mardi 19 juin 2018

Pierre-Joseph Proudhon photographié sur son lit de mort par Etienne Carjat (19 janvier 1865).



Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), photographié par Etienne Carjat sur son lit de mort
le 19 janvier 1865, à Paris, dans la maison du 12 Rue de Passy (Paris, XVIe).


Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), les yeux clos, la sueur au front et les cheveux mouillés encore perceptibles à plus de 150 années de distance, sur son lit de mort au n°12 de la rue de Passy à Paris (XVIe arr.), photographié le 19 janvier 1865 par Etienne Carjat. Tirage albuminé contrecollé sur carton 106 x 62 mm. Gustave Courbet, ami de Proudhon et de Carjat, rate cet instant où la vie s'éteint sous nos yeux. Courbet fera peu de temps après une estampe à partir de cette photographie. Quelques heures avant son décès, ses amis libertaires réunis autour de lui se voyaient confier ses précieux manuscrits. Ses obsèques eurent lieu le lendemain 20 janvier. Deux jours après, le 22 janvier 1865, Émile de Girardin (directeur du journal La Presse) fait remarquer que Proudhon était mort de l’incapacité où il avait été mis d’exercer son robuste talent de polémiste. Son influence fut considérable sur les ouvriers qui fondèrent l’Internationale en France. Elle s’exerce encore, directement ou indirectement, sur le mouvement ouvrier français.

« Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale ! Et dire qu'il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité, cette ignominie ; des prolétaires, qui posent leur candidature à la présidence de la république ! Hypocrisie ! »

Pierre-Joseph Proudhon (extrait de l'Idée générale de la Révolution au dix-neuvième siècle, Garnier frères, 1851).



mercredi 13 juin 2018

Deux informations à propos d'un exemplaire broché des Contemporaines de Restif de la Bretonne.



L'exemplaire que nous avons sous les yeux des Contemporaines de Restif de la Bretonne nous permet de déduire deux informations que nous pensons, sinon utiles, pour le moins intéressantes. Il s'agit d'un exemplaire complet des 42 volumes et des 283 figures hors-texte, conservé à l'état broché, non rogné, sous couverture de papier à la colle de couleur caramel. Au dos des volumes on ne trouve pas de pièce de titre mais simplement un numéro de tomaison imprimé en noir sur un petit carré de papier. La photographie ci-dessus montre l'aspect général des volumes, tous identiques. Nous avons examiné le brochage de chacun des volumes. Au verso du papier des couvertures, nous trouvons parfois (pas systématiquement), en guise de doublure, une feuille imprimée qui provient du rebut de feuilles imprimées en provenance d'un livre en particulier : Histoire d'Alexandre Ier empereur de toutes les Russies etc, par Rabbe, publié chez Truttel, Würtz et Ponthieu en 1826. De cette seule information on déduit que la brochage de cette série a été fait cette même année 1826 ou très peu de temps après. C'est-à-dire bien postérieurement (plus de 30 ans après l'impression du dernier volume de la série achevé d'imprimer en 1792 - la série est entièrement de la deuxième édition imprimée entre 1781 et 1792 - 34 ans exactement). On en déduit dans le même temps que jusqu'en 1826, ces 42 volumes étaient restés "en feuilles", non brochés, certainement stockés alors en paquets dans quelque remise de libraire ou d'imprimeur. Cette information vient confirmer s'il en était besoin que les ouvrages de Restif de la Bretonne, comme certains de ses contemporains aimaient l'écrire, étaient juste bon pour servir d'emballage chez les épiciers. En effet, que de papier dans ces 42 volumes in-12 ! Cet exemplaire aura échappé à la destruction un peu miraculeusement. Nous n'avons aucune idée de la provenance de ces volumes (aucun ex libris). Nous ne saurons donc jamais pour qui ni pourquoi ils n'ont été brochés qu'en 1826. Mais le fait est là.




La photographie ci-dessus quant à elle, apporte une autre information intéressante. Si vous l'observez attentivement, vous remarquerez deux petites piqûres de vers dans l'estampe (au centre et en haut pour l'une et un peu plus bas à droite pour l'autre). Si vous regardez encore mieux, vous remarquerez que le scan qui a été fait montre du blanc sous les trous de vers. Ce blanc indique une chose qu'il n'était pas facile de vous montrer à distance, à savoir que le feuillet précédent n'est pas troué ! Le feuillet suivant non plus d'ailleurs ! Cette information ne peut signifier qu'une seule chose : le feuillet d'estampe, percé par les vers, ne se trouvait pas dans le volume broché au moment de l'attaque d'insecte. C'est-à-dire que les estampes ont été placées dans les volumes lors du brochage (en 1826 seulement). Cela implique qu'il y avait d'une part des paquets de feuilles imprimées (texte) et d'autres part, stockées séparément, un stock de gravures (un grand nombre ont du se perdre d'ailleurs ...). L'examen approfondi de l'ensemble des 283 estampes permet de constater autre chose dans le présent exemplaire : toutes les gravures ne sont pas du meilleur tirage, loin de là. Certaines sont très belles, bien encrées et d'un noir intense, tandis que d'autres, selon les volumes, sont d'un tirage moins net et beaucoup plus pâle. Sachant donc qu'il existait en parallèle des paquets de feuilles imprimées, des paquets d'estampes, on comprend donc que les estampes étaient placées dans les volumes en fonction de celles qui restaient ... certaines de bon tirage, d'autres de mauvais tirage (parce qu'il n'y en avait plus d'autres disponibles). Restif était mort depuis 1806 et ces arrangements de librairie (qui ne lui étaient sans doute pas étranger de son vivant) montrent d'une part que ses ouvrages ont toujours été l'objet d'un traitement un peu particulier, par les libraires, par les imprimeurs, et par ses lecteurs même pourrait-on dire.

Bertrand Hugonnard-Roche

mercredi 23 mai 2018

Séquence émotion. L'exemplaire de Paul Lacroix (Bibliophile Jacob) de la Philosophie de Monsieur-Nicolas (par Rétif de la Bretonne), 1796.




Oui oh ! je sais ce que vous allez me dire...
Philosophie de Monsieur-Nicolas. Par l'auteur du Coeur-Humain-Dévoilé (Rétif de La Bretonne). Paris, de l'imprimerie du Cercle-Social (Bonneville), 1796. 3 vol. in-12.
Exemplaire de la bibliothèque de Paul Lacroix (Bibliophile Jacob) auteur de la Bibliographie de Rétif de la Bretonne (Paris, Auguste Fontaine, 1875). Paul Lacroix n'est pas pour rien dans le goût ressuscité pour les écrits du terrible Restif ! Sa bibliographie donne aux amateurs fortunés de la seconde moitié du XIXe siècle un outil qui leur permettra d'assouvir leur soif de raretés rétiviennes.
L'exemplaire que nous avons en mains de la Philosophie de Monsieur-Nicolas a donc servi à Paul Lacroix pour ses études rétiviennes. Son ex libris a été collé au contreplat du premier volume peu de temps avant sa mort (en 1884). Cet ex libris a été dessiné par Marius Perret. Voir à ce sujet notre article http://www.octaveuzanne.com/…/octave-uzanne-na-pas-dessine-…
L'exemplaire est relié demi-veau de l'époque. Chaque volume porte au contreplat l'étiquette du libraire Louvard (rue du Bac n°78).


Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

Identifier un ex libris pour un lecteur du Bibliomane moderne.


Si quelqu'un a une idée ?

