vendredi 30 septembre 2016

jeudi 29 septembre 2016

J'ai trouvé cette gravure ancienne très sympathique et très dans le thème du Bibliomane. On y brûle des livres ... encore qu'ici on ne les brûle pas, on se consume pour eux ! La nuance est de taille je vous l'accorde. Alors ?

J'ai trouvé cette gravure ancienne très sympathique et très dans le thème du Bibliomane. On y brûle des livres ... encore qu'ici on ne les brûle pas, on se consume pour eux ! La nuance est de taille je vous l'accorde. Alors ?


Frontispice ? Gravure ?

Quelle époque ? Quel ouvrage ?

Répondez en commentaire.

Bonne chasse !


Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

samedi 24 septembre 2016

Polémiques anciennes et modernes autour d’une inscription conservée à Nantes (1723).

Je voudrais vous présenter brièvement un petit ouvrage trouvé un jour par hasard dans une boite de bouquiniste en revenant de Nantes, ouvrage que vous chercheriez vainement à la BNF ou dans d’autres institutions et que les catalogues de haute bibliophilie qualifieraient de ‘’rareté jamais passée en vente publique’’. Je n’en ai retrouvé qu’un seul exemplaire conservé à la Bibliothèque Municipale de Nantes. Le catalogue mentionne ‘Cette pièce, donnée à la Bibliothèque par M. Dugast-Matifeux, est très-rare’’. Il a pour titre ‘’Explication historique et littérale d’une inscription ancienne conservée à Nantes’’.


Fig.1 Page de titre.

Fig.2 Avertissement de l’imprimeur.

Fig.3 Notes d’un bibliophile.

Pour goûter l’intérêt de l’ouvrage, il faut revenir un peu en arrière : Nous sommes en 1580, à Nantes, au pied des remparts, des ouvriers payés au lance-pierre déblayent les douves et y trouvent une pierre gravée issue de la démolition de la porte Saint-Pierre. (Cette triple coïncidence est un mystère non résolu jusqu’ici).
A une autre époque ladite pierre aurait fini à la décharge ou débitée comme matériau de construction mais en 1580 la mode est aux antiques et les amateurs éclairés recherchent des preuves de l’antiquité de la ville. Or justement, Nantes ne possède que très peu de témoignage de sa période romaine et l’inscription sur la pierre pourrait donner des indications sur son histoire. Elle fut donc transportée dans la cour de l’Hôtel de Ville à la demande de Pierre de Biré  puis incorporée en 1623 dans une galerie neuve où Dubuisson-Aubenay la voit et la décrit en 1632 : ‘’M. de Cornullier, chargé de la direction des bâtiments publics en qualité de Trésorier de France & grand Voyer, fit placer ce Marbre dans la Galerie neuve construite par ses soins en 1606. Où il se voit à présent.’’ (1) Je ne suis pas allé voir mais la pierre y serait toujours et son fac-similé au Musée Dobré.
La relation de la découverte de 1580 ne sera publiée qu’en 1636, par l’oratorien Pierre Berthault (2) puis en 1636-1637 par Albert le Grand de Morlaix et par Biré de la Doucinière (3). Sa traduction a fait ensuite l’objet de débats passionnés puisqu’en 1808, Pierre-Nicolas Fournier recensait déjà 32 publications traitant du sujet dont celle publiée en 1723 par Nicolas Verger, imprimeur à Nantes, présentée ici.
A priori, le texte est court et facile à lire : NUMINIBUS (rien à voir avec la Ratp) AVGG DEO VOLIANO, M GEMELLUS SECUNDUS. ET C. SEPTIMIUS FLORVS ACTORUM VICANORUM PORTENS. TRIBVNAL C. M. LOCIS EX STIPE CONLATA POSVERVNT.

Fig.4 Reproduction de l’inscription

Fig.5 Traduction de l’inscription.

Fig.6 Les Preuves de l’Histoire de Bretagne par Dom Lobineau.
Pourtant la traduction de l’inscription latine a fait l’objet de multiples interprétations et de savantes polémiques. Pierre de fondation d’un tribunal ou autel dédié aux dieux, les débats étaient vifs dans les années 1720 entre Moreau de Mautour et Nicolas Travers et je ne suis pas certain que les continuateurs modernes comme Y.  Maligorne et Yann le Bohec (2007 et 2011) n’aient définitivement clos le sujet.
Dom Lobineau fait figurer l’inscription en tête de ses Preuves de l’Histoire de Bretagne (1715). Il ne nous donne pas de traduction littérale mais nous dit qu’il est à présumer que ce tribunal était le siège destiné à juger des affaires des marchands, autrement dit le siège du consulat. Les 2 lettres CM signifieraient apparemment communi moneta ce qui suggère une souscription publique pour l’érection du tribunal mais ‘’ la construction de Locis est assez difficile à debroüiller car il ne paraist pas à ceux qui ont vû l’original qu’il y ait eu rien d’efacé’’. Bref il lui semble assez évident que cette inscription est relative à la fondation d’un tribunal et non à un autel malgré la dédicace aux empereurs et au Dieu Volianus, identifié comme étant l’appellation locale de Vulcain.  

