effet à la suite un Examen des prétextes de l’invasion des françois pour l’instruction des anglois). La première édition serait celle de 1692, chez Guillaume Cadet. Elle a la même pagination. Dans les deux cas on trouve imprimé à la fin un permis d’imprimer « Nottingham, le 4 juin 1692 ». J’ai lu comme vous le verrez plus bas que l’édition de 1693 devait avoir un frontispice gravé qui ne se trouve pas dans mon exemplaire (pourtant sans trace d’arrachage – ce qui laisse supposer qu’il n’a jamais été relié dans le volume).

Je vous laisse lire ci-dessous les différents avis émis au sujet de cet ouvrage par les divers bibliographes et faiseurs de catalogues du XIXe siècle. Pour le moins, les avis à son sujet sont divergents, aussi bien quant à sa rareté qu’à son auteur supposé.


Cliquez sur les notices pour les agrandir.

Extrait du catalogue de la bibliothèque Alfred Piet.



Extrait de Barbier, Dictionnaire des anonymes et pseudonymes.



Extrait du catalogue de la bibliothèque du marquis de Ganay.



Extrait du catalogue de la Bibliothèque Pixéricourt.


Bibliographie des livres relatifs aux femmes et à l'amour de Gay.


Extrait de la Gazette anecdotique.


Extrait du catalogue de la bibliothèque Leber.


Notice du Bulletin de la librairie Morgand.



Ce livre n’a pas l’air si rare si l’on doit s’en tenir aux exemplaires présentés dans divers catalogues d’amateurs du XIXe siècle. Cependant les deux premières éditions (1692 et 1693) ne semblent pas si courantes, on en trouve d’autres éditions plus récentes (1696, 1722, 1738) plus facilement semble-t-il ??

Quelque fois les bibliographes sont muets ! Pour cet ouvrage ils sont bavards ! Très bavards ! Trop peut-être. Tant et si bien qu’on finit par ne plus trop savoir à quel saint-bibliographe se vouer.

J’ai pris beaucoup de plaisir à la lecture de ce livre plein de méchancetés pour le roi Louis XIV, et sa politique féroce pour le reste de l'Europe, notamment dans l’avis au lecteur et l’épître à Mylord Lovelace. Mon exemplaire provient dans la librairie Raymond Clavreuil à Paris, avec son étiquette.

Avez-vous ce petit ouvrage sur vos rayons ? Dans quelle édition ?

Nous laisserons de côté la petite histoire qui voudrait que Louis XIV ne soit pas le fils de son père… s’y intéresser serait sans doute fort hasardeux aujourd’hui… mais bien intéressant tout de même.

Bon dimanche,
Bertrand

Histoire des ventes J.G.M et de deux larrons en foire.


Tout commence par un lot emporté par téléphone à cette vente (http://www.bibliorare.com/cat-vent_drouot8-10-09.htm). Je passe après le turbin à Drouot récupérer le divin ouvrage, je suis parisien, c’est facile.

Je croise dans la salle, Éric, un ami, on papote cinq minutes, je paye mon livre ; et joyeusement on collationne les gravures qui sont en feuilles volantes. Il faut vous dire, j’étais passé la veille voir l’exposition, le catalogue imprécis ne me satisfaisait pas. Et puis, je préfère voir « en vrai » les lots susceptibles de m’intéresser.

Je note quelques informations primordiales, de retour chez moi, je fouine dans « mon abondante » documentation. Je cherche le nombre de gravures devant se trouver dans le livre convoité. Il en ressort, que ledit dit ouvrage doit avoir, entre 17 et 19 gravures selon les différentes éditions. La bibliographie étant toujours un peu évasive pour les ouvrages clandestins.

Bon, bref, avec Éric, on collationne, j’en extirpe fiévreusement les précieux feuillets. Ouf : 19 illustrations et 1 frontispice non prévu…. sauvés.

Nous partons boire une mousse.

Éric me montre son acquisition, un plein vélin du temps que recouvre un livre de comptes manuscrit à la plume, belle calligraphie, état superbe. Éric, a acquis ce volume pour les très nombreuses feuilles blanches, qui lui servent à réparer avec grand art de vieux « bouquins ».


Et là, collé au dos du premier plat : un ex-libris ! je m’esclaffe, je connais cette vignette gravée « J.G.M » !. On achève la bière, nous partons, moi, un peu dans le vague (la bière me fait toujours cet effet-là après une journée de labeur, si, si, je travaille…).

Sur le chemin qui me ramène à mon domicile ; l’ex-libris « J.G.M » me taraude, dans quel livre l’ai-je vu ?

Le catalogue (électronique) de ma bibliothèque, qui ne me quitte JAMAIS (il y a aussi mes desiderata dedans…) ne me renseigne point... AARRRRGGGHHHH, c’est insoutenable, la fiche est incomplète. Rien, un vide sidéral, le néant sur « J.G.M ».

La route du retour se fait à pied, le bus est plein à craquer ; je baguenaude sur le trajet, ce qui me permet de mûrir ce billet sans prétention.

J’ouvre un livre, un seul, c’est le bon : l’ex-libris est là ; collé au contre plat d’un ouvrage de Marius-Michel.


J’avais trouvé dans ce livre, un morceau de billet d’embarquement d’une compagnie aérienne, avec un nom dessus : Jean Georges Moreau.


Avez-vous des renseignements sur Jean Georges Moreau, qui est/était membre de la Société Française d'Histoire de la Médecine, et dont les ventes ont eu lieu en décembre 2008 et en octobre 2009 ?

Et sauriez-vous me dire quel est l’ouvrage que j’ai emporté à cette vente ? Je devrais être en mesure de vous en livrer un billet sur ce même blog.

Je mets aussi la fiche trouvée dans mon livre, avec un autre nom : Luc d’Achery, qui est-ce ?


La reliure, qui recouvre l’ouvrage de Marius-Michel est en box (qui est un veau traité au chrome).


La fiche indique que c’est une reliure de Marius-Michel, elle n’est pas signée. Qu’en pensez-vous ?

Pensez-vous quelle soit de Marius-Michel ? La dorure intérieure est assez grossière, et me semble éloignée de l’art de ce praticien.

Je dédie cette petite chronique à Éric qui m’a donné l’idée de ce message, ainsi qu’à Bergamote de sucrissime.com.

Je salue aussi, le libraire Dartigue de Paris II, que j’ai croisé à Drouot et qui m’a dit nous lire très régulièrement. Merci et à bientôt sur le BiMo.

Merci à tous de nous lire,
Xavier

samedi 10 octobre 2009

Quid novi ? Sébastien Gryphe, à l'occasion du 450e anniversaire de sa mort (mars 2008).



Je ne pouvais vous laisser ainsi sur votre faim quant à l'imprimeur lyonnais Sébastien Gryphe dont on connait les excellentes éditions depuis les années 1520 jusqu'à sa mort en 1556.

Je vous indique donc cette excellente publication collective en volume des actes du colloque - 23 au 25 novembre 2006 - Lyon - Villeurbanne - Bibliothèque municipale de Lyon, enssib, sous la direction de Raphaële Mouren, préface de Patrice Béghain. Edition des Presses de l'ENSSIB, école nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques.

Parue sous le titre Quid novi ? Sébastien Gryphe, à l'occasion du 450e anniversaire de sa mort, en mars 2008.

Je reproduis ci-dessous la quatrième de couverture qui résume le contenu :

"L'imprimeur-libraire Sébastien Gryphe (ou Gryphius), disparu en 1556, occupe une place importante au sein de la vie intellectuelle et littéraire à Lyon au XVIe siècle. Ce volume réunit les textes présentés lors du colloque Quid novi ? organisé à l'occasion du quatre-cent cinquantième anniversaire de sa mort, enrichis de nouvelles études.

