dimanche 2 novembre 2008

Des bibliopoles antiques ou de la librairie au temps de Cicéron


Marcus Tullius Cicero, par Bertel Thorvaldsen,
copie de l'original, au Musée Thorvaldsens à Copenhague (Danemark)


Chers amis bibliophiles,
nous quittons pour un court moment et par pur plaisir de lecture, le monde des livres imprimés pour celui des manuscrits antiques.

Que pouvaient bien être les libraires et les librairies de nos amis Romains ?

Connaître les termes latins de l'histoire sommaire du livre dans l'antiquité a son intérêt.


C'est ce qu'a évoqué en 1834, Gabriel Peignot, dans un opuscule dont je vais vous citer quelques passages choisis sur ce sujet. (1)

Ceux qui occupaient l'état de libraire dans l'antiquité (histoire romaine dans le cas présent) étaient dénommés librarius, bibliopola, ou encore librariolus.

Le Librarius n'était pas à Rome ce qu'en France on appelle en 1834 un libraire, c'était simplement un calligraphe, un copiste, chargé exclusivement de transcrire les manuscrits moyennant un prix convenu, et d'en multiplier les copies qu'il remettait au bibliopola, et que celui-ci faisait relier, pour les mettre ensuite dans le commerce.

Le Librarius était donc pour les Romains ce que l'imprimeur est pour nous ; mais il lui fallait beaucoup plus de temps pour finir un volume, et jamais les divers exemplaires sortis de son atelier ne pouvaient avoir entre eux la même exactitude de copie et le même type, comme l'ont ceux que produit la presse.

Le Bibliopola se procurait des ouvrages nouveaux ou des anciens d'une réputation faite, les faisait copier par les librarii, en multipliait les exemplaires, les faisait relier, en garnissait son magasin et finalement les répandaient dans le public, depuis Rome et vers les principales villes de l'Italie, et même dans les Gaules, l'Afrique, l'Espagne, etc.

Fragment d'un manuscrit du premier siècle avant J.-C. de l'Eneide de Virgile.

A propos des "librairies" de Rome ou Bibliopoles, il est intéressant de faire une petite remarque sur leurs boutiques et sur celles des papetiers.

La boutique du bibliopole se nommait taberna libraria (Ciceron, Philip., II, 9.) ou simplement libraria (Aulu-Gelle, Noct. Att. V, 4). On désignait sous le nom d'apotheca, les magasins de livres, de papier, etc.

La rue, ou le quartier qu'habitaient particulièrement les bibliopoles, à Rome, se nommait Argilète. Ce quartier s'étendait sur les bords du Tibre depuis le Vélabre jusqu'au théâtre de Marcellus. Il donnait aussi sur le forum Caesaris (marché de César) où aboutissaient les rues Janus et Vertumne, ainsi appelées parce qu'on y avait érigé une statue à Janus et un temple à Vertumne. C'est là qu'on trouvait un grand nombre de boutiques de libraires. Il y avait près des boutiques de libraires, des piliers ou colonnes, sur lesquels on affichait les ouvrages que l'on mettait en vente. Ces colonnes soutenaient sans doute les arcades placées en avant des boutiques ; et comme elles étaient plus en évidence, on y répétait les affiches qui déjà tapissaient les portes des boutiques. Ces piliers servaient aussi à indiquer la demeure de quelqu'un.

Les fabriques de papier se nommaient officinae chartariae, et les magasins ou boutiques où on le débitait, tabernae chartariae. La main de papier composée de vingt feuilles, s'appelait en latin scapus. (on parle ici bien évidemment de papyrus ou même de parchemin (membrana).

à suivre...

Nous vous donnerons très bientôt la suite des termes latins avec leurs explications concernant notamment les Librarioli, mais également plusieurs autres termes en rapport avec l'histoire du livre, de la reliure et des matériaux nécessaire à sa confection.

En espérant que ces quelques notions antiques ne vous auront pas ennuyé outre mesure, nous reviendrons demain à un sujet plus actuel.

Bonne soirée,

Bertrand

(1) Extrait de "Essai historique et archéologique sur la reliure des livres, et sur l'état de la librairie chez les anciens." Par Gabriel Peignot. Dijon, Victor Lagier, Jules Renouard (Paris), 1834. 1 plaquette in-8 de 84 pages avec 2 planches hors texte. Imprimé à 200 exemplaires seulement. Collection personnelle.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Du papier à cette époque ? J'ai sourit... Bref, l'explication vas être difficile... Bon courage Bertrand. Michel.

bertrand a dit…

Aucun soucis Michel, évidemment que les romains ne connaissaient pas notre papier de fil, mais voici l'explication même de Peignot :

"la forme de leurs livres n'exigeait pas que des feuillets fussent pliés, réunis, liés et cousus comme les nôtres ; ils n'avaient que des rouleaux, c'est à dire des feuilles soit de papier (papyrus), soit de parchemin (membrana), collées les unes au bout des autres, formant des bandes plus ou moins longues, sur lesquelles on écrivait d'un seul côté, et qu'ensuite on roulait autour d'un petit cylindre ou bâton, comme nous roulons encore aujourd'hui nos cartes géographiques (1834), aussi est-ce de volvere, volutum, rouler, roulé, qu'est venu le mot volumen, volume.

Malgré tout je suis d'accord on peut considérer que Peignot fait un abus de langage lorsqu'il parle de "papetier", tout au moins au sens moderne ou on l'entend.

Un petit rappel concernant l'histoire du "papier" :

Ce nom masculin est issu (fin XIIIe-déb. XIVe s.) du latin papyrus qui a donné par emprunt papyrus, nom du roseau d'Égypte qui désignait aussi deux produits fabriqués avec les fibres : la feuille mince servant de support à l'écriture (1er s.) et la mèche de lampe servant de cierge (IVe s.). Les feuilles de papyrus furent exportées d'Égypte en Europe occidentale jusque vers la fin du VIIIe s., quand l'arrivée des Arabes dans la vallée du Nil a mis un terme (provisoire) à leur exploitation. Dès lors, le papyrus fut peu à peu remplacé dans les pays occidentaux par le parchemin, presque exclusivement en usage encore au XIIe siècle. À cette époque, papyrus commence aussi à désigner le papier de chiffon, d'origine chinoise, fabriqué ensuite par les Arabes après la prise de Samarkand (751). Ce sont les Arabes qui l'introduisirent en Espagne vers le début du XIe s. et, de là, en Italie du Nord (le latin médiéval papirus est attesté à Gênes en 1116). Puis le papier se répandit en France et des moulins à papier fonctionnent vers le milieu du XIVe s. en Champagne et en Lorraine.

Merci Michel pour cette remarque lexicale qui avait son intérêt.

Amitiés, Bertrand

Jérémy Chériaux a dit…

Le livre était alors vendu par qui exactement?

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