mercredi 20 mars 2019

Pénurie de bon papier en 1794 ... Rétif de la Bretonne imprime ses livres sur ce qu'il trouve ... rafistole ... répare ... la preuve en image. Les Nuits de Paris (XVIe et dernière partie).


Réparation du papier "avant impression" bien visible par transparence.


Voici une petite histoire pour bibliophiles. J'étais en train de regarder (humer - qu'est-ce qu'il sentent bon ces volumes ...) le XVIe tome des Nuits de Paris de Rétif de la Bretonne (le dernier tome de la série et le plus rare - vraiment très rare) quand je me suis arrêté sur le feuillet paginé 561/561 (mal paginé au verso, 561 au lieu de 562). Mes doigts ont senti une différence d'épaisseur dans la feuille. J'ai regardé le papier par transparence devant une lumière forte (voir photo). On voit nettement que le papier (de très mauvaise qualité) a été rafistolé (il n'y pas d'autres mot). Mais rafistolé AVANT impression.


Page de titre de la XVIe Partie des Nuits de Paris.
Ce dernier tome a été largement censuré et est devenu très rare.


En 1794 (date de l'édition) le papier était très rare et cher et Rétif sans le sou. Il a fait imprimer ou plutôt imprimé lui-même ce dernier volume des Nuits de Paris sur du papier de fortune (papiers qu'il devait récupérer ici ou là pour finir son tirage). On voit bien les deux sortes de papier qui, réhumidifiés et réencollés avant impression, ont permis de tirer tant bien que mal ce texte malmené par la censure du fait des propos tenus par Rétif sur les épisodes révolutionnaires et post-révolutionnaires, le roi et la nation.

Bertrand Hugonnard-Roche
Bibliomane moderne



Feuillet 561/561 (sic)
Recto / Verso
imprimé sur papier rafistolé de mauvaise qualité 

mercredi 27 février 2019

LES // CONTEMPORAINES, // OU // AVENTURES DES PLUS JOLIES FEMMES // DE TOUTES LES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ. Paris, Peytieux, 1825. 38 tomes reliés en 19 volumes. Description et commentaire.



LES // CONTEMPORAINES, // OU // AVENTURES DES PLUS JOLIES FEMMES // DE TOUTES LES CLASSES DE LA SOCIÉTÉ. // recueillies // Par RÉTIF DE LA BRETONNE. // (Imprimé en 1790 par Büschel, à Leipsick.) // AVEC GRAVURES. // TOME I. (à XXXVIII) // PARIS, // PEYTIEUX LIBRAIRE, GALERIE DELORME. // 1825. // Imprimerie de A. Belin.

Description sur l'exemplaire (*)

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VOLUME 1. TOME 1-2. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome I. I. Vol. paginé (3) à 290. + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome II. II. Vol. paginé (291) à 552.

VOLUME 2. TOME 3-4. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome III. III. Vol. paginé (3) à 292. + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome IV. IV. Vol. paginé (295) à 600.

VOLUME 3. TOME 5-6. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome V. V. Vol. paginé (3) à 343. + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome VI. VI. Vol. paginé (347) à 672.

VOLUME 4. TOME 7-8. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome VII. VII. Vol. paginé (3) à 264. + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome VIII. VIII. Vol. paginé (291) à 655-(5).

[Il manque à cette remise en vente les parties IX, X, XI et XII] (**).
Le libraire Peytieux n'a pu en disposer (volumes alors épuisés).

VOLUME 5. TOME 9-10. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome IX. XIII. Vol. paginé (3) à 370-(14). + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome X. XIV. Vol. paginé (387) à 672.

VOLUME 6. TOME 11-12. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XI. XV. Vol. paginé (3) à 364-(12). + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XII. XVI. Vol. paginé (371) à 734-(22).

VOLUME 7. TOME 13-14. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XIII. XVII. Vol. paginé (3) à 318-(42). + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XIV. I & XVIII. Vol. paginé (3) à 326-(54).

VOLUME 8. TOME 15-16. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XV. II. & XIX. Vol. paginé (9) à 208-(112). + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XVI. III. & XX. Vol. paginé (291) à 579-(21).

VOLUME 9. TOME 17-18. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XVII. IV. & XXI. Vol. paginé (3) à 346-(14). + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XVIII. V. & XXII. Vol. paginé (355) à 666-(26).

VOLUME 10. TOME 19-20. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XIX. VI. & XXIII. Vol. paginé (3) à 264-(24) puis paginé 265 à 280. + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XX. VII. & XXIV. Vol. paginé (283) à 541-(11).

VOLUME 11. TOME 21-22. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXI. VIII. & XXV. Vol. paginé (3) à 278-(10) + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXII. IX. & XXVI. Vol. paginé (291) à 648.

VOLUME 12. TOME 23-24. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXIII. X. & XXVII. Vol. paginé (3) à 280-(8) puis paginé de 281 à 352 + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXIV. XI. & XXVIII. Vol. paginé (355) à 661-(3).

VOLUME 13. TOME 25-26. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXV. XII. & XXIX. Vol. paginé (3) à 367-(3) + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXVI. XIII. & XXX. Vol. paginé (363) à 604-(66).

VOLUME 14. TOME 27-28. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXVII. I. & XXXI. Vol. paginé (3) à 266 et paginé ([3]) à [16]-(8) + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXVIII. II. & XXXII. Vol. paginé (291) à 600.

VOLUME 15. TOME 29-30. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXIX. III. & XXXIII. Vol. paginé (3) à 292-(28) + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXX. IV. & XXXIV. Vol. paginé (323) à 598-(2).

VOLUME 16. TOME 31-32. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXXI. V. & XXXV. Vol. paginé (3) à 334-(2) + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXXII. VI. & XXXVI. Vol. paginé (309) à 548-(14).

VOLUME 17. TOME 33-34. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXXIII. VII. & XXXVII. Vol. paginé (3) à 310-(2) + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXXIV. VIII. & XXXVIII. Vol. paginé (315) à 600.

VOLUME 18. TOME 35-36. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXXV. IX. & XXXIX. Vol. paginé (3) à 368 + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXXVI. X. & XL. Vol. paginé (371) à 702-(2).

VOLUME 19. TOME 37-38. 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXXVII. XI. & XLI. Vol. paginé (3) à 282-(22) + 1 feuillet de titre (Peytieux, 1825) tome XXXVIII. XII. & XLII. Vol. paginé (307) à 568-(22).

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 (*) Exemplaire relié plein cartonnage papier bleu nuit à la bradel. Pièce de titre de cuir rouge "LES CONTEMPORAINES". Filets horizontaux aux dos. Numéro de volumes au dos (double numéro " 23-24" etc. Exemplaire relié sur brochure, non rogné, tranches ébarbées. Le tirage des gravures présentes dans les 38 tomes sont la plupart d'un tirage assez médiocre assez pâle. Ex libris malheureusement gratté présent dans tous les volumes. reliure de l'époque (1825).

(**) les parties IX, X, XI et XII qui manquent ici contiennent les nouvelles 53 à 80.

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Répartition des gravures présentes dans l'exemplaire.

VOLUME 1 : Il a perdu la mémoire + Les Associés
VOLUME 2 : La mort d'amour + L'ancienne inclination
VOLUME 3 : Le Mari-Dieu + La Belle-Laide
VOLUME 4 : Le Mari-père + La Vertu inutile
VOLUME 5 : Le Mariage enfantin + La Fille volée (sic)
VOLUME 6 : La fille à la mode + La Femme aveugle et le mari sourd
VOLUME 7 : Hélène + La jolie Vielleuse
VOLUME 8 : La Mercière + Les Rôtisseuses
VOLUME 9 : L'Agremeniste + La Confiseuse
VOLUME 10 : Les onze marchandes + La Tonnelière
VOLUME 11 : Les Épouses par quartier + Femmes qui rendent heureux (leur mari)
VOLUME 12 : La Petite Coureuse + La Femme de chambre
VOLUME 13 : Les Journalières + La Vigneronne
VOLUME 14 : La Marquise et la Comtesse + Les Femmes de garnison
VOLUME 15 : La Mère grosse pour sa fille + Les Soeurs-Maîtresses
VOLUME 16 : L'Intendante + La Procureuse
VOLUME 17 : La Bourgeoise + La Garde Malade
VOLUME 18 : figure avant la lettre (acteurs) + figure avant la lettre (deux femmes)
VOLUME 19 : figure avant la lettre (chanteuses) + figure avant la lettre (danseurs)

Soit 38 gravures en tout pour les 38 volumes (1 gravure en frontispice de chaque tome).


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Paul Lacroix (Bibliophile Jacob) pris les doigts dans le pot de confiture !