De nombreux aspects de sa carrière y sont abordés : l'environnement économique de son installation à Lyon, sa politique éditoriale, mais aussi l'étude de son matériel typographique, de ses préfaces...

Un retour sur le choix novateur de ses collaborateurs, sur ses relations avec les humanistes et grands auteurs français de son temps (Rabelais, Dolet et bien d'autres), qui furent ses correcteurs et ses conseillers éditoriaux, l'étude de certains de leurs livres tracent un portrait précis du rôle de Sébastien Gryphe dans la première renaissance lyonnaise."

Voici le détail encore plus précis des chapitres :

  • Préface de Patrice Béghain
  • Entre concurrence et collaboration ? Sébastien Gryphe et ses confrères lyonnais (1528-1556) par Ian Maclean (All Souls College, Oxford)
  • Le catalogue des livres imprimés par Sébastien Gryphe dans la préface du livre XII des Pandectes de Conrad Gesner : catalogue d’imprimeur ou catalogue de savant ? par Martine Furno (Université Stendhal-Grenoble 3 ; Cerphi, ENS-LSH)
  • Étude de deux années de production : 1538 et 1550 par Raphaëlle Bats (Bibliothèque de l’Université Lyon 1), Coralie Miachon (Médiathèque du Pays de Flers), Marie-Laure Montlahuc, Roseline Schmauch-Bleny (Bibliothèque de l’Université de Limoges)
  • Sébastien Gryphe éditeur en hébreu par Lyse Schwarzfuchs (Bibliothèque nationale d’Israël, Jérusalem)
  • Sébastien Gryphe editore di umanisti ed « eretici » italiani (1524-1542) par Ugo Rozzo (Università degli studi di Udine)
  • De Laurent Hyllaire et Jacques Moderne à Sébastien Gryphe : Érasme à Lyon pendant les années 1520 par William Kemp (Université MacGill, Montréal ; Centre Gabriel Naudé, École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, Villeurbanne)
  • Faire bonne impression : Étienne Dolet et le milieu lyonnais chez Gryphius (1534-1542) par Jean-François Vallée (Collège de Maisonneuve, Université de Montréal)
  • Rabelais éditeur et auteur chez Gryphe par Mireille Huchon-Rieu (Université Paris IV Sorbonne)
  • Gryphius préfacier par Richard Cooper (Brasenose College, Oxford)
  • La contribution de Sébastien Gryphe au développement de la poétique latine en France par Arnaud Laimé (École pratique des hautes études, Paris)
  • Un auteur débutant chez Sébastien Gryphe. Les Épigrammes d’Antoine de Gouvéia (1539-1540) par John Nassichuk (University of Western Ontario, Ottawa)
  • Sébastien Gryphe et Piero Vettori : de la querelle des Lettres familières aux agronomes latins par Raphaële Mouren (Centre Gabriel Naudé, École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, Villeurbanne ; Centre Guillaume Budé, Université Paris IV Sorbonne)
  • Les historiens latins chez Gryphe au début des années 1540 : Tite-Live, Tacite et l’humaniste Emilio Ferretti par William Kemp, avec la collaboration d’Hélène Cazes (University of Victoria, BC), Raphaële Mouren, John Nassichuk
  • Savonarola nelle edizioni di Sébastien Gryphe : il caso della Dominicæ precationis explanatio par Stefano Dall’Aglio (The Medici Archive Project, Florence)
  • Le pubblicazioni di carattere giuridico par Silvio Pucci (Università degli studi, Siena)
  • Sébastien Gryphe au miroir d’un collectionneur bolonais, Antonio Magnani (1743-1811) par Sophie Renaudin (Bibliothèque nationale de France)
  • Nul n’est prophète en son pays… Le milieu des bibliophiles lyonnais au XIXe siècle et Sébastien Gryphe par Yves Jocteur Montrozier (Bibliothèque municipale de Lyon)
  • Conclusion par Richard Cooper
  • Notes
  • Index des noms propres
  • Table des illustrations
Vous pouvez vous procurer cet excellent ouvrage que je vous conseille pour l'avoir littéralement dévoré (il doit d'ailleurs m'en rester encore des bouts entre les dents...) auprès de l'enssib par l'intermédiaire de la librairie Decitre notamment (mais pas uniquement).

Bonne soirée,
Bertrand

Une autre idée de la bibliophilie.




Dessin signé JIHO illustrant un article intitulé "Arts et Lettres" signé Frédéric Bonnaud paru dans Siné Hebdo n°42 du mercredi 24 juin 2009 et repris en page 16 du Hors Série N°2 "Un an et toutes ses dents !".
Publié sur le Bibliomane moderne sans autre autorisation que celle de la bonne vieille liberté que prône le Patron Siné ! Toutes les réclamations sont à adresser à la direction du Bibliomane moderne.



Bon samedi,
Bertrand

Nota Bene : Dès que je trouve une image de Louis-Philippe bibliophile, Fidel Castro bibliophile, Louis XV bibliophile ou de tout autre animal politique bibliophile, sans préférence de parti aucune, je vous la livre sans tarder.

Deux impressions de Sébastien Gryphe : 1539 – 1540.


De ces deux découvertes récentes je pourrais vous dire beaucoup, mais doit-on tout dire, tout écrire, ne suffit-il pas quelque fois de laisser le mystère entourer les choses et finalement emporter l’adhésion des sentiments. C’est ce que je ferai ce soir en vous livrant pour toute pâture ces deux belles pages de titre. Sachez seulement que ces deux acquisitions se retrouvent au centre d’une aventure bibliophilique sans pareil pour votre serviteur. Quelques poussées d’adrénaline plus tard, quelques sueurs froides et autres émotions livresques que vous concevrez facilement, et les voici, là, réunis devant vous.


Treize livres au sujet des causes de la langue latine de Jules César Scaliger, 1540.


IVLII CAE=||SARIS SCALI=||GERI||*||DE CAUSIS LIN-||GVAE LATINAE||LIBRI TRE=||DECIM.||[fleuron]||[marque de l’imprimeur Sébastien Gryphe]||LUGDVNI APVD SEB.||GRYPHIVM,||1540.

In-4 (211 x 156 mm) de 14 ff. n. ch., 353 pp. et 1 f. n. ch. avec une autre marque de Sébastien Gryphe (griffon) imprimée au verso.



Les Baisers de Jean Second, 1539.


IOANNIS||SECVNDI||HAGIEN-||SIS||*||BASIA-||[fleuron]||Et alia quaedam.||[marque de l’imprimeur Sébastien Gryphe]||LVGDUNI APVD SEB.||GRYPHIVM,||1539.

In-4 (211 x 156 mm) de 61 pp. et 1 f. blanc.


Je laisse aux érudits, bibliophiles, passionnés qui nous lisent, le soin de découvrir tous les délices que peuvent receler chacun de ces deux ouvrages, et tout ce qui peut s’en dégager comme parfum d’histoire et de littérature. Je ne doute pas que quelques commentaires bien pensés vous échappent.

En 1540, le jeune Ronsard avait à peine 17 ans, Rabelais en avait 47 ans. Le jeune Montaigne n’avait pas encore 8 ans.

Bonne nuit,
Bertrand

vendredi 9 octobre 2009

Ravisius Textor, Thubal Holoferne, Jobelin Bridée, Pédagogues de la Renaissance.


