vendredi 29 avril 2016

Petite visite à la Fondation Martin Bodmer, by Textor


A la faveur d’un séjour à Genève, j’ai trouvé le temps de visiter la fondation Martin Bodmer sur les hauteurs de Cologny. C’est un endroit magnifique que je recommande à tous les amoureux des livres et manuscrits. On est partagé entre le désir de rester au soleil dans le jardin parfumé de buis, avec sa vue imprenable sur le lac, ou bien de s’enfoncer dans les salles obscures pour découvrir des ouvrages tout aussi précieux les uns que les autres. Le vice-directeur doit être un peu magicien car la scénographie est parfaite, les livres semblent flotter dans l’espace.  Les notices sont claires et instructives. On ne regrette qu’une chose : Ne pas être milliardaire pour avoir la possibilité de posséder de tels chefs-d’œuvre !

Une partie est consacrée aux collections permanentes, une autre aux expositions temporaires. La prochaine expo, en Mai, aura pour thème « Frankenstein créé des ténèbres ». Vous ne le saviez peut-être pas mais 2016 est non seulement le quadricentenaire  de la mort de Cervantès et Shakespeare mais aussi le bicentenaire de la naissance de Frankenstein. Je me demande comment Mary Shelley  a pu concevoir un tel monstre dans un cadre aussi bucolique que Cologny…

Parmi les belles surprises des vitrines du moment, cette lettrine rarissime, tirée d’un passionnaire du XIIème siècle, sans doute copié au scriptorium de l’abbaye de Weissenau, dans laquelle le moine copiste, frère Rufillus, s’est non seulement nommé mais aussi représenté dans un saisissant autoportrait le montrant en plein travail.

Bonne Journée
Textor



Fig 1 La fondation inscrite par l’UNESCO au registre de la Mémoire du Monde.



Fig 2 La terrasse sur le lac.



Fig 3 Quelques éditions du XVIème siècle.



Fig 4 Manuscrits et incunables.



Fig 5 Le moine copiste.

vendredi 8 avril 2016

La Bibliothèque Mazarine organise, 13 avril au 13 juillet 2016, une exposition intitulée "Livres italiens imprimés à Paris à la Renaissance".


Madame, Monsieur, 

La Bibliothèque Mazarine organise, 13 avril au 13 juillet 2016, une exposition intitulée "Livres italiens imprimés à Paris à la Renaissance", à l'occasion de la publication de l'ouvrage de Jean Balsamo, L'amorevolezza verso le cose Italiche : le livre italien à Paris au XVIe siècle, chez Droz, en 2015.

Informations pratiques :


- Bibliothèque Mazarine, 23 quai de Conti, 75006 PARIS
- Du 13 avril au 13 juillet 2016, du lundi au vendredi, 10h-18h
- Entrée libre
- Dossier de presse à télécharger à l'adresse suivante : http://www.bibliotheque-mazarine.fr/fr/pratique/presse/espace-presse

Très cordialement,


--

Florine Lévecque-Stankiewicz
Conservatrice en charge des services au public et de la communication
Bibliothèque Mazarine
23 quai de Conti, 75270 Paris Cedex 06
33 (0)1 44 41 44 06
www.bibliotheque-mazarine.fr

mardi 15 mars 2016

"Déterminer ce qui fait le bon ou le mauvais bibliophile est assez vain. En fait, le discours le plus aisé à tenir sur la bibliophilie est d'en envisager les aspects financiers."



"Déterminer ce qui fait le bon ou le mauvais bibliophile est assez vain. En fait, le discours le plus aisé à tenir sur la bibliophilie est d'en envisager les aspects financiers."

Jean-François Gilmont, in Une introduction à l'histoire du livre et de la lecture. Editions du Céfal, Liège, Belgique, 2004, p. 130.

Je vous laisse méditer là-dessus !

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mardi 8 mars 2016

Reportage sur le classement UNESCO de la fondation Martin Bodmer (Suisse).

http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/ge-la-bibliotheque-bodmer-est-classee-au-patrimoine-mondial-de-lunesco?id=7556540

Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo


REPORTAGE SUR LE CLASSEMENT UNESCO DE LA FONDATION BODMER. Au téléjournal de la Télévision Suisse Romande ce soir, un sujet de 3 minutes sur le récent classement de la Fondation Bodmer au registre "Mémoire du Monde" : occasion de parler des fondamentaux de la collection, mais aussi des belles et nombreuses perspectives d'avenir de notre institution ! A découvrir via ce lien : http://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/ge-la-bibliotheque-bodmer-est-classee-au-patrimoine-mondial-de-lunesco?id=7556540 – à Fondation Martin Bodmer.

Source : http://www.rts.ch (consulté en ligne le 8 mars 2016)

lundi 29 février 2016

De la conservation des livres dans les bibliothèques de bibliophiles au feu des enchères publiques. Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier prise pour exemple.


Le 4 mars prochain la maison de ventes aux enchères publiques spécialisée dans les livres et manuscrits ALDE (Paris) vendra sous le n°215 un bel exemplaire de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier dans une jolie reliure signée Delacour. Exemplaire de l'édition Conquet de 1883 tirée à 500 exemplaires.
Ces 2 volumes sont en bel état. Je les connais bien. Je les ai eu en ma possession en avril 2010. Cédés depuis lors à un Bibliophile, les voici qui réapparaissent au grand jour sous le feu (supposé vif) des enchères. Voici la fiche bibliographique établie par la maison ALDE.


Une estimation raisonnable à 400/500 euros pour cet exemplaire. Nous verrons le prix final. Cette vente sera d'ailleurs l'occasion pour le Bibliomane moderne de faire quelques statistiques sur cette vente. Rendez-vous donc dans quelques jours pour faire le bilan.


Bertrand Bibliomane moderne
 

mercredi 24 février 2016

Médaille commémorative frappée à l'occasion du Congrès des Bibliothécaires et des Bibliophiles qui s'est déroulé à Paris du 3 au 9 avril 1923.

A l'occasion du Congrès des Bibliothécaires et des Bibliophiles
qui s'est déroulé à Paris du 3 au 9 avril 1923, une médaille commémorative en bronze
a été frappée pour laisser une trace.

Voici un exemplaire de cette médaille de 52 mm de diamètre. Elle pèse 63 grammes.
Elle est signée S. E. Vernier.

L'ensemble des Procès-verbaux et Mémoires relatifs à ce Congrès ont été
réunis en volume par Fernand Mazerolle, Secrétaire général du Congrès et Charles Mortet
Vice-Président de la 3e section du Congrès. Ce volume a été publié chez Jouve et Cie en 1925.

(cliquez ci-dessus)
Photographies B. H.-R., février 2016. 
Coll. priv.

vendredi 5 février 2016

Le beau livre ancien que vous ne verrez pas parce qu'il est trop cher. Ou de l'auto-censure bibliophilique ...



J'aurais pu écrire mille choses en somme,
Mais la sagesse mère de sûreté
Me fait garder secret
Sur cette piteuse aventure.
D'un métier passionné je croyais détenir
Les lois et les arcanes pour lire l'avenir
Mais les règles de la discrétion et de l'hypocrisie
Auront eu raison de ma fantaisie.
Ainsi aujourd'hui vous auriez dû voir,
Beau livre, belle livrée, belle histoire.
Vous ne verrez rien de tout cela,
Car en Haute Bibliophilie,
Paraît-il il faut silence garder,
Même lorsque les livres dans les catalogues étalés,
Montrent leurs ors et leurs euros au chaland épaté.
Rien, vous ne saurez rien,
Sinon que le livre que vous auriez dû voir,
Et que j'aurais eu plaisir à vous montrer,
Était un de ces mirifiques
Qu'on admire uniquement en secret.
Chut !




Bertrand Bibliomane moderne,
auto-censuré


jeudi 4 février 2016

Les Durand, imprimeurs à Chartres : Petite histoire d'une étiquette.


Depuis maintenant un peu plus de deux ans circulent sur le marché des ouvrages portant l'étiquette « Imprimerie Durand » avec une petite gravure (2 D croisés) et un numéro au composteur. Cette présence récente résulte de la vente d'un ensemble d'ouvrages provenant notamment de cette imprimerie, vente dans laquelle j'ai moi-même acquis quelques ouvrages dans un lot.


