vendredi 11 octobre 2019

Tolkien, voyage en Terre du Milieu. Exposition Bnf. Du 22 octobre 2019 au 16 février 2020 Site François-Mitterrand | Galerie 1 & 2.



La BnF propose une exposition d’envergure consacrée à l’œuvre protéiforme de J.R.R. Tolkien, brillant professeur d’Oxford et créateur de mondes, qui continue à vivre dans l’imaginaire d’un très large public. Les quelque 300 pièces exposées mettent en lumière à la fois l’homme et son œuvre. Pour la première fois en France, de nombreux manuscrits et dessins originaux de Tolkien sont présentés. Parallèlement, une sélection de pièces d’exception issues pour la plupart des collections de la BnF fournit un contexte pour cette création artistique et littéraire.
 
Tolkien, voyage en Terre du Milieu |
Du 22 octobre 2019 au 16 février 2020
Site François-Mitterrand | Galerie 1 & 2


Ouvert tous les jours sauf le lundi
Du mardi au dimanche 10h-19h
Nocturne le jeudi 10h-21h
Fermé le lundi et les jours fériés

mardi 1 octobre 2019

De l'art ou du cochon ? non ! de l'Art Déco ! suite de 20 aquarelles érotiques par Marcel Stobbaerts (peintre et artiste belge) pour le Pibrac de Pierre Louÿs (vers 1930).

Billet pour adultes consentants ... jeunes foutriquets passez votre chemin !

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Si dans le cochon tout est bon, dans l'art tout n'est pas bon. Qui jugera du beau ou du moche ? Moi, vous, tout un chacun. Ce qui apparaîtra beau pour certains apparaîtra laid pour d'autres, et vice et versa. Et en matière de vice, justement, nous tendons vers ça ! Vers cette dichotomie du beau et du moche. Alors jugeons ! aimons ! haïssons ! c'est humain. Le pire serait l'indifférence. Il y a tant d'indifférents ... En réalité c'est même très regrettable de penser que l'humanité se divise en deux (comme dirait Blondin) : ceux qui regardent passer les trains et ceux qui montent dedans. Enfin, je vous avouerai que c'est aussi un peu facile à dire, alors restons modestes et contentons-nous (le plus souvent) d'admirer à défaut de pouvoir monter dedans (le train). Vous me suivez ? Bref. Tout ceci pour vous dire que je suis un grand admirateur de l'Art Nouveau (tout en rondeurs naturelles, en fleurs épanouies, en jolies femmes 1900 à chevelures baudelairiennes) moins de l'Art Déco, cet art angulaire et pointu, qui m'apparaît souvent plus agressif, plus industriel, plus pollué par l'abstraction géométrique qu'enrichi par les lignes naturelles. Mais il faut parfois se rendre à l'évidence, l'Art Déco a de belles choses à montrer aux générations futures qui en sont rendues aujourd'hui à l'Art Zéro (j'entends déjà les sifflements ahuris des modernistes archi-défenseurs des indéfendables-zartistes). Oh la ! J'entends bien. Ne sifflez pas ! Je suis très (trop) sensible des oreilles. Bref. Passons.

Donc, voici un cas pratique. J'ai découvert il y a quelques jours l'existence d'un ouvrage que j'aurais sans doute dû croiser 100 fois depuis 20 ans, mais non. Jamais vu ! C'est ainsi. Un curiosa digne de figurer, à mon sens, dans une belle bibliothèque sur le sujet. Il réunit les qualité d'un grand auteur reconnu pour sa spécialité : Pierre Louÿs ; un grand illustrateur de la période 1930. Jean-Pierre Dutel nous dit qu'il s'agit de Marcel Stobbaerts. Croyons-le. J'avoue que je n'avais jamais entendu parlé de lui avant de lire la notice de Dutel. Voici le descriptif précis de cet ouvrage tel que Dutel le donne page 316 du tome III de sa Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en Français entre 1920 et 1970, sous le numéro 2195 : P. L. / PIBRAC / Edition augmentée et ornée / de vingt aquarelles / PARIS. In-4 (20,3 x 15 cm) de 127 pages et 1 feuillet, couverture rempliée en papier crème imprimée en bleu foncé. Edition publiée au début des années 1930. Elle est illustrée de 20 pochoirs hors-texte en couleurs de Marcel Stobbaerts. Tirage : 250 exemplaires. Les exemplaires sont numérotés au composteur.

Pour compléter la notice de Dutel avec un exemplaire du livre sous les yeux, nous pouvons ajouter que les aquarelles ne sont pas uniquement au pochoir mais également rehaussées au pinceau à la main (on voit nettement la mise en couleurs au pinceau à la main avec dégradés sur les planches). Il est intéressant de noter que Dutel donne la notice de deux autres impressions de ce même livre. Sous les numéro 2196 il décrit une autre édition de 1933 donnée par Marcel Seheur, en 91 pages, tirée à 175 exemplaires, sous couverture de papier gris-vert imprimée en rouge (ornée de 12 illustrations de Marcel Stobbaerts légèrement différentes de celles de l'édition de Paris). Sous le numéro 2197 il décrit une dernière édition de 1939 en 122 pages, ornée de 12 pochoirs également par le même artiste, tirée à 375 exemplaires, sous couverture rempliée en papier rouge imprimée en noir. Concernant cette dernière édition nous avons pu comparer avec les illustrations de notre édition de Paris (1930) et il s'avère que le coloris de cette édition de 1939 est plus simple et le dessin légèrement différent (dessins refaits par une autre main). En résumé, la première édition de Paris (1930) est sans conteste la plus richement illustrée (20 aquarelles contre 12) et la plus joliment mise en couleurs (pochoir et pinceau à la main). Nous passerons ici sur Pierre Louÿs et ce Pibrac trop connu des amateurs pour en faire la notice.