L’auteur de notre ouvrage, rédigé 6 ans après la publication de Lobineau, est un prêtre du diocèse de Nantes qui a préféré garder prudemment l’anonymat (mais qui est très probablement Nicolas Travers) (4). Il se livre à une étude approfondie du texte, en analysant syntaxe et grammaire. L’imprimeur, Nicolas Verger, déclare dans un avertissement liminaire que l’Explication qu’il donne aujourd’hui de l’inscription de Nantes est nouvelle et différentes de celle qu’il imprima l’an passé. Je n’ai pas trouvé trace dans les bibliothèques publiques d’une édition antérieure de ce texte de 1723. En revanche il a été réédité  en 1749 par le père P-N Desmolets, comme le fait remarquer une note manuscrite sur la page de titre, heureusement conservée par le bibliophile bourguignon Henri Joliet, au moment de la reliure : ‘’cette pièce est imprimée mais avec plusieurs différences dans les mémoires de P-N. Desmolets, tome V, partie 1, p.60’’.


Fig.7 Reliure

Fig.8 Ex-libris

Je ne vais pas reprendre toute la polémique. Notre prêtre nantais commence assez brutalement son introduction en déclarant  que toutes les interprétations précédant la sienne ne sont qu’un tissu d’inepties : ‘’Cette inscription rapportée par le Père Bertault de l’Oratoire, Gruter, Albert le Grand de Morlaix, D. Lobineau, Mr Maureau, etc n’est exact en aucun imprimé’’.  Pas de langue de bois ou de politiquement correct en ce temps-là ! Il conclue ses explications de texte par la traduction de l’inscription : ‘Aux dieux des Empereur, sous le bon plaisir du dieu Janus, M. Gemelius Secundus et C.Sedatius Florus ont bâti dans la place du commerce le tribunal des affaires des habitans du port, de l’argent que les habitans ont contribué’’.

Amusant de noter les substantielles différences avec Lobineau. Ainsi,  par exemple, le Dieu Vulcain chez Lobineau  devient « au bon plaisir du Dieu Janus » chez notre Anonyme parce qu’il découpe le mot Voliano en Vol(ente) Ianus. De son coté Lobineau lit ‘’Communi Moneta’’ là où il fallait lire tout simplement ‘’Cum’’.

Mais ce qui est plus amusant encore c’est de constater que les mots Tribunal et Loci dont la difficulté fut relevée par Dom Lobineau entraînent encore des échanges vifs 300 ans après. Ainsi l’éminent Professeur à la Sorbonne Yann Le Bohec écrit-il dans un article de 2011 à propos d’un livre de son confrère Maligorne (5)(6) : ‘’ Ce dernier (Y. Maligorne), ignorant notre travail, dont il n’a eu connaissance qu’au dernier moment, s’en est débarrassé en moins de trente lignes placées dans un appendice, en constatant que les points de désaccord sont nombreux…. Il se peut que notre argumentation, quand elle visait à définir plusieurs termes d’architecture mentionnés par ces textes, ait été trop rapidement présentée ; il faut donc la reprendre, manifester davantage de pédagogie, apporter quelques précisions et surtout montrer comment procéder pour définir les mots employés par l’épigraphie latine.’’ Et toc !

Il est vrai que l’épigraphie latine a fait beaucoup de progrès depuis l’époque de notre Anonyme et qu'aujourd’hui toutes les inscriptions trouvées dans les fouilles sont regroupées dans des Thésaurus qui permettent de replacer les mots des inscriptions dans un contexte archéologique. 

Le Professeur Le Bohec nous dit que le mot tribunal a donné matière à bien des erreurs. On a cru jadis qu’il désignait une salle d’audience pour l’exercice de la justice, comme nos modernes tribunaux. Mais, aussi étonnant que le fait puisse paraître, les Romains n’ont jamais construit de bâtiments qui remplissaient cette fonction; pour cela, ils utilisaient les forums et les basiliques de leurs villes. En réalité, le latin tribunal est un faux ami; il désigne « une tribune ».

Ainsi, la traduction la plus plausible, compte tenu de nos connaissances actuelles, est la suivante :’’Numinib(us) Augustor(um), | deo Volcano. | M. Gemel(lius) Secundus et C. Sedat(ius) Florus, actor(es) | uicanor(um) Portens(ium), tribunal c(u)m | locis, ex stipe conlata, posuerunt, c’est-à-dire : Aux Numina des Augustes, au dieu Vulcain. Marcus Gemellius Secundus et Caius Sedatius Florus, secrétaires de l’administration du bourg portuaire, après avoir fait une quête, ont fait placer une tribune avec des emplacements’’.