On retiendra que Paul Lacroix, dans sa  Bibliographie des ouvrages de Rétif de la Bretonne publiée en 1875 chez le libraire Auguste Fontaine, à l'occasion de la description de cette remise en vente de 1825, est pris en flagrant délit de Bibliographie-Fiction voire d'invention bibliographique pure et simple. Explication. Paul Lacroix écrit page 197 : "En 1825, le libraire Peytieux, se trouvant propriétaire d'un certain nombre d'exemplaires des Contemporaines, les fit brocher avec une nouvelle étiquette (i.e. page de titre) et en annonça la vente, par livraisons. Mais ces exemplaires, dont les figures sont quelquefois en bonnes épreuves, ne contiennent que trente-huit volumes, les six derniers de l'ouvrage ayant été épuisés, avant les premiers qui étaient, comme nous l'avons dit, tirés à plus grand nombre."  Mais où a-t-il été pêcher de telles informations ? Certainement pas en consultant un exemplaire de cette remise en vente comme nous pouvons le faire aujourd'hui ! Ce ne sont les les 6 derniers volumes des Contemporaines "épuisés" qui manquent à la remise en vente Peytieux de 1825 mais les tomes IX, X, XI et XII qui appartiennent à la première série normalement complète en 17 tomes. Paul Lacroix invente donc ... Pour quelle raison ? on ne sait pas ... De même pour les épreuves des gravures qu'il dit "quelquefois en bonnes épreuves" ... on sait qu'il n'y a que quelques gravures (en général 1 en frontispice de chaque volume) pour cette remise en vente. Nous avons eu en mains 18 volumes d'un autre exemplaire de cette remise en vente et nous avons ainsi pu constater que seulement 1 gravure était placée en frontispice ou au milieu du volume. Le tirage des gravures de cette remise en vente de 1825 est généralement pâle.
Rives Childs n'a fait que reprendre l'information de Lacroix dans sa bibliographe des ouvrages de Restif de la Bretonne. Sans précision supplémentaires ni même sans reprendre le détail de Lacroix. Rives Childs n'a donc jamais eu en mains non plus cette remise en vente. Voir ci-dessous :


Par ailleurs, c'est Charles Monselet qui évoque le premier cette remise en vente en 1854. Il écrit alors : "En 1825, le libraire Peytieux, se trouvant propriétaire d'un certain nombre de Contemporaines, fit faire une nouvelle couverture et en annonça la vente. 38 vol." Cela ressemble furieusement à ce qu'écrira Lacroix 20 ans plus tard ... les précisions affabulées par Lacroix en moins !

En conclusion, disons qu'il est impératif d'avoir un exemplaire en mains pour pouvoir en dire quelque chose de précis et juste. Visiblement ni Lacroix, ni Rives Childs, ni Monselet n'ont fait preuve de cette justesse.

PS : si vous possédez un exemplaire complet des 38 volumes de cette remise en vente Peytieux 1825 ou de quelques volumes seulement, nous serons heureux d'entrer en contact avec vous pour comparer votre exemplaire à celui décrit ci-dessus.

Bertrand Hugonnard-Roche


samedi 23 février 2019

Commentaires manuscrits en marge des premières nouvelles des Contemporaines de Rétif de la Bretonne, par un anonyme ...


Coll. Bertrand Hugonnard-Roche

Les commentaires ci-dessous se trouvent manuscrits en marge des deux premiers volumes d'un exemplaire de la seconde édition (remise en vente sous une nouvelle page de titre en 1825 par le libraire Peytieux, situé dans la Galerie Delorme. Nous reparlerons ultérieurement de cette curieuse remise en vente tronquée de 4 volumes (38 volumes au lieu des 42 requis). Il est difficile de dater l'écriture. Soit ces quelques commentaires, qui s'arrêtent avec la XXVIIIe nouvelle, ont été écrit à la parution en 1782 ou quelques années après, soit ils ont été écrits en 1825 ou peu de temps après. Quoiqu'il en soit, nous avons pensé que ces quelques lignes présentaient un intérêt certain. Nous découvrons l'avis d'un lecteur contemporain ou quasi-contemporain des Contemporaines de Rétif. Ce lecteur attentif n'a hélas pas laissé son identité. Un ex libris gratté subsiste dans les 38 volumes, pour le moment resté non identifié. L'avis de ce mystérieux lecteur est mitigé mais globalement plutôt enthousiaste. Certaines nouvelles lui apparaissent "jolies" voire "fort jolies" quand d'autres sont "peu vraisemblables" voire "peu intéressantes et faiblement contées". Ces commentaires sont écrits à l'encre brune pâle, de la taille de véritables pattes de mouches (voir photos), assez difficile à déchiffrer mais nous avons pu rétablir l'intégralité du texte. Les voici :

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Coll. Bertrand Hugonnard-Roche


Nouvelle I. Le Nouveau-Pygmalion.

Intéressante. Trait de vengeance bien étonnant.

Nouvelle II. Il a perdu la mémoire.

Jolie et originale. Bien dialoguée.

Nouvelle III. N'importe laquelle.

Charmante, dialoguée avec un naturel exquis. Sujet original.

Nouvelle IV. La Soubrette par amour.

Assez drôle.

Nouvelle V. La petite amoureuse.

Un peu longue mais plein de naturel.

Nouvelle VI. La Grisette épousée.

A(ssez) jolie et contenant une scène agréable.

Nouvelle VII. L'Honneur éclipsé par l'Amour.

Assez jolie.

Nouvelle VIII. La Fille-de-Marchand et le Garson-de-boutique.

Intéressante et très morale, quoique trop longue.

Nouvelle IX. La Fille échappée.

Charmante, bien dialoguée.

Nouvelle X. Les 20 épouses des 20 associés, Nouveau moyen de bannir l'ennui du ménage.

Ingénieuse, neuve, intéressante. Que de bon sens dans cette dame Ste Eusèbe ! Jusqu'à l'anticipation toutefois. Le refus qu'en fait St Preux est des plus piquans.

Nouvelle XI. La Jeune-demoiselle, et le petit Auvergnat.

Jolie.

Nouvelle XII. Le Garson-Fille ou le Pouvoir du-Sexe.

Jolie, malgré des déguisements peu vraisemblables.

Nouvelle XIII. La Fille-garson.

Fort jolie.

Nouvelle XIV. La * * * * (qu'on devinera).

Trop mystérieuse pour le dénouement. Sujet déjà rebattu.

Nouvelle XV. La Mort-d'amour.

Tragique et intéressante mais bien romanesque. On ne meurt plus comme cela.

Nouvelle XVI. Le Mariage caché.

Extrêmement piquante. La plus jolie des seize.

Nouvelle XVII. La Fille attrapée.

Très morale et assez amusante.

Nouvelle XVIII. La Belle-Hôtesse, et son Pensionnaire.

Amusante et morale. Charmants dialogues.

Nouvelle XIX. La Fille séduite, ou l'ami de la maison.

Frappante de vérité et d'une indécence qui n'exclut pas la morale. Le dialogue entre les deux filles est supérieurement traité.

Nouvelle XX. Le Mari à l'essai.

Ingénieuse, neuve, intéressante. Que de bon sens dans cette dame Ste Eusèbe ! Jusqu'à l'anticipation toutefois. Le refus qu'en fait St Preux est des plus piquans.

Nouvelle XXI. La Femme à l'essai ou la jolie Gouvernante.

Assez gentille quoique moins intéressante que la précédante. La manière dont Louise accueille les galanteries de l'avocat & du 1er clerc , est bien racontée & ce qu'il y a de mieux.

Nouvelle XXII. L'Attente trompée.

Peu intéressante et faiblement contée. Point de vraisemblance dans ces demandes en mariage qui se font toutes en même temps, malgré l'extrême jeunesse de plusieurs des époux.

Nouvelle XXIII. La Fille naturelle.

De celles dont on ne dit rien.

Nouvelle XXIV. L'Amazone, ou la Fille qui veut faire un Enfant.

Histoire incroyable et qui m'a tout l'air d'un roman quoique l'auteur prétende en connaître beaucoup d'autres dans le même genre.

Nouvelle XXV. L'ancienne inclination.

Intéressante.

Nouvelle XXVI. Le premier Amour.

Très jolie.

Nouvelle XXVII. La Femme au Mari invisible ou Recette pour les héros défigurés à la guerre.

Peu croyable.

Nouvelle XXVIII. La mauvaise Mère.

Intéressante, quoique le caractère de la mère ne soit pas dans la nature.



Coll. Bertrand Hugonnard-Roche

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Un recensement des exemplaires annotés et commentés des Contemporaines serait intéressant à effectuer. Peut-être d'ailleurs cela a-t-il déjà été fait. Nous n'avons pas encore croisé de tels documents. Nous compléterons le présent billet en fonction de nos découvertes à venir.


Bertrand Hugonnard-Roche
Bibliomane moderne

lundi 26 novembre 2018

Suite de 12 dessins érotiques reproduits en héliogravure (vers 1930 ?) par un artiste anonyme pour un livre (?) qui reste à découvrir ...









Suite (complète ?) de 12 dessins reproduits en héliogravure par un artiste resté inconnu ... pour un livre resté mystérieux ? Dimensions des feuilles : 29,5 x 23 cm. Les dessins semblent être à l'origine des lavis d'encre brune ou noire (dessins au trait rehaussé de lavis pour certains). Cet ensemble est homogène (même artiste) et même thématique (saphisme). 

Personnellement je penche pour l'illustrateur Nicolas Sternberg. Je trouve les visages typiques de cet artiste. Un collectionneur que j'ai contacté évoque Léon Courbouleix mais je n'y crois pas. Qui d'autre ? Et pour quel ouvrage ? Ces dessins sur feuilles de grandes dimensions ont certainement été fait pour illustrer un ouvrage sur la thématique saphique des années 1930, mais lequel ?

Dutel dans sa Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1920 et 1970 semble ne pas avoir répertorié cette suite (elle n'est pas reproduite en tous cas - sauf erreur de ma part).

Je vous laisse en tête à tête avec cette suite qui peut-être vous rappellera un ouvrage que vous avez vous-même croisé.

Merci d'avance de vos remarques et commentaires.

Vous pouvez me contacter à contact@lamourquibouquine.com

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mardi 20 novembre 2018

Laurent Bordelon. La Langue (1705-1707). Petite description matérielle et contenu de l'oeuvre. "Les polissons mêmes en ont plaisanté. Est-ce une langue de bœuf, de mouton, une langue fourrée ? (...)".


Je tiens à rassurer l'auditoire : La Langue n'entre pas dans la catégorie des curiosa que je peux parfois mettre en avant ici. Bien qu'un chapitre soit consacré à la Langue de l'amour et un autre à la Langue des Femmes ... Nous allons tenter de présenter cet ouvrage de manière attrayante pour le bibliophile au bon usage de sa langue.