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mercredi 16 mai 2018

Sophie Quentin et son atelier de reliure-dorure Listel Or (Paris). Un bel habit de cuir et d'aluminium pour la réimpression du Dictionnaire Bibliophilosophique d'Octave Uzanne (2015)


Confier SON livre à un relieur qu'on ne connaît pas ? Voilà bien une hérésie digne des plus grandes tortures ! Et pourtant, le bibliophile se doit de faire confiance à minima à celui ou celle qui va charcuter son précieux. J'ai mes habitudes en tant que bibliophile-libraire pour ce qui est de savoir à qui je donne mes livres à relier. Parfois on hésite, on tâtonne entre l'un, l'une ou l'autre. Pour commencer, je dois avouer un sexisme totalement assumé : il est hors de question que mes livres soient touchés, triturés, caressés, déshabillés, et rhabillés, par d'autres mains que des mains de femmes. Des mains de femmes expertes. Je me moque des écoles, des diplômes, des réputations et sans doute encore plus des notoriétés. La seule notoriété qui me convient est celle qui conviendra à mes livres. Sorte de psychanalyse Lacannienne après l'heure, ma bibliophilie est celle du plaisir, de tous les plaisir réunis : toucher, odorat, vue. Même l'ouïe est en éveil quand le papier craque sous les doigts ; qu'un plat de reliure se referme dans un silence semi-bruyant. Seul le goût des livres échappe au scénario. Et encore ? N'en deviendrait-on pas bibliophage parfois. Bref. Il ne faut pas se louper.

J'ai confié par hasard ou pas vraiment, un exemplaire de ma réimpression du Dictionnaire bibliophilosophique aux mains délicates et expertes de Sophie Quentin, tenancière émérite de l'atelier parisien Listel Or. J'avais pu voir la finesse de quelques unes de ses réalisations sur le net. La technique qu'elle a mis au point pour travailler le papier aluminium m'a séduit. Je confiai donc à Sophie Quentin la réalisation "carte blanche" sur cet ouvrage destiné à l'un de mes enfants. Le temps passa ... et le volume finit par arriver. Ce fut un étui avec dos en cuir et plats en aluminium travaillé qui fut réalisé. Sophie Quentin utilisa le monogramme parfois utilisé par Octave Uzanne pour décoré les plats de l'étui. A l'intérieur le volume broché reste intact, tel que sorti de l'imprimerie. Sophie Quentin a donné le meilleur d'elle-même pour réaliser ce travail créatif. Je lui en suis extrêmement reconnaissant. Je ne dirai rien de plus sur cette femme au tempérament artiste et au cursus étonnant. Je n'en dirai pas plus, les plus curieux se reporteront à l'excellent article qui a été rédigé sur elle dans la revue Art et Métiers du Livre. En espérant avoir le plaisir de la rencontrer prochainement pour échanger sur nos passions communes pour le papier imprimé et ses habits, je vous laisse admirer quelques unes de ses réalisations. J'espère qu'elle ne m'en voudra pas d'avoir fait si court. Mais mieux ne vaut pas en dire trop et laisser découvrir. En fin de billet vous pourrez retrouver ses coordonnées complètes.

Bertrand Hugonnard-Roche



Etui pour la réimpression du Dictionnaire Bibliophilosophique d'Octave Uzanne (2015)


ci-dessous autres réalisations




Atelier Listel Or
Sophie Quentin
8 rue Francoeur
75018 Paris
sophie.quentin@listel-or.com
www.listel-or.com
01 42 52 69 44

mercredi 25 avril 2018

Antoine Galland (1763-1851) libraire parisien d'Auvergne

Intéressons-nous aujourd'hui au libraire Galland actif vers 1800. Il s'agit d'Antoine Galland (1763-1851), homonyme du traducteur des 1001 nuits. Le site de la BnF nous donne :
Romancier, historien et libraire. - Natif de Saint-Pardoux (Puy-de-Dôme), il s'installe à Paris en 1790. Exerce une activité d'auteur, d'éditeur de journal ("Le Vrai Républicain ou le Défenseur des droits du peuple") et d'imprimeur, en association avec Conort de 1795 à 1797. Arrêté en oct. 1795 pour ses écrits contre la Convention. En mars 1798, devient membre de la Commission des sciences et des arts d'Égypte en tant qu'imprimeur, et accompagne Bonaparte lors de son expédition d'Égypte. Publie en 1802 le "Tableau de l'Égypte pendant le séjour de l'armée française..." À son retour, exerce le métier de libraire tout en étant vérificateur des mémoires de l'Imprimerie nationale puis impériale. Breveté libraire à Paris le 1er nov. 1812 ; son brevet est renouvelé le 15 mars 1817, mais il n'exerce plus après 1816. Décédé à Paris en sept. 1851
En 1795-1797, travaille en association avec l'imprimeur Conort sous la raison "De l'imprimerie Conor(t) et Galland"
Photographie Librairie L'Amour qui bouquine


Nos recherches nous ont permis d'identifier les adresses suivantes : 
  1. rue de la Harpe, n°6 et 152 (vers 1795-97, association avec Conort)
  2. palais du Tribunat, n°223 ou place du Tribunat, Galeries de bois, n°223 (1803-1805)
  3. rue Saint-Thomas-du-Louvre, n°32 (1806-1810)
  4. rue du Pain, hôtel de Tours (1810)
Mention vers 1796 lors de son association avec Conort (source Gallica)


Nous trouvons aussi ces ouvrages, liste certainement très partielle. Ceux sans date sont publiés avant 1807. Ceux avec * sont imprimés par l'Imprimerie impériale. Galland était alors le libraire chargé de revendre ces ouvrages. On trouve nettement moins d'impressions après 1810, souvent du droit ou des décisions de justice.


Titre du Tableau de l'Egypte (source Gallica)

  1. Vérités terrible sur notre situation actuelle. Galland en est l'auteur (vers 1795-97).
  2. Liste générale de tous ceux qui ont été arrêtés par suite de l'événement malheureux qui a eu lieu dans la nuit du 23 au 24 dans le camp de Grenelle. Avec leur nom, demeure, profession et la désignation de leurs principaux chefs (vers 1795-97)
  3. L'Unique moyen de rendre à la France sa splendeur. Galland en serait l'auteur (vers 1795-97).
  4. Jugement rendu par le Conseil militaire séant au Temple, qui statue sur le sort de 52 prévenus arrêtés au camp de Grenelle... (vers 1795-97)
  5. Faut-il un roi ? faut-il une république ? Réflexions d'un pauvre diable. Signé G. pour Galland ? (vers 1795-97)
  6. L'Ami du gouvernement républicain et de tous les gens de bien. Quotidien ayant tenu 6 jours (19-24 juillet 1796)
  7. Le Vrai Républicain ou le Défenseur des droits du peuple. Galland en était le rédacteur (vers 1796)
  8. L'Avertisseur ou le Postillon de Paris. Galland en est le rédacteur. Le journal deviendra ensuite la Chauve-Souris. Semble avoir eu 53 numéros. (1797)
  9. La Chauve-Souris (journal quotidien). Galland en fut le directeur (Septembre-décembre 1797).
  10. Tableau de l'Egypte pendant le séjour de l'armée française ; suivi de l'Etat militaire et civil de l'armée d'Orient. 2 volumes. Cet ouvrage est écrit par A. Galland. (1802)
  11. Fables de Loqman, surnommé le sage (1803?)*
  12. La Colombe, messagère plus rapide que l'éclair, plus prompte que la nue (1805)*
  13. Les Six Jours, ou Leçons d'un père à son fils sur l'origine du monde, d'après la Bible. 2 volumes (1805)
  14. Traité général de l'irrigation (1806)
  15. Mémoires sur la révolution de la Pologne, trouvés à Berlin. (1806)
  16. Code Civil des français. 3 formats : in-4, in-8, in-32.*
  17. Code de Procédure Civile. 3 formats : in-4, in-8, in-32.*
  18. Table des matières du code de procédure. 3 formats : in-4, in-8, in-32.*
  19. Code général pour les états prussiens. 5 volumes.*
  20. Oratio Dominica CL Linguis versa, etc.*
  21. Adlocutio et encomia variis linguis expressa, etc.*
  22. Etiquette du palais impérial*
  23. Analyse et tableaux de l'influence de la petite vérole sur la mortalité à chaque âge.*
  24. Pièces officielles relatives aux préliminaires de Londres et d'Amiens*
  25. Procès-verbal de la cérémonie du sacre et du couronnement de LL MM l'empereur Napoléon et l'impératrice Joséphine*
  26. Tableau de comparaison des poids et mesures anciennement en usage à Paris.*
  27. Songe du professeur V Monti, assesseur du ministre de l'intérieur et membre de l'institut.*
  28. Odes sur les guerres d'Autriche*
  29. Introduction à la science de la Statistique*
  30. L'art du limonadier.
  31. L'ami et le conservateur de l'enfance ou le guide des pères et des mères pour l'éducation de leurs enfans.
  32. Instructions élémentaires d'Agriculture.
  33. Abrégé élémentaire des principes de Botanique.
  34. Oeuvres d'Agriculture et d'économie rurale.
  35. Traité de subsistance et des grains qui servent à la nourriture de l'homme avec un grand nombre de planches.
  36. Traité de la culture des arbres et des arbustes. 3 volumes.
  37. Consejos de un Padre à suo Hijo.
  38. Eloge de Massillon.
  39. Relation officielle de la bataille d'Austerlitz.
  40. Mémoire concernant la trahison de Pichegru.
  41. Alliance des jacobins de France avec le ministère anglais, dans les années 3, 4 et 5.
  42. Premier et second rapport du Grand-Juge  au premier Consul, relatifs aux trames de Drack et du ministère anglais.
  43. Recueil des interrogatoires secrets subis par le général Moreau.
  44. Notice Abrégée sur la vie, le caractère et les principaux crimes des assassins aux gages de l'Angleterre.
  45. Des bases, de la forme et de la politique du gouvernement de la Grande Bretagne.
  46. Fables en vers français.
  47. The complete French Master, for Ladies and Gentlemen.
  48. Mombars l'Exterminateur, ou le dernier chef des Filbustiers, Anecdote du Nouveau-Monde.
  49. Code Napoléon. Edition originale seule et officielle (1807)*
  50. Lettre sur le robinier connu sous le nom impropre de faux acacia ; avec plusieurs pièces relatives à la culture et aux usages de cet arbre (1807)
  51. Histoire de Jean Churchill, duc de Marlbourough. 2 volumes (1808)
  52. Mémoire sur la conduite de la France et de l'Angleterre à l'égard des neutres (1810)
  53. Exposé des motifs du Code Napoléon (1810)