A l’attention toute particulière des quelques bibliophiles membres de l'Éducation Nationale qui nous lisent, j’exhume aujourd’hui le célèbre Ravisius Textor, un professeur de rhétorique qui pratiquait la méthode qu’il recommandait à ses élèves : le genre de la leçon par collection de lieux communs. Il nous a laissé un ouvrage très étrange, l’Officinae epitome, dont la première impression date de 1520. (1)





L’ancêtre de ce genre, «les Nuits Attiques» d’Aulu-Gelle, au IIe siècle de notre ère, s’affranchit des contraintes d’un seul texte, d’une seule matière, l’auteur choisissant de réunir dans l’ordre aléatoire de ses lectures, divers extraits, éventuellement accompagnés de réflexions personnelles. Ces compilations eurent un succès considérable. Les collections de leçons peuvent conduire à des ouvrages réduits à des entassements de matériaux presque bruts. Tel est l’Officinae epitome de Ravisius Textor. (5)

Jean Tixier de Ravisy (Ravisius Textor), un nivernais, est né à Saint-Saulge ou plus vraisemblablement à Ravisy-en-Bazois vers 1480, étudiant au Collège de Navarre à Paris, le lycée Henri IV de l’époque, (dont j’aurais l’occasion de reparler à propos d’un ex-libris). Professeur dans ce même collège à vingt ans, vers 1500, et élu recteur de l'Université la même année ou vers 1510, mort sans doute en 1524, il écrivit toute une série de pièces "de collège" de 1500 à 1520 environ, qui furent jouées non seulement à Navarre, mais après leur édition en 1536, dans de nombreux collèges. (2) (4)

Si je n’avais pas peur que vous ne mettiez à ma copie un 0. je dirais que Ravisius Textor a été fortement inspiré par Jacques Prévert et par le Capitaine Haddock !


L'Officinae contient pour l’essentiel des listes de noms - animaux, végétaux, choses diverses et variées - des énumérations de personnages historiques et mythologiques, le tout classé en 300 rubriques dont l’ordre de classement laisse aujourd’hui rêveur. L’entassement l’emporte de loin sur l’arrangement, mais il s’agit bien de l’ancêtre d’un dictionnaire.

L’objectif que se proposait l’auteur était de fournir un répertoire d'anecdotes et de faits variés, arrangé de telle sorte qu'il soit utilisé par les élèves et les professeurs pour enrichir leurs devoirs et leur discours de citations savantes, nécessaires à l'art oratoire.

Comme il faut bien commencer par quelque chose, la première rubrique donne la liste de 171 personnes qui se sont suicidées ! - qu’il convient, évidemment, d’apprendre par cœur de manière à pouvoir les replacer facilement dans un diner en ville. …

Puis l’auteur donne la liste des parents qui ont tué leurs enfants, d’enfants qui ont tués leurs parents, d’individus qui ont tués leur frère ou leur sœur, de femmes qui ont tué leur mari, de maris qui ont tués leur femme, etc. Si le lecteur ne referme pas le livre, il pourra apprendre qui est mort noyé, qui a péri d’une chute de cheval, qui a été mordu par un serpent. Suivent d’autres listes de personnages classés suivant leurs mœurs, leurs habitudes sexuelles (cynoedi, paedicones & pathici, molles, effoeminati et elegantes, et même les viri muliebrem habitum mentiti, et oui !), puis vient un dictionnaire des serpents, vases, vêtements, hérétiques, magiciens, astrologues, chanteurs, musiciens, inventeurs, animaux divers, sculpteurs, peintres, arbres, hommes cruels, pauvres, historiens, poètes, etc, etc.. Et trois ratons laveurs.



Mais on trouve bien d’autres sujets dans cet ouvrage indispensable à la bibliothèque d’un humaniste du XVIe siècle, des chapitres sur les vices et les vertus, l'adresse et l'art, les peintres et les architectes célèbres, les écrivains et leurs œuvres, les diverses opinions sur Dieu, les rituels et la morales des peuples, etc. Le troisième volume "Cornucopiae", est un complément aux deux premiers tomes, il traite des lieux géographiques.



Nous savons que Montaigne l'avait lu et utilisé, et que pour le chapitre d’Androclès et le Lion il s'en est certainement inspiré. (3)

En ce qui me concerne, j’ai spécialement médité sur la rubrique "bella a mulieribus orta" (guerres déclenchées par la féminine engeance, où vous noterez que cette cause de conflits est plus fréquente que celle du contrôle des puits de pétrole).

Cet ouvrage singulier nous introduit dans l’univers des études au Moyen-Âge que Rabelais dénonçait avec humour. Il se moquait des «grands docteurs sophistes» en disant que «leur savoir n'estoit que besterie, et leur sapience n'estoit que moufles, abastardissant les bons et nobles esperitz, et corrompant toute fleur de jeunesse ». Venu au monde dans les dernières années du quinzième siècle, il a connu les vices de la scolastique, et les travers de l'abus des citations, et la manie du syllogisme.
Grandgousier confie son fils « à ung grand docteur sophiste, nommé maistre Thubal Holoferne ; puis, à ung aultre vieux tousseux, maistre Jobelin Bridée. » Gargantua reste plus de vingt ans entre leurs mains, apprenant si bien les livres où il étudie qu'il était capable de les réciter par cœur à rebours. Et cependant « son père aperçeut que en rien ne prouffitoit; et qui pis est, en devenoit fou, niays, tous resveux et rassoté. »

Dans la quatrième partie de Bigarrures (1585) consacré à l’éducation des enfants, Estienne Tabourot suggère aussi d’accoutumer les jeunes enfants à « faire des collections par lieux communs » à conditions qu’elles soient prétexte à « y adapter toutes sentences et histoires qu’il aura lues de lui-même, sans s’amuser aux lieux communs qui sont colligez par d’autres et imprimez : car cela les rendrait paresseux et asne enfin ».

Malgré toutes ces critiques, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de l’Officinae, dans lequel vous trouverez de quoi illustrer vos commentaires sur le Bibliomane Moderne de bonnes et sages citations latines, ou bien encore des tas de noms d’oiseau pour la prochaine discussion sur le style des reliures. Vous savez, Bachi-bouzouk ! Ectoplasme ! Moule à gaufres ! Butor à pieds plats ! Amiral de bateau lavoir, ...


Bonne Journée
Textor

(1) Ouvrage présenté, In-8 - 3 Tomes en 2 vol. de (1) - 464 pp- (3) ff (index) - (1) bl...470 pp - (4) ff (index) - (1) bl (marque) et 87 pp (1) bl., imprimé à Lyon, chez les Gryphe (Apud Haered Seb.Gryphii) en 1560
(2) Autre œuvre de Ravisius Textor : le Specimen epithetorum, Paris, Henri Estienne, 1518. Cet ouvrage, contrairement à d’autres manuels contemporains qui s’en tiennent à des cascades de listes brutes d’épithètes, accole systématiquement à l’épithète des citations d’auteurs classiques et néo-latins, avec références.
(3) voir la Préface de « The complete Essays Michel de Montaigne, tranlated byMichael Andrew Screech » – Penguin classics, 1993
(4) L Massebieau, De Ravisi Textoris Comoediis seu de comoediis collegiorum in Gallia (Praesertim ineunte sexto decimo saeculo), Paris Thèse de doctorat, J.Bonhoure ed. 1878. Voir aussi : Maurice Mignon, Etudes de Littérature Nivernaise Ophrys Gap1946 ; pp. 9 à 34 : Jean Tixier de Ravisy.
(5) Tous les savoirs du Monde, encyclopédies et bibliothèques de Sumer au XXIème siècle. BNF Flammarion, 1996 p 166-168


jeudi 8 octobre 2009

Cartonnage romantique et pensionnat de jeunes filles.





Pour faire écho à un billet récent consacré à une petite exposition de jolis cartonnages romantiques dits à fenêtre lithographiée et coloriés ou avec chromolithographie, voici un nouveau spécimen qui vient de prendre place sur mes rayons.

Ce qui est amusant c'est qu'on peut connaître la petite histoire de ce modeste livre de prix pour enfants grâce à l'étiquette contrecollée au verso du premier plat.