L'exemplaire que nous avons sous les yeux se présente ainsi : 2 volumes de format in-8 (17,5 x 10,5 cm). Volumes conservés dans leur reliure de l'époque en veau brun. Voici la description matérielle des deux volumes :

Volume 1 : Page de titre : LA // LANGUE. // ON CONNOISTRA EN QUOY // consiste l'utilité de cet ouvrage, par la // lecture des Averstissemens qui le précèdent. // TOME I. // [grand fleuron gravé sur bois] // A PARIS, // Chez URBAIN COUSTELLIER, rue Saint // Jacques, au-dessus de la rue des Mathurins, // au Coeur-Bon. // ET // Chez CLAUDE PRUD'HOMME, au sixième Pillier // de la grand'-Salle du Palais, vis à vis l'Escalier de la // Cour des Aydes, à la Bonne Foy couronnée. // [filet mince] // M. DCCVII. // Avec Approbation & Privilège du Roy.

Pagination : Frontispice gravé à l'eau-forte placé en regard de la page de titre : Un homme monté sur une estrade en train de parler devant une assemblée. La gravure porte cette légende : Taisez-vous, ou dites des choses qui soient meilleures que le silence. Pythagore. Pour le Livre intitulé La Langue, qui se vend à Paris rue St Jacques au Coeur-Bon. A la suite de la page de titre suivent 13 feuillets non chiffrés comprenant une épître à M *****, un Avertissement sur cet ouvrage, la Table, l'Approbation et le Privilège du Roi. Le texte commence à la page 1 (feuillet signé A) jusqu'à la page chiffrée 403. Au verso de la page 403 se trouve les fautes à corriger (errata). Relié à la suite : LETTRE // SUR LE LIVRE // INTITULE, // LA LANGUE. // [vignette gravée sur bois] // A PARIS, // Chez JEAN MUSIER, Quay des Au- // gustins, à la descente du Pont-Neuf, // à l'Olivier. // [filet mince] // M. DCCVI. // Avec Approbation & Permission. 24 pages y compris le titre et la dernière page non paginée.

Volume 2 : Page de titre : LA // LANGUE. // TOME II. // [grand fleuron gravé sur bois - différent de celui du premier volume] // A PARIS, // Chez URBAIN COUSTELLIER, rue Saint // Jacques, au-dessus de la rue des Mathurins, // au Coeur-Bon. // ET // Chez CLAUDE PRUD'HOMME, au sixième Pillier // de la grand'-Salle du Palais, vis à vis l'Escalier de la // Cour des Aydes, à la Bonne Foy couronnée. // [filet mince] // M. DCCVII. // Avec Approbation & Privilège du Roy.

Pagination : 4 feuillets non chiffrés y compris la page de titre, un Avertissement, et la Table. Le texte commence à la page 1 (feuillet signé A) jusqu'à la page chiffrée 545. Au verso de la page 545 commence un Table des matières par ordre alphabétique suivie des Fautes à corriger (errata). A la suite se trouve l'Approbation et le Privilège du Roi (4 feuillets en tout non chiffrés).


Quelques remarques sur ces deux volumes :

Le premier volume, daté 1707 sur la page de titre, possède une Approbation datée de Paris (signée RAGUET), le 11 décembre 1704 et un Privilège donné à Versailles le 11 janvier 1705. Le deuxième volume, daté également 1707 sur la page de titre, possède une Approbation datée de Paris (signée FONTENELLE), le 3 août 1706 et un Privilège, donné à Versailles le 11 janvier 1705 (même privilège que pour le premier volume).

Nous avons comparé le premier volume que nous possédons avec un exemplaire de l'édition donnée sous la date de 1705 uniquement à l'adresse du libraire Urbain Coustellier. Après vérification il s'avère que l'édition que nous avons sous la date de 1707 parue sous les deux noms des libraires Coustellier et Prud'homme est strictement identique à celle publiée sous la date de 1705 sous le seul nom de Coustellier. Notre édition de 1707 n'est autre qu'une remise en vente avec le titre qui a été changé. Ce titre changé en 1707 porte la mention "TOME I." et permettait donc d'annonce un "TOME II." qui n'était pas initialement prévu lors de la parution de l'ouvrage au début de l'année 1705. Le deuxième volume qui porte l'année de 1707 possède bien une approbation spécifique en date du 3 août 1706.

Autres éditions du même ouvrage :

- 1705. Chez Elie Yvans, Rotterdam. pp. [22], 302 [i.e. 402]. (correspond au premier volume uniquement).
- 1708. Chez Charles Le Clerc, Paris, front., (15) ff., 403 pp. ; (4) ff., 545 pp., (4) ff. ; 24 pp. (Lettre sur le livre intitulé la langue).
- 1713. Suivant le copie de Paris ; A Maestricht : chez Jacques Delessart. 379 pp. in-12.
- 1714. A Maestricht : chez Jacques Delessart. ?
- 1716. Maestricht. 2 vol. in-12. ?
- 1720. Chez Le Clerc, Paris. 388 pp. 2 volumes in-8.

Ces descriptifs ayant été pris via le Catalogue Collectif des Bibliothèques de France (CCfr), d'après des notices non homogènes quant à la description matérielle le plus souvent lacunaire. La plupart indiquent in-12 alors qu'il s'agit nous pensons à chaque fois de format petits in-8 d'après les signatures des cahiers des exemplaires que nous avons pu consulter. Il n'est donc pas facile de savoir combien d'éditions à proprement parler a connu cet ouvrage. Ce qui est certain c'est que les éditions de Paris parues en 1705, 1707 et 1708 sont à priori une seule et même édition. Le deuxième tome n'apparaissant qu'à la date de 1707. Si ce livre semble avoir connu un certain succès (contrefaçon hollandaise et réimpressions jusque dans les années 1720), il semble aussi que l'auteur a joué de ses relations avec ses éditeurs pour mettre et remettre son ouvrage plusieurs fois de suite à la vitrine des librairies pour tenter le lecteur.

Quelques informations sur l'auteur et ce livre :

Nous ne ferons pas la vie de l'abbé Laurent Bordelon dans le détail. Son oeuvre immense et hétéroclite est bien connue des bibliophiles et des curieux. Nous redirons seulement qu'il est né en 1653 à Bourges et qu'il est mort à Paris en 1730. On lui doit une centaine de volumes sur à peu près tous les sujets, du plus sérieux au plus étrange. Il est surtout connu des bibliophiles pour son Histoire des imaginations extravagantes de monsieur Oufle, servant de préservatif contre la lecture des livres qui traitent de la magie, du grimoire, des démoniaques, sorciers ... des esprits-folets, génies, phantòmes & autres revenans ; des songes, de la pierre philosophale, de l'astrologie judiciaire (ouvrage paru pour la première fois en 1710. On  lui doit aussi Mital, ou Aventures incroyables ...(1708), Les Tours de Maître Gonin (1713). Il a fait paraître aussi l'Esprit de Guy Patin, des Dialogues divers et variés, etc. On lui reconnaît un sens inné de la facétie et de l'ironie mordante doublés d'une écriture simple basée sur ses observations de l'homme sous toutes ses coutures. On le classe parmi les utopistes et les progressistes malgré un évident conservatisme moralisateur prôné dans la totalité de son oeuvre.

Que contient La Langue ?