Notons aussi qu'une page Wikipédia lui est consacrée.

Le Lévrier
Galland mais chien rapide !

dimanche 22 avril 2018

A la Recherche des Fous littéraires & Hétéroclites perdus par Marc Ways. Avant-propos de Marc Angenot. Editions Anne Lamort (mars 2018). Une somme en 2 gros volumes à découvrir sans attendre !


      Marc Ways est comme il se définit lui-même : un agité du bocal. Pour preuve sa petite vignette-timbre ex-libris ex-dono qu'il aime à coller dans les exemplaires des livres qu'il dédicace. Tel un poisson-rouge formolisé (ou phormolisé), sans se formaliser, on peut le dire un brin toqué du bulbe. Bref, l'homme m'est en très grande partie inconnu mais ses œuvres (collages, photos détournées, etc) sont une pierre de plus à lui mettre au cou avant immersion aquatique ! Mais peut-on faire taire un passionné ? Pas sûr. Les deux forts volumes qui viennent de paraître aux éditions Anne Lamort (libraire de livres anciens et ancienne présidente du Syndicat de la Librairie Ancienne et Moderne) sont la preuve qu'on peut quand on veut ! Et Marc Ways tenait pardessus tous à ce que ces deux volumes voient le jour. Et c'est plutôt réussi si j'en juge parce que j'ai déjà pu lire de ces deux bouquins cossus. Ce sont 1.325 pages de texte avec de nombreuses reproductions de pages de titre des ouvrages présentés classés par ordre alphabétique des noms d'auteurs. je sais par Marc Ways lui-même, que cet ensemble ne représente qu'une petite partie de ce qu'il souhaiterait voir publié. "Ce n’est que le quart de ma collection. 450 titres étudiés et il y en a environ 1600" m'écrivait-il hier. 10 ans de travail, de nombreuses heures de travail quotidien. Un travail de compilation imposant qui en impose ! Marc Ways sait que la totalité de son travail donnerait 6.000 pages de texte pour 8 volumes. Verront-ils le jour ? Il faut l'espérer. Car ce type de documentation est un outil précieux pour le bibliophile comme pour le libraire, Anne Lamort ne s'y est pas trompée, et on ne peut que la féliciter d'avoir permis la sortie de cet ensemble utile et agréable.
      Le premier volume s'ouvre sur un avant-propos signé de Marc Angenot, professeur émérite à la McGill University (chaire d'étude du discours social). Il écrit : "Voici un livre passionnant ! - Un livre, dites-vous ? ce n'est pas un vrai livre, c'est une bibliographie annotée, un catalogue ! [...] ce livre est une invitation à un voyage, hasardeux, aux confis, ou plutôt par-delà les confins du raisonnable, du lisible [...]." N'est-ce pas cela que recherche le bibliophile, le libraire, et plus généralement le curieux ? Faire un voyage hasardeux, sans jamais en savoir la destination par avance. Ainsi, ces deux volumes se composent de fiches bio-bibliographiques faites à partir de différentes sources. Prenons pour exemple la fiche consacrée à Jean-Marie Chassaignon, l'auteur des Cataractes de l'imagination, etc (publié en 1779, 4 volumes in-12). La fiche donne les dates de l'auteur suivie du titre de l'ouvrage étudié. Vient ensuite une description d'un exemplaire issue d'une fiche de libraire. L'article se poursuit par la notice donnée par Blavier suivie de la notice de la librairie Bonnefoi, une communication de Benoît Melançon (Université de Montréal), une notice par Mathieu Brunet de l'Université de Provence "le cas Chassaignon" (source Fabula.org). Chaque fiche est construite sur ce modèle, compilation de différentes sources, libraires et Blavier ainsi que différentes sources d'autorité (publications universitaires ou autres). Souvent les tables des matières des ouvrages présentés sont données dans le détail, ce qui permet d'avoir une idée très précise de l'ouvrage en question. La notion de rareté est également plus ou moins soulignée par les différents commentateurs. Le tout étant largement illustré de reproductions de pages de titre ou figures, fac similés d'écritures.
En résumé, ces deux volumes peuvent se lire (ou se dévorer) des façons qu'on voudra. De manière linéaire, de la page 1 à la page 1.325 comme un énorme essai sur les péripéties de la folie humaine à la travers l'encre et le papier, au fil des siècles ; de manière chaotique, au gré des notices et des envies, comme un outil bibliographique à destination des chercheurs, qu'ils soient libraires, bibliophiles ou simple lecteur curieux de la foldinguerie.
      Le mieux étant de vous faire votre propre idée. Je ne saurais trop vous conseiller d'avoir ces 2 bouquins sur vos premiers rayons, à portée de cerveau.
Le tirage étant limité à 250 exemplaires, et sachant qu'il existe un bon millier d'universitaires assez curieux, un bon millier de bibliothèques assez curieuses, un bon millier de bibliophiles aussi curieux, un bon millier de libraire tout pareil, si si ... je vous assure ! en théorie ces 2 volumes n'auraient pas dû être tirés à moins de 4.000 ! Mais le monde étant ce qu'il est et les choses étant ce qu'elles sont, gageons qu'il doit bien rester encore 1 ou 2 exemplaires pour vous ! Mais hâtez-vous !

Bertrand Hugonnard-Roche


Marc Ways. A la Recherche des Fous littéraires et Hétéroclites perdus. Avant-propos de Marc Angenot. Editions Anne Lamort, 2018. 2 volumes brochés 24 x 17 cm de 1.325 pages. Illustrations en noir. Tirage à 250 exemplaires. Prix : 95 euros les deux volumes. Adressez votre commande par email directement à l'auteur Marc Ways à marc.ways@orange.fr - (Frais de port : 17,40 euros colissimo recommandé assuré).