Le volume, de format in-12, qui sort des presses de Barbou frères à Limoges en 1853 a été offert en guise de premier prix de tenue des livres du pensionnat des religieuses de Saint-Charles à Manosque à l'élève Lucie Laugier qui était en 1ère division, 1ère classe. Prix décerné le 23 août 1855.

Je me suis laissé séduire par cet exemplaire car il est pratiquement neuf, avec d'infimes frottements sans gravité. L'aspect extérieur donne une incroyable impression de fraîcheur. Le texte est une vie d'Anne de Montmorency par David de S. Alban, personnage haut en couleurs de l'histoire de France, plus connu sous le nom de Connétable de Montmorency (1492-1567). Il est mortellement blessé à la seconde bataille de Saint-Denis.

La jolie lithographie coloriée (ou chromolithographie plutôt ??) représente un sujet sans aucun rapport avec le thème du livre (deux enfants en train de lire aux abords du parc d'un château). Ici c'est la lecture enfantine qui est mise en avant. Et c'est bien tout le but de ces petits livres cadeaux du mérite : faire lire les enfants et leur inculquer les valeurs morales utiles et nécessaires pour bien se tenir dans le monde.

Et un premier prix de tenue des livres, n'est-ce pas là une noble cause à laquelle devraient souscrire tous les bibliophiles ?

Je vous rappelle ce lien incontournable :
http://www.bm-lyon.fr/expo/08/cartonnagesromantiques/parcours.html

Bonne journée,
Bertrand

mercredi 7 octobre 2009

Les Bibliophiles Contemporains. Portraits, 1890.



Première de couverture des Annales littéraires
des Bibliophiles Contemporains,
1890.


Voici pour vous, sortis de mes archives consacrés à Octave Uzanne, trois planches de portraits gravés à l'eau-forte extraites des Annales littéraires des Bibliophiles Contemporains, Recueil de l'Académie des Beaux Livres pour 1890. Très beau volume imprimé avec soins sur les presses de l'Ancienne Maison Quantin à Paris, sous la direction de M. Octave Uzanne, président fondateur de ladite Académie. Tirage à 250 exemplaires seulement sur papier imprimé spécialement pour cet ouvrage et filigrané au nom de l'Académie. Quel déploiement de luxe ! Papier de Hollande de la plus belle qualité, typographie et mise en page parfaite, illustrations des plus luxueuses et des plus raffinées. Tout Uzanne est là !

Si je vous invite à visiter ce beau volume, c'est avant tout parce qu'on y trouve en préambule, un "Salut Présidentiel" des plus intéressants, accompagné de trois belles eaux-fortes tirées en couleurs (technique dite au repérage nécessitant plusieurs encrages et passages sous la presse), véritable prouesse technique et dont le résultat me semble des plus intéressant. Mais ce qui est encore plus intéressant à mon sens, ce sont les personnages au centre de ces eaux-fortes, tous amis, collaborateurs, bibliophiles, bibliographes, membres de l'Académie des Beaux Livres. Mais regardez plutôt. Ces portraits de bibliophiles, pour certains, devenus mythiques aujourd'hui, ne sont pas si facile que cela à trouver. C'est ici une chance de les avoir tous regroupés.

Cliquez sur les images pour les agrandir.


Quelques mots du Salut Présidentiel par Octave Uzanne :

(...) Sur le seuil de ce petit édifice littéraire que nous venons d'élever en commun, chacun y ayant apporté son concours ou sa cotisation, je suis d'autant plus heureux (...) de venir vous bailler le cordial salut de bienvenue (...) car cette inaugurale publication collective, qui marche à l'avant de tant d'autres, va nous donner en quelque sorte l'expression d'un petit phalanstère, qui réunirait dans une même passion esthétique tous les sincères amoureux du Livre contemporain, lisible, visible et tangible. (...)

O. Uzanne, 12 novembre 1890.


En toute modestie, j'émets ici le souhait que le Bibliomane moderne devienne ce petit phalanstère d'amoureux des beaux livres de ce début de XXIe siècle.

Merci encore à tous ceux et toutes celles qui concourent, par leur assiduité, leur participation active, leurs encouragements tout simplement, leur présence quotidienne, à faire du Bibliomane moderne ce petit cénacle d'amateurs.

A quand une première publication estampillée Bibliomane moderne ? Comme il y eut à la fin du XIXe siècle fondation des Bibliophiles Contemporains peut-on envisager celle des Bibliomanes modernes ?

Je vous laisse réfléchir sur ces brèves d'un optimisme outré... mais qui sait où tout cela nous mènera...

Bonne journée,
Bertrand

mardi 6 octobre 2009

Cette irrésistible attraction de la sphère...


Chers amis,

il me faut bien vous le dire franchement, j'ai mes marottes !

Décidé par les commentaires de Textor, Vincent, Raphaël, Bergamote, qui se sont exprimés sur les reliures ciselées de Charles Meunier, je vous livre une des mes lubies.

Les ouvrages dont le titre est orné d'une sphère armillaire !


Je les entends d'ici les bibliophiles estampillés "raison d'état" dirent du haut de leur perchoir : Quel bibliomane ! Quel étrange amateur de livres ! Quel vil collectionneur de livres ! Ils ont certainement raison d'ailleurs. Car je dois bien vous l'avouer, cet inclination pour quelques particularités des livres anciens ne répond visiblement à aucune législation en vigueur en pays de Bibliophilie. En même temps, j'adore ça. Je veux dire, sortir des cadres tout tracés et des schémas archaïques (ce doit être quelques réminiscences des cours magistraux et hautement philosophiques de quelque professeur en mal de reconnaissance éducationnelle qui me disait qu'il fallait regarder les choses "autrement"). Passons.

Les sphères donc. Je ne sais pas vous, mais moi je chasse le "Pierre Marteau" à tout va ! Je le traque dans les moindres recoins des catalogues les plus insignifiants jusque dans les profondeurs de l'internet suprabibliophilique.

J'ai toujours été fasciné par ces sphères armillaires placées au centre-bas des vieilles pages de titres des livres édités entre les années 1660 et 1780 (environ). Je ne vais pas ici vous faire l'histoire de ceux qui en ont fait la renommée, je veux dire les Elzévier, les Pierre Marteau, les Jean l'Enclume et autre Pierre Bernard et Adrien l'Enclume de Cologne ou d'ailleurs (je crois d'ailleurs savoir que Xavier voulait vous livrer un billet savant sur le sujet... mais chut... laissons le temps au temps).

Voilà, c'était juste pour vous dire en cette journée de vendange des "blancs" (c'est la fin !), sous un soleil voilé mais une chaleur presque tropicale au cœur d'un micro-vignoble de l'Auxois, qu'un bibliomane complètement toqué (il y en eut d'autres...), pensait à ses sphères éthérées typograhiques et magiques à la fois. Tout un monde de mystère bibliophile et de découvertes bibliographiques à la clé.

Je vous laisse là-dessus. C'est assez.

PS : Je voulais vous faire un billet qui aurait eu pour titre : "De la mobilité des bibliophiles ou faire de la bibliophilie un élément d'équilibre personnel" ... mais le sujet a été déjà bien traité aujourd'hui dans un domaine parallèle d'une toute autre dimension. Regardez comme l'article aurait été beau, voici un début : D L fait un rêve : "La bibliophilie doit contribuer au bien-être de chacun" Pour ce faire, il a pensé "réintroduire de l'individualisation pour créer du collectif" en proposant aux bibliophiles de personnaliser leur lieu de travail en y apportant sa «touche personnelle".

Magnifique non ? Cherchez bien.

Au fait, vos lubies à vous, c'est quoi ?