Si nous prenons l'Avertissement placé en tête du premier volume (le seul initialement prévu) on lit : " Je ne dirai point ici, que j'ai composé ce Livre à la sollicitation de mes amis, et que je n'ai permis qu'on le mît sous la presse, qu'après plusieurs prières qu'ils m'en ont fait ; car j'imposerais au Public, si je parlais de la sorte, puisque je n'ai communiqué mon dessein à qui que ce soit : et ainsi je ne me justifierai point aux dépens des autres, si le Public ne le reçoit pas aussi bien, qu'il est naturel à un Auteur de le souhaiter. Je ne me propose propose point d'autre but, en mettant cet Ouvrage au jour, que d'apporter quelque utilité à ceux qui le liront, en leur faisant par de l'attention et des réflexions continuelles, dont je me suis servi depuis quelques années, et dont je me sers tous les jours, pour bien gouverner ma langue ; parce que j'ai toujours remarqué, que rien n'est plus dangereux, que de ne la savoir pas régler, et qu'elle contribue beaucoup au bien et au mal que nous ressentons. Nos chutes viennent d'ordinaire de nos faux jugements ; nos faux jugements de nos fausses impressions ; et ces fausses impressions du commerce que nous avons les uns avec les autres par le langage. La langue est comme le timon de notre conduite : quoiqu'elle soit une très petite partie, elle ne laisse pas d'être la plus importante du vaisseau, parce qu'elle le tourne comme il lui plait. Si nous y faisons bien attention, nous trouverons que le parler, cause en partie le bien et le mal qui nous arrive : c'est très souvent à cause de nos paroles, que nous nous faisons aimer ou haïr ; estimer ou mépriser ; négliger ou craindre : elles servent à nous porter à l'élévation, ou à nous précipiter dans l'abaissement ; à nous procurer les richesses, ou à nous faire recevoir avec agrément, ou à nous faire rejeter avec indignation. Enfin, c'est presque toujours de nos paroles, que l'on décide de ce que nous valons. Que l'on ne croit donc pas que ce soit l'amour propre, l'envie d'écrire, l'avidité de faire parler de moi, qui m’aient engagé à rendre ce Livre public : je veux seulement montrer aux autres le chemin que je tiens dans ma conduite, quand il s'agit de parler : s'ils ne le jugent pas bon, qu'ils ne le suivent point. Je donne ce que je pense ; non pas ce que je crois qu'on doive absolument penser : ce sont ici mes pensées, mes réflexions, mes conjectures ; elles seront des décisions seulement pour ceux, qui penseront, qui réfléchiront, qui conjectureront comme moi. Ce ne sont point tant des leçons que je donne aux autres, comme le récit des leçons que je me suis données à moi-même, et que j'ai tâché de mettre en usage. Si on en les juge bonnes, ne doit-on pas aussi-bien que moi, faire des efforts, pour s'en bien servir ? Il n'y a personne qui ait un privilège, qui le dispense de suivre la vérité, la justice et la raison, qui que ce soit qui les montre. On sait les définitions des vices et des vertus ; on connait ce qui est bon et mauvais ; on voit de tous côtés des livres, qui apprennent comment il faut penser, comment il faut parler, comment il faut agir : ici des caractères et des portraits des mœurs ; là des réflexions et des remarques sur la conduite des hommes ; ici des règles de la vie civile ; là des conseils, des avis, des sentiments, des maximes sur les devoirs de tous les états : mais où sont vos pratiques ? où trouve-t-on des Auteurs qui témoignent travailler, à mettre eux-mêmes en usage leurs avis et leurs règles, afin d'en prouver la possibilité, ou la facilité par leur exemple ? Rien n'est plus facile que de parler, aussi voyons-nous de grands et beaux parleurs : rien n'est plus difficile que de faire ; aussi voyons-nous très peu de faiseurs. On ne doit donc pas trouver mauvais si, en montrant ici comment il faut régler sa langue, je dis avec tant de sincérité, ce que je fais pour bien régler la mienne. Je ne prétends pas obliger mes lecteurs de croire que ma pratique soit un fidèle exercice des règles qu'on m'a données de bouche, ou que j'ai trouvées par mes lectures, ou que j'ai moi-même imaginées : je veux seulement leur dire ce que j'ai fait, pour tâcher de profiter de toutes ces instructions. J'avoue, à ma confusion, que je suis bien au-dessous de la perfection que je me suis proposée ; je le reconnais de bonne foi ; et cette reconnaissance m'est d'autant plus salutaire, qu'elle m'excite à faire de nouveaux progrès dans la pratique des conseils qu'on trouvera ici. Je parle dans ce Livre souvent de moi, non pas, parce que je crois que le Public se soucie de me connaître, ou que je désire me faire connaître au Public. (Je souhaite, au contraire, de tout mon cœur, me pouvoir bien cacher :) mais seulement pour lui faire part des réflexions et des pratiques, dont ce moi s'est servi, et se sert tous les jours pour sa conduite, comme de moyens qu'il a crû être les meilleurs, pour parler avec discrétion, ou pour se faire avec prudence. Si l'on se plaint que je parle trop de moi ; je me plains de mon côté, de ce qu'on ne parle pas assez de soi. Je serais plus touché des discours d'un Auteur, qui me dirait : Je travaille d'une telle manière, pour éviter un tel défaut, pour acquérir une telle perfection ; que quand il me dit, faites ceci, faites cela, sans me montrer par sa propre expérience, qu'il est aisé de mettre en pratique ce qu'il me conseille. Je proteste donc que la présomption ne m'excite point du tout à parler de moi : je me trouve trop éloigné des perfections qui m'en pourraient fournir le prétexte. Enfin, si ce moi peut choquer ; si l'on prétend que je ne pratique pas, ce que j'assure que je pratique ; hé bien, sans perdre du temps dans un examen de censure à mon égard, qu'on examine seulement si ce que je dis, est praticable, et utile à pratiquer. Pour moi, quand j'entends dire, Voilà des Auteurs, qui donnent de belles instructions, mais il ne les pratiquent point. Hé bien, dis-je, pratiquons-les pour eux, ils ne nous les donnent que pour cela. On ne chicane point tant, quand on fonge de bonne foi à la perfection. J'ai fait ce Livre, et ce Livre me fait tous les jours : plus je réfléchis sur ce qu'il contient, plus je me lime et me perfectionne. L'amour propre produit peut-être cette utilité, par la prévention où je puis être pour mon ouvrage : quoiqu'il en soit, l'utilité est produite. Peut-on mieux employer son amour propre, que de s'en servir pour se rendre meilleur ? Avec cette utilité, qui me perfectionne, je me trouve encore si imparfait, que je ne demanderais qu'à me cacher, si je le pouvais. La perfection dont je parle, mérite plutôt le nom d'une imperfection qui diminue, que celui de perfection. Ce ne sont point ici des abstractions métaphysiques, des avis plus spirituels que praticables, ni des idées de ces perfections si élevées, qu'on désespère presque toujours d'y pouvoir atteindre : mais ce sont des vérités, pour ainsi dire, familières, et des pratiques qui sont à la portée de tous ceux qui voudront les essayer. Si cependant personne ne lit mon Livre, je me consolerai avec mon intention, qui est bonne, et avec l'utilité que je tire tous les jours des sentiments qu'il renferme. Je n'accuserai personne d'injustice ; je me dirai seulement à moi-même, que je me suis trompé, en me persuadant, que je donnais un Ouvrage, qui pouvait être bon à quelque chose : je m'en rapporterai assurément plus volontiers au jugement du Public, qu'au mien propre : on est d'ordinaire très méchant juge, dans sa propre cause. Si les délicats ne trouvent pas tout l'arrangement, toute la politesse, et toutes les scrupuleuses dictions qu'ils demandent, je serai content, pourvu qu'ils me comprennent ; (ce qui ne sera pas bien difficile, ) pourvu qu'ils conviennent, que ce que je dis, est bon à suivre, et qu'ils le suivent en effet ; je n'en souhaite pas davantage ; et eux, ce me semble, n'ont rien de plus à souhaiter. Quoi ! voudraient-ils condamner une bonne maxime de Morale, pour un petit défaut de Grammaire ? qu'on ne cherche donc pas ici à parler poliment, mais à parler judicieusement : je ne négligerai pas le premier ; mais je ferai ma principale affaire du second. On remarquera peut-être ici quelques sentiments, qu'on aura remarqué ailleurs, et dont je ne cite point les Auteurs : comme les lectures que je fais depuis quelques années, ne tendent qu'à régler ma conduite, je ne doute point qu'on ne trouve ici beaucoup de vestiges, outre celles que j'ai citées. Je rends de tout mon cœur ces sentiments  à ceux à qui ils appartiendront : si je me ressouvenais de ceux à qui je les dois rendre, j'en nommerais volontiers les Propriétaires : mais je les ai tellement remaniés et médités, pour mon utilité, que j'ai oublié la source d'où je les ai tirés, et que je m'imagine qu'ils sont miens : et ainsi que ceux qui cherchent plus à critiquer les Livres, qu'à en profiter, prennent bien garde, en voulant me censurer, d'attaquer des gens qui sont beaucoup plus habiles que moi. Montaigne disait agréablement à ce propos : à escient j'en cache l'auteur, pour tenir en bride la témérité de ces sentences hâtives, qui se jettent sur toutes sortes d'écrits ... Je veux qu'ils donnent une nazarde à Plutarque sur mon nez, et qu'ils s'échaudent à injurier Senèque en moi."

Voici la table des chapitres du premier volume : De la conversation. La langue du babillard. La langue du silencieux. La langue du diseur de bons mots. La langue du polisson. La langue du railleur. La langue de celui qui dispute. La langue de l'opiniâtre. La langue de l'étourdi. La langue du Complimenteur. La langue de celui qui loue. La langue du flatteur. La langue du menteur. La langue de celui qui se vante. La langue du médisant. La langue de celui qui jure. La langue de celui qui promet. La langue du nouvelliste. La langue de celui qui fait des rapports. La langue de celui qui conseille. La langue de celui qui fait des réprimandes. La langue de celui qui instruit. La langue de celui à qui on confie, ou qui confie un secret. La langue des femmes. La langue de l'amour. La langue de celui qui se plaint. La langue de celui console.

Le second volume (qui comme nous l'avons vu n'était pas prévu à l'origine) ne contient qu'un seul Traité, celui de la Langue de celui qui fait attention. Néanmoins ce seul traité des Attentions occupe plus de place encore que le premier volume. Ce second volume est divisé en une multitude de chapitres sur les Attentions. Attentions sur les sciences et les savants, sur les auteurs et les livres, la critique et la satire, la philosophie et les philosophes, l'histoire et les historiens, l'éloquence et les orateurs, la médecine et les médecins, la chimie et les chimistes, la poésie et les poètes, la musique et les musiciens, attentions sur les femmes, sur l'amour, les spectacles, la dévotion et l'hypocrisie, les ecclésiastiques, les personnes religieuses, la magistrature, la guerre et les guerriers, la cour et les courtisans, les publicains, le mariage et les gens mariés, la noblesse et les nobles, sur l'orgueil, la gloire et les grandeurs, la supériorité et la dépendance, les richesses et la pauvreté, les amis et les ennemis, la crédulité, l'opinion et la coutume, la prévention, la superstition, la retraite et la solitude, sur la connaissance de soi-même, la liberté, les afflictions, la jeunesse et les jeunes gens, la vieillesse et les vieillards, le commerce de la vie civile, différents sujets.

Concernant le petit opuscule relié à la suite du premier volume, publié à la date de 1706, et intitulé Lettre sur le livre intitulé La Langue (paru chez Musier à Paris avec une Approbation datée du 20 décembre 1705 et une Permission datée du 27 mars 1706, l'auteur est semble-t-il resté anonyme. Le texte est amusant à lire et le style pourrait faire penser à Bordelon lui-même comme auteur facétieux de cette publicité digne d'un marketing avancé. En effet, après avoir signalé cet ouvrage étonnant, curieux, bizarre, dont le titre si court en contient si long, l'auteur finit par vanter les mérites de ce texte très-utile. On lit au début, et c'est sans doute ce que tout le monde aura pensé en lisant le titre de ce billet : "Les polissons mêmes en ont plaisanté. Est-ce une langue de boeuf, de mouton, une langue fourrée ? Il n'y a pas de livre dont on parle plus par tout le monde que celui-ci, disait un autre, car en quelque endroit qu'on parle, on n'y parle que de La Langue."