Photos Bertrand Hugonnard-Roche / Avril 2018

jeudi 19 avril 2018

"Le voila donc terminé, cet Ouvrage, que je ne croyais pas terminer ! Je suis parvenu à le mener à sa fin, à-travers mille-obstacles, mille dangers !" (Rétif de la Bretonne, l'Année des Dames Nationales, 1794).

Page (3827) et avant-dernière du XIIe et dernier volume de
l'Année des Dames Nationales (1794)
      Nous partageons avec les lecteurs du Bibliomane moderne ce petit texte de Rétif de la Bretonne. Il est âgé de 60 ans et vient terminer le douzième et dernier volume de la série l'Année des Dames nationales publié en 12 volumes entre 1789 et 1794.
      Nous avons rarement vu des volumes aussi mal imprimés et sur si mauvais papier. Les têtes de clou (caractères typographiques très usés) qui ont servi à l'impression sur un mauvais papier à chandelle (papier gris, inégal, mou, etc) comme l'écrivait déjà Charles Monselet en 1854, laissent au lecteur de ce début de XXIe siècle une impression étrange, à la fois l'impression de la volonté farouche de voir un ouvrage imprimé, de l'autre toutes les difficultés liées à l'impression d'un volume à la fin de la période révolutionnaire.
      Dans ces quelques lignes vous retrouverez tout l'esprit de Rétif, son orthographe que nous avons scrupuleusement recopié, le patriote opportuniste décrit par ses biographes.
      Bonne lecture !

      Bertrand Hugonnard-Roche


Le voila donc terminé, cet Ouvrage, que je ne croyais pas terminer ! Je suis parvenu à le mener à sa fin, à-travers mille-obstacles, mille dangers ! La banqueroute que m'a faite Maradan, l'interrompit dès le 2d Volumes. Je fus ensuite la Victime de 2 Associations ruineuses, ét d'achats de caractères. Pressé de commencer les RESSORTS DU CŒUR-HUMAIN DÉVOILÉS, je mis au  Ires Epoques de cet Ouvrage, des fonds, qui auraient avancé l'ANNÉE-DES-DAMES NATIONALES, que je ne voudrais nommer que le KALENDRIÉR DES CITOYÉNNES, le nom de DAMES ne convenant plus. Mais l'Ouvrage était entièrement composé avant la Revoluçion, puisque la dernière NOUVELLE, inscrite sous le porche de la rüe BRETONVILLIÉRS, ILE DE LA FRATERNITÉ, est du 7 juillet 1789. L'impression a duré 6 années entières, fin de 89, 90, 91, 92, 93 et commencement de 1794 ; et les frais l'en montent à près de 30-mille livres, par la grande cherté du papier, etca. Je n'ai pas fait cette dernière SUITE des CONTEMPORAINES comme je l'aurais voulu : Brûlant d'un pur patriotisme, il fut un temps de cette impression, où il fallait le deguiser : Depuis, j'ai souvent été malade, ét la Case a été abandonnée à d'Autres : Que mes Lecteurs m'excusent : J'ai toujours été un Citoyén aimant le but de tout gouvernement sage : Je n'ai  jamais cherché à troubler, même en desirant plus vivement que d'Autres la reformacion des abus. Adieu, mon Lecteur Republiquain : Ne vois dans ces NOUVELLES, que des faits vrais, que je ne pouvais corriger, sans leur oter leur utilité. Tu y trouveras des mœurs qui ont été ; aulieu que les Romanciérs ne te donnent que des mœurs factices, enfans de leur imaginacion, ét par conesquent (sic) sans utilité pour les mœurs. L'infâme Robespierre fut executé le 10 Termidore. (*)

(*) pp. (3827) du XIIe et dernier volume titré : L'Année des Dames Nationales. Décembre. Nord-d'ouest de Paris. A Paris chéz J. B. Garnery, Libraire, rue Serpente, n°17. Sans date (1794). Notre exemplaire porte le titre de relais "LES PROVINCIALES : ou HISTOIRES des Filles et Femmes des Provinces de Fance, dont les Aventures sont propres à fournir des sujets dramatiques de tous les genres."

dimanche 1 avril 2018

Ode à R. et A. Mondrac ! O Grand Massacreur et Trespasseur de livres illustrés modernes !



Si tu n'aimes pas les beaux livres finement reliés,
Confie-les à l'ignoble Mondrac, dit le Massacreur,
Donne lui ton édition en tirage de tête, bon rognée,
Il en fera une affreuseté bien détestable, quel malheur !

Si tu n'aimes pas les beaux livres finement décorés,
Confie-les à l'ignoble Mondrac, dit le Trespasseur,
Donne-lui un cuivre, une aquarelle originale signée,
Il en fera une affreuseté bien détestable, quel malheur !



Et si par hasard les couleurs tu aimes,
Si les vifs coloris, le maroquin mal coupé,
Tu aimes aussi, confie-lui des peaux,
Il les coupera, taillera, rognera,
Sans art ni précision.

Il y a des artisans condamnables à perpétuité
Pour les forfaits qu'ils commettent
Mondrac est de ces assassins à châtier.
Pendons-le haut et court et souhaitons-lui
Que la postérité ne retienne pas même son nom.

Signé Le Petit-fils de Trautz (*)


(*) Nous avons pu examiner de près les reliures signées R. et A. Mondrac. Il faut se faire à l'idée que vues de près (de nos yeux vues) ces reliures sont bien plus détestables encore. Mondrac a dû relier plusieurs centaines de volumes, probablement dans les années 50 ou 60 ? La plupart des volumes que nous avons pu examiner étaient des grands formats in-4 ou grands in-8, tous massacrés sans exception. Les tentatives répétées de mosaïques sont les pires cauchemars qu'un bibliophile puisse imaginer. Ah oui ! Certes Mondrac ne manquait pas d'imagination dans ses décors ! Certes ! Seulement du point de vue réalisation technique c'est à peu près aussi réussi que si ces reliures avaient été confiées à un primate (encore ... un primate n'oserait pas cela !). Des centaines de tirages de tête (Mondrac ne pratiquait visiblement son crime que sur les tirages de tête, Japon et autres, avec dessins originaux et cuivres) ont ainsi été à jamais détruits. Dans le meilleur des cas il faudra pour les bibliophiles du futur qui auront en main Une Mondrac ... se précipiter pour la faire retirer illico. Car tout bradel papier uni non titré vaudra mieux que ces cochonneries honteuses pour l'histoire de la reliure d'art.

lundi 26 mars 2018

Quelques précisions sur les ouvrages portant l’ex-libris « Mis de Gaillon » (faisant suite au billet publié en 2009 sur le Bibliomane moderne).



En 2009, j’eus en main environ 75 ouvrages provenant de cette bibliothèque ; 70 ont donné lieu à un « Mini-Catalogue », d’où est issue la petite statistique ci-dessous :

Tous les volumes ne sont pas en reliure du XIX° : certains ouvrages des  XVI°-XVIII° siècles sont en reliure d’époque (veau, basane, vélin) ; enfin il y a des exemplaires brochés. 20 titres ne possèdent pas d’ex-libris ; l’ex-libris que vous montrez (voir le billet du Bibliomane moderne du 10 septembre 2009) est absolument identique au mien… sauf un, sorte de négatif, tiré en blanc sur fond noir, collé sur un petit Elsevier (photo P000074).  [NDLR : j'ai eu également un exemplaire avec cet ex libris sur fond noir, inversé par rapport à l'autre].

Quelques exemplaires possèdent un découpage collé  issu du catalogue de la Librairie Claudin, daté à la plume (1893) ; en particulier, on le trouve sur les  Pensées de Simon Morin  (1647), relié par Niédrée (photos P000075 et 76).  Précieux indice qui  montre  qu’il y eut successivement deux marquis de Gaillon :

Isidore de VION de GAILLON (1843-1892), d’abord vicomte de Gaillon, puis, très certainement, marquis de Gaillon après le décès de son père, Anne-Charles de VION de GAILLON (1783- 1858), transmettra à son fils  Pierre de VION de GAILLON (1865-1848) sa passion pour les livres ; celui-ci  deviendra marquis de Gaillon en 1892.