Qui était Marcel Stobbaerts ? Comme son patronyme l'indique Marcel Stobbaerts était belge. Il est né en 1899 et mort en 1979. Il était originaire de Forest, commune au sud ouest non loin de Bruxelles, au sud d'Anderlecht. A vrai dire on ne sait pas grand chose de lui. On sait qu'il remporte le prix de la jeune peinture belge en 1924. Il sera tour à tour illustrateur, aquarelliste et graveur, ami proche d’Hergé, le père de Tintin. Certaines de ses huiles sur toile atteignent des prix non négligeables dans le parnasse commercial de l'art aux enchères (11.000 euros pour une toile "Scène de cabaret à Anvers" datant de 1925 et mesurant 82 x 62 cm). Néanmoins il obtient beaucoup moins (prix galerie) pour un bouquet de fleurs mortes (ou presque), 1.300 euros seulement. Il a donné aussi de nombreuses eaux-fortes. Dans le domaine érotique, nous avons trouvé de lui, dans la période Art Déco, 1925-1930, des scènes d'intérieur de cabaret ou plutôt de tripots à filles d'Anvers et autres endroits louches de la Belgique. Les scènes où sont présentes les filles de joie ne sont pas rares dans son oeuvre dessinée.

Dans le domaine du livre on lui doit quelques frontispices, notamment un superbe d'inspiration cubiste pour Les enfants du malheur de Francis Carco (Maastricht, chez Stols, 1930) dans lequel on pourrait retrouver le travail des lignes abruptes de Jean-Emile Laboureur. Il donne un frontispice gravé sur bois pour Les notes d'un exilé de Léon Daudet (1929). A notre connaissance cependant, ce Pibrac de Louÿs semble être la seule incursion de Marcel Stobbaerts dans le domaine du livre illustré érotique clandestin. Les lignes encore cubistes de cette suite de 20 très jolies aquarelles sont typiques d'une époque (1930) qui sera vite révolue. D'ailleurs il est intéressant de noter que les curiosa clandestins illustrés typiquement Art Déco sont assez rares. On aurait certainement du mal à en trouver plus d'une dizaine. Passons maintenant à la propagande par le fait (oui j'avoue cette faiblesse militante héritée de mes lectures idéalistes utopiques extrémistes. Pierre, Michel, si vous me lisez ...).

Voici donc in extenso cette très belle suite de 20 aquarelles "au pochoir" et "au pinceau" donc, pour le plaisir des adultes consentants. Bonne visite au pays de la gaudriole PierreLouysesque imagée par excellent artiste belge.





















Ne me dites pas merci.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mercredi 25 septembre 2019

A propos de bibliophilie, de perfection des livres et de livres anciens qui ont vécu ... Et vous, c'est quoi votre Caprice de Bibliophile ? Quelle est votre Toquade ? Quels sont vos Priorités ? Quelles sont vos Exigences ?



Caprices d'un Bibliophile par Octave Uzanne.
Paris, Librairie Edouard Rouveyre, 1878. Page de titre.
Tirage à 572 exemplaires sur beaux papiers de diverses sortes.



Agréable discussion cet après-midi avec un ami des livres (qui se reconnaîtra) à propos de bibliophilie, de perfection des livres et de livres anciens qui ont vécu ... Et vous, c'est quoi votre Caprice de Bibliophile ? Quelle est votre Toquade ? Quels sont vos Priorités ? Quelles sont vos Exigences ? Je sais bien que les bibliophiles et autres amateurs de livres sont discrets et n'aiment guère s'épancher en public sur leurs penchants avouables ou inavouables ... mais si cela vous dit, n'hésitez pas à nous dire ici vos "Vices" et "Vertus". Bonne soirée ! B.

NDLR : Je viens seulement de constater que les commentaires n'apparaissaient plus depuis pas mal de temps dans le Bibliomane moderne (une option Blogger que j'ai été obligé de mettre en place suite à de nombreuses intrusions de type spam ou phishing). J'invite donc désormais les personnes qui souhaitent nous suivre et commenter les articles du Bibliomane moderne à venir le faire sur notre page associée Facebook à cette adresse : https://www.facebook.com/bibliomanemoderne/
 (si vous n'avez pas de compte Facebook créez-en un, si vous n'en voulez pas, dommage, allez prendre l'air).

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

mardi 10 septembre 2019

Une suite érotique qui résiste ... inconnue à Dutel ? 15 lithographies tirées en bistre avec remarques.