Autrement dit dans un campus religieux, Marcus Gemellius Secundus et Caius Sedatius Florus ont fait graver une dédicace aux dieux pour indiquer qu’ils avaient fait construire en leur honneur une estrade comportant plusieurs emplacements (loci) sans doute destinés à recevoir les statues de culte.

Les auteurs de ce type de textes, qui écrivaient pour des lecteurs qui savaient de quoi il était question puisqu’ils avaient l’ouvrage sous les yeux, n’éprouvaient pas toujours le besoin d’être explicites.

A noter que le recueil et toute cette histoire avaient intéressé un bibliophile bourguignon, amateur de curiosités historiques locales. Il a laissé dans le livre son ex-libris au chiffre CBMHI (Henri Joliet) avec sa devise "Plus penser que dire" que le Bibliomane Moderne et le Bibliophile Rhemus ont su identifier au premier coup d’œil. Que ces éminents collègues en soit remerciés !

Bonne Journée
Textor

(1) P.B. Moreau de MautourExtrait de l’explication historique, d’une inscription antique 
(2) Pierre BerthaultDe ara liber singularis, Nantes, Doriou, 1636.
(3) Biré de La Doucinière, Épimasie ou relation d’Aletin le Martyr, concernant l’origine, l’antiquité, noblesse et saincteté de la Bretaigne Armorique et particulièrement des villes de Nantes et Rennes, Nantes, Doriou, 1637.
(4) Plusieurs opuscules, l’une sur les monnaies de Bretagne, une autre sur les évêques de Nantes, sont identifiés par Barbier et Quérard comme étant de N. Travers alors qu’il est simplement mentionné ‘’par M******, prêtre du diocèse de Nantes.’’ Notre ouvrage semble avoir échappé au recensement de la BNF sur les œuvres de N.Travers, et pour cause, il ne figure pas à leur catalogue.
(5) Yann le Bohec De Nantes à Munich et de l’archéologie à l’épigraphie : questions de méthodologie (2011) Latomus, Revue et collection d'études latines et L’architecture à Nantes sous le Haut-Empire romain in Aere perennius, Hommage à Hubert Zehnacker, édit. J. Champeaux et M. Chassignet, Paris, 2006, p. 227-246.
(6) Y. Maligorne, L’architecture romaine dans l’Ouest de la Gaule, Rennes, 2007.




mercredi 21 septembre 2016

Les reliures en papier-cuir japonais : Amand pour exemple. (vers 1880-1887) - Octave Uzanne promoteur !



Reliure en papier-cuir japonais signée Amand


Cette reproduction de reliure (cartonnage serait le terme le plus judicieux) se trouve dans l'ouvrage d'Octave Uzanne : La reliure moderne, artistique et fantaisiste paru chez Edouard Rouveyre en 1887. L'exemplaire appartenait à la bibliothèque de M. Edouard Rouveyre lui-même, ami de l'auteur et qui s'est prêté au jeu de montrer au lecteur quelques unes des reliures novatrices posées sur ses propres rayonnages. Octave Uzanne possédait également ce type de reliure, au point qu'il en avait fait un véritable axe de recherche esthétique, le tout sous la main de l'habile relieur Amand. Dernièrement c'est la librairie Le Pas Sage qui s'est intéressé de près à ce type de reliure qui peut revêtir bien des aspects différents. Nicolas Lieng a donné en tête de son catalogue une définition concise et convaincante des différents papier-cuir japonais qui, il faut bien l'avouer, par la richesse de leurs motifs et par la diversité des matériaux, laisse souvent l'amateur moderne en extase interrogative tant il est souvent difficile de dire de quoi sont faites ces reliures exotiques.
Nicolas Lieng reprend d'ailleurs ce qu'Octave Uzanne écrivait dans La reliure moderne, artistique et fantaisiste en 1887 :

