lundi 17 juin 2019

Manuscrit autographe de Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841), avocat et révolutionnaire."Des peuples et des nations" (vers 1830/1840).



Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841)
Manuscrit autographe signé non daté (vers 1830 / 1840)
Photo : www.lamourquibouquine.com tous droits réservés


Une fois n'est pas coutume, voici un autographe qui nous a tapé dans l'oeil ! Autographophilie plutôt que bibliomanie, j'en conviens, il n'en reste pas moins que ce petit texte devrait vous frapper au coin du bon sens (paf !). Bonne lecture ! Et surtout bonne réflexion ...

Manuscrit autographe de Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841), avocat et révolutionnaire.

Pour bien commencer la semaine, je vous propose de secouer vos neurones encore assoupis avec ces quelques lignes autographes signées Bertrand Barère de Vieuzac (1755-1841). Ce superbe manuscrit, complet en une seule page, est intitulé : "Des peuples et des nations". L'étude du papier (papier vélin fin) indique une rédaction probable entre 1830 et 1840.


Portrait gravé de Bertrand Barère publié vers 1840.
Dessiné par Gaildrau et gravé par Berlier


Cet avocat méridional, élu à la Constituante, puis à la Convention où il est une des têtes politiques de la Plaine (la majorité des députés) avant de se rallier — comme elle et jusqu’au 9 thermidor — à la Montagne, menée par Robespierre, fut l'un des orateurs les plus importants de la Révolution : l’énoncé de ses motions et de ses rapports occupe plus de douze colonnes du Moniteur, contre huit pour Robespierre et deux pour Danton. Rapporteur attitré du Comité de salut public (où il détient le record de longévité : dix-sept mois), ses discours lui valent un succès prodigieux à la Convention : il est l’aède des soldats de l’an II avec ses carmagnoles et donne un visage avenant, par sa verve, aux mesures terroristes du gouvernement révolutionnaire, de là son surnom d’« Anacréon de la guillotine » que lui donna son collègue à la Convention Charles-Jean-Marie Alquier. Proscrit sous le Directoire, amnistié sous le Consulat et l’Empire, exilé sous la Restauration, rentré en France sous Louis-Philippe, il meurt à 85 ans, conseiller général à Tarbes. Pendant cette dernière période, il sera élu à trois reprises député par les électeurs des Hautes-Pyrénées : 1797, 1815, 1834, ces élections, sauf celle des Cent-Jours, étant à chaque fois annulées par les pouvoirs en place. Ses Mémoires ont été publiés en 1842 seulement. Nous pensons que ce petit manuscrit avait vocation à s'insérer dans ses Mémoires (même si nous ne l'y avons pas retrouvé en l'état). En lisant ce manuscrit on peut se faire une idée juste de ce qu'était un révolutionnaire éclairé. Son texte est net, concis et limpide, tout ce qui manquera à beaucoup de révolutionnaires de 1789 (Robespierre par exemple - grâce à qui de nombreux auditeurs ont dû prolonger plus d'une sieste à l'assemblée). J'ai fait l'acquisition de ce texte de Barère parce qu'il m'a frappé, terriblement secoué par les vérités qu'il contient, si simplement énoncées, si proches de nos préoccupations en ce début de XXIe siècle frémissant. A la lecture de ce document, on ne peut s'empêcher de souhaiter de nouveaux Barère à la tribune.

Voici la transcription du texte :

« Des peuples et des nations »