Cette vieille famille du Vexin français était originaire de Bourgogne ; parmi leurs lointains cousins, se trouve le poète Charles VION DALIBRAY (1600-1654), dont le bisaïeul Pierre de Vion, seigneur d’Oinville aurait été « Prestre Curé » … et aurait légitimé ses quatre enfants en 1552 ; ce Pierre était fils cadet de Jean 1 de Vion, ancêtre direct des Vion de Gaillon (*).

La sœur de Pierre, le bibliophile, épousa Martial de ROFFIGNAC, famille originaire du Limousin, apparentée aux Saint-Exupéry (**).

Les armes de la famille portent « trois aiglettes en vol », ou, mieux  « de gueules à trois aigles d’azur aux ailes éployées posées 2 et 1 et regardant à dextre » (***)

(*) Geneanet
(**) Dans la bibliothèque familiale, se trouvait la rare et anonyme  Notice généalogique sur la famille de Saint-Exupéry (P., Jouaust, 1878), exemplaire, enrichi de nombreuses annotations et corrections manuscrites (de l’auteur ? du marquis ?) qui nous montre deux mariages, l’un au XIV° siècle, l’autre en 1578,  entre Roffignac et Saint-Exupéry.
(***) www.montferre.com

Photos :


P1000074 -  ex-libris anthracite sur  MICANZIO ( Frère  Fulgence ) : La  vie  du  Père  Paul  de  L’ Ordre  des Serviteurs de la Vierge et Théologien de la Serenissime Republique de Venise. Traduitte de l’Italien par F.G.C.A.P.D.B. [François GRAVEROL Conseiller au Parlement de Bordeaux]. Leyde, Chez Jean Elzevier, 1661. Petit in-12, sans faux-titre, (12) ff.[ dont le titre]-391-(3)[catalogue]pp., basane racinée fauve,  dos  à  nerfs orné de caissons dorés, pièce  de  titre  bordeaux ,  tranches rouges (reliure  un peu postérieure ;  restauration à un mors; épidermures teintées sur les plats; travail de vers , en « coup d’épingle », dans un coin , au début , rares taches, une déchirure  sans  manque ;  néanmoins  assez  bel exemplaire). Edition  originale  de  la  traduction française de la  Vita del Padre Paolo… (Leida, [ Vander Marse ],1646 ) de  Fra  Fulgencio , traduite  par  François GRAVEROL ( Nîmes ,1644 - ?, 1694 )  selon Quérard  (Supercheries littéraires, II, 37) : il semble, d’après Willems, que Graverol ne fut jamais Conseiller au Parlement de Bordeaux ; si c’est bien ce Nîmois , il  était bien jeune en 1661. Michaud conteste la paternité de cette traduction. Paolo  SARPI , dit  le  Père  Paul  ( Venise, 1552 -1623) fut un théologien de grand renom, histo-rien du Concile de Trente, ami de Galilée, versé dans les disciplines  scientifiques : certains ont affirmé qu’il avait  découvert  la circulation  du  sang ; Stendhal louera  ses  qualités.  Son  bio-graphe,  Fulgence MICANZIO (1570-1654)  fut son collaborateur et son ami ; il lui succèdera comme conseiller spirituel près  la  Sérénissime  République. Voir  la  longue description  de  Willems  (876) qui montre comment ce petit livre est une curiosité typographique : il  est sorti  de  deux  imprimeries  différentes ,  celle  de Philippe de Croy et celle de Jean Elzevier (pour une petite partie) ; cette édition est plus belle que celle de 1663.



P100075 et 76 – collage et reliure sur  le rarissime ouvrage de MORIN  ( Simon ) :    Pensées  (…)  Sans lieu ni nom d’Editeur, 1647.  Très petit in-4, sans faux-titre, 175pp. [pour 176,  détail  qui  a  échappé  à  pas  mal de monde : la  p. 174  est  redoublée…, titre compris  dans  la pagination ], demi veau glacé ocre, dos  à  nerfs ornés au  pointillé doré, encadrés de doubles filets dorés que l’ on retrouve en tête  et en pied , pièce de titre noire  ( Niédrée )  (  sobre et élégante reliure  de  la  fin  du XIX°  siècle ;  petits manques aux mors ). Imprimé sur un papier vergé de mauvaise qualité,  avec les  particularités  suivantes   : on  compte 33 lignes  par  page pleine,  à l’exception  du  dernier cahier, « Y » (pp. 169 et suivantes ) : 37 lignes par page, et même  44  pour  la  dernière ( Errata,  imprimé  en caractères très petits : soixante fautes répertoriées, et pour les autres fautes et ponctuations le Lecteur les suppléra s’il lui plaist );  dans cet exemplaire, elles ne sont pas corrigées. Par ailleurs, outre une qualité d’impression assez mauvaise, défauts  au cahier « I »: en tête des pp. 65 et 72   (titre courant et une ou deux lignes) ne sont pas imprimés ; en bas des pages 68 et 69, perte de quelques mots. Erreurs de numérotation de pages,  surtout  pp. 175 (174) et 176 (175) … A la suite : Arrest de la Cour du Parlement. Rendu à l’encontre de Simon Morin (…) portant condam-nation (…)  d’estre brulé vif (…) ensemble la condamnation de ses complices. Paris, Louis Barbote, 1663. Sans faux-titre,  7[ dont le titre]- (1) pp.

R.G.

dimanche 18 mars 2018

Identifier un ex libris gratté ... vers 1825


BIBLIOTH.

..........., fils


J'essaye de retrouver le possesseur de cette étiquette ex libris apposée dans un livre publié en 1825. Votre aide peut être précieuse. Si vous l'avez croisé ...

Merci d'avance,

Bertrand Bibliomane moderne

samedi 17 mars 2018

La bibliothèque de Salomon Phélypeaux, seigneur des Landes (1574-1655) par Le Barbet.

La bibliothèque de Salomon Phélypeaux, seigneur des Landes (1574-1655) par Le Barbet

La famille Phélypeaux fut une importante famille de la noblesse dont les origines connues sont Jean Le Picard, cité en 1297. Phélypeaux était un surnom, devenu patronymique au XVe siècle. (Pour se rendre compte de l'importance de la famille, il suffit de se rendre sur la page Wikipedia consacré à la Maison Phélypeaux).

Nous allons donc ici nous intéresser à un membre mal connu de cet famille, mort sans descendance : Salomon Phélypeaux (1574-1655), seigneur des Landes.

Signature de Salomon Phélipeaux (livre de 1586)

Signature de Salomon Phélipeaux (livre de 1609)

Signature de Salomon Phélipeau (livre de 1597)


Tout d'abord pour le situer la généalogie familiale, Raymond Phélypeaux d'Herbault et Paul Phélypeaux de Pontchartrain, tous deux secrétaires d'Etat, étaient ses frères. Ce furent d'ailleurs les deux premiers de la famille à avoir des places importantes, la famille étant encore à Blois dans les générations précédentes.

Sur Salomon Phélypeaux en particulier, nous ne  connaissons que très peu de choses. Le site des archives nationales ne mentionne que peu de choses à son sujet. On trouve un document (Y//184-Y//187 - fol. 475) qui le dit conseiller du Roi aux conseils d'Etat et privé, demeurant à Paris rue Girard Bocquet (Beautreillis), paroisse Saint-Paul. Il s'agit d'une donation au profit de son neveu Paul Ardier, fils de Paul Ardier et de sa soeur Suzanne (décédée en 1651). Ce document a malgré tout un intérêt dans notre enquête sur Salomon : la donation concerne des biens à Charenton.

Un autre document serait probablement très intéressant à consulter : son testament conservé dans les minutes du notaire Benjamin Moufle. A défaut de pouvoir le consulter - pour le moment -, on en devine en partie le contenu. 