Bonjour à toutes et à tous,

voici une suite de 15 lithographies tirées en bistre. Cette suite très explicite résiste à nos recherches. Nous ne trouvons pas d'illustrations similaires dans Dutel. Il semble qu'il faille chercher du côté d'un texte de la Grèce antique au vu des costumes et des décors. Avez-vous déjà croisé cette suite ? Est-elle complète en 15 gravures ? Reconnaissez-vous l'artiste qui l'a produit ? Le livre pour lequel elles ont été faites ? Notre ensemble est tiré en bistre avec remarques, ce qui indiquerait qu'il s'agit d'une suite supplémentaire pour quelque tirage de luxe. Le format des feuilles est 24 x 19 cm. Votre avis m'intéresse et intéressera certainement les lecteurs du Bibliomane moderne versés du côté obscur de la force.

















Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

samedi 7 septembre 2019

A propos d'un artiste-éditeur : Georges Hurtrel (1835-?) un éditeur et des éditions "Trop riche pour être pauvre. Trop pauvre pour être riche."


Illustrations issues des pages de réclames de la revue Le Livre
(pour les livres d'étrennes de la livraison de décembre)


Cela doit faire une bonne vingtaine d'années maintenant que j'ai croisé le nom de  Georges Hurtrel pour la première fois. Lorsqu'on est attiré par les belles éditions sur beau papier, joliment illustrées, de la fin du XIXe siècle, on finit inévitablement par tomber sur lui. C'est le moment, je crois, de faire un petit topo sur ce personnage de la librairie moderne des années 1880.

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Qui était Georges Hurtrel ?

Georges Hurtrel ou plutôt Georges Edouard Hurtrel, comme le désigne le Dictionnaire des imprimeurs-lithographes du XIXe siècle, est né le 28 août 1835 au Mans (Sarthe). Son père était maître de danse. Georges Hurtrel fut tout d'abord dessinateur lithographe chez Lemercier, Duverger, Dubois et Simon. Il a également été commis libraire chez l'éditeur Léon Curmer. Lorsqu'il fait sa demande de brevet de lithographe, il se présente comme artiste-éditeur. Il avait pour projet de créer une imprimerie lithographique artistique, dessinant et éditant lui-même ses estampes. Comme l'indique encore le Dictionnaire des imprimeurs-lithographes du XIXe siècle, Hurtrel se dit spécialiste de la chromolithographie et auteur d'une Galerie des Saints qu'il a éditée. Il fait rapidement une demande de brevet de libraire pour ouvrir une librairie archéologique, religieuse et morale, dans le genre de celle de Curmer. Il écrit alors : "Ces libraires étant en très petit nombre, j'aurai, je l'espère, plus de chance de réussir étant artiste imprimant chez moi et livrant moi-moi-même directement au public ces ouvrages d'art qui, jusqu'à présent, ont toujours été fort chers." Il obtient les deux brevets nécessaires à son installation. Il débute cette activité en octobre 1868 installé au 11, place Saint-André-des-Arts. Il habite alors au 4, rue des Acacias à Paris. Le 11 octobre 1870 il se déclare imprimeur en taille-douce et en lettres (le métier d'imprimeur est désormais libre et ne nécessite plus de brevet pour s'installer). Il publie quelques ouvrages religieux qui utilisent la lithographie pour l'illustration, dont une Vie de Jésus composée au XVe siècle d'après Ludolphe le Chartreux (1870). Il publie à la même époque également des planches d'atlas dont il a dessiné les encadrements. Dans les années 1880, il édite plusieurs ouvrages historiques abondamment illustrés d'après des dessins anciens ou enluminures, tels que la Vie de Sainte Catherine d'Alexandrie de Jean Mielot (1881), Louis XII et Anne de Bretagne (1882), Les Aventures romanesques du Comte d'Artois (1883), La Grande Diablerie d'Eloi d'Amerval (1884), Souvenirs de la Révolution de Madame Roland (1886), Le Premier Grenadier de France, La Tour d'Auvergne, de Paul Déroulède (1886), etc. (voir plus bas la liste chronologique de ses publications que nous avons établie). Ces éditions rentrent dans la catégorie des éditions de luxe ou éditions bibliophiliques : beau papier, belles impressions lithographiques, encadrement et illustrations inédits, etc. C'est Lemercier qui s'occupe alors des lithographies et Mouillot de l'impression des textes. Une particularité que l'on retrouve dans la quasi totalité des productions portant son nom, est de faire figurer sur un feuillet la liste complète de tous ceux, artistes, graveurs, imprimeurs, fournisseurs de papier et d'encre, qui ont concouru à la réalisation des volumes. Hurtrel en était le directeur et le maître d'oeuvre. Les publications de Georges Hurtrel était parfois numérotées et tirées à petit nombre d'autres sans aucune mention (mais d'évidence tirées à petit nombre compte tenu du luxe apporté à la réalisation). Sans doute la plupart des ouvrages sortis sous son nom ont-ils été imprimé à moins de 1.000 exemplaires. De la Grande Diablerie, publiée en 1884, par exemple, il a été tiré 1.000 exemplaires, tous signés par Georges Hurtrel lui-même. La plupart du temps il avait été fait un tirage de luxe sur Japon à 40 ou 50 exemplaires. De nombreux artistes de renom ont alors collaboré à ces ouvrages bibliophiliques. Nous pouvons citer Paul Avril, Gustave Fraipont, Adolphe Lalauze, etc. A partir de 1882 son atelier avait été transféré au 35, rue d'Assas à Paris. Le Dictionnaire des imprimeurs-lithographes du XIXe siècle s'arrête là. Tout l'activité de Georges Hurtrel artiste-éditeur semble s'arrêter en 1887. Nous ne trouvons plus aucun ouvrage publié sous son nom après cette date, année où il publia quatre ouvrages. Plusieurs ouvrages qu'il publia sont publiés sous le nom d'Alice Hurtrel.