J'ai donc eu les 8 ouvrages suivants :
  1. La vie de l'illustrissime François de Sales. Lyon, Rigaud, 1725. n°703 B.
  2. C. Cornelius Tacitus accurante Matthia Berneggero. Heredes Lazari Zetzneri, Argentorati, 1638. n°706 B.
  3. Ludovici Montaltii Litterae provinciales etc. Cologne, Nicolas Schouten, 1665. Traduction latine des Provinciales. n°709 B.
  4. Histoire de Maurice comte de Saxe, maréchal général des camps et armées de sa majesté très chrétienne, duc élu de Curlande. Mittaw, 1752. Tome 1 seul, n°959 B.
  5. Histoire de l'empereur Jovien et traductions de plusieurs ouvrages de l'empereur Julien. Paris, Brocas, Desaint, Delalain & Nyon, 1776. Livre de prix de Jean-François Durand (1767-1829), reçu en 1782 au collège royal de Chartres (dit collège Pocquet), n°1051 B.
  6. Les entrevues du pape Ganganelli [Clément XIV]. Ouvrage traduit de l’Italien de Monsignor S****. Anvers, Frakenner, 1777. n°1057 B. 
  7. Jérôme Paturot à la recherche d’une position sociale. Paris, Paulin, 1846. n°1959 B.
  8. Dictionnaire universel d'histoire et de géographie. Paris, Hachette, 1847. n°1980 B.
De part cette liste, on peut supposer que la famille colla ces étiquettes dans les années 1840, en continuant la numérotation avec les livres arrivant par la suite. 

Cette étiquette fut l'occasion de s'intéresser aux imprimeurs de la famille. En effet, (Jean-)François Durand, cité plus haut, n'était pas le premier. Les imprimeurs de la famille sont les suivants :
  1. Nicolas Besnard (1697-1771). Imprimeur à Chartres.
  2. François I Le Tellier (1701-1776). Imprimeur né à Chartres mais exerçant à Mantes, il fut accusé d'imprimer des ouvrages prohibés et son imprimerie fut fermée. Il revint s'installer à Chartres où il exerça et fut mêlé à une histoire de contrefaçons. Il était franc-maçon. Son frère Jean-Henri était imprimeur à Dreux. Leur père, Henri Le Tellier était libraire à Chartes (et eut pour successeur en 1706 Michel Fétil).
  3. François II Le Tellier (1741-1815). Fils de François I, il fut le gendre et successeur de Nicolas Besnard en 1768.
  4. (Jean-)François Durand-Le Tellier (1767-1829). Apprenti chez François II Le Tellier, il travailla à Paris rue Saint-Jacques avant de prendre la succession de Le Tellier après avoir épousé sa fille. Il était l'imprimeur pour le département pendant la révolution.
  5. Félix Durand (1798-1885). Imprimeur à Chartres, fils de Jean-François. Succède à son père en 1821.
  6. Georges Durand. Imprimeur à Chartres, fils de Félix. Il succède à son père. En 1900, il exerçait toujours, et on trouve dans les années 20 et 30 des ouvrages imprimés par Durand. Il existe toujours une imprimerie Durand à Chartres. Est-ce les descendants?

On peut donc en déduire que c'est probablement Félix Durand qui mit ces étiquettes dans ses ouvrages.

Benoît G.
pour le Bibliomane Moderne

mardi 2 février 2016

Un blog d'une grande rigueur qui séduira tous les vrais bibliophiles : MELANGES TIRES D'UNE PETITE BIBLIOTHEQUE par N. D.

C'est toujours un plaisir de présenter un nouveau blog consacré aux "petites histoires de livres anciens", surtout quand celui qui tient les rennes est quelqu'un d'honorable et d'une rigueur qui font de la bibliophilie une science digne des meilleures Académies. N. D. est de ceux-là. Puis-je trahir son identité ? Je préfère conserver l'anonymat qu'il a choisi d'afficher sur son blog en échange d'articles d'une très grande qualité. Vous trouverez ci-dessous, en cliquant sur l'image, le lien pour rejoindre ce nouvel espace (ouvert en novembre 2015).

Longue vie donc à ce "confrère" bien intentionné qui démentira l'adage selon lequel le bibliophile n'est point partageur, un tantinet misanthrope et même parfois méchant ! (pensez donc ...).

Le carnet "Mélanges tirés d'une petite bibliothèque" souhaite partager avec le monde de la recherche quelques livres anciens, manuscrits autographes, monnaies et antiquités assemblés par un collectionneur depuis une vingtaine d'années. Par nature, ces objets sont souvent inconnus des chercheurs, mais pourraient profiter à leurs études en histoire littéraire (éditions rares, relations littéraires, envois autographes, correspondance, etc.).
  

MELANGES TIRES D'UNE PETITE BIBLIOTHEQUE


Blog "Mélanges tirés d'une petite bibliothèque" 


The blog "A small library" wants to share with the world of research some old books, autograph manuscripts and antique coins, assembled by a collector for twenty years. By nature, these objects are often unknown to researchers, but could benefit their studies of literary history or biographies (rare first editions, literary relations, dedicated books, correspondence, and so one).

Bon vent à ce blog !

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

samedi 30 janvier 2016

Albert Robida dans ses oeuvres d'illustrateur d'anticipations ! Enigme iconographique.


Le principe est assez simple.

Trouvez d'où provient cette illustration d'Albert Robida (1848-1926)  !

Bon weekend !
Bertrand, Bibliomane moderne

mardi 26 janvier 2016

Zoom sur une reliure d'art signée Zaehnsdorf (1886). THE FRENCHWOMAN OF THE CENTURY by Octave Uzanne London, John C. Nimmo, 1886 300 copies for England.

Joseph Zaehnsdorf (1816-1886)

Joseph William Zaehnsdorf (1853-1930)












Cette reliure recouvre l'édition de


by Octave Uzanne

London, John C. Nimmo, 1886

300 copies for England



Découvrir en version numérique l'ouvrage de 

Joseph William Zaehnsdorf


London, G. Bell & Sons, 1890


dimanche 24 janvier 2016

Avis aux lecteurs ... qui lisent !



Les Nuits Parisiennes, 1769
Ière Partie, p. 189


mercredi 20 janvier 2016

La Librairie P. Desbois 15 Rue Laffitte à Paris Livres rares et curieux Belles reliures ... croquée à l'eau-forte par Albert Robida. Que sait-on de cette librairie et de ce libraire ? Enquêt live ...



Eau-forte originale signée Albert Robida, vers 1901

Dimensions : 18,8 x 14 cm - Papier d'Arches


Enquête live !

Que sait-on de la librairie ancienne P. Desbois à Paris, librairie pour laquelle l'artiste-illustrateur a gravé l'eau-forte photographiée ci-dessus pour le plaisir des Bibliomanes modernes ? Une première recherche nous met en présence d'un catalogue imprimé de livres anciens et modernes. Il porte le n°23 et date de janvier 1901. On rencontre également le n°24 qui date d'avril 1901. On en déduira donc que cette librairie éditait un catalogue par trimestre, soit quatre par an. Ce catalogue d'avril 1901 est intéressant car sur la couverture il porte la mention : Depuis le 15 janvier 1901, la librairie P. Desbois est transférée au 15 Rue Laffitte. Ainsi, l'eau-forte de Robida date très certainement de quelques jours à quelques mois après cette date. Cette gravure devant servir de carte de visite pour indiquer la nouvelle adresse aux clients et amateurs. Cette libraire s'installe donc près du Boulevard des Italiens. Cependant elle n'a pas bougé de beaucoup, puisqu'en octobre 1900 (catalogue n°20) elle était situé au n°7 de la même Rue Laffitte. Autant dire qu'elle n'a finalement bougé que de quelques dizaines de mètres et est même restée du même côté de la rue. Nous avons également retrouvé le catalogue n°15 de l'année 1899. Le n°8 qui date de la même année. Le n°7 date de 1898. Dans le Supplément à la Bibliographie de la France (feuilleton) de juillet 1898, nous trouvons une liste de livres que cette librairie recherche pour ses clients bibliophiles : Les débuts de César Borgia (Bibliophiles contemporains, 1890) ; Les Trophées de Hérédia (sur Chine) ; Jean Lorrain, Ma petite ville (sur Japon) ; Salammbô de Flaubert, édition originale brochée ; La Dame aux Camélias (édition Quantin) ; etc. Cela donne une idée des livres que cette librairie haut de gamme proposait à la vente. Nous ne trouvons rien pour ce libraire pour l'année 1897. On en déduira qu'il a dû commencer son activité dans le courant de l'année 1898 ou à la toute fin de l'année 1897.