"L’Amateur artiste montre généralement un faible pour les japonaiseries, et, depuis quinze ans, sous l’inspiration de quelques littérateurs de goût, on a fabriqué de très nombreuses reliures originales avec cette sorte de papier estampé fait avec l’écorce du kozo et qui, grâce aux procédés des ouvriers de Tokio, devient un véritable cuir doré, frappé, résistant à l’humidité, ressemblant, dans une note plus riche encore, aux plus beaux spécimens des cuirs de Cordoue ou des Flandres ; — certains de ces papiers cuirs sont des merveilles inexprimables, d’un dessin inouï d’imaginative et d’une incroyable orgie de tons, où les poudres de bronze et d’étain luttent contre les vernis rouges et verts et les laques brunes aux plus chauds reflets. — Les saillies miroitent et étincellent, et, nu milieu des éblouissantes arabesques cuivrées, mordorées ou vernissées, se déroulent des rondes fantastiques d’animaux, des envolées d’ibis et d’oiseaux bizarres, des guirlandes de fleurs et de fruits d’une extraordinaire exécution et d’un fini superbe. On recouvre avec ces cuirs inimitables tous les ouvrages de littérature fantaisiste et colorée, les Théophile Gautier, les Méry, les de Goncourt, les Maupassant, les livres d’art et les romans qui planent dans le bleu de l’Idéal ; pour les volumes d’un style plus sobre, il est possible d’employer les cuirs monochromes, gaufrés, d’un ton mat ou luisant, des imitations de peau de chagrin , des papiers à empreintes granulées, des peaux couvertes d’une impression à dessins étranges et même des crépons distendus, rutilants de couleur et de vie. Les soies japonaises trouvent fort bien leur emploi ; elles sont le plus souvent dans les notes douces et d’une harmonie de tissu qui convient on ne peut mieux aux légers cartonnages, — quelques amateurs y ajoutent sur les plats une ou deux de ces mignonnes appliques de bronze japonais représentant des bestioles, des oiseaux ou des gnomes. C’est d’un effet exquis et d’un bon goût absolu. qu’un amateur bien doué, sous le rapport de l’œil et du sentiment de la couleur, peut aussi se pro- curer à peu de frais. Je ne saurais m’étendre sur ce point ; la reproduction seule par les procédés les plus compliqués pourrait donner une idée de ces jolies choses, et en dépit des phrases les plus ruisselantes d’inouïsme, je ne parviendrais certes point ici à gagner le lecteur à mes idées aussi complètement que je le désirerais. Je prêche donc le mépris du convenu, l’indépendance de la manière, la personnalité extérieure et tangible de la bibliothèque de chaque amateur, l’originalité sur toutes les coutures du livre. La Reliure moderne doit être expressive, riante, chaude et bigarrée, extravagante même ; il la faut telle à nos yeux assoiffés de couleur et anémiés par le jansénisme des modes et les grisailles à la détrempe de ce temps sans reliefs ; nos demeures laborieuses demandent à être vivifiées par le chatoiement et la vivacité des nuances et par le soleil des ors ou les reflets lunaires de la platine; les Livres, nos chers et meilleurs amis, nos compagnons les plus sûrs, qui nous soustraient aux soucis d’existence et aux heures mélancolieuses, doivent être vêtus en princes d’Orient, comme des rois mages de l’idée, comme les grands prêtres des visions de l’âme; nous devons les soustraire, ces anti-bourgeois, à l’embourgeoisement du costume et aux lamentables confections chagrinées qui pullulent de toutes parts. Que nos bibliothèques brillent donc comme des météores de la pensée, que tous les tons de l’arc-en-ciel y fusionnent dans un passage adouci des demi-teintes jusqu’aux plus orgueilleuses colorations. — Ne craignons point d’y apporter de l’exagération ; parfumons-les même de senteurs et d’essences délicates ; il n’est point de passion véhémente qui n’ait son grain de folie et pas de folies qu’on ne pardonne aux profonds amoureux. Telle sera la conclusion de ces incohérentes causeries. — Puissé-je avoir convaincu quelques-uns et séduit le plus grand nombre ! Je le souhaite, sans oser trop vivement l’espérer. — C’est à mes très précieux lecteurs qu’il convient de répondre." (pp. 428-431).

Le lecteur moderne tranchera, en effet !

Cartonnage en papier-cuir japonais par Amand pour Octave Uzanne
(premier plat)