« La vie des nations est comme la vie des individus, elle se compte par siècles, comme celle des hommes se compte par années. La vie des nations a sa marche ascendante et sa marche descendante. Elle a ses âges, ses périodes, depuis sa naissance jusqu’à sa fin. La longévité des nations est comme la longévité des individus, soumise aux influences du climat, des mœurs et du caractère originaires  des institutions morales et politiques, et de l’esprit différent des siècles. De même la civilisation, qui est la vie intellectuelle des peuples, a ses périodes, ses progrès, ses obstacles, ses erreurs dominantes, ses corruptions inévitables, sa décadence et sa chute. La terre est couverte de ruines des diverses civilisations plus ou moins perfectionnées, plus ou moins utiles au genre humain, et plus ou moins longues de durée. Enfin l’histoire des hommes nous apprend que les peuples ont leur enfance, leur jeunesse, leur âge mûr, leur âge avancé, leur vieillesse, leur caducité et leur chute ! Ces périodes de leur vie peuvent être accélérées ou retardées, perfectionnées ou corrompues selon les temps et les mœurs, selon les institutions et les loix, selon le voisinage des peuples barbares, ou l’invasion des conquérants. L’histoire des peuples n’est qu’une suite de révolutions et de réactions, dont les hommes ne sont que ses instruments, dans les desseins secrets de la nature. »

Signé Barère de Vieuzac. Sans date [vers 1830/1840 d’après l’étude du papier]


Réfléchissez-bien ! Bonne journée !

Pour évocation conforme,
Bertrand Bibliomane modene

samedi 15 juin 2019

Complément d'article sur la "roulette dorée au dauphin couronné".

C'est avoir un immense plaisir que nous avons reçu hier la communication suivante, que nous avons plaisir à vous communiquer en retour avec l'autorisation de son auteur. 

Si vous-même souhaitez participer à la vie du Bibliomane moderne comme d'autres l'ont fait par le passé, n'hésitez pas à nous joindre par email à contact@lamourquibouquine.com


 - - - - -


Cher Monsieur,

Ayant lu avec beaucoup d’intérêt l’article que vous avez consacré à la roulette dorée au dauphin couronné, publié sur votre blog en mai 2010, je me permets de vous transmettre les notices abrégées des ouvrages conservés à la bibliothèque du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères portant ce motif sur le dos de leur reliure :

·         La vie de la vénérable Mère Jeanne-Marie Chézard de Matel, fondatrice des religieuses de l'ordre du Verbe incarné / Antoine Boissieu. Lyon : chez Molin et Barbier, 1692. 399 p. ; in-8°. Bibliothèque du MEAE, Fg 49
·         Histoire ancienne des Egyptiens, des Carthaginois, des Assyriens, des Babyloniens, des Mèdes et des Perses, des Macédoniens, des Grecs... / Charles Rollin. Paris : chez la veuve Estienne, 1740. 6 vol. ; in-4°. Bibliothèque du MEAE, 26 P 1
·         Description géographique, historique, chronologique, politique et physique de l’empire de la Chine et de la Tartarie chinoise / Jean Baptiste Du Halde. Paris : P. G. Le Mercier, 1735. 4 vol. ; gr. in-fol. Bibliothèque du MEAE, 31 G 2
·         De officiis magnae ecclesiae et auloe constantinopolitanae... / Georgius Codinus. Parisiis : e typographia regia, 1648. 422 p. ; in-fol. Bibliothèque du MEAE, 35 G 5
·         Codex juris gentium diplomaticus / Gottfried Wilhelm Leibnitz. Hannoverae : impensis Samuelis Ammnii, 1693. 479 p. ; in-8°. Bibliothèque du MEAE, 85 A 4
·         Almanach royal pour l’an … Paris : chez Laurent d’Houry, 1716-1717. 2 vol. ; in-8°. Bibliothèque du MEAE, Rés. C 12
·         Gazette. Paris : du bureau d’adresse, aux galleries du Louvre, 1688 ; 1690-1691 ; 1692-1693 ; 1694-1695. 4 vol. ; in-4°. Bibliothèque du MEAE, 01 Az 51

                                  

                             31 G 2                                                                              35 G 5


Sans pouvoir présumer de la date à laquelle ces documents ont été reliés, on peut constater que les dates d’édition s’échelonnent entre 1648 et 1740. Je ne doute pas que vous pourrez tirer le meilleur parti de ce relevé.
                                             
Bien cordialement.

Lionel Chénedé.

Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
Direction des Archives (département de la Bibliothèque)
Chef du pôle Fonds ancien
3, rue Suzanne Masson
93126 La Courneuve cedex
Tél. 01 43 17 50 14

       Bibliothèque diplomatique numérique (aller à l'accueil)
Une bibliothèque numérique Gallica marque blanche pour le MEAE : bibliotheque-numerique.diplomatie.gouv.fr

mercredi 5 juin 2019

Chansons (paillardes) ou le curiosa qui résiste à nos investigations ... 20 illustrations au trait par un artiste inconnu (réservé aux adultes).


Premier plat de couverture

Voici le cas d'école qui arrive parfois au libraire ou à l'amateur : un livre qui résiste à toutes nos investigations, sur lequel on ne trouve rien, un livre qui n'est référencé nulle part ... sauf erreur et omission de notre part bien évidemment (il faut savoir rester prudent).

- Pas dans Dutel (Bibliographie des livres érotiques publiés clandestinement)
- Pas dans Pia (livres de l'Enfer)
- Pas dans la vente Gérard Nordmann
- nous n'avons rien trouvé qui ressemble dans les résultats de vente aux enchères
- nous n'avons jamais croisé auparavant cet "illustrateur" dont le style est affirmé

Bref. Nada !


Quatrième de couverture


Page de titre


Page de justification


Page de numérotation



Première page de chanson



Page de texte suivant la première page de chanson
(le texte est imprimé assez médiocrement, certainement en cliché photogravure)

Je vais essayer de vous décrire ce mystérieux volume de la façon la plus précise qui soit.

Il s'agit d'un volume broché de format in-4, soit 25,2 x 19,2 cm recouvert d'une couverture de papier marron légèrement chiné (sans rabats). Le premier plat de la couverture est imprimé en noir du simple titre "Chansons" et orné d'une illustration en noir également (deux hippocampes se tournant le dos). Le dos de la couverture est muet. La quatrième de couverture est ornée d'une vignette ronde de 40 mm de diamètre (un chanteur en train de chanter), vignette qui est sans conteste de la même main que les illustrations hors-texte dans le volume. Le volume s'ouvre sur un feuillet blanc. Vient ensuite la page de titre qui est identique à la couverture. Vient ensuite un feuillet de justification du tirage imprimé au recto unique, en bas à droite on lit : il a été tiré de cet ouvrage quarante exemplaires numérotés de 1 à 40 sur papier Japon Impérial et cinq cents exemplaires numérotés de 41 à 540 sur vélin pur fil et Madagascar Lafuma. Vient ensuite un feuillet comportant la numérotation avec imprimé : Exemplaire numéro 208. 208 étant imprimé au composteur. Viennent ensuite les feuillets de texte en commençant par la chanson initulée Les Filles de Camaret. Voici la liste complète des chansons comprises dans ce volume :

- Les filles de Camaret
- Les trois orfèvres
- Le plaisir des dieux
- Les moines de Saint-Bernardin
- La femme du vidangeur
- Vivre sans souci
- La patrouille
- A Gennevilliers
- La femme du roulier
- Le père Dupanloup
- Le cordonnier Pamphile
- Jean Gilles
- Chanson de Lourcine
- La ceinture
- O mon berger fidèle
- Les cent louis d'or
- Le grenadier de Flandre
- Les poils du cul
- En revenant de Lonjumeau
- Le brick goélette

Soit 20 chansons auxquelles répondent 20 illustrations hors-texte imprimées en noir au trait. Les illustrations hors-texte sont toutes de la même main, évidemment non signées. Elles mesurent environ 16,3 x 11,3 cm et sont circonscrites dans un cadre rectangle de cette dimension, bien défini. Concernant le texte des chansons qui précède chaque illustration hors-texte, il n'est pas paginé et peut varier de 4 pages à 6 pages environ. La première page de chaque chanson donne la partition avec les paroles, les feuillets suivant uniquement les paroles. Chaque début de page de texte de chanson est illustré d'une lettrine, qui n'est pas érotique (ou si peu). A noter que dans notre exemplaire (1 des 500 exemplaires sur vélin pur fil) les pages de texte sont imprimées effectivement sur papier vélin pur fil ivoire tandis que les hors-texte sont imprimés sur papier Madagascar Lafuma. Le volume s'achève sur un feuillet blanc. Aucune autre indication.





