Bonne soirée,
Soyons désinvoltes, n'ayons l'air de rien.
Bertrand

lundi 5 octobre 2009

Les éditions bruxelloises de Gay & Doucé, Kistemaeckers et Poulet-Malassis, ornées d'un frontispice par Félicien Rops.




Comme le signalait Jacques Duprilot dans son remarquable essai sur les éditeurs sous le manteau Gay et Doucé ( 1877-1882), Félicien Rops, assoiffé de discrétion ne souhaitait pas trop que son nom soit mêlé à ceux d'éditeurs qui, parallèlement à leurs publications d'ouvrages galants avaient entrepris celles d'ouvrages érotiques. Ayant un faible pour l'éditrice Henriette Doucé, il réalisa pendant la seule année 1881, en moins de 8 mois, 13 frontispices , dont celui des Rimes de joie et 4 eaux-fortes pour ce même ouvrage. C'est ainsi qu'apparurent alors , et je les cite par classement alphabétique : les amusements des dames de Bruxelles de Chevrier, le Catéchisme des gens mariés, les chansons badines de Collé, les cousines de la colonelle, les dévotions de Monsieur Henri Roch avec Madame la duchesse de Condor par l'abbé de Voisenon, le dictionnaire érotique de Delveau, le Diable dupé par les femmes, la fleur lascive orientale, la messe de Gnide, les oeuvres badines de l'abbé de Grécourt, le recueil complet des chansons de Collé, les rimes de joie d'Hannon, et la Sphère de la lune.


Gay & Doucé ont également réédité Gamiani, les Joyeusetés galantes et autres du Vidame Bonaventure de la Braguette (Albert Glatigny) et les tableaux des mœurs du temps, sous les pseudonymes de Giovani Della Rosa et José Linares Hernanos.


Hormis quelques frontispices intéressants exécutés à la demande d'Henry Kistemaeckers, dont l'avarice sordide était légendaire, comme ceux de l'amante du christ, le christ au Vatican, l'Histoire de la sainte chandelle d'Arras de l'abbé Dulaurens, les notes d'un vagabond par Jean d'Ardenne, Paris ou le paradis des femmes, sa contribution avec l'éditeur Lemerre avec sa remarquable petites suites d'eaux-fortes pour les diaboliques de Barbey d' Aurévilly, quelques frontispices pour l'éditeur Dentu dont les Cythères parisiennes, l'histoire anecdotique des cafés de Paris, les masques modernes, Félicien Rops a collaboré , très étroitement, entre 1864 et 1873, avec Auguste Poulet-Malassis.


C'est là qu'apparaitront, aux côtés des frontispices pour l'édition des Épaves de Charles Baudelaire et le Fer rouge de Glatigny, ses compositions les plus érotiques et audacieuses pour ces ouvrages à tirage restreint et dont on connait, bien sûr, la qualité d'édition. Je tenterai d'en dresser une liste par titre alphabétique car sont nombreux encore les collectionneurs qui les recherchent : Amours et priapées par Henri Cantel, 1869 ; Anandria, 1866 ; les Aphrodites par André de Nerciat, 1864 ; l'Art priapique, 1864 ; les Bas-fonds de la Société par Henri Monnier, 1862, 1864, 1866 ; les Bons contes par Albert Glatigny, 1870 ; le Cabinet satyrique, 1854 ; le Diable au corps par Andréa de Nerciat, 1865 ; l'Enfer de Joseph Prud'homme par Henri Monnier, 1866, 1868 (c'est à savoir la grisette et l'étudiant et les deux gougnottes) ; les Épaves par Charles Baudelaire, 1866 ; le fer rouge, nouveaux châtiments, 1870, 1871 ; les Gaietés de Béranger, 1864 ; Gamiani d'A. de Musset, 1864 ; Gaspard de la nuit par Louis bertrand, 1868 ; les jeunes France par Théophile Gauthier, 1866 ; les Joyeusetés galantes et autres par Albert Glatigny, 1866 ; Lupanie par Clément, 1868 ; Margot la ravaudeuse par Fougeret de Montbron, 1868 ; le Nouveau Parnasse satyrique du 19è siècle, 1866 ; le Parnasse satyrique du 19è siècle, 1864 ; le Parnasse satyrique du Sieur théophile de Viau, 1864 ; Point de lendemain par Vivant Denon, 1867 ; les Quatre métamorphoses par Lemercier, 1866 ; Quatre petits poèmes libertins par Louis Protat, 1864 ; Serrefesse par Louis Protat, 1864 ; Tableaux des moeurs du temps par Le Riche de la Popelinière, 1867 ; le Théâtre érotique de la rue de la Santé, 1864 ; le Théâtre gaillard, 1865 ; Thérèse philosophe, 1868 ; Un été à la campagne par Gustave Droz, 1868 ; les Vacances de M.L.P. par Louis Protat, 1864.


En conclusion, dans le domaine de l'illustration de livres, Félicien Rops aurait réalisé largement plus d'une centaine de gravures, eaux-fortes et lithographies (certaines planches lithographiques ont été aquarellées, à la main pour la Revue d'horticulture), si l'on tient compte, à titre d'exemple, non exhaustif, d'ouvrages comme les Souvenirs de Barbizon, par Alexandre Piedagnel, Paris, Veuve Cadart, 1876, le manuel d'économie d'écurie, les conseils aux acheteurs de chevaux, chez Parent, 1860-1861, et les frontispices pour les ouvrages de Joséphin Péladan publiés chez Edinger puis Laurent, 1887....


Tout complément d'information qui me parviendra est toujours bienvenu !

Bonne journée,
Le Vicomte Kouyakov

dimanche 4 octobre 2009

Quatre-vingt dix reliures pour l’Edition nationale de Victor Hugo.



Il s’agit d’un recueil de planches de reliures exécutées par Charles Meunier(1) pour les quarante-trois volumes de l’Édition nationale de Victor Hugo !


La collection complète de ces recueils de planches est constitué de sept volumes, (les autres volumes ne concernent pas l'édition de Victor Hugo) ; ils ont tous été édités à cent exemplaires non commercialisés.

Charles Meunier a aussi écrit quatre volumes, où il réfute les....quatre ouvrages qu'Henri Béraldi a consacré à la reliure du XIXe siècle.

La lecture de l'œuvre de ce dernier montre son caractère bien trempé !


Voici quelques photos illustrant l’art de ce praticien, qui s’est spécialisé, comme Marius-Michel, dans les ornements floraux et dans les plats ciselés.

Reliure en cuir ciselée sur Les Misérables (Tome II).
Dans un décor de feuillage, Thénardier cravaté d'ailes hideuses, domine un médaillon, où tombe une balance douteuse appuyée aux tables de la loi. Au-dessous, Jean Valjean et Cosette, dominent les billets de banque qui forment la dot de la petite fille.


Reliure en cuir ciselée pour Les travailleurs de la mer.
Décor d'algues entourant un paysage de soleil levant.


Reliure en cuir ciselée sur Napoléon le Petit. Une main gantée prête serment sur les tables de la loi, où repose le bonnet de la république. Une épée de polytechnicien et un sabre de cavalier symbolisent l'armée intellectuelle et l'obéissance passive. Sous la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité, tout semble donc être dans l'ordre, mais la main est gantée comme l'âme est double.


Histoire d'un crime. Reliure de cuir ciselé. Posé sur une tête de mort, l'aigle impérial, déploie ses ailes. Au-dessous, dans un cadre de lauriers et de piques, la barricade où tombèrent définitivement les libertés légales. Le carnage continue au-dessous, par un cadavre étendu entre une roue brisée et des pavés disjoints.


Histoire d'un crime.
Deuxième plat du précédent volume. Le bonnet de la liberté, crucifié de clous, rayonne encore et projette les éclairs annonciateurs d'une revanche prochaine.