Qui donc était ce P. Desbois libraire à Paris en cette toute fin de XIXe siècle ?

Nous avons retrouvé une veille famille de Desbois libraires au XVIIIe siècle. Ainsi Pierre-Jean Desbois était-il le fils de Nicolas Desbois, lui-même petit-fils par alliance de Nicolas de Fer et héritier d'une partie de son fonds. Nicolas Desbois meurt en 1749 et Pierre-Jean dix ans plus tard. Sa veuve vend son fonds de géographie à Desnos. Ce Desbois de 1898 est-il un lointain descendant de cette famille d'imprimeurs cartographes ? Nous ne savons pas. D'ailleurs de ce Desbois nous ne savons rien. En tant que bibliophile, nous ne l'avons jamais rencontré, et c'est une certitude qu'il n'aura pas marqué son temps tel un Morgand ou un Gougy. Pourtant, ses catalogues (que je ne possède pas) devaient être bien fournis. D'après cette seule gravure, nous savons qu'il a été en relation suffisamment intime et amicale avec Albert Robida pour lui demander ou qu'on lui offre cette belle estampe publicitaire. La découverte d'une facture permet de savoir son prénom : Paul. Paul Desbois ! voilà l'homme quasi cerné ! Son papier à en-tête porte : Livres rares et curieux, belles reliures. Tout est dit. Le 5 août 1898 il vend pour 5 francs avec rabais de 20% (déjà ...) au Comte Félix de Fayolle à Périgueux, un livre de John Grand-Carteret, La voiture de demain. Soit 4 francs facturés avec 75 centimes de frais de port. Reçu en octobre 1898 (sans commentaire) ... 5 francs du client (qui savaient vivre). Comme l'aurait écrit Serge Gainsbourg : Comment il vécu ? Comment il est mort ? ... nous ne savons toujours pas. Mais en fouillant ... en cherchant un peu, l'on finit par trouver sa fin. Paul Desbois meurt des suites d'une "cruelle maladie" le 22 février 1906 (Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire). Une date ! enfin. Le généalogiste-libraire se réveille ! On lit : "Monsieur Desbois n'était âgé que de 45 ans !" Il était donc né en 1861. Le bonhomme va finir par nous livrer son CV in extenso ! Travaillons-le encore un peu. Le problème c'est qu'il n'y a pas qu'un âne qui s'appelle Desbois ... et qu'il va falloir retrouver le bon ! Armons nous de persévérance et de patience ... Bon ! le problème c'est des Desbois il y en a moult ... pas facile de trouver le bon ! Au bout de quelques heures de recherches je dois me faire une raison : je ne retrouve pas la trace de ce Paul Desbois mort le 22 février 1906 vraisemblablement dans le IXe arrondissement de Paris. Il me faudrait demander l'acte de décès à la mairie de cet arrondissement pour avoir sans doute la clé de cette énigme bibliopolesque. Mais peut-être suis-je passé à côté de quelque chose quelque part. Quoi qu'il en soit, nous en savons déjà plus qu'au début de ces quelques lignes écrites "dans le feu de la recherche" (sans relecture). Je vous laisse le plaisir de poursuivre si cela excite votre fibre chercheuse. En attendant vous pouvez toujours admirer cette belle composition gravée à l'eau-forte par le maître tailleur de cuivre Albert Robida. Paul Desbois fut libraire de 1898 à 1906, à peine huit années durant lesquelles il proposa aux amateurs de beaux livres, de belles reliures. Courte carrière ! Mais on ne compte pas le mérite au nombre des années ... heureusement !

NDLR : nous avons trouvé trace d'une librairie de livres d'occasion (livres anciens) à Bordeaux, entre 1881 et 1885, elle a pour raison sociale : Librairie E. Desbois & Fils. Elle est située Rue Huguerie, 70, près la rue du Palais-Gallien. Y-a-t-il un lien entre ces Desbois de Bordeaux et Paul Desbois installé à Paris en 1898 ? Nous ne savons pas.

Bonne soirée,

Bertrand Bibliomane moderne

mercredi 13 janvier 2016

Le Bibliomane a sa page Facebook : https://www.facebook.com/bibliomanemoderne/




A bientôt avec de nombreux goodies !
(ça fait branché d'écrire goodies ...)

Maladies littéraires : La bibliomanie, par Gustave Geffroy (Figaro, 21 avril 1888). "l'esprit habituellement grincheux, sectaire et despotique de la plupart des bibliomanes et bibliophiles".

 

      On pourrait y reconnaître la vache et son veau dans ce texte un peu fourre-tout du critique Gustave Geffroy ... ou bien même son âne ! D'ailleurs si la maladie est annoncée au bibliomane, il semble bien, au début tout au moins, que le bibliophile ne soit guère en meilleure posture sanitaire. Néanmoins ce texte d'un autre siècle n'est pas inintéressant. Chacun d'entre nous, je pense, y trouvera son travers, son vice, décrit et même bien disséqué. Je n'avais jamais lu ce texte avant ce soir et je trouve qu'il vient agréablement compléter la Physiologie du Bibliomane-Bibliophile. Après ce terrible diagnostic vital cependant, il est légitime, après un peu plus d'un siècle, de s'interroger sur l'intérêt que l'on peut trouver à continuer de conserver ces feuilles de papier noircies et reliées quand il existe désormais des stockages de masse portatif pouvant renfermer plusieurs Encyclopédie Diderot et d'Alembert ? Une clé USB 128 Go devrait nous contenter ! Mais non ...

Bonne lecture !
Bertrand Bibliomane moderne



MALADIES LITTÉRAIRES

LA BIBLIOMANIE



      Les dessinateurs et les peintres qui ont eu à représenter l'amateur de livres chez lui, dans l'intimité de son occupation favorite, ont à peu près tous imaginé la même mise en scène et la même attitude. La feuille de papier et le tableautin de dimension restreinte sont meublés par une bibliothèque, une table, un fauteuil en bois sculpté, ce qui se fait de mieux dans le faubourg Saint-Antoine. Une lumière de clair obscur blanchit un relief, un angle, fait étinceler une dorure. La fenêtre est petite, presque une lucarne, avec un vitrail très cloisonné de plomb. Le bibliomane est là, dans la discrète tombée de jour. Il est debout, accoudé au rebord de la fenêtre, le corps infléchi, les pieds croisés, et il lit un livre, un petit livre qu'il tient du bout des doigts, très solennellement.
      La fantaisie de l'artiste, on le voit, a été loin. L'anecdotier ne s'est pas contenté de costumer son homme de la défroque qui lui semble indiquée par le bois sculpté et les petits vitraux, en dentelles Louis XIII, en habit carré du XVIIIe siècle, en douillette de la Restauration. Ce carnaval d'intérieur est, après tout, vraisemblable. Où le mensonge de la peinture prend des proportions excessives, c'est lorsque la lecture du livre par le bibliomane est représentée comme un fait ordinaire, journalier, tout naturellement accompli. De son propre aveu, le bibliomane est un être spécial possédant des livres, QU'IL NE LIRA JAMAIS.