Les 20 illustrations hors-texte 16,3 x 11,3 cm environ

Nous avons essayé de vous montrer en photo dans ce billet tout ce qui compose ce volume. Vous pouvez ainsi juger du style de l'illustrateur et de la mise en page caractéristique.

Que dire de plus ? Qu'on n'est pas plus avancé ! Mais que ce livre est assez joli. Les illustrations sont franchement érotiques avec une certaine dose de gigantisme dans la mise en image du sexe masculin. Un indice ? Ces illustrations sont-elles à la base des gravures sur bois ? sur linoléum ? Nous ne savons pas. Ce qui ressort de ces illustrations typiques est que l'artiste me semble très influencé par l'imagerie rabelaisienne. On y retrouve des influences de Gustave Doré (Contes drolatiques de Balzac). L'artiste abuse des hachures pour donner du relief et des ombres à ses dessins. Je laisse à chacun se faire une idée plus précise sur cet artiste dont nous n'avons pas retrouvé le trait dans aucun des livres érotiques illustrés que nous connaissons.

Ce recueil de chansons paillardes, chansons à boire pour les uns, chansons cochonnes pour les autres, est intéressant à plus d'un titre comme nous pouvons le voir en admirant le talent de l'artiste qui l'a illustré. Peut-être en saurons-nous plus un de ces jours ...

Vos remarques et suggestions seront précieuses pour tous les amateurs. Merci.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mardi 4 juin 2019

Une petite étiquette de libraire qui en dit long ... Jean-Baptiste-Alexandre Delespine (1676?-1767) Imprimeur-libraire, imprimeur ordinaire du Roi (1714-1740)






Voici la fiche ci-dessus en mode texte :


Pays :France
Sexe :Masculin
Naissance :1676
Mort :28-10-1767
Activité commerciale :Imprimeur libraire
Note :
Variante(s) de prénom : Jean-Baptiste. - Imprimeur-libraire ; imprimeur ordinaire du Roi (1714-1740) ; imprimeur de Son Éminence monseigneur le cardinal de Noailles, archevêque de Paris (1716-1729). - Fils d'un entrepreneur en bâtiment et architecte des bâtiments du Roi. Dit âgé de 25 ans lors de l'enquête de nov.-déc. 1701. En apprentissage chez l'imprimeur-libraire parisien Jean-Baptiste II Coignard en janv. 1696 et en activité dès 1699, il est reçu libraire le 25 mai 1700 et imprimeur le 7 janv. 1702, après avoir servi chez la veuve d'Étienne Michallet dont il acquiert le fonds (acte du 19 mai 1700 ; il y est dit encore mineur) et le matériel, et à qui il succède. Gendre de l'éditeur et marchand d'estampes Pierre II Mariette (1634-1716) dont il épouse en 1700 la fille Geneviève (-Hélène) (1665? - 29 nov. 1752). Élu adjoint au syndic de la communauté des libraires et imprimeurs de Paris le 5 sept. 1712, consul le 29 janv. 1733 et juge consul le 29 janv. 1739. Se démet de son imprimerie en faveur de son fils Charles-Jean-Baptiste Delespine (1705-1787) dès fév. 1740. D'après l'"Historique des libraires..." de l'inspecteur Joseph d'Hémery, à la date du 1er janv. 1749, il "à quité [sic]". Vente de son fonds le 11 déc. 1748 (BHVP, CP 4001, carton 9). Décédé à Paris en oct. 1767, doyen de sa communauté. Père de trois enfants, tous en vie au moment du partage successoral (21 juin 1768) : Charles-Jean-Baptiste, imprimeur-libraire et successeur de son père ; Geneviève-Hélène, mariée en 1723 à François Lovat, écuyer, conseiller du Roi ; Marguerite-Geneviève, qui épouse en 1738 André de Santeul, échevin de la ville de Paris
Autres formes du nom :Jean-Baptiste-Alexandre De L'Épine (1676?-1767)
Jean-Baptiste-Alexandre De L'Espine (1676?-1767)
Alexandre-Jean-Baptiste Delespine (1676?-1767)
Joannes-Baptista Delespine (1676?-1767) (latin)
Delespine père (1676?-1767)
Jean-Baptiste de Lespine (1676?-1767)
ISNI :ISNI 0000 0001 2099 5170