Depuis l'exil.
Reliure en cuir ciselé. La France a payé cher sa liberté. Le bonnet phrygien ne rayonne plus sur les armes et les drapeaux qui l'ont défendu. De pacifistes épis de blé et le pavot consolateur, vaguement éclairés par un soleil levant, attestent les forces à venir et la réparation prochaine.



(1) Charles Meunier, 1866-1948, a été employé chez Marius-Michel. Il s’établit à l’âge de vingt ans. Sa production est phénoménale. H. Béraldi l’estimait à environ six cents reliures. (Fléty-Dictionnaire des relieurs français…, pas dans Ch. Ramsden-French bookbinders)

Bonne journée et à bientôt,
Xavier

vendredi 2 octobre 2009

Comment on devient bibliophile ou les prémices d’une passion sans le savoir.


Petite parenthèse. Je publie ce soir le billet normalement prévu pour demain car demain je serai dans la capitale pour quelques visites bibliopolesques traditionnelles (marché Brassens et quelques libraires proches du quartier latin et des quais). D’ailleurs j’en profite pour dire ici à celles ou ceux qui souhaiteraient rencontrer votre dévoué en chair et en os, et quelques autres amis bibliomanes très modernes, que cela est tout à fait possible, demain à partir de 9h30 au Parc Georges Brassens (Paris XV), il vous suffit me joindre demain matin sur mon mobile (06 79 90 96 36 ou par SMS au même numéro), ce serait un véritable plaisir de savoir que deux ou trois lecteurs du Bibliomane moderne prennent plaisir à causer bouquins "en vrai" avec nous. Au plaisir, donc.

Cette première parenthèse étant refermée, voici le cœur du sujet de ce soir. On pourrait l’appeler « Comment l’esprit vient aux filles » pour rendre un hommage appuyé à notre ami Jean de La Fontaine ; mais, comme tout le monde sait ici, je ne suis point fille… Alors, nous donnerons pour titre au billet de ce soir : « Comment on devient bibliophile ou les prémices d’une passion sans le savoir » (…)

Tout un programme pour pas grand-chose, vous allez le voir rapidement. Le billet de ce soir me sert de prétexte pour vous expliquer, comment, peut-être je suis devenu bibliophile, assez jeune.

Si vous avez entre 35 et 75 ans, vous devriez comprendre assez rapidement tout l’intérêt du petit document que je vous propose de visionner et qui se trouve être (non sans mal…) en lien (sans doute très direct) avec ma passion pour les bibliothèques mystérieuses et autres livres des rayons cachés, et ce dès l’enfance… ou un peu plus tard. Mais regardez plutôt (notez bien que le document est déconseillé (pas interdit) aux mineurs de moins de 16 ans... et que si vous n'êtes qu'un galopin imberbe au dessous de cet âge... vous êtes fortement invité à aller vous coucher illico... d'ailleurs que feriez-vous encore debout à cette heure !! Jeunesse ! Quand tu nous tiens !).



Cela ne vous dit rien ? Allons allons…
Vous comprenez maintenant ?
Vous voyez, c’était court… (vous ne pensiez pas que j'allais vous livrer un épisode complet tout de même !!).

Bonne nuit …
Bertrand

PS : je conseille évidemment à tous les bibliophiles curieux l’épisode concernant Restif de La Bretonne dans son officine.

Histoire du manuscrit de Sade des 120 journées de Sodome.


Vous avez été plusieurs centaines d’admiratrices enthousiastes, à me réclamer à grand renfort de méls, la suite de mon premier billet sur le marquis de Sade. J’ai d’ores et déjà répondu à près de 850 demoiselles, et à quelques dames ; gardez votre calme, les autres méls sont en cours de « traitement ».

Bertrand, me laissant quelques lignes pour épancher mon âme, je signale à mes nombreuses admiratrices, que le troisième mille de photos me représentant (en tout bien, tout honneur…) est épuisé. Le photographe travaille d’arrache-pied pour me refaire urgemment un autre millier de tirages, (c’est un peu long car celui-ci est exclusivement manuel, mais, quel résultat…).

Je signale aux petites nouvelles, que le prix en a été très soigneusement étudié ; Il a été fixé à seulement 870 euros.

À seule fin de faire taire les esprits aigris, je vous informe, que cette faible participation est INTÉGRALEMENT reversée à un ami libraire qui a pour charge de me trouver des cochoncetés des XVIe et XVIIe siècle en plein vélin à rabats, ou éventuellement en plein maroquin citron des meilleurs relieurs de cette époque (le maroquin rouge est éventuellement accepté pour les ouvrages les moins osés). Ces ouvrages me permettront de vous livrer d’autres chroniques sur les belles pages du BiMo.

Un message personnel à l’attention de : Mlle Sophie de T*** de la V*** (de Nice), à Mme la baronne de R*** (à Paris 7), ainsi qu’à Mlle Juliette du T*** du château de S**** (dans la Vienne) : « Plusieurs lanières ont été brisées, il vous faudra patienter encore un petit peu, le temps que le cordonnier les refixe solidement sur le manche du fouet. »

A présent, et sans plus tarder, je livre, à vos yeux avides de connaissance : L’histoire du manuscrit de Sade des 120 journées de Sodome ou l'école du libertinage (le rouleau manuscrit est rédigé à la Bastille à la fin de 1785 ; en trente-sept jours, de sept à dix heures du soir). Il est égaré lors de l'incendie de la forteresse le 14 juillet 1789. Sade croit l'avoir irrémédiablement perdu (il ne le reverra, en effet, jamais), il en pleura "des larmes de sang".



Or, Il est récupéré durant la mise à sac de la Bastille, par un certain Arnoux de Saint-Maximim qui le vend au grand-père du marquis de Villeneuve-Trans. Il va rester dans cette famille durant trois générations.

Le manuscrit est ensuite vendu par ses descendants en 1900 au psychiatre allemand Iwan Bloch. Il est édité par ce dernier pour la première fois en 1904, sous le pseudonyme d'Eugène Dühren. Cette édition accumule plusieurs milliers d'erreurs.

En 1929, Maurice Heine, mandaté par le vicomte Charles de Noailles, généreux et courageux mécène, le rachète et le publie, de 1931 à 1935. C’est une édition limitée aux "bibliophiles souscripteurs" pour éviter la censure. En raison de sa qualité, elle est considérée comme la véritable originale.

En 1985, le manuscrit est vendu par une descendante du vicomte, à Genève, au collectionneur de livres érotiques rares, Gérard Nordmann (1930-1992).

Il est exposé pour la première fois en 2004, à la Fondation Martin Bodmer, près de Genève.

Le rouleau manuscrit de douze mètres dix de long, et de douze centimètres de large est composé de multiples morceaux de papier, ayant un centimètre de large. Chaque morceau est écrit des deux côtés ; l'écriture est tellement fine qu'elle ne peut-être lue qu'avec l'aide d'une loupe.



Cette production abonde en détails obscènes (en fait, Sade y décrit six cents perversions), mais on n'y retrouve pas les discussions philosophiques qui se rencontrent dans d'autres écrits du marquis.


Sources consultées :

- Eros invaincu, bibliothèque de Gérard Nordmann.
- Catalogue d'exposition de la BNF, "L'enfer de la bibliothèque, Eros au secret".
- Wikipédia, article sur les cent vingt journées de Sodome.
- Dictionnaire des œuvres érotiques.
- Les 120 journées peuvent être consultées ici : http://www.sade-ecrivain.com/journees/journees.html

Crédit photographique :

- Toutes les photos sont extraites du catalogue de la bibliothèque de Gérard Nordmann, Eros invaincu.

Bonne journée,
Xavier

jeudi 1 octobre 2009

Une reliure en maroquin olive aux têtes de morts ... 1640 ? 1700 ?