Nous avons eu la chance de retrouver un exemplaire Octave Uzanne du Calendrier de Vénus (Paris, Edouard Rouveyre, 1880). Ce volume porte l'ex libris gravé de l'auteur ainsi que deux notes manuscrites autographes à l'encre rouge. La première note se trouve sur le feuillet de garde blanc qui précède la couverture imprimée conservée. On peut lire : Exemplaire sur Japon, relié en cuir japonais sur mes indications et fournitures par Amand. 24 juillet 1880. Signé Octave Uzanne. Outre la couverture en couleurs de Daniel Vierge gravée par Marius Perret, Octave Uzanne a fait relier une épreuve unique fournie par Gillot et tirée par Daniel Vierge lui-même et signée à la main par Daniel Vierge. La note est signée Octave Uzanne. L'exemplaire est tiré sur Japon ancien et il possède un faux-titre spécial avec imprimé exemplaire n° et inscrit à la plume : de M. Uzanne (de la main d'Edouard Rouveyre). D'après la justification du tirage il y a eu seulement 10 exemplaires sur Japon (ancien). Soit le plus faible tirage après 4 exemplaires sur parchemin, et avant 16 exemplaires sur papier de Chine, 20 exemplaires sur Renage et 50 exemplaires sur Whatman. L'exemplaire en question peut être considéré comme un petit miraculé de Bibliopolis ! Déniché aux USA, dans un état proche de l'Ohio ... (Cf. Isabelle Adjani pour les incultes) ... les plats du cartonnage bradel plein papier-cuir japonais étaient détachés. Le volume avait subi quelques légères mouillures (vicissitudes du temps ...) et il fallait restaurer tout cela dans l'esprit "Uzanne" après la lettre. Que faire ? le dos était manquant et je ne savais absolument pas à quoi il pouvait bien ressembler. Je suppose que le dos était fait de la même matière que les plats c'est-à-dire d'un papier-cuir japonais (fourni par Octave Uzanne comme il nous le dit lui-même). Ce papier d'un motif jamais rencontré jusque là est composé de feuillages et de fruits le tout dans un camaïeu de doré-bronze. Le décor des plats est parfaitement conservé. Nous avons fait le choix de ne pas réinterpréter la pensée d'Octave Uzanne sans savoir et demandé à notre restauratrice de faire un montage bradel en créant un dos rapporté en plein papier uni de papier japonais Lokta (ton caramel clair). Le dos reste donc muet. Les plats retrouvent alors toute leur importance. Ce volume ne se trouvait curieusement pas dans le catalogue de la première vente Uzanne de mars 1894. Un autre exemplaire sous le n°422 relié par Champs en demi-rel. mar. citron avaient des gardes de papier japonais. Voir les photos ci-dessus et ci-dessous pour notre exemplaire restauré.

Cartonnage en papier-cuir japonais par Amand pour Octave Uzanne
(second plat)


Ces reliures japonisantes faisaient le régal du jeune Uzanne, 29 ans au moment où il confie au relieur Amand l'exécution de cette reliure et d'autres encore. Qui a dit que la jeunesse et la bibliophile n'allaient pas de paire ? Quoi qu'il en soit il faut reconnaître à Octave Uzanne cette envie de nous transmettre ce goût pour l'Asiatique livresque. Ne se qualifiait-il pas lui-même dans un envoi autographe au Toqué (Charles Cousin) d'Archi-Japonais ? Personnellement j'adhère complètement. Édouard Rouveyre, Edmond de Goncourt ou Philippe Burty pour ne citer qu'eux à l'époque ont également suivi le même chemin d'art.

Ce petit billet voulant servir de mémorandum pour les temps futurs pour les bibliophiles qui seraient sensibles aujourd'hui ou demain à ce type de reliures. Qu'ils se sentent libres de m'envoyer des photographies de leurs exemplaires ou de ceux qu'ils auraient pu rencontrer, le tout accompagné d'un minimum d'informations bibliographiques.

A bientôt
Bertrand Bibliomane moderne



Cartonnage en papier-cuir japonais par Amand pour Octave Uzanne
(doublure de papier pailleté doré fait main)

samedi 17 septembre 2016

Ex libris dans un ouvrage publié en 1893 ... une idée ?


Ex libris dans un ouvrage publié en 1893.

Quelqu'un aurait-il une idée ?

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

mercredi 14 septembre 2016

Emile Terquem, bibliothèques tournantes pour livres et musique, mobilier de classement, articles de bureaux, riches et haute fantaisie, ébénisterie de style, maroquinierie fine etc., librairie, reliure de luxe, choix varié pour étrennes et cadeaux. Une jolie carte de visite en couleurs par Pierre Vidal (vers 1900).

Carte de visite pour Emile Terquem 19, Rue Scribe
(angle du Boulevard Haussmann, Paris)

Gravure sur acier rehaussée en couleur au pochoir
d'après le dessin de Pierre Vidal, imprimé par Ch. Wittmann, Paris

Dimensions : 15,6 x 10,3 cm. Imprimé à marges perdues.

Nous avions parlé ici même en novembre 2009 (7 ans bientôt déjà !) de l'entreprise Emile Terquem. Cette entreprise très polyvalente et très proche des milieux érudits de l'époque, donnait à la fin du XIXe siècle une idée de ce que pouvait être une "grosse entreprise" diversifiée et en même temps très ciblée sur une clientèle composée essentiellement d'hommes de lettres et de bourgeois enrichis. Clients capables de débourser les sommes très élevées demandées alors pour une grande bibliothèque tournante en acajou serti de baguettes de laiton comme nous avons la chance d'en posséder une (voir photographie ci-dessous).



Coll. B. H.-R.