Introduction à la Vie dévote

 
Diego de Stella


En effet, nous avons déjà su identifier quatre exemplaires provenant de sa bibliothèque : 
  • Saint François de Sales, Introduction à la Vie dévote. Lyon, Pierre Rigaud, 1609. (Bernard Brochier, vente Alde, 25 novembre 2015, n°8 ; Michel R. depuis).
  • Saint Jean Chrysostome, Homélies. Traduictes en françois, par François Joulet. Paris, Abel L'Angelier, 1608. (Frédéric de Janzé ; Edouard Rahir ; Henri Béraldi ; Michel Wittock, 6ème partie, vente Alde, 12 novembre 2015, n°22).
  • Diego de Stella, Méditations très-dévotes, de l'Amour de Dieu. Paris, Guillaume Chaudière, 1586. (Le Barbet depuis 2012). Cet exemplaire fut présenté lors de l'Exposition Universelle de Paris en 1878.
  • Pedro de Ribadeneyra, Traicté de la tribulation. Paris, Guillaume Chaudière, 1597. Exemplaire appartenant à un lecteur du blog.
Saint Jean Chrysostome

Pedro de Ribadeneyra


Ces trois ouvrages ont plusieurs points communs :
  • reliure en maroquin olive à décor de feuillages, exemplaire réglé.
  • reliure typiquement parisienne attribuée à l'atelier de Clovis Eve (le travail est particulièrement typique de Clovis Eve. Certaines fiches n'indiquent que "Atelier parisien", d'autres mentionnent clairement Eve - voyez l'ouvrage de la vente PBA, 14 février 2018, n°18). Toutefois, si je demeure persuadé de l'atelier, une spécialiste m'a dit qu'elle ne l'était pas. 
  • sujet religieux.
  • inscriptions sur la page de titre.
  • traces de fermoirs en tissu fixés par perforation dans les plats (la photo ci-dessous vient d'un exemplaire dont nous ne pouvons affirmer la provenance vu que les pages de titre sont absentes).
  • un décor très proche des bords.
Notre hypothèse est que tous les exemplaires correspondant à cette description ont été reliés par Clovis Eve pour Salomon Phélipeaux, probablement entre 1610 et 1620, et qu'ils furent ensuite légués par testament aux Carmes déchaussés de Charenton. Sur les huit exemplaires que nous avons identifiés, au moment de la rédaction de cet article, nous n'avons pu savoir une provenance ancienne que pour les trois exemplaires cités précédemment et qui confirment notre hypothèse, ou plutôt ne l'infirment pas.


Exemplaire avec les fermoirs tissus conservés - BM Angers, Rés ST 0738



Venons-en à ces inscriptions qui sont au nombre de deux : 
  • SPhélipeaux, signature que nous pensons autographe de Salomon Phélypeaux. Le S et le P sont l'un sur l'autre.
  • Ex lib. Conven. Charenton Carm. Discalce. Ex dono Dnj des lendes (sic!) 1655.

Pour les deux exemplaires passés à la vente Alde, il ne fut pas remarqué ce qu'il était écrit sur ces exemplaires.
En effet, pour l'exemplaire de Wittock, on attribuait bizarrement la signature à Louis Phélypeaux (1599-1684) qui se serait séparé de l'exemplaire avant sa mort puisque la fiche indiquait bien que l'exemplaire fut donné par Deslendes en 1655 (en indiquant que c'était aux Carmes de Charentes (sic!)).
L'exemplaire de Brochier indiquait uniquement [....]eaux et des Tendes (resic!) 1645. Sur cet exemplaire, effectivement, le 1655 est mal écrit et peut laisser penser à 1645. La partie mentionnant les Carmes déchaussés est biffée (voir photo ci-dessous).

Ex-dono sur Diego de Stella.

Ex-dono en partie biffé sur l'Introduction à la Vie dévote.


Notre interprétation évidente est que Salomon Phélypeaux fit don de sa bibliothèque aux Carmes déchaussés de Charenton par testament. La lecture de celui-ci devrait confirmer cette quasi-certitude.

Par ailleurs, notons que d'autres exemplaires ont des reliures particulièrement proches, notamment dans la vente Bernard Brochier :

  • Saint Augustin, [La Cité de Dieu] - [Le Livre de sainct Augustin de l'Unité de l'Eglise contre Pétilian,... fait françois par Jacques Tigeou, angevin,... avec une épître de 1566]. Paris, J du Carroy, 1601. 2 volumes, sans les pages de titre (BM Angers, Rés. ST 0738).
  • Saint Augustin, Les Confessions. Paris, Michel Sonnius, 1598. (Alde, 25 novembre 2015, n°6)
  • Saint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu. Lyon, Pierre Rigaud, 1617. (Alde, 25 novembre 2015, n°9)
  • Saint Bonaventure, L'Aiguillon de l'Amour divin. Paris, Abel l'Angelier, 1588. (voir H.W. Davies, Early French Books in the Library of C. Fairfax-Murray, I, p.46, n°55).
  • Saint Ambroise, Trois livres des offices. Paris, Chaudière, 1588. (voir catalogue Burton, New-York, 22 april 1994, n°77)

Malheureusement, il nous semble difficile de savoir si ces exemplaires possédaient les mêmes particularités ou non sans les avoir vu ou sans information sur les pages de titres. Nous essayerons de compléter la liste des exemplaires connus avec cette provenance et nous sommes d'ailleurs preneur de toute information sur d'autres exemplaires ou sur les exemplaires particulièrement proches ci-dessus.

Alde, 25 novembre 2015, n°6 - Confessions de Saint-Augustin

Alde, 25 novembre 2015, n°9 - Traité de l'Amour de Dieu

BM Angers, Rés ST 0738 - La Cité de Dieu

PBA, 14 février 2018, n°18
Cet exemplaire ne correspond pas aux caractéristiques des exemplaires S.Phélipeaux, nous ne le mettons ici que pour montrer un autre exemple de reliure proche provenant de l'atelier de Clovis Eve.



Le Barbet



jeudi 15 mars 2018

Aux enchères prochainement : HISTOIRE DES QUATRE FILS AYMON très nobles et très vaillans chevaliers. Introduction et notes de Charles Marcilly. Paris, Launette, 1883. Un exemplaire bijou du joaillier bibliophile Henri Vever. Estimation : 200 000 / 250 000 euros.


Copie d'écran DROUOT DIGITAL. 15 mars 2018.

Lot 64. HISTOIRE DES QUATRE FILS AYMON très nobles et très vaillans chevaliers. Introduction et notes de Charles Marcilly. Paris, Launette, 1883. In-4, maroquin noir, encastrée dans le premier plat grande plaque d'or à émaux cloisonnés d'après une composition d'Eugène Grasset, dos à quatre doubles nerfs à l'imitation des reliures gothiques, large encadrement intérieur mosaïqué en bordeaux et décoré d'éléments dans l'esprit de l'illustration de Grasset, doublure et gardes de soie brochée bordeaux sur fond bleu, tranches dorées, double couverture et dos, boîte de maroquin brun en forme de livre, doublé de soie lie-de-vin (Ch. Meunier).

Spectaculaire édition illustrée par Eugène Grasset des Quatre fils Aymon, version en prose d'une chanson versifiée du XIIIe siècle ayant pour titre Renaut de Montauban, et appartenant à la geste carolingienne. Imprimé pour la première fois à Lyon vers 1483-1485, le texte fut diffusé durant tout le XVIe siècle avant d'être repris, très modifié, au siècle suivant, devenant, et ce jusqu'au XIXe siècle, l'un des romans de chevalerie les plus populaires de la bibliothèque bleue, à l'inverse de Lancelot du Lac, par exemple, qui disparaîtra après l'édition de 1533.