      Il a bien autre chose à faire que de lire ses livres. D'abord il passe la plus grande partie de son temps chez les libraires et dans les ventes, car pour se rendre toute lecture véritablement impossible, il lui faut des quantités de livres, brochures, paperasses, à ne savoir où les mettre, des rangées les unes sur les autres, des piles qui montent du sol, qui cachent les rayons, qui envahissent un cabinet d'une végétation odorante et poussiéreuse de vieux papier. Après les achats, c'est le dérangement et le rangement, le classement jamais définitif, la rédaction des fiches, des catalogues supplémentaires. Si le collectionneur reste une journée chez lui, ce ne sont pas les travaux qui lui manquent. Il y a, là bibliatrique comme il y a l'hippiatrique, et le traitement des livres est autrement absorbant et compliqué que le traitement des chevaux. Certains soins ne peuvent être confiés à des mains étrangères, et la bibliothèque se change aisément en atelier. Des traités existent qui prêchent le lavage des livres. Les taches d'huile et de graisse sont combattues par la dissolution de potasse caustique. Malheureusement, le lavage comporte la détérioration. La potasse amincit le papier, change sa couleur, le rend mou et pelucheux. L'eau de javel entre alors en scène, puis le sulfite de soude, pour enlever le chlore introduit par l'eau de javel. Il faut user de précautions sans nombre, l'encre d'imprimerie pâlit rapidement et disparaît sous l'influence de ces actifs agents. Quand ces divers ingrédients ont été employés et que l'amateur a réussi à peu près à éreinter le bouquin rare, il lui reste peu de temps pour se livrer à la chasse aux mites. Le lendemain, le surlendemain, et tous les jours qui suivent, il recommence. Véritablement, où trouverait-il une minute pour lire autre chose que des titres de livres, des affiches et des catalogues? ll ne prend l'attitude méditative., accoudé, l'index sur la tempe, que devant le peintre habile à composer l'immuable tableautin e genre qui est comme l'enseigne officielle de la bibliomanie.
      Les preuves existent en trop grande quantité pour qu'il soit possible de les mentionner toutes. On pourrait écrire quelques in-folios sur une telle manie, – est-ce littéraire ou antilittéraire qu'il faut dire ? - avant d'avoir épuisé le sujet. Peut-être suffirait-il de citer cette phrase de M. Le Roux de Lincy, secrétaire de la Société des bibliophiles, dans sa notice sur la vie et la bibliothèque de M. A. Cigongne (1861) :
      « M.Cigongne avait la passion des livres, mais cette passion chez lui était aussi éclairée qu'intelligente. lisant, CE QUI EST RARE, la MAJEURE partie des ouvrages qu'il achetait ... »

      Ainsi, en voici un, et des plus marquants, qui a laissé une fort belle collection, et son thuriféraire autorisé avoue qu'il ne lisait pas tout ce qu'il achetait. Et ce lecteur insuffisant est encore vanté comme un rare phénomène dans le monde où il évolue. D'ailleurs, elle est fort concluante, cette notice sur M. Cigongne, elle caractérise fort bien l'état l'esprit habituellement grincheux, sectaire et despotique de la plupart des bibliomanes et bibliophiles : « S'il s'était formé, dit M. Le Roux de Lincy, une instruction suffisante pour comprendre et apprécier à leur valeur les romans de chevalerie, les mystères, les poésies anciennes ... s'il aimait aussi les arts, la musique principalement, il était sévère dans ses jugements, souvent très vif dans ses opinions, il exprimait ses préférences d'une manière très absolue. Il était resté admirateur exclusif des grands maîtres et des vieux auteurs, les seuls guides, suivant lui, qu'il fût permis de suivre. Aussi n'entendait-il jamais sans impatience faire l'éloge des novateurs que l'entraînement de la mode mettait successivement en vogue. »

      C'est là surtout le signe évident de la maladie. Le bibliomane ne recherche que le « vieux », qu'il ne lit pas, et il a horreur du moderne, qu'il n'a pas lu davantage. Du temps de Cigongne, les novateurs dont on ne pouvait supporter l'éloge, c'étaient par exemple Balzac, Hugo, Michelet. En ce moment, c'est à peine si ces trois écrivains et quelques-uns de leurs contemporains sont admis dans les collections qui se respectent. Pour les vivants, bien entendu, l’excommunication est majeure. Un bibliophile pourrait être nommé ici qui est l'objet des railleries de ses confrères parce qu'il acquiert, sur grand papier, les œuvres littéraires des nouveaux venus. Il y a à peine huit jours,dans une gazette spéciale, un bibliomane-critique disait vertement son fait à Flaubert. Dans cent ans, dans deux cents ans, on s'occupera de rechercher les exemplaires introuvables des livres du XIXe siècle. Les bibliophiles de notre temps laisseront comme monuments de leur goût des catalogues de collections commencées en 1830 et dispersées en 1870 où ne se trouve pas le nom de Hugo. Dans le Catalogue des livres rares et précieux, manuscrits et imprimés de la bibliothèque de M. le baron J. Pichon, le nom de Balzac se trouve inscrit à la table des noms d'auteurs. N'ayez pas la curiosité de regarder, il s'agit, bien entendu, de Guez de Balzac, de l'autre, de celui du XVIIe siècle.

      En revanche, que M. de Chevigné écrive les insipides Contes rémois, il se trouvera un critique, M. Jules Levallois, fonctionnant à l'Opinion Nationale en 1884, qui inscrira le nom de l'amateur auprès des noms de-Rabelais, Régnier, Marot, La Fontaine, Voltaire, et il se trouvera un public de collectionneurs suffisant pour épuiser douze éditions luxueuses de la petite chose en question. Que l'exemplaire original du journal Paris-Murcie passe en vente à l'hôtel Drouot, il se trouvera un monsieur qui se pasionnera, qui se ruera aux enchères, et qui finalement emportera l'objet en échange de 12.300 francs. – Qu'un Boccace de 1471 se vende, à Londres, en 1812, 2.260 livres sterling à la vente du duc de Roxburg, il se fondera le Roxburgh club, qui se réunira tous les ans, le 13 juillet, jour anniversaire de la vente. Les exemples pourraient être multipliés à l'infini. Pour les goûts particuliers, les désirs allant à tels exemplaires plutôt qu'à tels autres, ce sont inoffensives manies auxquelles les cinq vers connus peuvent servir d'épigraphe :

C'est elle ! Dieu, que je suis aise ;
Oui, c'est la bonne édition ;
Voilà bien, pages neuf et seize,
Les deux fautes d'impression
Qui ne sont pas dans la mauvaise.

Les événements de la vie d'un bibliomane peuvent tourner au tragique. Brunet s'est évanoui pour une faute d'impression introduite dans le Manuel du libraire. Le marquis de Çhalabre est mort, dit le bibliophile Jacob, « du noir chagrin qu'il conçut à la recherche infructueuse d'une bible imaginaire ». Des amateurs d'une espèce particulière, de l'espèce dite bibliotaphe, qui cachent, qui ensevelissent les livres, souffrent mille transes, s'effarent et se dessèchent comme les avares qui veillent auprès de leurs trésors. Mais là encore l'affection maligne se présente avec des symptômes qui la rendent touchante, et il faut laisser en repos ces victimes dans les cabanons intellectuels qu'elles se sont choisis. Le bibliomane ne retient l'attention et n'excite au commentaire que lorsqu'il se manifeste par la prétention de son goût à tout régenter, par la publicité de ses jugements.

      On les compte, ceux qui ont su extraire de leur bibliothèque, une savante et raisonnée bibliographie comme celle qui fut publiée en 1843 sous le titre Catalogue des Livres composant la bibliothèque poétique de M. Viollet-le-Duc. Ou plutôt, on ne les compte pas. Un tel travail de classement, d'histoire, de biographie, de citations justement choisies, reste isolé dans les fatras des listes et des commentaires élucubrés par les fortunés acheteurs de livres. Le dédain de ces derniers pour la littérature se trouve logiquement puni aussitôt qu'ils saisissent une plume pour célébrer les dos, les tranches et les vignettes de leurs exemplaires de luxe. Quelles locutions inattendues dans la platitude, quelles comparaisons amphigouriques dans la banalité ne trouvent-ils pas lorsqu'ils se consacrent, entre eux, des notices pour annoncer leurs ventes, car ils vendent, ils écoulent leur magasin, de temps à autre, quand ils sont dégoûtés d'un genre, ou d'un relieur. La. vente posthume est aussi motif à dissertation chez les survivants, et les oraisons funèbres ne manquent pas de prendre des proportions stupéfiantes. Dans la langue des bibliomanes, il y a toujours un livre qui devient la « pierre angulaire » d'une bibliothèque. - L'intelligence d'un amateur est célébrée en ces termes « M. le baron Grandjean ne tarda pas à assaisonner les délices de la science du condiment si vif et si pénétrant de l'amour des livres. » Dans la notice Le Roux de Lincy, pour Cigongne, qui est décidément inépuisable, le bibliophile garde-national que fut Cigongne en 1848 est exalté par un Bossuet bonnetier tout à fait stupéfiant : « ... Mais fallait-il en venir aux mains ce qui malheureusement lui était arrivé, convaincu de son inexpérience au maniement des armes, il distribuait ses cartouches à ceux qui l'entouraient et restait paisible au milieu du sifflement des balles. » - Le catalogue des livres rares et précieux de M. de La Roche La Carelle qui vont être dispersés à la fin de ce mois est accompagné d'une préface de M. Quentin-Bauchart où les ventes sont comparées, sur le mode héroïque, à des scènes de carnage « Devant le commissaire-priseur, il allait aux enchères comme les braves vont au feu, et tout le monde a pu le voir dans cette salle de l'hôtel Drouot, témoin de tant de mêlées furieuses, s'obstiner glorieusement et vaincre. » C'est d'une verve un peu excessive, et le portefeuille et le porte-monnaie bien garnis de M. de La Carelle ne croyaient pas mériter des acclamations aussi guerrières. C'est ce même M. de La Carelle, « professant un souverain dédain pour les livres à sensation du XIXe siècle », qui aimait à promener, sur les caractères des livres, des doigts habitués à ce contact, rendant ainsi possible une nouvelle variété du bibliophile, le bibliophile aveugle. Ce qui ne l'avait pas empêché, aux premiers sévices exercés par une maladie des yeux, de vendre une bibliothèque laborieusement composée. Il avait bien tort puisqu'il eût continué à goûter les mêmes jouissances. »