Conclusion expiatoire :

On a envie de dire : Ouf ! c'est fini ! En fait, dans la pratique (puisque Bordelon nous invite à la pratique), ces petits chapitres se lisent très bien et se picorent un peu en tous sens. C'est d'ailleurs assez bien écrit et se lit beaucoup mieux aujourd'hui que le Théâtre de Voltaire ! On trouve dans ces deux épais volumes beaucoup de pragmatisme dans le comportement à adopter face à l'autre dans l'échange. On y apprend aussi beaucoup sur l'esprit humain si difficile à appréhender dans la multitude des possibilités d'expressions qu'il revêt. Avec son Moi ébouriffé Bordelon nous invite presque à une longue séance de psychanalyse avant l'heure. Finalement l'humain du début du XVIIe siècle n'est guère différent de celui de ce début de XXIe siècle (quelques problèmes cognitifs en plus mis à part). Les méchants, les gentils, les vilains, les riches ou les pauvres, les vantards ou les méprisants, il faut faire avec toute cette soupe des sentiments humains qui nous contamine tous un peu (beaucoup) chaque jour, aujourd'hui plus que jamais.

Nous conclurons cette petite présentation par un passage tiré de l’Évangile selon Bordelon, à savoir les Attentions sur les Femmes. Bordelont écrit :

"Les femmes sont dangereuses pour les hommes ; parce qu'elles cherchent à plaire, et qu'il est bien difficile de ne se pas rendre à leurs attraits ; parce que leurs vertus peuvent causer d'une certaine manière en nous d'aussi grands désordres, que leurs vices ; parce qu'elles ne blessent pas moins par leur modestie, que par leur beauté ; parce qu'elles peuvent détruire par leur seule présence, les projets de perfection les plus assurés ; parce qu'elles peuvent triompher par un simple regard, des réfutations les plus fières ; parce qu'elles peuvent ruiner par une légère marque d'affection, les habitudes de vertu les plus invétérées."

Parole d'abbé !

PS : merci d'avoir lu jusqu'au bout ... vous êtes un lecteur ou une lectrice méritant.e.s (inclusivement parlant je veux dire).

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mercredi 14 novembre 2018

Choderlos de Laclos. Description matérielle de l'édition des Liaisons Dangereuses portant le millésime 1788 "A Amsterdam et se trouve à Paris, chez Durand neveu".

     

      Cette petite étude fait suite à celle que nous avons donné dernièrement concernant l'édition des Liaisons dangereuses portant le millésime 1784 et l'adresse "A Amsterdam et se trouve à Paris, chez Durand Neveu. VOIR ICI.

      Avoir un exemplaire en mains est l'occasion pour le libraire d'en faire une description précise. Cette description est d'autant plus utile lorsque les bibliographes ne se sont pas penché sur son cas. C'est ce qui semble être le cas pour cette édition ancienne des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos parue sous le millésime de 1788 à l'adresse d'Amsterdam et Paris, chez Durand neveu.

      La bibliographie de référence concernant les éditions des Liaisons dangereuses portant le millésime 1782 a été écrite en 1963 par Max Brun et tirée à part de la revue "Le Livre et l'Estampe" (n°33 - Premier numéro de 1963). Cette petite plaquette au format in-8 (22 x 14 cm env.) se compose de 64 pages dont 1 tableau dépliant et quelques reproduction de pages de titres en fac-similés. Comme sont titre l'indique, cette étude s'attache à répertorier en détail les différents tirages et éditions portant la date de 1782. Néanmoins, à la fin, l'auteur cite et donne quelques intéressantes informations sur d'autres éditions postérieures portant les dates de 1787, 1792 et 1796. Rien n'est dit cependant concernant cette édition portant le millésime de 1788 dont nous donnons la description comme suit :

      L'édition que nous allons décrire porte le millésime M. DCC. LXXXVIII. [1788] sur les 4 pages de titre. Les volumes que nous avons en main sont de format in-12 (Hauteur des marges : 180 mm. - exemplaire broché ayant conservé ses marges). L'exemplaire étudié est broché conservé sous couverture de papier à la colle bleu (probablement légèrement postérieur, vers 1800/1820). Voici le texte des pages de titre. le symbole // marque la césure telle qu'elle apparaît sur chaque page de titre. Nous respectons l'orthographe et indiquons entre crochets [] les éléments qui donnent des informations supplémentaires.


Description :

      Il n'y a pas de faux-titre pour aucune des quatre parties.

Première partie :

LES LIAISONS // DANGEREUSES, // OU // LETTRES // Recueillies dans une Société, & publiées // pour l'instruction de quelques autres. // PAR M. C...... DE L. // [filet composé de plusieurs tirets longs et ornement au centre et aux extrémités] J'ai vu les mœurs de mon temps, & j'ai publié ces Lettres. // J. J. ROUSSEAU, Préf. de la Nouv. Héloïse. // [filet composé de plusieurs tirets longs et ornement au centre et aux extrémités] // PREMIÈRE PARTIE. // [fleuron composé typographique] // A AMSTERDAM , // & se trouve à PARIS, // Chez DURAND Neveu, Libraire, à la Sagesse, // rue Galande. // [double filet, celui du dessous légèrement plus court et plus mince] // M. DCC. LXXXVIII.

Seconde partie :

LES LIAISONS // DANGEREUSES, // OU // LETTRES // Recueillies dans une Société, & publiées // pour l'instruction de quelques autres. // PAR M. C...... DE L. // [filet composé de plusieurs tirets longs et ornement au centre et aux extrémités] J'ai vu les mœurs de mon temps, & j'ai publié ces Lettres. // J. J. ROUSSEAU, Préf. de la Nouv. Héloïse. // [filet composé de plusieurs tirets longs et ornement au centre et aux extrémités] // SECONDE PARTIE. // [fleuron composé typographique  - identique à celui de la partie 1] // A AMSTERDAM , // & se trouve à PARIS, // Chez DURAND Neveu, Libraire, à la Sagesse, // rue Galande. // [double filet, celui du dessous légèrement plus court et plus mince] // M. DCC. LXXXVIII.

Troisième partie :

LES LIAISONS // DANGEREUSES, // OU // LETTRES // Recueillies dans une Société, & publiées // pour l'instruction de quelques autres. // PAR M. C...... DE L. // [filet composé de plusieurs tirets longs et ornement au centre et aux extrémités] J'ai vu les mœurs de mon temps, & j'ai publié ces Lettres. // J. J. ROUSSEAU, Préf. de la Nouv. Héloïse. // [filet composé de plusieurs tirets longs et ornement au centre et aux extrémités] // TROISIÈME PARTIE. // [fleuron composé typographique  - différent de celui de la partie 1 et 2] // A AMSTERDAM , // & se trouve à PARIS, // Chez DURAND Neveu, Libraire, à la Sagesse, // rue Galande. // [double filet, celui du dessous légèrement plus court et plus mince] // M. DCC. LXXXVIII.

Quatrième partie :

LES LIAISONS // DANGEREUSES, // OU // LETTRES // Recueillies dans une Société, & publiées // pour l'instruction de quelques autres. // PAR M. C...... DE L. // [filet composé de plusieurs tirets longs et ornement au centre et aux extrémités] J'ai vu les mœurs de mon temps, & j'ai publié ces Lettres. // J. J. ROUSSEAU, Préf. de la Nouv. Héloïse. // [filet composé de plusieurs tirets longs et ornement au centre et aux extrémités] // QUATRIÈME PARTIE. // [fleuron composé typographique  - différent de celui de la partie 1 et 2] // A AMSTERDAM , // & se trouve à PARIS, // Chez DURAND Neveu, Libraire, à la Sagesse, // rue Galande. // [double filet, celui du dessous légèrement plus court et plus mince] // M. DCC. LXXXVIII.

      On constate une parfaite homogénéité des 4 pages de titre à l'exception des fleurons qui changent pour les parties 3 et 4 (identiques pour les deux premières et identiques pour les deux suivantes).


Voici le détail de la pagination :

Première partie : le feuillet de titre, l'avertissement de l'éditeur et la préface du rédacteur sont compris dans la pagination (I) à X. La première lettre commence à la page 11 jusqu'à la dernière page 160.

Seconde partie : le feuillet de titre est compris dans la pagination. La première lettre est paginée 3. 155 pages chiffrées au total.

Troisième partie : le feuillet de titre est compris dans la pagination. La première lettre est paginée 3. 148 pages chiffrées au total.

Quatrième partie : le feuillet de titre est compris dans la pagination. La première lettre est paginée 3. 159 pages chiffrées au total.


Répartition des lettres selon les parties :

La première partie contient les lettres 1 à 50.

La seconde partie contient les lettres 51 à 87.

La troisième partie contient les lettres 88 à 124.

La quatrième partie contient les lettres 125 à 175.


Papier :

      Le papier utilisé pour l'impression des 4 parties est d'assez bonne qualité, à vergeures horizontales. Nous n'avons pas relevé de filigrane.


Ensemble ornemental :

      Nous donnons l'ensemble des petits ornements en annexe à la fin de cet article (fleurons, bandeaux, culs-de-lampe, avec à chaque fois leur emplacement dans les différentes parties). L'ensemble du matériel typographique est assez réduit.


Leçons que l'on peut tirer d'après l'étude de Max Brun :

      Cette édition portant le millésime de 1788 possède une pagination très différente de toutes les éditions portant le millésime de 1782 décrites par Max Brun. Le nombre de page est le plus réduit que nous avons pu constater (160 + 155 + 148 + 159). Le tirage est grand in-18 (180 mm de marges). Le nombre de petits ornements (fleurons, bandeaux, culs-de-lampe) utilisés est très réduit. On remarque une similitude d'ornements entre les parties 1 et 2 et les parties 3 et 4.