Octave Uzanne dans sa revue bibliographique Le Livre, dans la rubrique consacrée aux livres d'étrennes pour 1881, écrit : "La Vie de sainte Catherine d'Alexandrie, publication par Jean Mielot, nous parait être la première publication de cet éditeur ; c'est une grand in-8, de belle apparence et dont le texte intéressant du secrétaire de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, a été revu et rapproché du français moderne par l'érudit bibliothécaire à la Nationale, M. Marius Sepet. L'éditeur a développé un grand bon vouloir et a appelé à lui un nombre d'illustrateurs suffisant pour produire un chef-d'œuvre d'édition. Malheureusement le chef-d'œuvre n'a pas été exécuté et les horribles encadrements tirés en rouge missel sont lourds, disgracieux et du plus déplorable effet, les bois hors texte n'ont rien de remarquable et l'ensemble du volume, disons-le franchement, est irrémédiablement manqué. M. Georges Hurtrel nous pardonnera notre critique, avec l'assurance que nous n'avons aucun motif de lui être désagréable ; mais il est à regretter de voir se produire en France de grands ouvrages d'art qui font tache absolument par leur mauvais goût." (Octave Uzanne). La messe était dite pour le critique Uzanne. A vrai dire, nous aurions envie d'écrire la même chose plus d'un siècle plus tard, et ce pour la plupart des ouvrages édités par Georges Hurtrel : "Trop riche pour être pauvre. Trop pauvre pour être riche." En gros, si les éditions G. Hurtrel en imposent souvent au premier regard et peuvent faire illusion, elles n'ont, malheureusement, pas le fini des éditions d'un Léon Curmer ou d'un Albert Quantin. Le compte n'y est pas et l'ensemble donne toujours une impression de "cheap". Alors même que les volumes Hurtrel se vendaient à des prix allant de 20 à 60 francs, beaucoup plus en grand papier. L'année suivante (1882), Octave Uzanne est plus indulgent et félicite G. Hurtrel pour son Louis XII et Anne de Bretagne par Paul Lacroix qui sera l'un des plus beaux livres de l'année.

Nous n'avons trouvé aucune photographie de Georges Hurtrel. Nous ne savons pas à quoi il ressemblait.


Qui était Alice Hurtrel ?

Alice Hurtrel était apparemment l'épouse de Georges Hurtrel. Nous n'avons trouvé aucune information à son sujet.

Nous n'avons trouvé aucune photographie de Georges Hurtrel. Nous ne savons pas à quoi il ressemblait.

Que sont devenus Georges et Alice Hurtrel ?

Nous n'avons rien trouvé sur Georges et Alice Hurtrel après 1887. Hurtrel a-t-il fait faillite ? Est-il décédé prématurément ? Nous avons retrouvé un état de faillite dans la Gazette des tribunaux de 1872. Il avait constitué une société associé à un certain Jean Maisongrosse, rentier. La cause de la faillite : la société est chargé des dettes du sieur Hurtrel, antérieures à sa formation. Nous trouvons dans la même Gazette des tribunaux que la société a été liquidée courant 1875. Le fonds de commerce est mis aux enchères à la mise à prix de 10.000 francs. L'ensemble mis à prix comprend un fonds de commerce d'imprimeur-éditeur, situé 13 rue Cassette et constitué de : la clientèle et l'achalandage. Les ustensiles servant à son exploitation. Le droit au bail des lieux où il s'exploite, devant expirer le 1er otobre 1887 (tiens ... 1887).

Tout ceci expliquant qu'on ne trouve aucune publication sous son nom en 1872 et 1873, et même jusqu'en 1881 si l'on excepte l'Atlas de 1874. Qu'a-t-il donc fait entre 1872 et 1880 ? 8 ans. Sans doute a-t-il travaillé pour d'autres en tant que lithographe dessinateur.

Nous n'avons hélas pas réussi à trouver d'informations datant de 1887 ou années suivantes. Que sont-ils devenus ? Georges Hurtrel a-t-il à nouveau fait faillite ?