      Pour compléter le portrait du bonhomme qui fait semblant de lire auprès de sa fenêtre à vitraux, il aurait fallu noter son goût des éditions obscènes, avec figures. Le bibliomane, si pudique lorsqu'il s'agit d'un livre nouveau, triste et pitoyable, d'expressions violentes, se retrouve égrillard et fort allumé dans l'intimité de ses bouquins. Sa duplicité, son désir perpétuel de tromper le confrère qui vend, qui achète ou qui échange, pourraient fournir aussi un curieux chapitre où seraient relatées ses tactiques finaudes, ses habitudes sournoises il n'est pas de monde où la méfiance soit davantage le fond même de la nature et l'indice de l'état mental. C'est ce qu'a fort bien traduit, en phrases de pince-sans-rire, M. Edouard Rouveyre, dans les Connaissances nécessaires à un bibliophile : « Lorsque les notes du catalogue exaltent la rareté ou le mérite extraordinaire d'un livre, il faut parfois ne point y ajouter une foi entière. Il y a des exemples d'éditions indiquées comme inconnues, et qui étaient déjà signalées par des bibliographes ; il arrive aussi de temps en temps que les désignations de beaux exemplaires ne se trouvent pas rigoureusement exactes. » Qu'il suffise de faire remarquer, et ceci différencie le bibliomane du bibliophile, qu'on en est arrivé à relier, à dorer et à ornementer les livres de telle façon qu'il est interdit de les ouvrir. Le paragraphe écrit par l'admirable La Bruyère dans le chapitre De la mode revient en mémoire :
      « ... Mais quand il ajoute que les livres en apprennent plus que les voyages, et qu'il m'a fait comprendre par ses discours qu'il a une bibliothèque, je souhaite de la voir je vais trouver cet homme qui me reçoit dans une maison où dès  l'escalier je tombe en faiblesse d'une odeur de maroquin noir dont ses livres sont tous couverts. Il a beau me crier aux oreilles pour me ranimer qu'ils sont dorés sur tranche, ornés de filets d'or, et de la bonne édition, me nommer les meilleurs l'un après l'autre, dire que sa galerie est remplie à quelques endroits près, qui sont peints de manière qu'on les prend pour de vrais livres arrangés sur des tablettes, et que l’œil s'y trompe, ajouter qu'il ne lit jamais, qu'il ne met pas le pied dans cette galerie, qu'il y viendra pour me faire plaisir, je le remercie de sa complaisance, et ne veux, non plus que lui, voir sa tannerie, qu'il appelle bibliothèque. »
       On en arriverait à envier le scepticisme de Pococurante, seigneur vénitien passant en revue ses livres, au chapitre XXV de Candide, et résumant ainsi son opinion sur Cicéron, et sur les autres : « Je me serais mieux accommodé de ses œuvres philosophiques ; mais quand j'ai vu qu'il doutait de tout, j'ai conclu que j'en savais autant que lui, et que je n'avais besoin de personne pour être ignorant ».


Gustave Geffroy
Le Figaro, supplément littéraire
Samedi 21 avril 1888

lundi 11 janvier 2016

Moment de lecture, Un provincial à Paris en 1789 : "Acheter un livre très cher, le déposer dans sa bibliothèque, ne jamais l'ouvrir, rien d'aussi commun (...)"


http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6385989j 

Photographie Bnf, Gallica,
consultez l'exemplaire numérisé en cliquant sur l'image ci-dessus 


On ouvre souvent un livre au hasard, le soir tard, parce que le sommeil ne vient pas, parce qu'on se pose la question de savoir ce qu'on sera demain. (1)

Hier soir, c'est à la page 79 d'un ouvrage intitulé : "Un provincial à Paris, pendant une partie de l'année 1789." qui a retenu mon attention. Livre édité à Strasbourg, par l'imprimerie de la société typographique, avec les caractères de Jacob, et qui se trouve à Paris chez La Villette, libraire à l'hôtel des Bouthillers, rue des Poitevins. Curieusement publié sans date (1790 d'après les bibliographies consultées). C'est un in-8 de 258 pages avec un errata d'une page à la fin. Présenté sous forme de lettres 37 lettres qui traitent de divers sujets d'actualité (révolution, cour, esprit, Paris, etc). Elles sont fort bien écrites.

Voici donc le passage sur lequel je suis tombé, les yeux fatigués :

"(...) Acheter un livre très cher, le déposer dans sa bibliothèque, ne jamais l'ouvrir, rien d'aussi commun : cependant l'amour propre prétend juger, veut assigner à tout écrivain quel rang lui appartient : le satisfaire, sans contrarier la paresse, devient assez difficile. Des lecteurs attitrés, véritables trompettes de renommée, courent chez les libraires, y lisent l'ouvrage du jour, viennent ensuite dîner dans un hôtel, rendent des comptes faits avec quelques talents, ont l'attention de présenter tantôt l'éloge, tantôt la critique, suivant que l'auteur et ses productions plaisent ou déplaisent à des auditeurs dont ils désirent avant tout les suffrages. Le voyage d'Anarcharsis paraîtra aux yeux de la postérité, comme un superbe obélisque élevé parmi des munuments sans nombre, de plusieurs desquels se distingueront à peine quelques faibles débris. Au génie soutenu par l'érudition, embelli par la magie du style, appartient de droit l'admiration de ses contemporains, encore plus celle des siècles à venir, chez lesquels la jalousie ne parvient pas. Je suis donc loin de blâmer les pompeux éloges prodigués par le public, mais j'observerai que plusieurs femmes disaient de cet ouvrage des choses merveilleuses ; avant d'avoir eu le temps de jeter les yeux sur le premier chapitre.

Me voici bien revenu de l'usage, scrupuleusement observé par les écrivains, d'offrir de beaux exemplaires à leurs prétendus protecteurs, à leurs puissants amis. Ce n'est pas sans quelque confusion que j'ai vu presque tous mes présents languir sur des chiffonnières, aussi intacts qu'à l'instant où ils étaient arrivés, pas même l'attention de les couper.

Divers compliments, presque tous assez baroques, m'ont paru peu encourageant. Pourquoi écrire l'histoire ? Il n'y a de supportable que les livres d'imagination, dit hautement le vicomte de * *. Le baron de * * * s'écrie : "Le superbe papier ! les beaux caractères !", tandis que la marquise de * * *, plus fine, répète avec complaisance : "Ah, monsieur ! vos Carthaginois ne m'ont pas échappé ; je les reconnais pour ce qu'ils sont ; j'y vois certaines gens ; j'y découvre certaines aventures du jour, même de mon quartier ; vraiment rien de plus délicieux." Le duc de * * * reçoit avec cette apostrophe : Il faut, ma foi, bien du temps de reste pour composer des livres. Si la rage d'écrire l'histoire vous poursuit, entreprenez celle de mes ancêtres ; c'étaient autant de héros. Les positions ont bien changé." - Elles seules font donc les hommes. Adieu." (fin de la lettre XI).