     Si l'on compare maintenant quelques erreurs communément repérées dans d'autres tirages avec celui-ci de 1788, nous avons :

- La lettre XVIII est datée du 22 août 17.. (diffère de A qui est daté du 20).
- La lettre XXI est datée du 5 août (diffère des premiers tirages A, B, C).
- La lettre XXIII est bien datée du 21 août comme dans A.
- La lettre LI est datée du 9 août (au lieu du 2 septembre pour les premières éditions de 1782).
- Dans la note de la lettre VII, il est écrit "des autres Acteurs"
- La dernière lettre (CLXXV) est pas datée du 14 janvier (contrairement au tirage A qui n'est pas daté).

      Alors que les éditions A, B, C, D décritent par Max Brun comportent 978 pages, l'édition E, 976, l'édition F, 975, l'édition G, 770, l'édition de 1784 n'en contient que 767 (199 + 188 + 175 + 208). Celle-ci, encore plus ramassée, n'en contient que 622.

Conclusion :

      L'édition portant le millésime de 1788 est de format in-12 (environ 180 mm) et est très éloignée de toutes les éditions de 1782 décrites par Max Brun.

      Cette édition a-t-elle été donnée par Durand Neveu ou s'agit-il d'une contrefaçon ? Nous ne savons pas. Une comparaison minutieuse des ornements permettrait sans doute de se faire une idée.

      La même année 1788 parait également en 4 tomes une édition des Liaisons dangereuses augmentée d'une correspondance de l'auteur avec Madame Riccoboni, avec d'autres pièces (la pagination : 1 ff (titre), 52pp (xji puis 17 à 52) ; 1 ff (titre), 134 pp; 1 ff (titre), 136 pp; 1 ff (titre), 132 pp et 147 pp. est encore différente. Les exemplaires datés 1788 selon notre description semblent peu communs. Le Catalogue Collectif des Bibliothèques de France en conserve peut-être un exemplaire (mais sans pagination détaillée ce qui ne nous permet pas d'être affirmatifs sur le fait qu'il s'agit de la même édition).

      Il faut donc se résoudre à penser qu'il existe des dizaines de tirages des Liaisons dangereuses parus entre 1782 et 1788, sur un même modèle (4 partie in-12 ou petit in-12 avec disposition identique ou quasi identique des pages de titre). Max Brun ne s'est attaché qu'au millésime 1782 et aux millésimes particuliers (complètement différents) de 1787, 1792 et 1796. Une nouvelle édition regroupant l'ensemble des tirages parus jusqu’à la fin du XVIIIe siècle serait à entreprendre.

Bertrand Hugonnard-Roche


Annexe - Petits ornements de l'édition portant le millésime 1788 décrite ci-dessus.







jeudi 4 octobre 2018

Les reliures aux fermesses de la bibliothèque de Habert de Montmor

Vous allez vous dire : encore un article sur Habert de Montmor et ses reliures, chaque blog en a un ! Effectivement et c'est l'occasion de signaler celui du blog Histoire de la Bibliophilie.

Cet article ne s'intéressera ici qu'au cas particulier des fameuses reliures aux fermesses d'Henri-Louis Habert de Montmor à travers deux aspects : la liste de ces livres et la liste des bibliophiles ayant possédé un (ou plusieurs) exemplaire(s). Ces reliures sont de Macé Ruette mais ont un temps été attribuées à Le Gascon (voir le catalogue Armand Cigongne, les bulletins Damascène Morgand, etc.).


Description des reliures :

Plein maroquin rouge d'époque bordé de quatre gerbes de pointillés dorés dans un encadrement de filets droits et courbes, fleurons aux angles, médaillon quadrilobé mosaïqué de maroquin (brun, bleu, vert, ou noir) au centre des plats portant le chiffre HLHM accompagné de quatre fermesses frappés or, dos orné de caissons et fleurons, dentelle intérieure, tranches dorées.

Quelques remarques :
  • Esmérian estimait à environ 35 le nombre de volumes reliés ainsi par Macé Ruette pour Habert de Montmor. Nos recherches nous ont déjà permis d'identifier 47 volumes (pour 36 ouvrages différents). Il n'y en a probablement pas beaucoup plus qui ont survécu.
  • Marius Michel, qui attribuait ces reliures à Le Gascon, comme nombre de personnes avant Esmérian, les trouvait supérieures à d'autres travaux de Le Gascon. Voici ce qu'il en dit dans La Reliure française :
  • Le Gascon fit pour Habert de Montmort toute une série de ravissants petits in-douze ; ils ont presque tous des filets droits et courbes, et le milieu que nous donnons ci-dessous. Les fleurons des angles varient ; ils appartiennent à trois types bien distincts : les petits vases, les fers du dix-septième siècle et les pointillés. Comme reliure, ces petits volumes sont, en général, supérieurs aux livres de grand format dorés par maître le Gascon.

  • L'orthographe retenue aujourd'hui est Habert de Montmor mais on trouve anciennement Montmort ou plus rarement Montmaur.
  • On remarquera que la quasi-totalité des ouvrages datent d'avant 1635, et même d'avant 1631. Seuls deux ouvrages sont plus tardifs (1641). La page consacrée à Macé Ruette sur le site de la BnF mentionne "Du début des années 1620 jusqu'en 1634, on relève toute une série de reliures de petit format réalisées pour l'amateur Habert de Montmor (1600-1679), sur sa collection elzévirienne, qui offrent la particularité de comporter le nouveau matériel de dorure de l'atelier, avec des fers filigranés, agencés au centre des plats sous forme de petites gerbes". L'inventaire ci-dessous apporte donc des précisions.
  • On remarquera que les Elzevier décrivant les différents pays sont quasiment tous passés par Damascène Morgand puis Rahir. On peut supposer que l'ensemble ne devait donc pas être dispersé avant que Morgand ne les achète.
Par commodité, l'article étant voué à évoluer au gré des trouvailles bibliographiques et des mises en ventes par des libraires ou des maisons de vente, la liste des livres sera faite dans l'ordre d'arrivée des ouvrages, avec un numéro qui restera identique quelques soient les modifications. Bien entendu, la liste des possesseurs sera alphabétique et nous indiquerons à chaque fois quel(s) exemplaire(s) a (ont) appartenu à chacun, avec si possible la date de vente de la bibliothèque.

Par ailleurs, nous indiquerons aussi tout détail connu sur l'état des ouvrages (et notamment les restaurations éventuelles) ainsi que certains détails sur les passages en vente.