Nous avions déjà eu l'occasion de croiser les placards publicitaires insérés par la société Emile Terquem dans les revues de l'époque (notamment Le Livre d'Octave Uzanne). Mais nous n'avions jamais rencontré de carte de visite comme celle que nous avons le plaisir de vous montrer (voir photo en tête de cet article. L'illustration en a été confiée à Pierre Vidal (le même artiste qui illustra la carte de visite de la librairie Auguste Blaizot dont nous avons parlé récemment), ce même Pierre Vidal qui s'illustra dans la description de la parisienne par l'image entre 1895 et 1905 environ. Sur cette carte qui doit dater des années 1899-1901, on peut voir une dame du monde assise auprès d'une jolie bibliothèque remplie de reliures. Sur un guéridon devant elle on distingue un range-lettres (sans doute le modèle fabriqué par Terquem). La composition de l'ensemble donne une très jolie carte de visite, ici parfaitement conservée. Encore une fois il faut souligner la rareté de ce type de document éphémère.

Je publie à nouveau ci-dessous une publicité pour les bibliothèques tournantes Emile Terquem. C'est sans doute l'objet le plus emblématique de la marque qui reste encore aujourd'hui très prisé.

L'historique de l'entreprise Emile Terquem serait à faire ... ce qui m'amuse à chaque fois que je pense à Emile Terquem, c'est de penser qu'Octave Uzanne a traversé l'océan atlantique en sa compagnie lors de son voyage aux Etats-Unis d'Amérique en avril 1893.




Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne


Nécessaire de bureau Terquem en acajour serti de baguettes de laiton
Version très luxueuse époque 1900
(coll. B. H.-R.)

mardi 13 septembre 2016

Une jolie carte de visite de la Librairie LECAMPION A. BLAIZOT successeur, par Pierre Vidal (vers 1900).



Eau-forte en couleurs signée Pierre Vidal, vers 1900
Dimensions de la cuvette : 15 x 10,5 cm
Dimensions de la feuille :  22,5 x 15,5 cm
Épreuve sur papier Japon.
Détail centré sur l'estampe.


22 Rue Lepeletier à Paris. Telle était l'adresse de la librairie Lecampion qui eut pour successeur Auguste Blaizot. Cette simple, mais néanmoins charmante et tout à fait 1900, estampe en couleurs nous permet de nous replonger un instant dans l'histoire de la libraire ancienne et en l'occurrence ici d'une des plus importantes dynasties de libraires de Paris. 
Reprenons in extenso l'historique fourni par la librairie Auguste Blaizot elle-même, sur son site internet :

"La Librairie Blaizot a été fondée en 1840 et appartient à la famille Blaizot depuis 1877. Voici un rapide historique, avec les adresses successives :

• 1840-1844 Cabinet de lecture de Mademoiselle Boisselle, passage du Saumon. Paris 2ème arrondissement.
• 1844-1847 Cabinet de lecture de Mademoiselle Boisselle et de Messieurs Gabriel et Mallet, passage du Saumon. Paris 2ème arrondissement.
• 1847-1853 Librairie Gabriel, passage du Saumon, Paris 2ème arrondissement.
• 1853-1874 Librairie Joubert, passage du Saumon, Paris 2ème arrondissement.
• 1874-1877 Librairie Denoix, passage du Saumon, Paris 2ème arrondissement.
• 1877-1899 Librairie Lecampion, passage du Saumon, Paris 2ème arrondissement. (Emile Lecampion était l'oncle d'Auguste Blaizot)
• 1899-1902 Librairie Lecampion, 22 rue Le Peletier, Paris 9ème arrondissement.
• Mars 1902 Librairie Lecampion et Auguste Blaizot, 22 rue Le Peletier, Paris 9ème arrondissement. • Sept. 1902 Librairie Lecampion - Auguste Blaizot Successeur, 22 rue Le Peletier, Paris 9ème arrondissement.
• 1905-1908 Librairie Auguste Blaizot, 22 rue Le Peletier, Paris 9ème arrondissement.
• 1908-1913 Librairie Auguste Blaizot, 26 rue Le Peletier, Paris 9ème arrondissement.
• 1913-1928 Librairie Auguste Blaizot, 21 boulevard Haussmann, Paris 8ème arrondissement.
• 1928-1941 Librairie Auguste Blaizot & Fils, 164 faubourg Saint-Honoré, Paris 8ème arrondissement.
• 1941-1974 Librairie Auguste Blaizot, 164 faubourg Saint-Honoré, Paris 8ème arrondissement (Georges Blaizot, libraire-expert)
• Depuis 1974 Librairie Auguste Blaizot, 164 faubourg Saint-Honoré, Paris 8ème arrondissement (Claude Blaizot, libraire-expert)

D'après ce bref historique on peut dater cette eau-forte signée Pierre Vidal des années 1899 à 1908. Nous la daterions volontiers des premières années, car sans doute a-t-elle été gravée pour signifier le récent changement d'adresse (probablement en 1899 ou 1900).