Passage qui sert à la fois d'argument à nos auteurs insignifiants et au bibliomane qui vit en chacun de nous.

L'auteur de cet ouvrage est M. Anne-Henri Cabet de Dampmartin.


Amitiés dominicales,
Bertrand Bibliomane moderne


(1) Cet article a été rédigé initialement en 2009 et alors jamais publié. Il était resté à l'état de brouillon. La chose est réparée.

La Bibliophilie collective selon Jean Gradassi (1960)



Illustration de Jean Gradassi pour

L'Ecole de l'Interest
Paris, Eryx, 1960

mercredi 23 décembre 2015

La Bibliothèque Mazarine organise, 14 décembre 2015 au 26 février 2016, une exposition intitulée Une bibliothèque retrouvée : les livres du couvent des Jacobins de Paris, du Moyen Âge à la Révolution.

Madame, Monsieur,

La Bibliothèque Mazarine organise, 14 décembre 2015 au 26 février 2016, une exposition intitulée Une bibliothèque retrouvée : les livres du couvent des Jacobins de Paris, du Moyen Âge à la Révolution.

Informations pratiques :
- Bibliothèque Mazarine, 23 quai de Conti, 75006 PARIS
- Entre le 14 décembre 2015 et le 26 février 2016, du lundi au vendredi, 10h-18h
- Entrée libre
- Dossier de presse à télécharger à l'adresse suivante : http://www.bibliotheque-mazarine.fr/fr/pratique/presse/espace-presse

Si le sujet vous intéresse, n'hésitez pas à revenir vers nous pour plus de précisions, pour des visuels en haute définition, etc.

En vous remerciant par avance de la communication que vous pourrez assurer autour de cette exposition,

Très cordialement,


Florine Lévecque-Stankiewicz
Conservatrice en charge des services au public et de la communication
Bibliothèque Mazarine
23 quai de Conti, 75270 Paris Cedex 06
33 (0)1 44 41 44 06
www.bibliotheque-mazarine.fr

jeudi 17 décembre 2015

Pour adultes avertis…. Journée d’étude sur l’érotisme

Pour adultes avertis….
Journée d’étude sur l’érotisme
21 janvier 2016
Médiadix - Pôle métiers du Livre
11 avenue Pozzo di Borgo - 92210 Saint Cloud

Le livre érotique évoque les Enfers de la bibliothèque ; pourtant depuis plusieurs années, il figure en tête de gondole. Ainsi, cette journée propose un panorama de la production contemporaine par des spécialistes du domaine. Toutefois, la censure n’est jamais loin de l’érotisme. Les collections érotiques sont passées de la réserve aux présentoirs, mais comment ce phénomène est-il géré dans les institutions culturelles ?

PROGRAMME
9h30-10h15 L'édition érotique en France des années 1930 aux années 1970, de la répression à la légitimation, Anne Urbain, historienne. Un panorama de la censure du livre érotique
10h15-11h L’édition érotique aujourd’hui, Olivier Bessard-Banquy, auteur de « Sexe et littérature aujourd’hui » (La Musardine) Une mise en perspective de la littérature érotique depuis trente ans.
11h – 11h 15 pause
11h15. 12h 50 Nuances de Grey : étude de réception, Magalie Bigey et Stéphane Laurent, maîtres de conférences, université de Franche-Comté. Les chercheurs ont tenté de définir le profil du lectorat de ce fameux best-seller ainsi que leurs motivations.
12h-12h30 Panorama des prix littéraires érotiques, Sylvie Ducas, maître de conférences, université Paris Ouest Nanterre La Défense. Focus sur les prix : est-ce un phénomène récent ? Quels sont les livres primés ? Par quels prescripteurs ?
12h30-14 heures déjeuner
 14h- 14h30 Eros au féminin, lectures de textes
 14h30-15h15 Le cinéma érotique Annie Demeyere, bibliothécaire
15h15-16h Enquête sur les fonds érotiques en bibliothèques William Jouve, bibliothécaire. Pour adultes avertis, les collections érotiques sont passées de la réserve aux présentoirs, mais comment ce phénomène est-il géré dans les institutions culturelles ?
16h-16h30  Spécialité érotisme : La bibliothèque Charlotte Delbo,  par Jacques Astruc, Bibliothécaire
16h30-17h discussion.

vendredi 27 novembre 2015

Les Ateliers du livre, histoire des bibliothèques Bibliothèque nationale de France - site François Mitterrand Jeudi 17 décembre 2015 14h-19h Entrée libre

Les Ateliers du livre,histoire des bibliothèques
Bibliothèque nationale de France - site François Mitterrand
Jeudi 17 décembre 2015 14h-19h
Entrée libre


Quand la bibliothèque devient musée : les objets en bibliothèque
Dans le cadre de ses Ateliers du livre, inaugurés en 2002, la Bibliothèque nationale de France consacre depuis 2010 une session annuelle à l'histoire des bibliothèques.
Cette 38e édition se propose, au cours d'une après-midi de communications suivie d'une table ronde de professionnels, d'interroger la place de l'objet en bibliothèque.

En quoi ces collections d'objets sont-elles constitutives des fonds conservés par les bibliothèques ? Comment sont-elles entrées dans ces institutions ? Leur présence a-t-elle toujours été acceptée ou a-t-elle fait l’objet de remises en question ? La légitimité de leur présence une fois établie, comment les bibliothèques ont-elles décidé de les valoriser auprès de leurs différents publics ?

Avec des représentants de la Bibliothèque nationale de France, de la bibliothèque Sainte Geneviève, de la bibliothèque Inguimbertine et des musées de carpentras, de la Bibliothèque nationale centrale de Rome, de la British Library, des bibliothèques de Rouen, de Rennes et de l'Académie nationale de médecine.

Les conférences, en français et en anglais, seront proposées en traduction simultanée.

***

Cet Atelier est organisé en partenariat avec l'Ecole nationale des Chartes et l'Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques.

***

Programme complet de la manifestation et informations pratiques dans l'agenda culturel de la BnF à cette adresse : http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/auditoriums/f.atelier_livre.html?seance=1223922486475

Expositions :

Anselm Kiefer, l’alchimie du livre - jusqu'au 7 février 2016 - BnF - François-Mitterrand

Images du Grand Siècle, l'estampe française au temps de Louis XIV, 1660-1715 - jusqu'au 31 janvier 2016 - BnF - François-Mitterrand

lundi 9 novembre 2015

Il est arrivé ! Bibliophilie : Les Gardiens de Bibliopolis par Jean-Paul Fontaine, Le Bibliophile Rhemus, Jean-Paul Fontaine. Préface de Yann Sordet.


Photo Jean-Paul Fontaine, novembre 2015


Quelques auteurs ont tenté de traiter de l’histoire de la bibliophilie : Joseph-Marie Quérard avait envisagé, en 1850, de publier une Encyclopédie du bibliothécaire, de l’homme d’études et du bibliophile français, en 15 volumes in-8 ; les Techener père et fils, dans leur Histoire de la bibliophilie (Paris, Techener, 1861-1864, in-fol., pl.), inachevée ; Gustave Brunet, dans son Dictionnaire de bibliologie catholique (Paris, J.-P. Migne, 1860, in-8) et son supplément (ibid., 1866) ; Joannis Guigard, dans son Armorial du bibliophile (Paris, Bachelin-Deflorenne, 1870, in-8) et dans son Nouvel armorial du bibliophile (Paris, Émile Rondeau, 1890, in-8) ; Michel Vaucaire, dans La Bibliophilie (Paris, Presses universitaires de France, 1970, in-12) ; Jean Viardot, dans les chapitres « Livres rares et pratiques bibliophiliques » et « Les Nouvelles Bibliophilies » de l’Histoire de l’édition française (Paris, Promodis, in-4, 1984, t. II, p. 447-467 et 1985, t. III, p. 343-363) ; Yves Devaux, dans L’Univers de la bibliophilie (Paris, Pygmalion, 1988, in-4) ; Christian Galantaris, dans son Manuel de bibliophilie (Paris, Éditions des Cendres, 1997, 2 vol. in-8) ; Yann Sordet, dans l’article « Bibliophilie » du Dictionnaire encyclopédique du livre (Paris, Cercle de la Librairie, 2002, in-4, t. I, p. 281-286) et dans L’Amour des livres au siècle des Lumières. Pierre Adamoli et ses collections (Paris, École des chartes, 2001, in-8), qui écrit : « L’étude approfondie d’un collectionneur nous a semblé constituer un préalable modeste mais indispensable à une enquête historique sur la bibliophilie. »

L’histoire n’étant pas seulement le récit des événements, mais aussi l’évocation des individus, l’histoire de la bibliophilie doit être d’abord celle des bibliophiles. Collectionneurs de livres rares – parce qu’anciens ou à faible tirage–, ou singuliers – se distinguant par quelque chose d’extraordinaire –, ou curieux – dignes d’intérêt, voire étranges ou étonnants –, et précieux – par leur illustration, leur reliure, leur provenance ou leur texte –, dans le but de construire une bibliothèque, leur vie se lit particulièrement dans les catalogues de vente de leurs bibliothèques. C’est pourquoi, pour servir à une histoire de la bibliophilie, j’ai retenu la biographie de cent soixante d’entre eux, du XVIe au XXe siècle, tous découvreurs et protecteurs du patrimoine écrit et typographique, que j’ai nommés « Gardiens de Bibliopolis ».