Reliure sur "La vie de S. Maur, (...), ensemble l'histoire de la fondation de la chapelle de N. Dame des miracles, qui est dans l'enclos de l'abbaye de Sainct Maur les Fossez." Paris, chez Pierre de Bresche, 1640. In-8.

Maroquin olive de l'époque ou postérieur de quelques dizaines d'années ?? Peut-être du début du XVIIIe siècle ?? (les gardes et doublures sont en papier peigne ce qui me fait penser plutôt à une reliure exécutée vers 1660-1690. Curieux décor à la Du Seuil mais avec des têtes de mort en lieu et place des fleurons d'angles !

On lit une note au crayon à l'intérieur. Certainement une note de libraire ou d'amateur :

"Reliure aux armes des Pénitents de la Croix. Très rare."

J'avoue que je n'arrive pas bien à en savoir plus sur cette "confrérie" ou "compagnie" des Pénitents de la Croix, et encore moins sur leurs reliures avec emblèmes.


Le dos est décoré des mêmes têtes de mort dans chaque caisson, sauf celui au milieu du dos qui est orné d'une version réduite et simplifié de l'emblème présent au centre des plats (croix chargée etc.).

Toutes vos idées, hypothèses, informations, seront les bienvenues, et ce pour satisfaire la curiosité de tous les lecteurs du Bibliomane moderne, et la mienne.


Pour les passionnés des filigranes, voici le filigrane de grande taille qu'on peut voir sur une des gardes blanches à la fin du volume, donc lié à la date de fabrication de la reliure.

Bonne journée,
Bertrand

Les Statuta Sabaudiae, du Duc Amédée VIII. (1340)


Un article du Bibliomane moderne présentant les statuts du Dauphiné (30 Janvier 2009) récemment relayé par un autre article de Jean-Marc sur son site, m’a fait penser à vous présenter une autre curiosité rarissime : les Statuta Sabaudiae, ou Statuts de Savoie. Les États savoisiens ont trop longtemps guerroyé contre le Dauphiné, chacun prenant et reprenant les châteaux de l’autre sur les marches de Savoie, pour que je ne puisse pas rester sans réagir !

1430 : Amédée VIII fait refondre, sous le nom de Statuts de Savoie les multiples lois jusque là en vigueur d'un bout à l'autre du duché. Ces statuts composés de 377 articles, sont le plus important document juridique savoisien jusqu’aux Royales Constitutions de 1723.

La Savoie était, dès cette époque, structurée en État. Les Statuta Sabaudiae se donnaient pour objet de centraliser l'administration, d'affirmer le prestige du souverain face à l'enchevêtrement des pouvoirs et des allégeances issus de la féodalité. De par leur étendue, les Statuts de Savoie sont plus qu'une constitution, puisqu'ils régissent également les rapports sociaux et l’organisation économique de l’État.




Ce livre est une mine de renseignements sur la vie en Savoie au XVeme siècle, car tous les sujets du quotidien sont abordés. Divisé en cinq livres de longueur inégale, il y est question, de la police des cultes (I), des conseils ducaux et de la justice (II), du statut des notaires et de la règlementation des arts libéraux (III) du tarif des actes (IV). Le livre V, un des plus curieux, traite des codes vestimentaires et du train de vie de toutes les classes sociales, du Souverain au laboureur en passant par le docteur « in utroque ».

Le format de cet article ne permet pas de développer chaque sujet, je retiendrais seulement quelques particularités qui m’ont frappées.
Vogues et Chavanneries.

Les savoisiens aiment s’amuser au cours des vogues et autres fêtes de village mais ils ne devaient pas dépasser une certaine limite. Livre 1,24 : « Nous condamnons tout à fait les amusements, les déguisements ou les transformations monstrueuses que certains ne craignent pas de faire au mépris du sacrement du mariage et des époux qu’on appelle charivari. Et aussi les déguisements détestables de ceux qui, en certaines fêtes de l’année, surtout aux fêtes de Saint Nicolas et Sainte Catherine s’habillent avec des habits affreux, en apparence du diable.»


Médecins et Chirurgiens.

« Nous ordonnons que toutes les fois que des médecins seront appelés à donner des remèdes à des personnes gravement malades, ils les avertiront par des paroles de consolation et non de frayeur, pour les amener à recevoir dignement et avec révérence, la médecine spirituelle, c'est-à-dire les sacrements salutaires de pénitence et d’Eucharistie, avant toute application de médecine corporelle, afin que la médecine spirituelle vienne en aide à la corporelle. ».


Le statut des juifs.

Le livre premier consacre de longs développements au statut des juifs en Savoie à cette époque. (Pas moins de 10 articles sur les 25 de ce livre). Ils formaient une communauté sociale et religieuse à part, libre d’exercer leur culte mais de manière très « encadré » (et le mot est faible). La communauté devait vivre dans un quartier spécial nommé Judeazimus dans les Statuts ; Ce quartier était fermé et il était interdit d’en sortir, sauf en cas d’incendie, de maladie ou sur convocation des autorités. Tous devaient porter sur leur habit un signe distinctif, un cercle d’étoffe rouge et blanche d’une largeur de quatre doigts (panni rubei et albi) , qui rappelle de sinistres pratiques plus récentes.


L’habit fait le moine.

Toutes les classes sociales, strictement hiérarchisées, devait pouvoir être distinguées à leurs habits et à la qualité des étoffes. (Statuts V, 1 à 10) Le drap d’or était réservé au Duc et aux membres de sa famille, le velours d’argent aux barons, le velours broché aux barons écuyers, l’écarlate aux banneret, la soie au vavasseurs-écuyers et aux docteurs d’origine noble, le satin aux docteurs en droit roturiers, et à certains haut fonctionnaires comme le trésorier général, les licenciés in utroque avaient droit au camelot, mélange de soie et de cachemire, les bourgeois portaient l’ostrade (laine) et ainsi de suite. Les artisans devaient se contenter d’une étoffe valant 20 gros de Genève l’aune. Comme on sait que le Duc payait ses étoffes d’or 42 ducats, soit 882 gros de Genève, cela donne une idée de la pyramide des revenus !!


Le présent exemplaire, que j’avais qualifié de bombe bibliophilique, pour reprendre l’expression de Bertrand, et que je garde comme l’un des plus précieux de ma bibliothèque pourrait être considéré par d’autres comme une simple épave, vu qu’il lui manque la page de titre et qu’il est passablement défraichi !

Je livre aux yeux exercés des paléologues du blog, les 2 pages de garde qui contiennent de nombreuses marques d’appartenance, notamment une que j’ai lue ainsi : Villare, frère du Châtelain de Chambéry, bon praticien ? - je ne sais pas de quel châtelain de Chambéry il pourrait s’agir, tout renseignement serait le bienvenu ! - mais il est émouvant de penser que ce livre a sans doute séjourné un temps dans les sombres tours du Château de Chambéry.



Bonne Journée
Textor

PS : l’exemplaire présenté est une impression de Turin, in-folio de (6)+100 ff - mq pdt. Au feuillet 100, Colophon "Magistrum Franciscum de Silva, Tautini. Regnante Carolus Duce. 24 avril 1505.", Suivent 5 ff., contenant des décrets postérieurs, incomplets, avec, in fine, la mention : "impressum Thaurini per Magistrum Franciscum de Silva, 14 novembre 1513. "

Pour une édiition du 21 juil 1497 chez le même éditeur, voir le numéro 541 du Catalogue HP Kraus (NY 1948) « Incunabula, sources of medieval and early Renaissance culture and learning ».

Références : Voir « La police religieuse, économique et sociale en Savoie d'après les Statuta Sabaudiae d'Amédée VIII (1430) », par Laurent Chevailler.

