jeudi 13 novembre 2008

Le Bibliophile illustré par Jean-Philibert Berjeau (1861-1862)




Comme j'essaierai de le faire chaque fois que j'en aurai l'occasion, je vous présenterai mes dernières découvertes dans le domaine de l'histoire de la bibliophilie, de l'histoire du livre et plus généralement de l'amour des livres façon "bibliomane".

C'est une revue que je présente aujourd'hui. Celle-ci m'était totalement inconnue ainsi que son rédacteur en chef et directeur, avant qu'un exemplaire, bien modeste, me tombe entre les mains.

"Le bibliophile illustré. Texte et Gravures par J. Ph. Berjeau."


Je vous la présente telle que le prospectus en deuxième de couverture de mon exemplaire en fait la réclame :

Le Bibliophile. Le Bibliophile illustré, revue mensuelle de la bibliographie Antiquaire. Texte et gravures par J. Ph. Berjeau, avec la collaboration de MM. Paul Lacroix (le Bibliophile Jacob, encore lui...), Gustave Brunet, A. Bernard, J. W. Holtrop et d'autres bibliographes. Parait le 15 de chaque mois. Prix d'abonnement, payable d'avance : un an, 16 shillings ou 20 fr.


Les numéros suivants ont paru :

N° I - 15 août 1861.
N° II - 15 septembre 1861.
N° III - 15 octobre 1861.
N° IV - 15 novembre 1861.
N° V - 15 décembre 1861.
N° VI - 15 janvier 1862.
N° VII - 15 février 1862.
N° VIII - 15 mars 1862.
N° IX - 15 avril 1862.
N° X - 15 mai 1862.
N°XI - 15 juin 1862.
N° XII - 15 juillet 1862.

Cette revue se distribuait exclusivement par abonnement. On s'abonnait à Londres chez MM. W. Jeffs, 15, Burlington Arcade, à Paris, chez Auguste Aubry, 16 rue Dauphine ; à Bruxelles chez Lacroix et Verboeckoven et Cie, et dans les principales villes d'Europe.

Tout ce qui concernait la rédaction devait être envoyé à M. Berjeau, 50, Georgina Street, Camden Town, Londres.

La Bibliographie des bibliographies de Léon Vallée (1883, p. 42) indique uniquement cette parution de 12 livraisons mensuelles formant un seul volume in-4. L'ensemble doit donc être complet ainsi. Il ajoute que le même Jean-Philibert Berjeau a lancé en 1866 une nouvelle revue intitulée The book-worm (5 volumes in-4 de 1866 à 1871). Il a publié deux autres ouvrages : Catalogue illustré des livres xylographiques, Londres, Stewart, 1865, in-8 et Early dutch, german, and english, printer's marks, Londres, 1869.


Cette savante revue est essentiellement tournée vers les monuments typographiques et xylographiques des prémices de l'imprimerie (XVe siècle, incunables). On y trouve de nombreuses reproductions de bois gravés de cette époque.

Voici quelques sujets abordés : Le Philobiblion de Richard de Bury (nous y reviendrons bientôt) - Le manuel de prière de la Reine Elisabeth - Les reliures de Grolier - Le Psautier de 1457 - Le Livre des sauvages - Les Symboles des quatre évangélistes - Livres xylographiques - Histoire de la bibliothèque Mazarine - etc.

Voici la genèse de cette revue éphémère racontée dans le Bulletin du Bibliophile belge :

"Le nom de M. Berjeau est connu des amateurs de livres rares. S'adonnant avec courage à la reproduction des plus anciens monuments de la typographie, ce bibliophile a fait paraître des fac-similé de quelques-unes des productions xylographiques du XVe siècle ; le Speculum humanae salvationis, in-folio, avec 63 planches, a été tiré à 155 exemplaires ; le Canticum canticorum, à 150 ; l'un et l'autre sont précédés d'une introduction historique et bibliographique. La Biblia pauperum, in-4°, avec 40 planches, vient de paraître. Dans le but de se délasser du pénible travail qu'exige l'exécution de ces fac-simile, M. Berjeau a eu l'idée (dont tous les amis des livres doivent lui savoir gré) de créer une publication périodique dans laquelle il recueillerait quelques-uns des résultats auxquels le conduisent ses investigations bibliographiques et qui donnerait également asile aux communications que peuvent lui adresser les bibliophiles de divers pays. Il débuta par faire paraître deux cahiers d'une vingtaine de pages chacun , intitulés le Bibliomane (deviendra le Bibliophile). On y trouve des reproductions curieuses de quelques-unes des gravures sur bois qui ornent certaines éditions du XVe siècle ; il est impossible de rien imaginer de plus grossier que ces débuts d'un art tout primitif ; mais ces volumes sont tellement rares, que les plus belles épreuves avant la lettre, dues au burin de Morghen , d'Henriquel Dupont ou de Marcari , ont bien moins de valeur vénale. Parmi les notices insérées dans le Bibliomane, les lecteurs instruits remarqueront celle qui concerne l'emploi des anciennes xylographies dans les livres imprimés aux XVe et XVIe siècles, puis celles sur les livres de fauconnerie, sur le Dialogus creaturarum, sur le Psautier de 1457. (...) Nous en avons dit assez, ce nous semble, pour démontrer que le Bibliophile illustré offre à tous les amis des livres un intérêt très-vif, et nous croyons pouvoir, avec pleine confiance, le recommander à leurs sympathies. G. B. (Gustave Brunet)"