En fouillant dans la généalogie de Georges Hurtrel nous avons trouvé que son père était originaire du Pas-de-Calais (Le Parcq). Son père était maître de danse, c'est à dire professeur de danse. Son père Jacques Joseph Hurtrel était né en 1796 et c'était marié en 1817 aussi dans le Pas-de-Calais (Le Parcq) avec Marie Célestine Charlotte Cannesson (née en 1798 aussi à Le Parcq, Pas-de-Calais). Georges avait un frère (Charles Antoine né en 1831) et une soeur (Zelmire Charlotte née en 1822). Georges était donc le cadet de la fratrie. La date de naissance donnée pour Georges dans les relevés Geneanet est celle du 28 août 1836 (et non 1835) mais nous n'avons pas réussi à consulter les registres d'état civil en ligne pour cette période au Mans. Pourquoi Georges Hurtrel est-il né au Mans, loin du Pas-de-Calais ? Nous ne savons pas. Ce qui est certain c'est que sa soeur ainée née en 1822 est née à Le Parcq Pas-de-Calais et que son frère né en 1831 est lui né au Mans. Les parents de Georges Hurtrel se sont donc installés au Mans entre 1822 et 1831. Pourquoi ? Dans la généalogie qui a été établie de Georges Hurtrel il n'est fait mention d'aucun mariage (mais cette branche semble ne pas avoir été étudiée dans sa descendance). Pour en savoir plus sur Georges Hurtrel et Alice Hurtrel il nous faudrait retrouver leur acte de mariage et aussi l'acte de décès de Georges. Nous avons cherché dans les tables de l'état civil du 6e arrondissement de Paris et nous n'avons trouvé aucun décès entre 1887 et 1920. Soit il est décédé dans un autre arrondissement, soit hors de Paris. Seul le hasard pourra nous mener sur sa trace.

Enfin nous avons trouvé une mention de Paul Bourget (sans date) qui indique qu'il a été reçu a dîné chez Alice Hurtrel. Est-ce la même ? Possible.

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Liste chronologique des ouvrages publiés par Georges Hurtrel, artiste-éditeur (établie d'après le catalogue collectif des bibliothèque de France) :

- 1868 installation en octobre. Aucune publication.

- 1869 Atlas géographique du journal de "La France administrative".
- 1869 Bossuet, Gallia orthodoxa.

- 1870 édition de cartes géographiques avec encadrements dessinés par Georges Hurtrel.
- 1870 Ludolphe le Chartreux, Vie de Jésus-Christ, composé au XVe siècle.

- 1871 Evénement de Pontmain, diocèse de Laval, Mayenne. La grange de Barbedette le 17 janvier 1871 (lithographie).

- 1872 aucune publication recensée.
- 1873 aucune publication recensée.

- 1874 Nouvel Atlas, géographique composé de la mappemonde, des cinq parties du monde, de la carte de la France.

- 1875 aucune publication recensée.
- 1876 aucune publication recensée.
- 1877 aucune publication recensée.
- 1878 aucune publication recensée.
- 1880 aucune publication recensée.

- 1881 Jean Mielot, La vie de Sainte Catherine d'Alexandrie.
- 1881 Confessions de Saint-Augustin (les catalogues se trompent, notamment Bnf, CCfr, quand ils donnent cette édition en 1884 ou 1885 - preuve en est la réclame parue dans Le Livre)

- 1882 Paul Lacroix, Louis XII et Anne de Bretagne.
- 1882 Alice Hurtrel, Les Amours de Catherine de Bourbon, sœur du Roi, et du Comte de Soissons.

- 1883 Les aventures romanesques d'un comte d'Artois, d'après un ancien manuscrit (Alice Hurtrel)

- 1884 Eloy d'Amerval, La grande diablerie, poème du XVe siècle.
- 1884 Jules Roy, Turenne, sa vie et les institutions militaires de son temps.

- 1885

- 1886 Madame Roland, sa détention à l'abbaye et à St-Pélagie.
- 1886 Paul Déroulède, Le premier grenadier de France, La Tour d'Auvergne.
- 1886 P. Dive et E. Ducéré, La belle armurière ou un siège de Bayonne au Moyen Age.

- 1887 Alice Hurtrel, La femme, sa condition sociale, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours.
- 1887 Théo-Critt (Théodore Cahu), Journal d'un officier malgré lui.
- 1887 Saint-Patrice, Nos écrivains, première série. (il ne semble pas y avoir eu de suite).
- 1887 Charles Diguet, Secret d'alcôve.

Georges Hurtrel est âgé de 52 ans en 1887.

- 1888 plus aucune publication recensée.
- 1889 plus aucune publication recensée.
- 1890 plus aucune publication recensée.


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Toute informations sur Georges Hurtrel seront les bienvenues.

A suivre donc ...

Bertran Hugonnard-Roche
Bibliomane moderne

samedi 31 août 2019

Dater un autographe de J.-K. Huysmans adressé à l'abbé Mugnier. Interrogations sur un petit autographe.


Joris-Karl Huysmans, photographie d'André Taponier (1904).


« Vendredi


Mon cher Abbé,

Je fais la grand' garde aujourd’hui au bureau. Autrement dit mon chef me fait savoir qu’il ne vient pas aujourd’hui et probablement demain aussi. Si bien que j’en ai jusqu’à 6 heures et plus et que je ne rentrerai pas dîner avant 7 heures. Aussi, ne m’attendez pas au Luxembourg – et je vois bien que la bonne Alice pourra se fouiller demain, s’il en est ainsi. Je vais finir par acheter, près du bureau, chez un marchand une miniature sur vélin, très joliment encadrée. Un St Christophe, de missel du 15e siècle - Je me bats depuis plusieurs jours avec le prix et la marchande. Mais la tentation est forte. Puis c’est le seul genre qui manque sur les murs ! Le déménagement est néfaste, j’ai le rut des bibelots qui était calmé, depuis ce temps là !!

A bientôt, mon cher Abbé, et bien fidèlement à vous.


Huysmans ».