Liste des ouvrages habillés de cette reliure :
  1. Fortunatus Sprecherus, F. Specheri Rhetia, ubi eius verus fitus, politia, bella, foedera, et alia memorabilia accuratissime describuntur. Leyde, Elzevier, 1633.
    Présence d'une boîte-étui (moderne).
    • Bulletin Damascène Morgand, 1879-1881, n°4818
    • Repertoire général et méthodique de la librairie Morgand et Fatout, 1882, n°4097
    • vente Fraysse & Associés, Paris, Drouot, 3 octobre 2018, n°18
  2. Ubbonus Emmius, Graecorum Respublicae descriptae. Leyde, Elzevir, 1632. 2 volumes.
    • Librairie Damascène Morgan (Edouard Rahir), 1910, n°116
    • vente Ader-Picard-Tajan, Paris, 8 décembre 1972, n°11 - collection Esmérian deuxième partie
    • vente Paris, Drouot, 30 novembre 1998, n°33 - collection Paul-Louis Weiller
  3. Dominique Baudier, Induciarum belli belgici libri tres. Editio tertia prioribus emendatior. Leyde, Elzevier, 1629.
    Discrètes restaurations à la reliure.
    • vente Paris, 3 mars 1879, n°890
    • Librairie Damascène Morgan (Edouard Rahir), 1910, n°113
    • vente Christie's, Paris, 8 novembre 2004, n°41 - collection Wittock deuxième partie
    • vente Alde, Paris, 12 novembre 2015, n°26 - collection Wittock sixième partie
    • vente Alde, Paris, 14 novembre 2017, n°27 - collection Wittock septième partie
  4. William Ames, Bellarminus enervatus, sive disputationes anti-Bellarminianæ. Londres [Amsterdam ?], John Humphrey [Blaeu ?], 1632-1633.
    Mosaïque du médaillon du premier plat absent, décor repris à la dorure.
    • vente Alde, Paris, 14 novembre 2017, n°28 - collection Wittock septième partie
  5. Saint Augustin, Libri XIII Confessionum, ad 3 MSS. exemp. emendati, opera et studio R.P. H. Sommalii, a Societate Jesu. Cologne, Egmond, 1629.
    Mors supérieur fendu.
    • vente Ader-Picard-Tajan, Paris, 8 décembre 1972, n°10 - collection Esmérian deuxième partie
    • vente Alde, Paris, 8 avril 2016, n°2
  6. Thomas Smith, De Republica anglorum, libri tres. Leyde, Elzevir, 1625.
    • vente Ader-Picard-Tajan, Paris, 8 décembre 1972, n°8 - collection Esmérian deuxième partie
  7. Titus-Carus Lucretius, De rerum natura. Amsterdam, Jansson, 1626.
    • vente Paris, 1er mai 1860 et jours suivants, collection Clinchamp, n°154
    • vente Paris, 19 novembre 1860 et jours suivants, collection Solar, n°923
    • vente Paris, 25 au 30 mars 1901, collection Guyot de Villeneuve n°590
    • vente Ader-Picard-Tajan, Paris, 8 décembre 1972, n°9 - collection Esmérian deuxième partie
  8. Tite-Live, Historiarum Libri. Amsterdam, Blaeu, 1633.
    • vente Paris, 31 janvier au 5 février 1898, collection Piat, n°761
    • vente Ader-Picard-Tajan, Paris, 8 décembre 1972, n°12 - collection Esmérian deuxième partie
  9. Philippe Cluvier, Respublica et status imperii Romano-Germanici. Leyde, Elzevier, 1634. 2 volumes.
    • vente Ader-Picard-Tajan, Paris, 8 décembre 1972, n°13 - collection Esmérian deuxième partie
  10. Iosiae Simler, Vallesiae et Alpium descriptio.  Leyde, Elzevier, 1633.
    Charnières restaurées ?
    • vente Ader-Picard-Tajan, Paris, 13 mai 1985
  11. Giannotti. Dialogi de Republica Venetorum. Leyde, Elzevier, 1631
  12. Hippocrate, ’Αφορισμοϊ, Leyde, Elzevier, 1628
  13. Hermano Hugone, Pia Desideria, editio IV, vulgavit Boëtius a Bolswert. Louvain, Hatfenius, 1628.
    • vente Paris, 1861 - collection Armand Cigongne n°108 indiqué comme reliure aux armes, attribuée à Le Gascon
  14. Hippocrate, Aphorismi Hippocratis, ex recognitione A. Vorstii M.P. Leyde, Elzevier, 1627.
    • vente Paris, 1861 - collection Armand Cigongne n°252 indiqué comme reliure aux armes, attribuée à Le Gascon
  15. Pierre Gilles, De Bosporo Thracio lib. III. Leyde, Elzevier, 1632.
    Charnières restaurées
    • vente Bergé et associés, Paris, 31 mai 2005
  16. Marcus Valerius Martial, Epigrammata. Nova editione e museo Petri Scriverii. Amsterdam, Jansson, 1621.
    • vente Ader-Tajan-Picard, Paris, 20 décembre 1991
  17. Claudien, Ex optimorum codicum side. Amsterdam, Jansson, 1620.
    • vente Couturier-Nicolay, Paris, 22 mars 1985
  18. Honoré d'Urfé, L'Astrée de Messire Honoré d'Urfé. Paris ou Lyon, 1618 à 1632. 5 volumes.Série complète mais publiée par 4 éditeurs différents.
    1. vente Paris, 1867, collection Yemeniz n°2386 - provenance non signalée
    2. vente Paris, 25 au 30 mars 1901, collection Guyot de Villeneuve n°1021
  19. Suecia, Suecia sive de Suecorum Regis Dominiis et opibus. Leyde, Elzevier, 1631.
    • Reproduction annoncée dans Racontars illustrés d'un vieux collectionneur par Charles Cousin (publié en janvier 1888)
    • Bulletin Damascène Morgand, 1879-1881, n°5333
    • Bulletin Damascène Morgand, 1892-1895, n°26456
    • Bulletin Damascène Morgand, 1895-1898, n°29939
  20. Ovide, Publ. Ovidii Nasonis opera. Amsterdam, Jansson, 1624. 3 volumes
    • vente Paris, 28 novembre 1860, collection Solar, n°949.
    • signalée en 1860 dans ouvrage Catalogue des livres et manuscrits composant la bibliothèque de M. Félix Solar (Paris, Firmin-Didot) sous le n°718, mais il ne s'agit pas du catalogue de la vente publique.
    • Paris, Librairie Potier, 1863, n°1425
  21. Salluste, C. Crispus Sallutius, ex museo Iohann, Isaci. Pontani. Amsterdam, Jansson, 1627
    • reliure reproduite dans Le Bibliophile français, volume 6, 1872, p.116 avec la mention de la collection Morante ainsi que dans La Reliure ancienne et moderne de Brunet, 1878.
    • vente Paris, 20 janvier 1873 & jours suivants, collection Morante, n°1581
    • vente Paris, 1877 ou 1881 (?), collection Ganay, n°223
    • Bulletin Damascène Morgand, 1879-1881, n°7831
  22. Cicéron, M.T. Cicero de Officiis (de Senectute, de Amicitia, Paradoxa, etc.). Amsterdam, Cesius, 1625.
    • vente Paris, 20 avril 1868 et jours suivants, collection Brunet, n°82
  23. Horace, Quinti Horatii Flacci opera. Amsterdam, Cesius, 1623.
    • Paris, 20 & 21 mai 1889, collection Techener, n°64
    • Bulletin Damascène Morgand, 1889-1892, n°17547
  24. Cardanus, Hieronymi Cardani Mediolanensis [etc]. Leyde, Elzevier, 1627.
    • Bulletin Damascène Morgand, 1889-1892, n°18534
  25. Cardanus, Proxeneta, seu de Prudentia civili liber. Leyde, Elzevier, 1627.
    • Willems, Les Elzevier, n°272
    • Bulletin Damascène Morgand, 1895-1898, n°29447
  26. Léon l'africain, Joannis Leonis Africani Africae descriptio IX lib absoluta. Leyde, Elzevier, 1632. 2 volumes.
    • Bulletin Damascène Morgand, 1889-1892, n°18907
    • Bulletin Damascène Morgand, 1895-1898, n°29710
  27. Belgii confoederati Respublica : seu Gelriae, Holland, Zeland, Traject., Fris., Transisal., Groning, Chronographica politicaque Description. Leyde, Elzevier, 1630.
    • Bulletin Damascène Morgand, 1879-1881, n°4608
  28. Portugallia, sive de regis Portugalliae regnis et opibus commentarius. Leyde, Elzevier, 1641.
    • Bulletin Damascène Morgand, 1879-1881, n°5143
  29. Russia seu Moscovia, itemque Tartaria, commentario topographico atque politico illustratae. Leyde, Elzevier, 1630.
    • Bulletin Damascène Morgand, 1879-1881, n°5280
  30. Erasme, Erasmus : Morus Orandi Deum [etc.]. Leyde, Maire, 1641.
    4 ouvrages en 1 volume.
    • vente Paris, 31 janvier au 5 février 1898, collection Piat, n°705
  31. Bellarmin, De Arte bene moriendi libri duo, op. card Bellarmini. Cologne, 1626.
    • Catalogue de livres rares et curieux de la librairie Auguste Fontaine, 1878-1879, n°111bis
  32. Respublica sive status Regni Poloniae, Lituaniae, Prussiae, Livoniae, etc. Leyde, Elzevier, 1627.
    • Bulletin Damascène-Morgand, 1883-1886, n°9005
  33. Just. Lipsi de constantia libri duo. Amsterdam, Cesius, 1624.
    • Cabinet d'un curieux, description de quelques livres rares, (Lucien Double), n°66
  34. Jo. Barclaii Argenis. Editio novissima cum clave. Leyde, Elzeviez, 1630.
    • Librairie Damascène-Morgan (Edouard Rahir), 1910, n°114
  35. Orbis Phaëton hoc est de Universis Vitiis Linguae auctore Hieremia Drexelio. Cologne, Egmond, 1631.
    • Librairie Damascène-Morgan (Edouard Rahir), 1910, n°115
  36. P. Bertii Commentarium rerum Germanicarum libri tres. Primus, de Germania Veteri, secundus, a Carolo Magno deinceps, tertius, de Urbibus. Amsterdam, Blaeu, 1634-1635. 3 volumes.
    • Librairie Damascène-Morgan (Edouard Rahir), 1910, n°121



Liste des possesseurs :
  • séminaire jésuite de Perpignan : n°4 (ex-libris sur le titre)
  • Aumale (duc d') maintenant au musée Condé à Chantilly : n°12
  • Brunet (Jacques-Charles) : n°22
  • Chanut (abbé Michel) : n°5 (ex-libris manuscrit)
  • Cigongne (Armand) : n°13, 14
  • Clinchamps (François-Etienne-Victor de) : n°7
  • Desbarreaux-Bernard (Tibulle) : n°3 (ex-libris), n°25
  • Double (Lucien) : n°10, 33
  • Esmérian (Raphaël) : n°2 (ex-libris), 3 (absent de son catalogue, ex-libris), 5, 6, 7, 8, 9, 10 (absent de son catalogue)
  • Ganay (Charles-Alexandre, marquis de) : n°21
  • Guyot de Villeneuve (Gustave) : n°7, 18
  • Laviolette (André) : n°1 (ex-libris)
  • Lebeuf de Montgermont (Adrien-Louis) : n°2
  • Morante (Joachim Gomez de la Cortina, marquis de) : n°21
  • Olry-Roederer (Léon) : n°9
  • Piat (Alfred) : n°30
  • Schiff (Mortimer L.) : n°10 (ex-libris), n°17
  • Solar (Félix) : n°7, 20
  • Techener (Léon) : n°23
  • Van Der Eslt (Charles) : n°10 (ex-libris)
  • Weiller (Paul-Louis) : n°2 (vente de sa bibliothèque)
  • Wittock (Michel) : n°3, 4
  • Yemeniz (Nicolas) : n°18
Bien entendu, nous sommes preneurs de toute information complémentaire.

Benoît

lundi 1 octobre 2018

Choderlos de Laclos. Description matérielle de l'édition des Liaisons Dangereuses portant le millésime 1784 "A Amsterdam et se trouve à Paris, chez Durand neveu".


      Avoir un exemplaire en mains est l'occasion pour le libraire d'en faire une description précise. Cette description est d'autant plus utile lorsque les bibliographes ne se sont pas penché sur son cas. C'est ce qui semble être le cas pour cette édition ancienne des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos parue sous le millésime de 1784 à l'adresse d'Amsterdam et Paris, chez Durand neveu.
      La bibliographie de référence concernant les éditions des Liaisons dangereuses portant le millésime  1782 a été écrite en 1963 par Max Brun et tirée à part de la revue "Le Livre et l'Estampe" (n°33 - Premier numéro de 1963). Cette petite plaquette au format in-8 (22 x 14 cm env.) se compose de 64 pages dont 1 tableau dépliant et quelques reproduction de pages de titres en fac-similés. Comme sont titre l'indique, cette étude s'attache à répertorier en détail les différents tirages et éditions portant la date de 1782. Néanmoins, à la fin, l'auteur cite et donne quelques intéressantes informations sur d'autres éditions postérieures portant les dates de 1787, 1792 et 1796. Rien n'est dit cependant concernant cette édition portant le millésime de 1784 dont nous donnons la description comme suit :

      L'édition que nous allons décrire porte le millésime M. DCC. LXXXIV. [1784] sur les 4 pages de titre. Les volumes que nous avons en main sont de format petit in-12 (Hauteur des marges : 140 mm.). L'exemplaire étudié est relié en demi-basane de la première moitié du XIXe siècle mais ne semble pas avoir été rogné outrageusement à la vue des quelques témoins observés. Voici le texte des pages de titre. le symbole // marque la césure telle qu'elle apparaît sur chaque page de titre. Nous respectons l'orthographe et indiquons entre crochets [] les éléments qui donnent des informations supplémentaires.