L'illustration d'Eugène Grasset, oeuvre immense de plus de 250 aquarelles qui le mobilisera plus de deux années, révélera les qualités de l'illustrateur, alors que ses dons d'ensemblier s'étaient déjà manifestés quelques années auparavant lorsqu'il créa des meubles et objets de décoration pour la maison de Charles Gillot, l'imprimeur du présent livre. Révolutionnaire par sa mise en page dans laquelle texte et illustration s'interpénètrent, l'édition l'est aussi par la technique de phototypogravure mise au point par Charles Gillot, et employée ici pour la première fois. Cette technique photographique (gillotage) permettait l'impression des gravures en couleurs et du texte en même temps. La complexité de la conception du livre, qui voulait que les pages soient toutes imprimées dans des couleurs différentes, nécessita plus de 900 planches.

Célébré à sa parution pour son esthétique, sa mise en page et son procédé industriel, Les Quatre fils Aymon de Grasset fut classé parmi les plus beaux livres du siècle par le critique, éditeur et bibliophile Octave Uzanne et immédiatement adopté par les bibliophiles. Nombre d'exemplaires de luxe furent alors confiés aux deux grands maîtres relieurs de l'époque, Charles Meunier et Marius Michel, qui rivalisèrent d'imagination pour créer des reliures utilisant la technique du cuir incisé, laquelle, issue du XVe siècle, leur sembla particulièrement convenir à cet ouvrage célébrant le Moyen Âge.

On peut citer aussi à ce propos l'étonnante reliure de Marius Michel ornée d'une plaque en étain repoussé, qui reproduit la composition de Grasset pour la couverture du livre, commandée par Henri Beraldi (IV, 1935, n°88) pour son exemplaire; celui-ci réapparut dans la bibliothèque Henri M. Petiet (IV, 1993, n°67). Tirage à grand nombre d'exemplaires sur papier ordinaire, munis le plus souvent d'un cartonnage d'éditeur illustré (tirage qui fut en grande partie détruit) et à 200 exemplaires de luxe, sur chine et sur japon. Celui-ci est un des 100 exemplaires sur japon (n° 7).

Prestigieux exemplaire du grand bijoutier Henri Vever, orné d'une merveilleuse plaque d'or à émaux cloisonnés, exécutée dans ses ateliers par le maître émailleur Étienne Tourrette, d'après une aquarelle d'Eugène Grasset. Des bibliothèques Henri Vever et Henri Bonnasse (1980, n° 35). Premier exemple de collaboration entre Vever et Grasset, cette plaque de grand format (230 x 166 mm), signée Vever et portant les monogrammes d'Étienne Tourrette et d'Eugène Grasset, chef-d'oeuvre de l'émaillerie française de la fin du siècle, fut réalisée de 1892 à 1894 et présentée à l'Exposition du Champ-de-Mars en 1894 et à l'Exposition universelle de 1900. Elle est digne de tous les superlatifs. Elle est reproduite en couleurs dans Art et Décoration de janvier 1903, dans un article consacré à Grasset. 

L'EXEMPLAIRE VEVER DES QUATRE FILS AYMON né de la rencontre de quatre personnalités qui marqueront l'histoire de l'Art nouveau. Henri VEVER (1854-1942), joaillier, directeur avec son frère Paul de la maison créée par leur père et devenue l'un des phares de la rue de la Paix. Bibliophile et grand collectionneur de tableaux, il participa dès 1892 aux dîners des Amis de l'art japonais de Siegfried Bing. Et c'est à partir de la vente, à la galerie Petit, de sa collection de peintures modernes et impressionnistes en 1897 qu'il se consacra pleinement à sa passion pour l'art japonais dont la vogue battait alors son plein. Praticien et marchand, Henri Vever fut aussi l'auteur de l'ouvrage de référence: La Bijouterie française au XIXe siècle, 1906-1908, 3 volumes in-4. En 1924, il fera don au musée des Arts décoratifs de sa collection, plus de 350 bijoux français du XIXe siècle, dont une soixantaine provenant de la maison Vever.

Charles GILLOT (1853-1903), imprimeur et graveur-lithographe. Perfectionnant une invention de son père Firmin Gillot, il mit au point en 1876 le procédé de photogravure connu sous le nom de «gillotage» dont il déposa le brevet en 1877. Grand admirateur d'Eugène Grasset, il lui confia l'ameublement et la décoration d'une partie de son hôtel particulier dans les années 1880. C'est lui qui présenta Grasset à Vever dont il était l'ami et le guide pour ses acquisitions d'objets d'art japonais. Lui-même collectionneur, Charles Gillot avait surtout réuni un ensemble d'art japonais qui faisait l'admiration des connaisseurs, notamment celle d'Edmond de Goncourt: [la] collection japonaise la plus parfaite, la plus raffinée [...], c'est la collection de Gillot. Offerte pour partie au musée du Louvre, elle enrichit aujourd'hui le musée Guimet. Le reste de ses collections fut dispersé aux enchères en 1904, l'expert de la vente en était Siegfried Bing.

Eugène GRASSET (1845-1917), décorateur et illustrateur, son style particulier allait marquer le Livre et l'Affiche. L'Histoire des quatre fils Aymon est sa première illustration importante. Sa rencontre avec Henri Vever s'avéra déterminante, ce dernier appréciant son vaste répertoire iconographique et ses compositions fortement influencées par l'art japonais. Il lui commanda la création d'une vingtaine de bijoux qui firent sensation à l'Exposition universelle de 1900, et restent aujourd'hui aussi fameux que ceux de René Lalique (1860-1945) qui créait depuis 1880 pour Vever des bijoux et des objets d'art. On rappellera à ce propos que l'un des alter ego de Vever rue de la Paix, Georges Fouquet, faisait lui appel au talent d'Alphonse Mucha. Une passion commune de l'art japonais unissait ces trois hommes. Sous la tutelle des deux marchands d'art Tadamasa Hayashi et Siegfried Bing (l'éditeur du Japon artistique), ils furent des collectionneurs passionnés d'objets d'art et d'estampes de la période Edo (1603-1868), particulièrement des oeuvres de Hokusai et Hiroshige. Ils se firent les hérauts du japonisme avec Philippe Burty (qui créa le mot en 1872), et, pour ne citer que les plus grands, Félix Bracquemond, les frères Goncourt, Théodore Duret et Claude Monet.

Étienne TOURRETTE (1858-1924), maître émailleur parmi les plus grands. Possédant toutes les nombreuses techniques de l'émail (cloisonné, translucide, basses tailles, peint), il réutilisa celle de l'émail dit de résille d'or, technique très ancienne qui consistait en l'inclusion de feuille d'or entre les couches de l'émail pour lui donner un scintillement particulier. Étienne Tourrette fut l'un des grands artistes qui permirent aux bijoux Art nouveau d'exister, ces fantastiques «bijoux de peintre» ainsi dénommés pour rappeler la technique de la pose de l'émail, appliqué couche par couche au pinceau. Paul Richet, professeur à l'École des Arts appliqués, dans son article Les Émailleurs modernes au XIXe et XXe siècle (Revue Céramique, verre, émaillerie, mai 1936), a rapporté l'histoire et les vicissitudes de la fabrication de la plaque d'or de Vever pour laquelle Tourrette employa plusieurs techniques de l'émail. En effet, après plus de deux années de travail, celle-ci faillit se détruire en raison de la dilatation du métal, contrariée par le cloisonnement. Sa présence devant nous aujourd'hui n'est due qu'à l'art et à la ténacité de l'émailleur. Les destins croisés de ces quatre personnalités aboutirent ainsi à la création de cette oeuvre unique, pièce de qualité muséale. On a relié dans le volume divers documents: - L'aquarelle originale de Grasset pour la plaque de la reliure, ainsi que diverses gravures et photos de cette plaque. (reproduite page 45) - L'aquarelle originale de Grasset de la page 79. - Le menu illustré du dîner offert par ses amis à Eugène Grasset à l'occasion de sa promotion au grade d'officier de la Légion d'Honneur. - Deux lettres autographes signées d'Eugène GRASSET à Henri VEVER, datées du 1er octobre 93 et du 26 mars 94, dont l'une contient cet éloge: C'est avec la plus grande admiration que j'ai constaté la miraculeuse exactitude avec laquelle mon aquarelle a été reproduite et dont vous avez su faire une véritable oeuvre d'art à l'épreuve des siècles. - Une carte autographe signée d'Henri Vever. - Le prospectus illustré.