Une simple petite lettre autographe peut receler bien des mystères. Cette lettre est remplie d'indices à décrypter. Voici les questions que pose celle-ci :

- à quelle date a-t-elle été écrite ?
- Huysmans a-t-il finalement acquis cette miniature du XVe siècle ?
- à quoi ressemblait ce Saint-Christophe en miniature ?
- que lui a répondu l'abbé Munier ?
- quelles étaient les relations intimes entre les deux hommes à ce moment précis ?


Une tentative de reconstruction de la petite histoire à partir de quelques mots seulement. Mot miraculeusement parvenus jusqu'à nous en 2019.

Je vous laisse tenter de répondre de votre côté à ces questions. Une petite enquête s'impose. Je vais la mener de mon côté également.

L'autographophilie est intiment liée à la bibliophilie, c'est pourquoi nous lui donnons régulièrement la place qui lui est due dans les colonnes du Bibliomane moderne.

Bonne rentrée scolaire !

Bertrand Hugonnard-Roche
Bibliomane moderne




Un Saint-Christophe en miniature extraite d'un manuscrit du XVe siècle
conservé à la bibliothèque vaticane. Sans doute est-ce un Saint-Christophe de ce style dont il est question ici.

mercredi 14 août 2019

Concerto pour épave bibliophilie rétivienne. Quatuor : Rétif de la Bretonne (auteur), Paul Lacroix (bibliographe), Auguste Fontaine (librairie), Adolphe Bertrand (relieur).


épave bibliophilique ...
maroquin signé Adolphe Bertrand (vers 1875) réalisé pour le libraire Auguste Fontaine


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      La rétivomanie ? ou la passion rétivienne ? Qu'est-ce donc ? C'est un excès d'amour pour les ouvrages et la personne de Rétif de la Bretonne (ou Restif de la Bretonne pour les intimes). Quid ? Je ne vous ferai pas l'injure de vous demander si vous connaissez Rétif de la Bretonne et son oeuvre. J'ai déjà publié ici ou ailleurs plusieurs billets le concernant ou concernant certains de ses ouvrages.

      Pour faire court disons que Nicolas-Edme Rétif de la Bretonne (1734-1806), né à Sacy dans l'Yonne, de parents propriétaires fermiers aisés, devient apprenti typographe chez Fournier à Auxerre avant de venir à Paris pour devenir un excellent prote (chef d'atelier de l'imprimerie) puis enfin, dès 1767, un écrivain laborieux auteur de plusieurs dizaines d'ouvrages représentant un total de plus de deux cent volumes. Polygraphe, mythomane, génial, fou, obsédé, monomaniaque, etc. L'oeuvre de Rétif est gigantesque et tentaculaire. Le plus connu de ses ouvrages restant Le Paysan perverti (1776) suivi de la Paysanne pervertie (1784). Mais plusieurs monuments tels que Les Contemporaines (1780-1792) ou les Parisiennes (1787) ont marqué son temps. Son roman autobiographique La vie de mon père (1779), s'il n'est plus guère lu aujourd'hui, peut se targuer d'être un livre profond, vrai et recelant de grandes qualités humaines autant que littéraires. Auteur de seconde zone pour la plupart des lecteurs de son temps mais aussi pour les critiques d'aujourd'hui, connu pour son style franc et direct, champion des dialogues à n'en plus finir et des descriptions sensuelles des petits pieds jolies des dames légères, Rétif a su se faire autant d'ennemis que d'amis dans le monde des lettres. Mais l'oubli l'a emporté sur tout le reste. Loin d'un Voltaire ou d'un Rousseau, pourtant animé d'une foi en lui-même et en sa valeur littéraire, plus qu'inébranlable, homme d'une grande valeur immorale dans vie privée et professant publiquement une morale sans faille dans la plupart de ses ouvrages, champion du paradoxe à outrance, il se répète sans cesse au fil des différents volumes, refaisant sa vie, aidé en cela de son imagination débordante. S'il n'est pas mort complètement oublié en 1806, âgé de 72 ans, c'est tout comme. Ses ouvrages ne s'étaient d'ailleurs pas bien vendus pour la plupart. On a retrouvé des exemplaires des Contemporaines encore brochés recouverts de papier datant des années 1820, 1830. Preuve s'il en est que des fonds de stock de l'ami Rétif traînaient encore un peu partout après sa mort dans les greniers des imprimeries de la capitale.


L'intérieur des volumes est bien préservé.


      Il faudra attendre 1854 et les travaux de Charles Monselet pour voir un frémissement d'intérêt pour ce forçat des lettres françaises. Et encore ! Faut-il dire que le livre de Charles Monselet, tiré à 500 exemplaires seulement, aura tant d'invendus, qu'il le remettra en vente sous faux titre de seconde édition (en réalité les mêmes feuilles avec un titre changé) quatre ans plus tard en 1858. Mais le véritable déclic de la passion rétivienne se situe en 1875 lorsque deux personnalités du monde du livre, un libraire avisé (Auguste Fontaine) et un incontournable bibliographe de renom (Paul Lacroix, le Bibliophile Jacob) décident ensemble de faire ce qu'on peut légitiment appeler un coup de commerce. En voici l'histoire grossièrement résumée.