Source en ligne : https://data.bnf.fr/fr/12361502/jean-baptiste-alexandre_delespine/

Voici l'exemplaire en question. Relié plein veau brun, dos à nerfs orné aux petits fers dorés, pièce de titre de maroquin rouge, tranches mouchetées de rouge, gardes de papier marbré escargot. Ce petit volume de format in-12 n'aurait certainement pas attiré mon attention s'il n'avait été en parfait état de conservation. Je vous laisse juge.


Reliure plein veau brun probablement exécutée vers 1700

Le plaisir n'aurait pas été total s'il n'y avait eu un ex libris ancien collé sur le contreplat. Voici :


Ex libris armorié daté dans la gravure 1764 et signé des initiales PFBP mars 1764 ?
Je n'ai pas encore cherché à qui cet ex libris appartenait ... Je vous laisse chercher de votre côté.

Le texte :

[BOUHOURS (Dominique)]. Remarques Nouvelles sur la Langue Françoise Paris, Chez Sébastien Mabre-Cramoisy, 1682 In-12 (16,5 cm x 10,5 cm) de [12ff.], 600pp., [10ff.].

Ce texte est assez commun mais nullement inintéressant. On y apprend nombre de choses sur la langue française alors en pleine réforme et en pleine ébullition à l'Académie française, avec Furetière, etc. L'auteur, le Père Bouhours, était un ami intime de Bussy-Rabutin, l'auteur malheureux de l'Histoire amoureuse des Gaules, auteur que tout bibliophile a au moins croisé une fois.

Un joli petit volume qui a miraculeusement échappé au temps. Toujours émouvant.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mercredi 10 avril 2019

Almanach du Vrai Morvandais. 6e Année. 1914. Imprimerie Moderne Labille-Rousseau, Saulieu. Bourgogne. Morvan. Morvand. Morvandiau. Morvandelle.