M. Berjeau nous apprend par ailleurs dans son prospectus au verso du titre de la revue, que le Bibliomane a servi "d'introduction" au Bibliophile illustré dont la publication fait droit aux réclamations qui se sont élevées aux sujet du titre (il faut croire que le terme de Bibliomane résonnait déjà mal aux oreilles des bibliophiles bien pensants de l'époque) et du papier du Bibliomane (le papier devait être de très mauvaise qualité - le papier du Bibliophile illustré n'est guère bon, un vélin mou teinté sans grande tenue qui ne laisse guère bonne impression, ni au toucher, ni à l'odorat...). L'auteur indique que ces deux fascicules du Bibliomane de même format que le Bibliophile illustré pourront être reliés avec (si on les trouve devrait-on ajouter aujourd'hui.... car ces deux premiers numéros me semblent totalement introuvables...).

Le tirage du Bibliophile illustré n'a jamais excédé 500 exemplaires. Ce qui en fait une revue déjà rare aujourd'hui.

M. Alfred Piat possédait un exemplaire de cette revue, également composé de 12 numéros et relié en demi-maroquin à coins par Masson-Debonnelle (n°6874 de sa vente).

Finalement cette revue, curieuse, très intéressante pour l'histoire des premiers ouvrages imprimés et surtout pour l'histoire de la gravure sur bois en Europe au XVe siècle, est une petite perle pour qui a envie d'être curieux.

Addition importante par le Bibliophile Rhemus (afin que le contenu de nos articles reste toujours le plus juste et le plus complet possible et surtout n'induise pas le lecteur en erreur) :

"La collection complète de "Le Bibliophile illustré" de Berjeau se compose de 25 numéros : les numéros 1 à 12 sont grand in-8° (15 août 1861-15 juillet 1862) ; les numéros 13 à 24 sont in-8° (1er janvier-1er décembre 1863) ; le n° 25, même format, est du 1er janvier 1865. On joint à cette collection "Le Bibliomane" qui forme deux livraisons grand in-8° (1er janvier et 1er juillet 1861). Cette collection est très difficile à réunir. On peut ajouter qu'on ne sait pas grand chose sur Jean-Philibert Berjeau : né à Ballon (Sarthe)en 1809, il fut co-directeur, avec Théophile Thoré (1807-1869) de "La Vraie République", journal socialiste fondé par eux en mars 1849 ; il émigra en 1851 en Angleterre, à l'arrivée de Napoléon III, où il mourut en 1891 après avoir publié différents ouvrages sur les livres xylographiques, les marques d'imprimeurs hollandais et sur le second voyage de Vasco de Gama." (Bibliophile Rhemus).

Pour les plus curieux donc,

voici les versions numérisées (Google Print) des trois ouvrages principaux de Jean-Philibert Berjeau :

- Le Bibliophile illustré (1862, 12 numéros).

- Early Dutch, German & English Printers' Marks (1866).

- Catalogue illustré des livres xylographiques (1865).


En espérant que cette découverte vous sera tout aussi profitable et enrichissante qu'elle l'a été pour moi.


Bonne journée,
Bertrand

4 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

La collection complète de "Le Bibliophile illustré" de Berjeau se compose de 25 numéros : les numéros 1 à 12 sont grand in-8° (15 août 1861-15 juillet 1862) ; les numéros 13 à 24 sont in-8° (1er janvier-1er décembre 1863) ; le n° 25, même format, est du 1er janvier 1865.
On joint à cette collection "Le Bibliomane" qui forme deux livraisons grand in-8° (1er janvier et 1er juillet 1861).
Cette collection est très difficile à réunir.

bertrand a dit…

Ce qui est bien avec la bibliophilie compulsive, c'est qu'on ne sait jamais tout, qu'on a jamais tout...

Cette passion est un puits sans fond.

Mille mercis Jean-Paul pour ce complément d'information indispensable encore une fois.

PS : une question me démange... le Bibliophile-Rhemus a-t-il l'insigne honneur de posséder la collection complète de cette rare revue ?

Amitiés, Bertrand

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Oui à ta question, Bertrand.
On peut ajouter qu'on ne sait pas grand chose sur Jean-Philibert Berjeau : né à Ballon (Sarthe)en 1809, il fut co-directeur, avec Théophile Thoré (1807-1869) de "La Vraie République", journal socialiste fondé par eux en mars 1849 ; il émigra en 1851 en Angleterre, à l'arrivée de Napoléon III, où il mourut en 1891 après avoir publié différents ouvrages sur les livres xylographiques, les marques d'imprimeurs hollandais et sur le second voyage de Vasco de Gama.

Jean-Paul Fontaine, dit Le Bibliophile Rhemus a dit…

Correction : Berjeau est mort à Paris en 1891, et non en Angleterre.

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