mercredi 26 novembre 2008

George Auriol (1863-1938), un typographe touche à tout



De son vrai nom Jean Georges Huyot (1863- 1938) ; il fait ses premières armes au célèbre "Chat Noir". C'est un boulimique de lecture. Il sera secrétaire de direction pendant dix ans au journal du "Chat Noir".

Belle époque du Paris d'antan où les générations se rencontrent : Eugène Grasset, Émile Goudeau, Rodolphe Salis, Alphonse Allais, Jules Jouy pour les anciens ; et la nouvelle avec : Willette, Caran d'Ache, Steinlen, George Auriol et Henri Rivière. Que du beau monde ! Chacun mérite à lui seul un article, tant ils ont tous apporté aux livres.

Ce sacré George a du caractère ; un hurluberlu comme dirait ma tante… jugez plutôt :

"Pas fier pour un sous, George ne conçoit pas qu'il puisse exister des barrières sociales, mondaines ou autres, et vous l'étonnez prodigieusement avec votre ça ne se fait pas quand il aborde un gros monsieur riche (complètement inconnu de lui, fumant un gros cigare), avec ces mots :

- vous n'auriez pas son frère ?

Neuf fois sur dix, d'ailleurs, le gros monsieur riche, un peu interloqué, tire de sa poche un pur Havane, l'offre à Auriol, qui l'allume et dit, en connaisseur :

- Fameux !" (Alphonse Allais. Le Chat Noir, 2 mars 1889)

Mais comment après cette mise en bouche, devient-on typographe ?

Oui, un typographe de renom !

Par la confiance d'un autre maître typographe : Eugène Grasset (créateur de la célèbre Semeuse de la maison d'édition Larousse). Grasset fait ouvrir les portes de Larousse et la fonderie de caractères d'imprimerie de Georges Peignot.

Et ceci concorde avec le temps du «japonisme». La nature (surtout la flore) devient la principale source d'inspiration de cet fin du XIXe siècle. Ce sera l'art d'Auriol de l'exprimer en caractère typographique chez Peignot. C'est aussi le temps de Van Gogh, Lautrec, …

Le «Grasset» naît en 1897 de l'usage du calame (un roseau taillé en pointe) et «l'Auriol» de l'usage du pinceau. La première série typographique réalisée par George Auriol : La française légère est déposée en octobre 1899 par Peignot.

C'est l'invention de «l’écriture typographiée». Pour sublimer cette typographie, il crée des accompagnements de haut vol sous la forme de vignettes et de fleurons.

Puis vient le but de cet article : la parution des quinze ans de travail de Monsieur Auriol en 1901, sous la forme d'un livre.


Le Premier Livre des cachets, marques et monogrammes dessinés par George Auriol. Paris – Librairie Centrale des Beaux–Arts 13, rue La Fayette.

Typographie numérique : Freeform 721

Une petite merveille.


Description :

La première page de titre est seule typographiée ; car tous les corps (taille de la lettre) ne sont pas encore gravés. Il calligraphiera la préface de Roger Marx, les légendes et l'achevé d'imprimer.

Broché, 80 feuillets, les illustrations sont uniquement en belle page, 14,3 cm x 19 cm ou in-8° carré. Papier type chiffon des Van Gelder Zonen.

Je suis obligé de citer l'achevé d'imprimer :

« Le présent livre qui contient la collection complète des monogrammes composés jusqu'ici par George Auriol, a été achevé le tiers jours de Décembre pour Émile Lévy libraire à Paris et imprimé par maître Gustave de Malherbe demeurant au dit lieu, Passage des Favorites, proche la rue longue de Vaugirard. – L'an Mil neuf cent un. » Prix de l'époque : 45 francs.

Il a été tiré du Premier Livre des Monogrammes & Cachets 30 exemplaires sur Japon mat à la forme numérotés de 1 à 30 et ornés d'un fleuron original. (Heureux propriétaires !).

Nous constatons ses relations artistiques et, excusez du peu, car nous commençons par : MM. Henri Rivière, Eugène Verneau, Arsène Alexandre, Jean Richepin, Alphonse Allais, Félix Juven, Stéphane Mallarmé. Nous continuons avec André Theuriet, Georges Moreau, Louis Morin, Emile Lévy, Paul Ollendorff, Paul Robert, Octave Uzanne (si, si Bertrand, même lui à succombé au talent de George…). Et, nous finissons par Paul Fabre, Henri Vever, Jules Chéret, Henri Lavedan, Anatole France, Félicien Champsaur, Enoch & Co, H. de Toulouse Lautrec, Steinlen, Franc-Nohain, Octave Mirbeau (mon préféré, super chouette…), Siegfried Bing, Alphonse Daudet, André Vollard, Ernest Flammarion, Jean-Louis Forain, Hachette et Cie, etc

Tout ce qui compte en édition, littérature, bibliophilie se retrouve «croqué» par George Auriol. Son style s'accorde avec son époque tout en la transcendant.

Ce livre résume la maîtrise de l'art d'Auriol, à la veille de la création de son chef d'œuvre typographique : l'Auriol Labeur.

L'Auriol Labeur sert pour la première fois dans la composition d'À Rebours, de Huysmans (Les cents Bibliophiles).

En 1904, Georges Peignot et George Auriol lancent “l’Auriol Labeur”, en 1905 la “Française Allongée”, en 1906 “l’Auriol Champlevé”, et en 1907 la série des huit “Robur” : noir, pâle, tigré, clair-de-lune, etc.

J'oubliai une chose : merci George.

Pour en savoir plus :

- http://www.linotype.com/1069/auriol.html

- http://histoire.typographie.org/auriol/auriol.html

- http://www.typographie.org/histoire-imprimerie/peignot/peignot-auriol.html

- http://sites.univ-lyon2.fr/lettres/zdoc-TT/PartiesOuvrage.pdf


Bibliographie :

- Manuel français de typographie moderne de Francis Thibaudeau (1921 – 1924).

- Le Premier Livre des cachets, marques et monogrammes dessinés par George Auriol. (Freeform 721) Paris – Librairie Centrale des Beaux –Arts 13, rue La Fayette.

- 42 contes mêlés de typographie avec des notes de François Caradec (dont je me suis largement inspiré ; je lui rend son césar…). Plein Chant, Collection Type-Type.

- Petit traité de la vignette par Jérôme Peignot.

Article rédigé et envoyé par
Michel, un lecteur fidèle du Bibliomane moderne.

4 commentaires:

bertrand a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
bertrand a dit…

Cet article se veut une ode à l'esthétisme du livre, et ce n'est pas ici qu'on s'en plaindra, d'ailleurs je trouve ces images auriolesques tout à fait en accord avec la ligne graphique du Bibliomane moderne.

Merci Michel pour nous avoir fait découvrir ou redécouvrir un talent au service du livre.

A très bientôt,

Bertrand (franchement fan de l'Art Nouveau en général donc... forcément conquis)

Raphael Riljk a dit…

Merci pour cette belle découverte. Le Mirbeau est particulièrement plaisant.

Le véritable patronyme d'Auriol, Huyot, évoque celui de Frédéric Huyot, artiste graveur de la maison Didot dans les années 1850-1860.

Un parent qui aurait imprimé sa marque?

Raphael

Anonyme a dit…

Je ne peu pas vous répondre mais simplement dire que George Auriol est de par sa Mère le petit-fils de Prosper Maillart, artiste à la manufacture de tapisserie de Beauvais ; son père, Jean Huyot, est un jeune employé des postes, puis receveur des postes. Source : 42 contes mêlés de Typographie de François Caradec, Plein Chant, Collection Type-Type.
Michel.

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