Résultats du sondage. Quel est votre siècle préféré ?


Voici les résultats du mini-sondage du moment qui vient de s'achever. Sur une période de 30 jours du 1er au 30 septembre 2009 vous avez été 75 à participer en votant et je vous en remercie.

La question posée était la suivante : quel est votre siècle préféré ? Plusieurs réponses étaient possibles.

Vous avez été 14/75 à déclarer avoir une préférence pour le XVe siècle soit 19% environ.

Vous avez été 22/75 à déclarer avoir une préférence pour le XVIe siècle soit 29% environ.

Vous avez été 17/75 à déclarer avoir une préférence pour le XVIIe siècle soit 23% environ.

Vous avez été 29/75 à déclarer avoir une préférence pour le XVIIIe siècle soit 39% environ.

Vous avez été 22/75 à déclarer avoir une préférence pour le XIXe siècle soit 29% environ.

Vous avez été 10/75 à déclarer avoir une préférence pour le XXe siècle soit 14% environ.

Vous avez été 9/75 à déclarer ne pas avoir de préférence particulière concernant le siècle soit 12%

Que déduire de tout ceci. Le Bibliomane moderne est résolument orienté vers les siècles antérieurs au XXe siècle (14% des votants s'intéressent au XXe siècle). Curieusement c'est le XVIIIe siècle qui obtient le plus grand soutien avec 39% des votants. Les XVe, XVIIe et XIXe semblent attirer les suffrages de manière équivalente ou presque. Les votants sont 12% à n'avoir aucune préférence quant à la date de publication des ouvrages qu'ils collectionnent.

Vous pouvez jeter un œil à notre précédent mini-sondage sur la fréquentation du Bibliomane moderne.

Merci à toutes et à tous pour votre participation à ces petits sondages qui n'ont qu'un seul but, mieux vous satisfaire.

Bonne journée,
Bertrand

Statistiques de fréquentation du Bibliomane moderne.


Je vous laisse apprécier les statistiques de fréquentation du Bibliomane moderne à l'aide de ces deux graphiques.

Le mois de septembre 2009, un an tout juste après la création du Bibliomane moderne, devient le meilleur mois en termes de nombre de visiteurs et en nombre de pages visitées, avec 4.565 "visiteurs" et 8.764 "pages vues". C'est près de 25% de visites en plus que le meilleur mois jusqu'alors qui était mai 2009.


Cliquez sur les graphiques pour les agrandir.




Encore une fois merci à toutes et à tous pour votre fidélité,
le succès du Bibliomane moderne, c'est vous !

Bonne nuit,
Bertrand

mercredi 30 septembre 2009

Pierre Berès Expert : deux ventes de beaux livres en 1961 et 1997.



Pour clore cette parenthèse enchantée qu'était la compagnie du géant Pierre Berès et de ses livres, voici deux évocations de Pierre Berès expert en livres et autographes.

Ce sont deux ventes distantes l'une de l'autre de 36 années. Lors de la première que nous évoquerons, en 1961, Pierre Berès est âgé de 48 ans, il a pourtant plus de 30 ans de carrière derrière lui... presque un jeune homme donc en somme. La deuxième vente évoquée s'est déroulée en 1997, le Prince des libraires avait 84 ans depuis juin.


La première vente est celle intitulée "Collection J D" (pour Jean Davray). Cette importante vente présentait aux amateurs du monde entier un choix exceptionnel de livres en éditions rares et bien reliées, des autographes de premier ordre. "Manuscrits et livres précieux du quinzième au vingtième siècle - Autographes historiques et littéraires, lettres de peintres, reliures" indique la page de titre. 315 numéros pour un catalogue aussi imposant que la collection qui y est décrite. Il s'agissait de disperser la collection de Jean Davray, bibliophile, collectionneur. Pierre Berès n'était pas le seul expert en lice, il y a avait à ses côtés Michel Castaing - je suppose qu'il s'agit du père ou du parent de l'actuel Président du SLAM, Frédéric Castaing, spécialisé dans les autographes - , et F. de Nobèle (rue Bonaparte, Paris). La vente fut menée successivement par trois commissaires priseurs, Me Maurice Rheims, Me René-G. Laurin et Me Philippe Rheims. C'est à l'occasion de cette vente historique que la BNF pu racheter le portrait de Pascal dessiné à la sanguine par Domat, portrait qui se trouvait dans un exemplaire du Corpus juris civilis de Justinien. C'est Jean Davray lui même qui l'offrit à la BNF en le rachetant dans la salle... Pour la petite histoire... C'était au début de la deuxième vacation de la vente de la collection de M. Davray, Me Maurice Rheims, qui dirigeait les enchères avec Mes René Laurin et Philippe Rheims, avait demandé 45 000 NF pour ce célèbre portrait signalé par Jean Couvreur dans le Monde du 6 décembre 1961 en même temps que l'ensemble de la collection. Le document atteignait rapidement 340 000 NF et allait devenir la propriété d'un amateur étranger lorsque M. Davray fit stopeer les enchères et se le fit adjuger en disant : "Je souhaite que ce portrait unique, soit désormais à l'abri du temps et prie M. Julien Cain, administrateur général de la Bibliothèque nationale, de bien vouloir l'accepter pour cette institution." ... Pierre Berès, plus de 40 ans plus tard devait certainement se souvenir de ce geste chevaleresque d'un bibliophile amoureux de ses livres et conscient du trésor historique qu'ils représentent parfois, en offrant lui-même à son tour le manuscrit corrigé de la Chartreuse de Parme de Stendhal à la BNF en 2005 (estimé 400 / 700 000 euros). D'après une coupure de presse jointe à mon exemplaire du catalogue de la vente Davray, on lit que les deux vacations produisirent la somme de 2 192 980 NF. La vente se déroulait dans le cadre somptueux du Palais Galliera.


La deuxième vente que nous évoquerons avec Pierre Berès à la chaise de l'expert est celle d'une "importante collection de livres galants, curieux et classiques" du lundi 22 décembre 1997. Le catalogue est joli, bien illustré, les notices assez succinctes mais intéressantes. On y remarquait, parmi les 609 lots, de nombreux livres reliés en beau maroquin du XIXe siècle, reliures signées des grands maîtres Trautz, Capé, Lortic, Bauzonnet, mais également des reliures de Bozérian, Purgold, Simier, Derome, etc. Il y a avait vraiment un grand nombre de livres curieux et même "curiosa" dans cette vente. Voici quelques titres pris au hasard : "La cabinet de Lambsaque, 1784" - Catéchisme des courtisans, 1668" - "Le cocu consolateur, 1810" etc. Evidemment, il ne faut pas chercher là une vente du même niveau que celle de Jean Davray ; il s'agissait ici de beaux livres, peu communs, bien reliés mais souvent en reliures postérieures, fussent-elles du XIXe siècle et signées. Point de pièces "rarissimes" donc. Pierre Berès, 84 ans passés, a dû bien s'amuser à diriger cette "petite" vente "bibelotière". A-t-il acheté quelques lots ? En retrouverait-on sur ces derniers catalogues publiés entre 1998 et ses dernières années ?? Je n'ai pas cherché.

Voici que la session d'hommage à Pierre Berès tombe temporairement le rideau. Nous aurons bientôt, c'est certain, l'occasion de revenir sur le Prince des libraires et ses merveilles.

En espérant vous avoir fait passer un agréable moment avec cette parenthèse enchantée et enchanteresse dans le monde du beau livre.

Bientôt Textor et Xavier vont vous soumettre leurs dernières productions, mais avant vous aurez droit à un petit bilan des statistiques explosives de fréquentation du Bibliomane moderne pour septembre. Merci encore à toutes et à tous ceux qui nous suivent chaque jour plus nombreux.

Bonne journée,
Bertrand