      En 1875, la librairie Auguste Fontaine est bien installée. Elle propose, dans son magasin et sur catalogue, les plus beaux livres de la capitale. Paris est à ce moment là le centre de toutes les passions bibliophiliques. Les amateurs viennent de tous les pays du monde moderne (Londres, New-York, etc.) pour s'emparer des plus beaux trophées. Auguste Fontaine fut un des précurseurs du commerce du live rare et précieux dans la capitale. Ce fut vers 1854 (justement), à la retraite de son associé M. Dauvin, que Fontaine commença à s'intéresser aux livres rares. Le bibliophile Jacob écrit que "c’est Monsieur Fontaine qui a créé ce qu’on peut nommer la librairie de luxe ou l’industrie des beaux livres; c’est lui qui a remis en honneur les chefs-d’oeuvre typographiques de Pierre Didot ainé, qui a fait remonter à si haut prix les classiques français, qui a fait remonter la valeur des magnifiques éditions anciennes de Voltaire, Buffon, J.J.Rousseau qu’on avait complètement laissées de côté comme trop volumineuses". Charles Nodier de son côté nous donne d'autres informations sur la libraire Fontaine et son fonctionnement : "Il y avait à Paris plusieurs libraires qui faisaient des livres anciens mais Monsieur Fontaine était le seul à faire des livres modernes qu’il faisait habiller somptueusement par les Maîtres relieurs de cette époque, les Cuzin, Capé, David, Trautz-Bauzonnet."


L'intérieur des volumes est bien préservé.


      Fontaine était placé comme on dit. Il était devenu Libraire officiel de la Cour (sous Louis-Philippe et à la restauration de l'Empire de Napoléon III). On pouvait lire à l'époque : "Il est presque inutile de tracer le portrait de cet homme que tout Paris connait, car il n’est personne qui ne passe devant sa porte, où on le voit à chaque instant apparaître pour guetter et arrêter presque de force ses clients, sans remarquer ce petit homme gros et court, plein de bonhommie et d’exubérance, emplissant de ses éclats de voix le passage des Panoramas, dans lequel il est à l’aise comme dans ses appartements. Sa familiarité est typique et entrainante et lorsqu’il tient un client il ne le laisse jamais sortir sans lui avoir vendu quelque chose, fût-ce un volume de 1 fr 25 ou un volume de 10.000 frs". 

      C'est dire si l'homme avait de la ressource ! Mais Auguste Fontaine n'était pas seulement un faiseur d'or pour le plaisir de l'or, il avait la foi du livre, la religion du livre rare. Auguste Fontaine déclarait alors à Paul Lacroix : "L’amour des livres vient par les yeux. Mettez des livres bien reliés devant la personne du monde la plus indifférente ou même la plus ignorante, elle finira par s’y prendre comme à la vue d’un bijou, car plus on voit les beaux livres, plus on les aime". Ainsi, Auguste Fontaine, grâce à l'appui financier dû à sa réussite dans la librairie moderne, fit l'acquisition de plusieurs très grandes et prestigieuses bibliothèques de l'époque (Didot, Pichot, Potier, Turner, etc.). Ces achats à coup de centaines de milliers de francs or donnaient naissance à des catalogues de vente à prix marqués encore plus prestigieux, adornés de belles et longues notices érudites par le Bibliophile Jacob. Le premier catalogue de livres rares de la librairie Auguste Fontaine date de 1870. Les suivants seront préfacés par le Bibliophile Jacob qui apporte alors sa caution de bibliophile et de bibliographe émérite. Fontaine était alors devenu le libraire attitré du tout Paris de la finance et de l'aristocratie (et de la bourgeoisie enrichie par les affaires).

C'est en 1875 que le libraire Fontaine et Paul Lacroix donnent au public d'amateurs une Bibliographie complète (en tous cas la plus complète à cette époque) des ouvrages de Rétif de la Bretonne. Le libraire Auguste Fontaine s'en fait l'éditeur, sans doute avec l'idée précise derrière la tête de promouvoir à toutes fins utiles, les éditions anciennes de Rétif de la Bretonne. En 1875 le marché de la bibliophilie est au plus haut, les grands bibliophiles se bousculent dans les librairies anciennes de la capitale et cherchent de très belles pièces pour orner leurs rayonnages. On peut même imaginer que dans ces années 1870-1875, on pouvait encore trouver des exemplaires des ouvrages de Rétif, conservés dans leurs pauvres premières reliures souvent mal conservées. C'est un fait indéniable pour qui cherche Rétif "dans son jus", rares sont les exemplaires en reliure d'époque qui ont été finement reliés. On ne parle même pas de maroquin pour Rétif, seuls quelques rares exemplaires ont été reliés luxueusement avec la belle peau rouge ou verte (on a pu cependant croiser récemment sur catalogue quelques exemplaires présentés par les plus prestigieuses librairies françaises).