Chers amis lecteurs du Bibliomane moderne,

J'ai de profondes racines ancrées dans le Morvan. Ce Morvan pauvre et rocailleux dont Rétif de la Bretonne parlait en disant (lui l'icaunais) que ses gens étaient si pauvres qu'ils venaient jusque dans les vignobles de l'Yonne près de Sacy pour vendanger le raisin pour gagner quatre sous. Tout le monde connaît ces nourrices du Morvan qui donnèrent la tétée à des dizaines de générations de rejetons de bourgeois parisiens dont les femmes ne voulaient pas déformer leur corps en élevant un minot avec leur propre lait. Ce Morvan déshérité, posé sur le granit rose, baigné par de splendides rivières, décoré de beaux vallons et collines, théâtre du flottage du bois qui a chauffé Paris pendant plusieurs siècles, ce Morvan si cher à mon cœur a aussi reçu nombre de gamins de Paris abandonnés, "ceux de l'Assistance publique", pour y être élevés à la dur entre les écuries puantes et la cour boueuse des fermes des propriétaires terriens. Tous les morvandiaux n'étaient pas pauvres ! Ces gamins de l'Assistance, mon arrière-grand-père Louis C., né en 1870, en était. Il a été élevé dans une famille du petit village de Trinquelin, petit hameau champêtre où circule le petit cours d'eau du même nom. Trinquelin est tout proche du village de St-Léger-de-Foucheret plus connu aujourd'hui sous le nom de St-Léger-Vauban, village qui a vu naître le célèbre Maréchal de France, grand architecte et ingénieur militaire du règne de Louis XIV. Son château de Bazoches est non loin, baigné dans cette même nature sauvage du Morvan. Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban les a bien connus ces pauvres gens du Morvan, à peine logés sous des maisons recouvertes de chaume, il en a d'ailleurs tiré des conclusions sur la pauvreté du royaume de France en proposant à Louis XIV une réforme de l'imposition des plus démunis. Son Projet d'une dixme royale publié en 1707 vaudra à son auteur une fin de vie moins glorieuse que celle qu'il aurait pu attendre. Ce Projet hardi visait à supprimer la taille, les aides, les douanes d'une province à l'autre, les décimes du Clergé, les affaires extraordinaires et tous autres impôts onéreux et non volontaires. Elle visait aussi à diminuer le prix du sel de moitié et plus ; le tout devant produite au Roi un revenu certain et suffisant, sans frais, sans être à charge à l'un de ses sujets plus qu'à l'autre, qui s'augmenterait considérablement par la meilleure culture des terres. Son livre fut condamné au feu. Les « années de misère » de la fin du règne du Roi Soleil (1692, 1693 et 1694) sont des années de disette alimentaire épouvantables, qui font 3 millions de morts, soit un dixième de la population. Le Morvan n'a évidemment pas été épargné. Fin de digression autobiographique. Venons-en aux faits ! Venons-en à ce qui nous intéresse ici : les livres ! ou plutôt : Un livre !


Découverte de hasard, j'ai entre les mains un ouvrage bien modeste qui n'en n'est pas moins très rare, semble-t-il. Quel est-il ? J'y viens :

Almanach du vrai Morvandais. 6ème Année. 1914. Imprimerie Moderne Labille-Rousseau, Saulieu.

Volume de format petit in-4 (21,5 x 15,5 cm), broché (ou plutôt agrafé - deux grosses agrafes perforent le dos de part en part pour maintenir les quelques 180 pages du volume. La première de couverture (voir photo) est illustrée, au dos on peut lire imprimé en long : "ALMANACH du VRAI MORVANDAIS - 1914". La quatrième de couverture est une publicité pour la Grande Chapellerie Parisienne A. Gervais située 1, Place des Terreaux à Saulieu (Côte d'Or).

Nous allons essayer de décrire ce que contient ce volume illustré en noir et blanc et en couleurs.

Outre les nombreuses publicités pour des produits médicinaux et autres (magasins locaux ou parisiens), on y trouve :

- 1 jeu de l'oracle imprimé en couleurs (2 pages)
- 1 annuaire pour 1914
- 1 calendrier imprimé en couleurs (avec les travaux du mois aux champs et au jardin)
- des petites nouvelles en français et d'autres en morvandiau
- des illustrations hors-texte en noir et en couleurs
- des articles (pour guérir un rhume ; des recettes, des renseignements utiles, etc.)
- à la fin on trouve dans des pages supplémentaires le calendrier des différentes foires de France

Quid de cet Almanach comme il en a existé tant d'autres dans les différentes régions de France ?

Ce qu'il a de particulier cet Almanach du vrai Morvandais (certains diront Morvandiau), c'est qu'il est introuvable et qu'on en parle nulle part !

C'est d'autant plus étonnant que cet Almanach de 1914 est celui de la "Sixième Année" comme l'indique la couverture et la page de titre. Si l'on s'en tient à cette information cela signifie donc qu'il a existé antérieurement 5 années (1913, 1912, 1911, 1910 et 1909).

1909 serait donc la première année de cet Almanach du vrai Morvandais.


Nous reproduisons ci-dessous l'avis "Aux Lecteurs et aux Amis" placé en tête du volume.

