lundi 23 novembre 2009

Une histoire de cul ... de lampe, fleuron et autres ornements gravés sur bois.


C'est bien souvent le hasard qui guide nos pas en pays bibliophile. Voici encore une des ces petites histoires faites de hasards et de coïncidences.

Il y a de cela une semaine, je reçois un livre que je venais d'acheter par correspondance à un collègue libraire. Jusque là, rien que de très normal.

Voici le titre de cet ouvrage en photographie.


Comme vous pouvez le constater, d'après l'adresse du titre, il s'agit d'une édition française "A Paris, chez George & Louis Josse, rue Saint-Jacques, à la couronne d'épines. 1693. Avec privilège du roi." Privilège qui se trouve bien d'ailleurs à la fin du volume (volume achevé d'imprimer le premier jour de juin 1693). L'ouvrage compte 277 pages chiffrées. Soit. Je feuillète l'ouvrage, je collationne, je vérifie, j'inspecte, je vérifie quelques détails, j'observe les signatures, les bandeaux gravés, les fleurons, bref, je me fais une idée générale la plus précise possible et repose le volume sur le bureau.

Hum ! Hum ! Quelques détails me chagrinent, m'ennuient pour tout dire. Pour commencer, les réclames au bas des feuillets. On en trouve au bas de chaque page, à la manière hollandaise du temps. Cela ne colle pas avec une impression parisienne comme cela est annoncé. De plus, les bandeaux, culs de lampes et la vignette de titre ne m'inspirent guère non plus. Cela ne sent plus vraiment le livre français tout ça ! D'autant qu'un fleuron, qu'on trouve à la fin, m'interpellait plus que les autres. Le voici.


Je me disais que j'avais du le voir quelque part, il ne m'était pas inconnu, et puis, à force d'y réfléchir, je suis allé devant un de mes rayonnages, j'ai pris un livre en mains, un seul, j'ai feuilleté, et c'était le bon ! Cela rassure de voir qu'on connait bien ses livres. Il était là. J'ouvre le premier ouvrage, le deuxième, je compare. Au premier coup d'oeil, les deux fleurons gravés sur bois avaient l'air identique. Et puis, en y regardant de plus près, j'ai peu observé quelques infimes variantes dans les détails, notamment en ce qui concerne le sens de la gravure. En fait, il semblerait qu'un des deux est une copie de l'autre, donc à l'envers sur le papier. Voici la page de titre de l'ouvrage en question avec le fleuron sur le titre.


Comme vous pouvez le constater, le premier ouvrage a été édité en 1693 et le second en 1699.

Que tirer de tout ceci ?

Premièrement, qu'en bibliophilie la mémoire visuelle est essentielle. Elle permet bien souvent des recoupements qu'un regard amusé et distrait ne peut percevoir.

Deuxièmement, que l'édition des Poésies recueillies par Bouhours en 1693, qui m'ont été vendues, ne sont pas, comme le fait croire le titre, une édition parisienne, et donc pas l'édition originale, mais bien une contrefaçon, vraisemblablement hollandaise ou belge comme l'indique les ornements et les réclames. Voici la page de titre de la véritable édition originale des Poésies recueillies par Bouhours, publiées la même année, dans le même format. Le nombre de pages est différent (c'est aussi un élément qui m'avait bien évidemment permis de savoir que je n'avais pas devant moi l'édition originale).


Troisièmement, qu'être bibliophile s'est apprendre un peu plus chaque jour, se remettre en question à chaque instant, et surtout, prendre du plaisir à l'investigation.

Que pensez-vous de toute ceci ? Avez-vous déjà eu des expériences similaires grâce à votre mémoire visuelle en éveil ?

Bonne journée,
Bertrand

2 commentaires:

Textor a dit…

Bertrand,
A ce niveau ce n'est plus de la mémoire visuelle, c'est de la sorcellerie !
Comment pouve-vous mémoriser tous les culs de lampes de tous les ouvrages de votre fonds, alors que j'ai la plus grande difficulté à simplement retrouver un ouvrage que je sais être quelquepart dans ma bibliothèque.
Vous avez du vous faire greffer 360 mega-octets de mémoire périphérique !

Sinon cette petite enquête est passionnante. Mais que vaut en vérité une contrefaçon hollandaise? peut-être autant que l'originale, non ?

Il faut que je retrouve mon exemplaire des Lettres Persanes dont au moins un des deux tomes a des parfums de contrefaçon, dans une reliure identique du temps.

T

Bertrand a dit…

Je sais Textor, c'est assez incroyable j'en conviens (sourire).

De plus, ce prodige ne fonctionne pas uniquement dans le domaine du livre ancien. Je me rappelle il y a 3 ou 4 ans (j'ai plus de mal avec les dates et les chiffres...), une rousse flamboyante était perchée sur de hauts talons sur un bateau mouche naviguant sur la Seine... je me rappelle même qu'elle était accompagnée de sa mémé...

Eh bien si je la revois, je vous garantis que je la reconnais (gros rire).

Blague à part, ce fleuron est assez typique tout de même pour être remarqué.

Que vaut une contrefaçon ? En général moins voire beaucoup moins que l'EO qui est l'édition recherchée des amateurs, sauf dans quelques cas, où la contrefaçon devient le Graal !! Et là je reviens à la fameuse édition mythique des lettres de la marquise de Sévigné, titre à la sphère, 75 pages, sans lieu, publiée on ne sait où par on ne sait qui en 1725... connue à 3 exemplaires je crois, tout au plus.

Comme quoi, tout dépend de tout. Mais Bouhours n'est pas la marquise, même si vous l'aurez deviné, mes goûts me mènent toujours dans son entourage proche (Bouhours était l'ami de Bussy-Rabutin et de la marquise).

B.

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