On joint TROIS ESSAIS D'ÉMAIL: - Une plaque sur cuivre (77 x 57 mm), partie du décor de Grasset, Renaut de Montauban à cheval sur Bayard, sans la tête du cheval ni le pied du cavalier. - Deux plaques sur or à émail translucide (42 x 35 mm chacune), portant les titres Souvenirs et Heures.

Estimation : 200 000 / 250 000 euros

Nous donnerons ici le résultat de l'enchère.

Etudes Binoche et Giquello.
Vente du 29 mars à Drouot, Paris.

mercredi 14 mars 2018

Retrouver un imprimeur de la fin du XVIIIe siècle d'après son matériel typographique : un cul-de-lampe drôlement coquet ! (vers 1780-1781).


Taille réelle : largeur 48 mm

La question est assez simple, basique, simple, basique : je cherche à identifier de quel atelier typographique sort cet ornement et par là-même tout livre qui le contient. Ce cul-de-lampe fort "coquet" est suffisamment caractéristique pour ne pas passer à côté sans le repérer. Il se trouve ici dans une impression non située de 1781.

Si vous le croisez, pensez à moi !

Merci d'avance de votre collaboration.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mardi 13 mars 2018

Les premières éditions de l'Introduction à la Vie dévote, par un Berger savoyard

L'édition originale (in-12) et les éditions qui suivirent de l'Introduction à la Vie dévote sont très nombreuses. En l'espace de 11 ans, il y eut plus de 40 éditions en français. Un véritable best-seller religieux du début du XVIIème siècle. Néanmoins, beaucoup de ces éditions, pour ne pas dire toutes, sont devenues rares voire rarissimes.  L'ouvrage connut aussi de très nombreuses éditions après 1665 et la canonisation du saint.

Tout d'abord, si on s'intéresse à l'édition originale [Lyon, Pierre Rigaud, 1609], on ne connaît que deux exemplaires : 
  • exemplaire de la Visitation d'Annecy
  • exemplaire de la Österreichische Nationalbibliothek, Vienne, Autriche.
Cela explique donc que cet important ouvrage manque à toutes les collections autour de Saint François de Sales ! Rochebilière lui-même n'avait ainsi "que" des exemplaires de la seconde édition (1610), de Douai (1610), de Paris (1615), de Douai (1616) et une de Lyon (non datée) [voir Rochebilière, 21 à 25].

Edition originale
Exemplaire Visitation d'Annecy


La collation précise de l'édition originale nous est inconnue. Perrin donne, en 1895, [24]-479-[11]p pour l'exemplaire de Vienne. L'exemplaire d'Annecy serait plutôt [24]-466-[12]. Il convient de noter que la pagination est fautive à partir de la page 432.

Brunet ne mentionne que l'édition de l'Imprimerie Royale en 1641 (in-folio, la plus belle des éditions anciennes) et signale tout juste la première en 1608. L'édition originale est en effet imprimée en 1608 et mise en vente en décembre 1608 avec la date de 1609.

1609A - Exemplaire Michel R.


Dès 1609, une seconde édition [Lyon, Pierre Rigaud, 1609 ou 1610] est imprimée semble-t-il à trois reprises avant le 16 septembre 1609 puisqu'il en envoie un exemplaire au duc de Savoie (on connaît la lettre du 16 septembre 1609). Fabius Henrion les nomme 1609A, 1609B et 1610 deuxième. Cette édition est lacunaire car quatre chapitres de la première édition furent oubliés. Elle contient en revanche de nouveaux chapitres :
  • 1609A : Ce tirage possède sur sa page de titre la même gravure que l'édition originale
  • 1609B : La gravure du titre est changée.
  • 1610 deuxième : Même tirage que le précédent mais postdaté 1610. Rochebilière (21) possédait ce tirage qui était selon lui imprimé en 1609. Son exemplaire portait un ex-libris manuscrit daté de janvier 1610. Henrion dit le tirage assez défectueux. L'exemplaire que nous possédons permet d'éclairer cette affirmation. En effet, bien qu'imprimée sur un joli papier vergé, donc a priori édition soignée, certains feuillets sont mal imprimés.
La collation de cette édition est connue : in-12, [24]-646-[14]p.

1609B - Exemplaire Visitation d'Annecy

1610 deuxième - Exemplaire Berger savoyard


Le CCfr ne nous donne que 2 exemplaires pour 1609-1610 : 
  • Tolbiac, D-17433 (1610, troisième édition).
  • Tolbiac, Res P-D-39 (Arras, 1610, mention de seconde édition, édition qui semble copiée sur le seconde de Lyon avec une collation très similaire).

Les exemplaires connus des toutes premières éditions sont donc (liste mise à jour au fur et à mesure des découvertes) : 
  • 1609 (1608)
    • Visitation d'Annecy
    • Österreichische Nationalbibliothek, Vienne, Autriche.
  • 1609A
    • Michel R. (Salomon Phélipeaux des Landes (1574-1655) avec sa signature ; Carmes déchaussés de Charenton, avec un ex-dono des Lendes (sic!) ; Raoul Baguenault de Puchesse ; Alde, 25 novembre 2015).
    • Bibliothèque de l'Université de Paris [1609A ou 1609B?]
    • British Library, Londres [1609A ou 1609B?]
    • Auguste Damex [1609A ou 1609B?]. Devait être présenté à une exposition en 1966 mais Damex est décédé cette année-là.
  • 1609B
    • Bibliothèque de l'Université de Paris [1609A ou 1609B?]
    • Visitation d'Annecy (exemplaire offert par Saint François de Sales au duc de Savoie)
    • British Library, Londres [1609A ou 1609B?]
    • Auguste Damex [1609A ou 1609B?]. Devait être présenté à une exposition en 1966 mais Damex est décédé cette année-là.
  • 1610 deuxième 
    • famille Furet, de Salins, en 1893 puis famille de Villard en 1935. Seul exemplaire connu selon Henrion, avec corrections de la main de Saint François de Sales. Il ne connaissait pas le catalogue Rochebilière.
    • Rochebilière, 21.
    • Berger savoyard. Contient quelques petites corrections (p.233, 385, 455, 464, 478, 594) mais qui ne semblent pas de la main du Saint. Une inscription latine d'époque sur la page de titre "Pro Capuciinis Aureliaens (?)" (pour les Capucins d'Orléans). Elle ne semble pas de la main du Saint non plus.
  • 1610 troisième 
    • Tolbiac, D-17433
    • Prince Chigi, Italie, en 1893. Exemplaire avec une inscription autographe.
  • 1611 troisième
    • ? présenté en 1966 et 1967 à une exposition à Thonon. Un seul exemplaire ou deux exemplaires distincts ?
  • 1610 Arras
    • Tolbiac, Res P-D-39
  • 1610 Douai
    • Rochebilière, 22
    • Montgermont, bibliothèque (médiathèque aujourd'hui ?).
    • ? présenté à une exposition à Thonon en 1967. Peut-être celui de Montgermont qui y fut présenté en 1966


Nous sommes bien entendu preneur de toute information complémentaire sur le sujet, notamment les exemplaires qui nous sont inconnus.

Le Berger savoyard


Sources : 
  • Fabius Henrion, Introduction de Introduction à la Vie dévote. Paris, Mame & Droz, 1935.
  • Rochebilière, Catalogue de vente de sa bibliothèque, première partie. Paris, Claudin, 1882. n°21 à 25.
  • Saint François de Sales, Oeuvres. Annecy, imprimerie J. Niérat, 1893. Tome III.

Remerciements :
Michel R., bibliophile savoyard, propriétaire d'un exemplaire 1609A et qui a fourni l'essentiel des informations présentées ici.

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