Voir conditions de souscription / acquisition ci-desous :

Cliquez sur l'image ci-dessous pour aller sur le site de l'éditeur


samedi 10 octobre 2015

Bibliophilie : Les Gardiens de Bibliopolis par Jean-Paul Fontaine, Le Bibliophile Rhemus, Jean-Paul Fontaine. Préface de Yann Sordet. L'Hexaèdre éditeur, à paraître le 15 novembre 2015 (souscription en cours jusqu'à cette date).




L’histoire n’étant pas seulement le récit des événements, mais aussi l’évocation des individus, l’histoire de la bibliophilie doit être d’abord celle des bibliophiles. Collectionneurs de livres rares – parce qu’anciens ou à faible tirage –, ou singuliers – se distinguant par quelque chose d’extraordinaire –, ou curieux – dignes d’intérêt, voire étranges ou étonnants –, et précieux – par leur illustration, leur reliure, leur provenance ou leur texte, dans le but de construire une bibliothèque, leur vie se lit particulièrement dans les catalogues de vente de leurs bibliothèques. C’est pourquoi, pour servir à une histoire de la bibliophilie, j’ai retenu la biographie de cent soixante d’entre eux, du xvie au xxe siècle, tous découvreurs et protecteurs du patrimoine écrit et typographique, que j’ai nommés « Gardiens de Bibliopolis ».


vendredi 11 septembre 2015

L'histoire littéraire en mode mineur : bibliophilie et promotion d'un panthéon littéraire alternatif au XIXe s. (Paris, BnF)

Le 15 janvier 2016
Bibliothèque de l'Arsenal (Paris)
« L’histoire littéraire en mode mineur : le rôle des bibliophiles dans la promotion d’un panthéon littéraire alternatif au XIXe siècle »
Colloque SERD / PLH / BNF
14-15 octobre 2016
Date limite le 15 janvier 2016