Description :

      Chaque partie possède son propre faux-titre : LES LIAISONS // DANGEREUSES.

Première partie :

LES LIAISONS // DANGEREUSES, // OU // LETTRES // Recueillies dans une Société, & // publiées pour l'instruction de // quelques autres. // PAR M. C. .... DE L. .. // [filet mince] J'ai vu les mœurs de mon temps, & j'ai // publié ces Lettres. // J. J. ROUSSEAU, Préf. de la Nouv. Héloïse. // [filet mince] // PREMIÈRE PARTIE. // [petit fleuron composé de deux palmettes entre lesquelles se trouvent deux petits ronds] // A AMSTERDAM ; // Et se trouve A PARIS, // Chez DURAND, Neveu, Libraire, // à la Sagesse, rue Galande. // [double filet mince, celui du dessous légèrement plus court] // M. DCC. LXXXIV.

Seconde partie :

LES LIAISONS // DANGEREUSES, // OU // LETTRES // Recueillies dans une Société, & // publiées pour l'instruction de // quelques autres. // PAR M. C. .... DE L. .. // [filet mince] J'ai vu les mœurs de mon temps, & j'ai // publié ces Lettres. // J. J. ROUSSEAU, Préf. de la Nouv. Héloïse. // [filet mince] // SECONDE PARTIE. // [petit fleuron composé de deux palmettes entre lesquelles se trouvent deux petits ronds] // A AMSTERDAM ; // Et se trouve A PARIS, // Chez DURAND, Neveu, Libraire, // à la Sagesse, rue Galande. // [double filet mince, celui du dessous légèrement plus court] // M. DCC. LXXXIV.

Troisième partie :

LES LIAISONS // DANGEREUSES, // OU // LETTRES // Recueillies dans une Société, & // publiées pour l'instruction de // quelques autres. // PAR M. C. .... DE L. .. // [filet mince] J'ai vu les mœurs de mon temps, & j'ai // publié ces Lettres. // J. J. ROUSSEAU, Préf. de la Nouv. Héloïse. // [filet mince] // TROISIÈME PARTIE. // [petit fleuron composé de deux palmettes entre lesquelles se trouvent deux petits ronds] // A AMSTERDAM ; // Et se trouve A PARIS, // Chez DURAND, Neveu, Libraire, // à la Sagesse, rue Galande. // [double filet mince, celui du dessous légèrement plus court] // M. DCC. LXXXIV.

Quatrième partie :

LES LIAISONS // DANGEREUSES, // OU // LETTRES // Recueillies dans une Société, & // publiées pour l'instruction de // quelques autres. // PAR M. C. .... DE L. .. // [filet mince] J'ai vu les mœurs de mon temps, & j'ai // publié ces Lettres. // J. J. ROUSSEAU, Préf. de la Nouv. Héloïse. // [filet mince] // QUATRIÈME PARTIE. // [petit fleuron composé de deux palmettes entre lesquelles se trouvent deux petits ronds] // A AMSTERDAM ; // Et se trouve A PARIS, // Chez DURAND, Neveu, Libraire, // à la Sagesse, rue Galande. // [double filet mince, celui du dessous légèrement plus court] // M. DCC. LXXXIV.

      On constate une parfaite homogénéité des 4 pages de titre.

Voici le détail de la pagination :

Première partie : 1 feuillet de faux-titre (verso blanc). 1 feuillet de titre (verso blanc). Avertissement de l'éditeur (paginé 1 à 2). Préface du rédacteur (paginé 3 à 14). Les lettres commencent à la page 15 (sans numéro) jusqu'à la page 199 (verso blanc).

Seconde partie : 1 feuillet de faux-titre (verso blanc), 1 feuillet de titre (verso blanc). Les lettres commencent à la page 1 (sans numéro) jusqu'à la page 188.

Troisième partie : 1 feuillet de faux-titre (verso blanc), 1 feuillet de titre (verso blanc). Les lettres commencent à la page 1 (sans numéro) jusqu'à la page 175 (verso blanc).

Quatrième partie : 1 feuillet de faux-titre (verso blanc), 1 feuillet de titre (verso blanc). Les lettres commencent à la page 1 (sans numéro) jusqu'à la page 208.

Répartition des lettres selon les parties :

La première partie contient les lettres 1 à 50.

La seconde partie contient les lettres 51 à 87.

La troisième partie contient les lettres 88 à 123.

La quatrième partie contient les lettres 124 à 175.

Papier :

      Le papier utilisé pour l'impression des 4 parties est de bonne qualité, à vergeures verticales. Nous avons relevé un petit filigrane qu'on retrouve composé des initiales G B.

Ensemble ornemental :

      Nous donnons l'ensemble des petits ornements en annexe à la fin de cet article (fleurons, bandeaux, culs-de-lampe, avec à chaque fois leur emplacement dans les différentes parties).

Leçons que l'on peut tirer d'après l'étude de Max Brun :

      Cette édition portant le millésime de 1784 possède une pagination différente de toutes les éditions portant le millésime de 1782 décrites par Max Brun. Bien que les deux premières parties aient une pagination identique au tirage G (199 + 188), la mise en page diffère malgré tout puisque dans G la préface se termine par la page chiffrée 14 (verso) et non 13. De même les ornements diffèrent entre notre tirage de 1784 et G. Par ailleurs les troisième et quatrième parties diffèrent quant à la pagination de G. 175 et 208 pour 1784 contre 181 et 202 pour G. Dans les deux cas cependant il s'agit d'un tirage petit in-12 (environ 140 mm de hauteur).

     Si l'on compare maintenant quelques erreurs communément repérées dans d'autres tirages avec celui-ci de 1784, nous avons :

- La lettre XVIII est bien datée du 20 août comme dans A.
- La lettre XXI est bien datée du 20 août comme dans les premiers tirages A, B, C.
- La lettre XXIII est bien datée du 21 août comme dans A.
- La lettre LI est bien datée du 2 septembre
- Dans la note de la lettre VII, il est écrit "des autres Acteurs"
- Dans la lettre CLXVI, on retrouve comme dans A "votre chère santé"
- Comme dans A la dernière lettre (CLXXV) n'est pas datée.

      Alors que les éditions A, B, C, D décritent par Max Brun comportent 978 pages, l'édition E, 976, l'édition F, 975, l'édition G, 770, celle de 1784 n'en contient que 767 (199 + 188 + 175 + 208). Bien que différente de toutes les autres, c'est par le format et la pagination celle qui se rapproche le plus de G. Max Brun indique "qu'il n'est pas impossible que Durand neveu ait imprimé cette édition G. En est-il de même pour celle de 1784 ? L'édition H décrite par Max Brun ainsi que I, J , K, et L diffèrent quant à la disposition du titre notamment. Ces dernières éditions de pagination moindre (743, 664, 656, 687) semblent toutes des contrefaçons, copies plus ou moins fidèles des trois premières éditions Durand neveu. M et N ont été confondues avec des productions de Cazin. O est au format in-8.

Conclusion :

      L'édition portant le millésime de 1784 est de format petit in-12 (environ 140 mm) et se rapproche du tirage G de 1782 décrit par Max Brun bien que différente par la pagination et la mise en page. De même l'édition de 1784 ne contient pas les erreurs grossières relevées par Max Brun dans l'Avertissement et dans la pagination de la fin de la quatrième partie. Nous en concluons que l'édition de 1784 et l'édition G de 1782 n'ont pas ou très peu de filiation.

      L'édition portant le millésime de 1784 a-t-elle été publiée par Durand neveu ou est-ce une énième contrefaçon ? Difficile à dire bien que la qualité du papier, la mise en page et la correction du texte semblent indiquer une édition légitime, faite sans le consentement de l'auteur qui n'a officiellement reconnu que deux éditions en 1782.

      Pour finir, disons que la Bibliothèque nationale de France possède un exemple d'une édition des Liaisons dangereuses portant la date de 1784 (un libraire anglais en propose actuellement un exemplaire - pagination strictement identique à l'exemplaire que nous décrivons). Cependant celle-ci n'a rien à voir à priori avec celle que nous décrivons puisque sa pagination est toute différente (XVI-169, 170, 163, 184, avec le nom de Durand sur les titres). Cette édition conservée sous la cote 16-Y2-30215 possède une pagination encore différentes des 16 éditions décrites par Max Brun pour les tirages de 1782. Encore un autre tirage donc. Il faut donc se résoudre à penser qu'il existe des dizaines de tirages des Liaisons dangereuses parus entre 1782 et 1788, sur un même modèle (4 partie in-12 ou petit in-12 avec disposition identique ou quasi identique des pages de titre). Max Brun ne s'est attaché qu'au millésime 1782 et aux millésimes particuliers (complètement différents) de 1787, 1792 et 1796. Une nouvelle édition regroupant l'ensemble des tirages parus jusqu’à la fin du XVIIIe siècle serait à entreprendre.

Bertrand Hugonnard-Roche


Annexe - Petits ornements de l'édition portant le millésime 1784 décrite ci-dessus.





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