Venons-en à l'objet de ce billet. Le libraire Auguste Fontaine ne s'est pas contenté de "parrainer" Paul Lacroix pour l'établissement de sa Bibliographie des ouvrages de Rétif, qui posait les bases de la connaissance "rétivienne" mise à la portée des plus grands amateurs (le tirage de cette bibliographie n'a été cependant que de 500 exemplaires), il a fait bien plus, il a été bien plus loin. Auguste Fontaine a "ramassé" (a fait ramasser par quelques rabatteurs serait plus juste) les exemplaires des ouvrages de Rétif qui "traînaient encore" chez les libraires, les bouquinistes, dans les bibliothèques privées ou à l'encan, et il les a fait relier luxueusement ! Nous en avons la preuve sous les yeux. Et cette preuve est assez inhabituelle pour être remarquée. La voici :

Probablement vers 1874-1875, la librairie Auguste Fontaine a faire relier avec luxe en plein maroquin rouge l'édition du Paysan perverti et de la Paysanne pervertie (1776-1784), édition la plus belle et surtout la plus illustrée lorsqu'elle contient les quelques 120 figures hors-texte, la plupart d'après Binet (dessinées sur les ordres de Rétif lui-même). Comment sait-on cela ? Simple ! Basique ! (dixit Orelsan). Auguste Fontaine n'a pas résisté à l'envie (ego quand tu nous tiens) de faire dorer son nom dans la dentelle de la reliure qu'il venait de faire faire. Voyez vous-même.


Cette mention "AUGUSTE FONTAINE" se trouve sur le bord latéral extérieur de la doublure du premier plat, dans la dentelle dorée par le relieur ADOLPHE BERTRAND qui signe la reliure comme il se doit dans ce cas, dans la partie inférieure de la même doublure. Voyez-vous même.


Qui était Adolphe Bertrand ? Fléty, dans son Dictionnaire des relieurs, écrit à son sujet :

"Installé modestement sous le second Empire, il occupait en 1865 un personnel assez nombreux et s'était spécialisé dans la reliure de livres liturgiques. Son épouse, qui le secondait activement, était une descendante du relieur Bradel, inventeur du type de cartonnage qui porte son nom. Elle mourut en 1937, à l'âge de cent ans. En 1871, Adolphe Bertrand avait créé un atelier de construction de matériel pour la reliure qui subsista jusqu'en 1940 sous la direction de ses fils. L'atelier de reliure était situé, en 1860, 92 rue de l'école de médecine, avant le percement du boulevard Saint-Germain. Il fut ensuite vendu en 1881 à Rousselle qui le transfera rue de Savoie et le céda vers la fin du XIXe siècle à l'éditeur Taffin-Lefort, qui lui-même s'installa, 5 rue du Jardinet, où il subsista jusque vers 1955. Adolphe Bertrand décéda le 3 février 1932 à l'âge de 94 ans."

De cette notice on déduit que cette reliure exécutée pour le libraire Auguste Fontaine n'a pu être exécutée après 1881. La date de 1874-1875 nous semble donc tout à fait probable.

Hélas ! la reliure que nous avons en mains n'a pas gardé son lustre. L'ensemble des 8 volumes in-12 a subi les outrages d'une excessive chaleur. Nous ne savons pas vraiment si les volumes ont été exposés au feu (uniquement de dos) ou bien s'il s'agit d'une simple insolation prolongée (ce qui nous paraît plus probable). En effet, les volumes, outre des dos "cuits", restent intérieurement frais sans odeur particulière de brûlé. Misons sur des volumes qui sont restés exposés au soleil, dans une ambiance sèche, pendant des années, pendant des décennies même ! Cette reliure en grande partie détruite n'est pas restaurable et sera prochainement remplacée.

La question qui demeure est la suivante : combien d'ouvrages de Rétif le libraire Auguste Fontaine a-t-il fait relier par Adolphe Bertrand à cette époque ? Autre question : Auguste Fontaine avait-il confié la reliure d'autres ouvrages de Rétif à d'autres relieurs de cette trempe ? Il faudrait avoir en mains les exemplaires listés dans les catalogues de livres rares publiés par Auguste Fontaine entre 1875 et 1879. Ils sont dispersés aujourd'hui. Le hasard nous mettra peut-être sur leur chemin.

Auguste Fontaine meurt en février 1882 : "La librairie française vient de faire une perte très douloureuse. Monsieur Fontaine, le libraire si connu du passage des Panoramas, est mort à Paris, il y a quelques jours, après une courte et bien terrible maladie. Un phlegmon diffus, cet affreux mal qui ne pardonne presque jamais, et dont il avait sans doute en lui le germe depuis quelque temps, s’était déclaré à un doigt de pied." (notice nécrologique publiée par le Cercle de la librairie). Il n'avait que 68 ans. La librairie est laissée à son fils et à son gendre qui ne tiennent pas la distance et la cède en 1888 à Monsieur Emile Rondeau qui poursuivra un temps le commerce du live rare avec un certain succès. La guerre de 1914 mettra fin à l'aventure de nombreuses librairies prestigieuses.

Question : avez-vous déjà eu en mains un exemplaire avec cette signature dans la dorure "AUGUSTE FONTAINE" ? Si oui sur quel ouvrage ?

Comme vous voyez la bibliophilie prend des chemins détournés pour nous en apprendre et nous apprendre encore. C'est sans fin ! C'est sans doute cela qui me permet d'avoir chaque jour nouveau de nouvelles découvertes à faire. Pour mon plaisir, et le plaisir de partager avec vous.

Bonne journée
Bertrand Bibliomane moderne



épave bibliophilique ...
maroquin signé Adolphe Bertrand (vers 1875) réalisé pour le libraire Auguste Fontaine

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