Pour la petite histoire nous savons qu'il existe également un état en noir de cette estampe. Pierre Vidal était en 1900 le peintre illustrateur de la femme parisienne par excellence. Octave Uzanne ou encore Georges Montorgueil ont tous deux fait appel à ses talents pour croquer la parisienne dans tous ses états. Nous la retrouvons d'ailleurs ici, en beaux habits de bourgeoise, de cocotte ou de ménagère, devant la vitrine de la librairie Blaizot.

Peut-être que la librairie Blaizot saura nous en dire plus sur l'histoire de cette estampe. Ce serait assurément un joli morceau d'histoire en Bibliopolis.

Ce genre de petit éphémère imprimé n'a guère subsisté et est aujourd'hui souvent plus difficile à dénicher qu'un incunable vénitien ou qu'une édition des Fables de La Fontaine illustrées par Oudry reliées par Douceur ...

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne


Vue de la feuille en intégralité

mardi 6 septembre 2016

Actualité : L'histoire littéraire en mode mineur : bibliophilie et constitution d'un panthéon littéraire alternatif au XIXe siècle.




L’histoire littéraire en mode mineur au XIXe siècle :
Le rôle des bibliophiles dans la promotion d’un panthéon alternatif

13/14 octobre 2016, BHVP / Bibliothèque de l’Arsenal

Jeudi 13 octobre, BHVP :
Matinée. Modalités de la collection de livres au XIXe siècle. Présidence Juliette Jestaz (BHVP).
9h : ouverture par Juliette Jestaz, responsable de la Réserve des imprimés et des manuscrits de la BHVP.
9h15 : Ève Netchine (Arsenal), « Une étude de commissaires-priseurs au service de la bibliophilie nouvelle : Jacques-Nicolas et Georges-Henri Boulland ».
9h45 : Pierre-Jean Dufief (Paris-Nanterre), « Octave Uzanne bibliophile et historien de la bibliophilie ».
10h15 : échanges et discussion.
10h30 : pause.
10h45 : Mathilde Bombart (Lyon III), « Livres à clef, lectures à clef, romans à clef : de la passion bibliophile à l’histoire littéraire ».
11h15 : Andrea de Pasquale (Bibliothèque Nationale Centrale de Rome), « Un regard au-delà des Alpes : histoire littéraire mineure et bibliophilie dans l’Italie du Nord (fin XVIIIe / XIXe siècles) ».
11h45 : échanges et discussion.
12h : pause-déjeuner.
Après-midi. Le culte du beau livre, entre texte et objet. Présidence José-Luis Diaz (Paris VII-Diderot).
14h : Magali Charreire (Montpellier III-Paul Valéry), « L’œuvre "Doré" du bibliophile Jacob ».
14h30 : Olivier Bessard-Banquy, (Michel de Montaigne-Bordeaux III), « Du luxe au semi-luxe ».
15h : échanges et discussion.
15h15 : pause.
15h30 : Nolwenn Pamart (Paris IV-Sorbonne), « Jean de Tinan ou la recherche de la légitimité par le beau livre ».
16h : Marine Le Bail (Toulouse II-Jean Jaurès), « La quête de la "condition d’origine" chez Charles Nodier : la condition d’une histoire littéraire des origines ? »
16h30 : échanges et discussion.
17h : présentation d’un choix de livres et de documents sur les bibliophiles du XIXe siècle par Juliette Jestaz.
18h : fin de la journée.