Argumentaire scientifique :
Ainsi que le professait Jean Viardot dans un article fondateur consacré aux « nouvelles bibliophilies » qui émergent à la suite des bouleversements induits par la Révolution Française, le début du XIXe siècle marque l’avènement de pratiques de collection spécialisées, axées sur la recherche systématique de la rareté, de la singularité, rompant avec le modèle de l’Ancien Régime, à la fois universaliste et aristocratique. Le caractère désirable de l’exemplaire de collection réside désormais, aux yeux du bibliophile, dans sa non-adéquation au système de valeurs érigé en norme par un secteur éditorial en voie d’industrialisation, où l’exigence de plaire à un lectorat élargi et démocratisé contribue à l’uniformisation de la production.
C’est donc un regard tout à fait spécifique que le bibliophile dix-neuviémiste est amené à porter sur l’histoire littéraire : un regard de collectionneur qui, aux figures consacrées du panthéon littéraire, préférera volontiers les auteurs singuliers, méconnus, ou marginalisés par les discours institutionnels. Toutefois, cette transposition de critères de sélection opératoires au sein du champ bibliophilique dans le domaine de l’histoire littéraire ne se fait bien évidemment pas sans tensions ni contradictions, et devra être interrogée.
On s’intéressera en particulier aux modalités selon lesquelles les bibliophiles investissent d’une légitimité paradoxale des auteurs dont le caractère marginal, contesté, voire le manque assumé de valeur littéraire, se trouve revendiqué, dans un renversement hiérarchique complet, tendant à aboutir à une « contre-histoire » littéraire. D’où la « panthéonisation » paradoxale d’auteurs « oubliés » ou « dédaignés » (Charles Monselet) par les instances de légitimation du champ littéraire, au profit de figures singulières, choisies aussi bien dans les siècles passés que dans le vivier des auteurs contemporains.
Les propositions de communication pourront s’inscrire dans l’un des axes détaillés ci-dessous.
Axes de réflexion :
1. Le bibliophile-collectionneur, pour un panthéon littéraire singulier :
Le geste du collectionneur suppose une forme de sélection souveraine, puisqu’il s’agit de ne retenir, parmi les innombrables titres manuscrits ou imprimés disponibles, qu’une certaine catégorie d’exemplaires. À cet égard, les omissions du bibliophile peuvent se révéler tout aussi significatives que ses préférences, et nous renseigner sur les auteurs ou les types d’œuvres les plus systématiquement retenus. Il est possible, par exemple, de reconstituer la chronologie du goût bibliophilique et ses évolutions entre le premier tiers du XIXe siècle et la Belle-époque en étudiant certaines collections spécialisées, comme la bibliothèque de brochures révolutionnaires de G. de Pixérécourt (1773-1844), ou la collection de petits romantiques de Charles Asselineau. Les catalogues de vente constituent de ce point de vue des sources d’investigation privilégiées : on pourra avec profit se pencher non seulement sur la composition des titres collectionnés, mais également sur les notices descriptives qui les accompagnent et qui, souvent, permettent de reconstituer le système d’évaluation à l’origine des choix effectués ; des adjectifs tels que petitinconnu, ou curieux se chargent ainsi chez Nodier, dans les Mélanges tirés d’une petite bibliothèque (1829), d’une signification tout à fait positive. Enfin, on pourra s’intéresser à l’élargissement progressif des types de matériaux et de documents collectionnables, ce qui contribue à rendre poreuses et mouvantes les frontières du domaine bibliophilique proprement dit : les Goncourt font d’ailleurs de cet éclectisme formel, qui fait cohabiter sur les étagères de leur bibliothèque dix-huitiémiste éditions illustrées, plaquettes et autographes, une véritable marque de fabrique.
2. Bibliophilie et sociabilité : de nouvelles instances de légitimation ?
Loin de se manifester exclusivement dans le cadre de la sphère privée et individuelle, la bibliophilie devient au cours du XIXe siècle un phénomène collectif, possédant ses codes et ses références propres, et structuré par des systèmes de réseaux. Des salles des ventes aux établissements des grands libraires parisiens (Techener dans les années 1830, plus tard Auguste Fontaine par exemple), en passant par les bouquinistes des quais, les bibliophiles ne cessent de se rencontrer et d’échanger leurs vues, permettant ainsi l’élaboration d’un système de valeurs propre à leur communauté, souvent en décalage avec les prédilections du commun des liseurs. Le développement des sociétés de bibliophilie, dont la Société des bibliophiles françois, fondée en 1820, représente le modèle inaugural, doit retenir à cet égard toute notre attention : comment la progressive institutionnalisation de ces associations qui se dotent de statuts et de calendriers contraignants contribue-t-elle à en faire de nouvelles instances de légitimation en termes d’histoire littéraire ? Le foisonnement fin-de-siècle de sociétés telles que celle des Amis des livres (Eugène Paillet), celle des Bibliophiles contemporains puis indépendants (Octave Uzanne), ou des Cent bibliophiles (Pierre Dauze), pourrait être étudié dans cette perspective.
3. Le bibliophile critique-historien dans le monde de la presse :
Les auteurs bibliophiles sont nombreux à collaborer à des périodiques qui leur donnent l’occasion de faire œuvre de critique, mais également d’historien. On peut penser à Charles Nodier dans certaines pages du Bulletin du bibliophile, ainsi qu’à Charles Asselineau dans le cadre de la Revue anecdotique. La forme brève et discontinue induite par le support journalistique encourage en effet la rédaction de portraits ou de courts récits, à l’exemple de la galerie des Illuminés nervaliens ou des Excentriques de Champfleury, parus la même année (1852) et d’abord publiés sous forme d’articles. C’est donc une autre histoire littéraire que les journalistes-bibliophiles semblent dès lors esquisser : une histoire fragmentaire et morcelée, volontiers déclinée sous la forme de courtes monographies placées sous le signe de l’excentricité. C’est l’occasion pour certains bibliophiles de jouer un rôle actif dans la redécouverte, et parfois la réhabilitation, de minores et de figures marginales souvent puisés dans les XVIIe et XVIIIe siècles. L’alliance entre presse et bibliophilie devient par ailleurs plus nette lorsqu’on en vient, dans les dernières décennies du siècle, à des revues conçues et réalisées par des amateurs, à destination d’un public de connaisseurs : Le Livre de Quantin, le Conseiller du bibliophile de Grellet ou encore la Revue biblio-iconographique. Les amateurs de livres s’impliquent alors volontiers dans ces revues-manifestes qui, à l’instar de La Plume, sont susceptibles de devenir le vecteur privilégié d’une histoire littéraire et artistique avant-gardiste.
4. L’édition à l’heure de la bibliophilie, de l’esthétisation du support à la  valorisation littéraire :
Tournant le dos à l’édition de masse, de plus en plus nettement caractérisée par sa soumission à de stricts impératifs de rentabilité, les bibliophiles se plaisent enfin à créer des objets livresques uniques dont la qualité typographique vient garantir la valeur littéraire. Beauté du texte et beauté du support semblent dès lors aller de pair, au point que tous les procédés de valorisation propres au système éditorial contemporain– qualité du papier et de la composition typographique, finesse des illustrations, faibles tirages – se trouvent mobilisés comme autant de facteurs de distinction. Quelle corrélation établir, dans ces conditions, entre esthétisation matérielle et promotion du contenu ? On pourra s’intéresser aux collaborations qui s’établissent entre éditeurs et bibliophiles autour de collections emblématiques, comme les « Petits classiques françois » de Nodier et Delangle au milieu des années 1820 ou la « Librairie des bibliophiles » de Jouaust, portée en partie par le bibliophile Jacob (Paul Lacroix). Un degré supplémentaire se trouve franchi après les années 1870, lorsque des éditeurs bibliophiles revendiquant une posture d’esthètes font leur apparition, à l’instar de Quantin ou de Rouveyre, dont les publications soignées sont destinées à un public choisi. Qu’il s’agisse de rééditer poètes et conteurs oubliés, ou d’offrir à de jeunes auteurs en mal de reconnaissance un espace d’expression, de telles entreprises contribuent à ériger la notion de rareté, soutenue par l’élitisme revendiqué des tirages, en critère discriminant pour l’élaboration d’une histoire littéraire alternative.
Bibliographie :
Publications récentes :
Revue d’histoire littéraire de la France, vol. 115 (1/2015), Bibliophilie, collectionnisme et littérature française, Paris, PUF, 2015.
Barrière, Didier, Nodier, l’homme du livre : le rôle de la bibliophilie dans la littérature, Bassac, éd. Plein Chant, coll. « L’Atelier du XIXe siècle », 1989.
Desormeaux, Daniel, La Figure du bibliomane : histoire du livre et stratégie littéraire au XIXe siècle, Saint-Genouph, Nizet, 2001.
Pety, Dominique, Les Goncourt et la collection : de l’objet d’art à l’art d’écrire, Genève, Droz, coll. « Histoire des idées et critique littéraire », 2003.
Silverman, Willa Z., The New Bibliopolis : French book collectors and the culture of print (1880-1914), Toronto, University of Toronto Press, 2008.
Monographies du XIXe siècle :
Beraldi, Henri, La Reliure au XIXe siècle, Paris, L. Conquet, 1895.
Le Petit, Jules, L’Art d’aimer les livres et de les connaître : lettres à un jeune bibliophile, Paris, chez l’auteur, 1884.
Maillard, Firmin, Les Passionnés du livre, Paris, E. Rondeau, 1896.
Mouravit, Gustave, Le Livre et la petite bibliothèque d’amateur : essai de critique, d’histoire et de philosophie morale sur l’amour des livres, Paris, A. Aubry, 1869.
Richard, Jules, L’Art de former une bibliothèque, Paris, É. Rouveyre et G. Blond, 1883.
Rouveyre, Édouard, Connaissances nécessaires à un bibliophile, Paris, É. Rouveyre, 1899 [5ème édition].
Uzanne, Octave, Nos amis les livres : causeries sur la littérature curieuse et la librairie, Paris, A. Quantin, 1886.
Uzanne, Octave, Les Évolutions du bouquin : la nouvelle Bibliopolis, voyage d’un novateur au pays des néo-icono-bibliomanes, Paris, H. Floury, 1897.
Périodiques et revues du XIXe siècle :
Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, Paris, Techener / Leclerc / Badin, 1834-1900.
Revue anecdotique des lettres et des arts : documents biographiques de toute nature, nouvelles des librairies et des théâtres […], Paris, 1855-1862.
Bulletin du bouquiniste, Paris, A. Aubry, 1857-1896.
L’Amateur d’autographes : bulletin du collectionneur, Paris, Charavay, 1862-1892.
Le Bibliophile français : gazette illustrée des amateurs de livres, d’estampes et de haute curiosité, Paris, Bachelin-Deflorenne, 1868-1877.
Le Conseiller du bibliophile : publication destinée aux amateurs de livres rares et curieux et de belles éditions, Paris, M.-C. Grellet, 1876-1877.
Miscellanées bibliographiques, Paris, É. Rouveyre, 1878-1880.
Le Livre, Paris, A. Quantin, 1880-1889.
La Plume littéraire, artistique et sociale, Paris, 1889-1899.
Le Livre moderne : revue du monde littéraire et des bibliophiles contemporains, Paris, A. Quantin, 1890-1891.
Revue biblio-iconographique, Paris, P. Dauze, 1895-1907.
L’Almanach du bibliophile, Paris, É. Pelletan, 1898-1899.
Quelques catalogues et descriptions de collections :
Nodier, Charles, Mélanges tirés d’une petite bibliothèque, ou Variétés littéraires et philosophiques, Paris, Crapelet, 1829.
Catalogue des livres et des manuscrits, la plupart relatifs à l’histoire de France, composant la bibliothèque du bibliophile Jacob [Paul Lacroix], Paris, Techener, 1839.
Nodier, Charles, Description raisonnée d’une jolie collection de livres, Paris, J. Techener, 1844.
Asselineau, Charles, Mélanges tirés d’une petite bibliothèque romantique : bibliographie anecdotique et pittoresque des œuvres de Victor Hugo, Alexandre Dumas […], etc., etc., Paris, R. Pincebourde, 1866.
Catalogue détaillé, raisonné et anecdotique d’une jolie collection de livres rares et curieux dont la plus grande partie provient de la collection d’un homme de lettres bien connu [M. Charles Monselet], Paris, R. Pincebourde, 1871.
Notes pour la bibliographie du XIXe siècle : quelques-uns des livres contemporains […] tirés de la bibliothèque d’un écrivain et bibliophile parisien dont le nom n’est pas un mystère [Octave Uzanne], Paris, A. Durel, 1894.
Bibliothèque des Goncourt : XVIIIe siècle : livres, manuscrits, autographes, affiches, placards, Paris, D. Morgand, 1897.
Comité scientifique :
Bruno Blasselle et Eve Netchine (directeur et directrice adjointe de la bibliothèque de l’Arsenal), José-Luis Diaz (professeur émérite Paris-VII), Jean-Yves Mollier (professeur d’histoire contemporaine à l’université de St-Quentin), Daniel Sangsue (professeur de littérature française à l’université de Neuchâtel), Jean-Didier Wagneur et Laurent Portes (BnF), Marine Le Bail (doctorante UT2J / CRD Arsenal).
Contact : Marine Le Bail (marine.le.bail1830@gmail.com)


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