          Aux Lecteurs et aux Amis,

          Au moment d'entrer dans sa 6e année d'existence l'Almanach du Vrai Morvandais a le plaisir de présenter à ses nombreux lecteurs et ami (sic) ses meilleurs vœux. Il les remercie de lui avoir réservé à chacune de ses apparitions le plus cordial et le plus encourageant accueil.
          Le Vrai Morvandais cette année comme d'habitude apporte avec lui une nouvelle série d'historiettes écrites dans le savoureux patois que tout le monde connait maintenant et qui fait rire de si bon cœur. Nous espérons que celles-ci, pas plus que leurs aînées n'engendreront la mélancolie. Grâce à la collaboration d'un jeune compatriote de talent, lauréat des Ecoles des Beaux-Arts de Dijon et de Paris, plusieurs de ces histoires sont joyeusement et finement illustrées et la couverture elle-même s'est avantageusement transformée, pour devenir plus artistique et plus attirante.
          
          Comme le Vrai Morvandais rêve d'être un modeste trait d'union entre tous ceux qui s'intéressent au beau pays qu'est le Morvan, qui aiment autant ses vieux souvenirs, ses antiques coutumes, son pittoresque langage que la fraîcheur de ses vallées et le charme mélancolique de ses montagnes, il sera heureux de publier les historiettes en patois qu'on voudra bien lui adresser. A cette publication il ne mettra que ces conditions : ne faire aucune allusion pouvant blesser les opinions politiques ou religieuses de quiconque, mais "blaguer gentiment". Les questions de personnalités sans l'assentiment des intéressés seront évitées. Quant aux noms des pays mis en jeu, peu importe, puisque ce ne seront qu'anodines plaisanteries, les habitants de ce pays (seront) les premiers à rire de cette réclame inespérée. Enfin bien que le langage morvandeau à l'instar du latin brave l'honnêteté dans le genre leste ou gaulois il faudra s'arrêter à temps et ne pas dépasser la mesure permise ... même en patois.

          L'Almanach du Vrai Morvandais.

L'envoi des articles devait se faire avant le 1er otobre.

La couverture est signée A. David. Nous trouvons des dessins signés par Poulbot, Thomen, Brun, S. d'Alba, etc. Certains textes sont empruntés à Paul Arène ou encore Pierre Luguet, Montjoyeux, Désiré Mispolet, Louis Tybalt, Henri Lavedan, Roger Régis, Michel Corday, Léo Larguier, Ernest Laut, Marcel Prévost, G. Spitzmuller, Jules Moinaux, Rallye, André Theuriet, etc.

On retiendra que cet Almanach contient 5 textes rédigés en morvandiau (patois) :

- Eine Mâtrosse Réponse
- L'Ane du Mûnier
- Le Couloû
- Le Câbinet du Ministre
- Le ratais

Nous disions donc que cet Almanach du Vrai Morvandais résiste à toutes nos recherches dans les différents dépôts publics. Aucun exemplaire n'est répertorié au CCfr (Catalogue Collectif des Bibliothèque de France). Aucune occurence dans Google ... c'est dire ! Pas plus que dans Google Books ... nada ! rein du tout comme aurait dit mon grand-père (le fils de Louis C. ... oui je sais il faut suivre).

Bref, très heureux d'avoir en mains ce précieux Almanach du Vrai Morvandais qui me rattache un peu plus à mon histoire. Louis C. avait 44 ans en 1914, son fils André C. seulement 7 ans. Louis C. ne savait sans doute pas lire ni écrire correctement le français mais le morvandiau oui ! Son fils André C. m'en a transmis quelques bribes qui me reviennent en mémoire. André C. est mort en 1999 et avec lui s'est éteint dans ma famille la pratique du Morvandiau ... Ainsi va la vie !

Si un jour vous croisez un autre exemplaire de cet Almanach du Vrai Morvandais, faites-moi signe !

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

Suivent ici de nombreuses photographies de cet Almanach du Vrai Morvandais pour vous donner une idée du contenu et de sa présentation.



























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