Vendredi 14 octobre, bibliothèque de l’Arsenal :
Matinée. Quand la bibliophilie incite à réécrire l’histoire littéraire. Présidence Marine Le Bail (UT2J-Arsenal).
9h15 : Raymond-Josué Seckel (BNF) : « Sade entre 1850 et 1910, début de reconnaissance ? ».
9h45 : Delphine Fayard (Wolfson College, université d’Oxford), « La notion de libertinage à l’aune des pratiques bibliophiliques du XIXe siècle ».
10h15 : échanges et discussion.
10h30 : pause.
10h45 : François Pic (Toulouse II-Jean Jaurès), « Des "livres en patois" à la "littérature occitane" : le rôle des bibliophiles dans la constitution d’un objet littéraire (XVIIIe/XXe siècles) ».
11h15 : José-Luis Diaz (Paris VII-Diderot), « Charles Asselineau face aux "minores" du romantisme ».
11h45 : échanges et discussion.
12h : pause-déjeuner.
Après-midi. Enjeux de l’édition bibliophilique. Présidence Claire Lesage (Arsenal).
13h30 : François Rouget (Queen’s University, Canada), « Prosper Blanchemain, bibliophile et éditeur des poètes de la Renaissance ».
14h : Julien Schuh et Anne-Christine Royère (Reims-Champagne), « Prosopographie des éditeurs bibliophiles (1870-1930) ».
14h30 : échanges et discussion.
14h45 : pause.
Chroniqueurs de la bibliophilie.
15h : Laurent Portes (BNF), « Eugène Le Senne (1846-1938), collectionneur de livres parisiens ».
15h30 : Jean-Didier Wagneur (BNF), « Hémérophilie : Firmin Maillard, un chiffonnier de la petite presse ».
16h : échanges et discussions.
16h15 : mot de conclusion par Olivier Bosc, directeur de la bibliothèque de l’Arsenal.
16h30 : fin des communications.
16h45-18h15 : table-ronde « La bibliophilie d’hier à aujourd’hui », présidée par Jean-Yves Mollier (Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines), avec Isabelle de Conihout (Christie’s), Éric Dussert (BNF), Nicolas Malais (Paris-Nanterre).
Chacune de ces deux journées s’accompagnera d’une exposition de pièces exceptionnelles sélectionnées parmi les fonds de la BHVP et de la Bibliothèque de l’Arsenal.
Inscription préalable obligatoire à l’adresse suivante :
colloque.bibliophilie.2016@gmail.com

Jeudi 13 octobre :

Salle des Commissions,
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris,
24 rue pavée, 75 004, Paris.
Accès métro Saint-Paul (ligne 1).

Vendredi 14 octobre :

Grand salon,
Bibliothèque de l’Arsenal,
1, rue de Sully, 75 004, Paris.
Accès métro Sully-Morland (ligne 7) ou Bastille (lignes 5, 1, 8).

samedi 3 septembre 2016

Rentrée littéraire : Jean Carriès, statuaire et céramiste. Textes de Judith Gautier, Robert de Montesquiou, Octave Uzanne et Henry Lapauze, réunis et édités par André Reynaud (juin 2016)


      Voici un livre que la rentrée littéraire déjà surchargée aura sans aucun doute oublié ... Le petit volume que j'ai eu le plaisir de recevoir ce matin fait partie de ces livres bien imprimés, joliment composés, de ces livres encore empreints des habitudes typographiques des siècles passés. On s'en réjouit !

      C'est à André Reynaud et sa maison d'édition Rumeur des Ages située à La Rochelle que nous devons la sortie de ce livre. C'est un volume in-8 (21 x 15 cm), broché (cahiers cousus) avec couverture à rabats. 86 pages bien imprimées sur beau papier vergé. On regrettera simplement que le tirage ne soit pas mentionné (pour les bibliophiles qui aiment bien savoir le nombre d'exemplaires qui a été imprimé ... coquetterie dirons certains ! point d'orgue diront d'autres !).


      L'éditeur donne en quatrième de couverture la présentation du contenu que je reprends ici :

      "Jean Carriès (1855-1894), traversa la fin du XIXe siècle comme un météore. Une quinzaine d'années ont suffi pour établir sa réputation de sculpteur, potier et céramiste exceptionnel. Ses recherches, sa pratique, hors des écoles et du strict respect des règles traditionnelles, le conduisirent à des réalisations surprenantes ; jusqu'à la mise en oeuvre d'une Porte monumentale - dont la maquette en plâtre, grandeur nature, fut un temps conservée au Petit Palais - qui contribua à ruiner sa santé précaire.
      Cinq textes, parmi beaucoup d'autres, écrits par quatre de ses amis, entre 1881 et 1910, témoignent, de différentes manières, de sa personnalité extraordinaire, du génie de son oeuvre."

      Les fanatiques d'Octave Uzanne doivent savoir que le texte d'Octave Uzanne présent dans ce volume avait paru pour la première fois dans la revue mensuelle Le Livre Moderne (Paris, Albert Quantin) au mois d'octobre 1897. Il a paru pour la deuxième fois dans notre recueil de critiques d'art par Octave Uzanne intitulé Quatorze sensations d'art signées Octave Uzanne rassemblées par Bertrand Hugonnard-Roche (Chez Bertrand Hugonnard-Roche, à Alise-Sainte-Reine, Novembre 2014). Cette redondance n'est pas pour nous déplaire ! Et Carriès et Uzanne en sortent grandis ou dirons nous, un peu moins oubliés.


      Souhaitons à André Reynaud d'autres aventures éditoriales de cette qualité ! Vous pourrez vous procurer ce volume en vous adressant directement à lui par email : rumeur.des.ages@wanadoo.fr ou par courrier postal à : Rumeur des Ages, 6, Rue des Templiers 17300 La Rochelle. Prix : 12 euros.

Bonne soirée,
Bertrand Hugonnard-Roche

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