mardi 17 novembre 2009

Arabesques.


Les fidèles lecteurs du Bibliomane Moderne, ou à tout le moins les plus attentifs d’entre eux, auront remarqué que les articles signés du Textor sont majoritairement inspirés par les ouvrages du XVIe siècle. Ce tropisme n’a pas d’explication connue et nécessiterait certainement d’entamer une longue analyse psychanalytique que je vous épargnerai ici !

Le XVIe siècle est certes un moment passionnant de l’Histoire au cours duquel les humanistes ont redécouvert les valeurs de l’Antiquité, où l’Occident s’est ouvert sur d’autres cultures avec la découverte du Nouveau Monde d’un coté et les contacts avec le Moyen Orient de l’autre, où l’identité culturelle et les langues vernaculaires ont émergées, où la réflexion sur les religions a conduit aux débats que l’on sait, mais est-ce suffisant ? Il existe des tas d’autres bonnes raisons de s’intéresser aux siècles suivants.

J’esquisse une autre tentative de réponse : l’arabesque.

Arabesques d’une lettrine (Jean Damascène, Paris, H.Estienne,1512)

L’arabesque, encore appelée entrelacs ou mauresque, est un ornement de peinture, sculpture ou de gravure répétant des symétries stylisées qui évoquent des formes de plantes, plus rarement d'animaux.

C’est grâce aux rapports commerciaux entre le Moyen-Orient et Venise que s'introduit dans l'art occidental, le terme d'arabesque. Il suggère clairement l’origine musulmane du motif dont on trouve les premières traces dès 1308-1311 dans les tableaux de Duccio à Sienne. Mais il faudra attendre le XVe siècle pour que le genre se diffuse dans les tableaux des peintres vénitiens Cima da Conegliano (1460-1465), Vittore Carpaccio (1525-1526) et Palma le Vieux. À partir de cette époque, on rencontre les arabesques dans les illustrations de livres ou frappées sur les reliures. Ces éléments de décor caractérisent le style de beaucoup d’ouvrages du XVIe siècle.

La prochaine vente ALDE, présentée récemment par Bertrand, montre quelques beaux exemples de reliures à la cire où l’arabesque triomphe.

J’illustrerai ce thème par des exemples plus modestes.



Arabesques sur un vélin doré (P.Bembo, Venise, G Scotto 1552)




Arabesques sur une tranche dorée (P.Bembo, Venise, G Scotto 1552)


Utilisées dans les plats des reliures des livres décorés à la feuille d’or appelé alla damaschina (selon la façon de Damas) en Italie, les mauresques seront reprises en France dans les livres reliés pour le roi Louis XII (vers 1510). Le premier livre entièrement consacré aux mauresques est l’ouvrage du florentin Francesco Pellegrino, assistant du Rosso, c’est un in-8, de 69 feuillets dont 60 gravés de patrons de « broderie », conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal (1530).

Ensuite, d'une façon originale en Europe, l’arabesque sera utilisées dans l'ornementation des illustrations des livres édités à Lyon et à Paris : les encadrements d’arabesques par B. Salomon sont célèbres (G. Paradin, Memoriae nostrae, 1548, La Métamorphose d’Ovide figurée, par Jean de Tournes, 1557- que j’ai manqué lors d’une des ventes Berès !)

En ce concerne le livre d’emblèmes intitulé le Pegme de N. Cousteau, 1555, Baudrier nous dit que les encadrements des gravures sont de Pierre Eskirsch (ou P. Vase), mais il ne précise pas pour l’encadrement du titre, dont les entrelacs sont bien caractéristiques des productions lyonnaises du temps et s’apparentent aux encadrement de l’Ovide de de Tournes .


Arabesques sur une page de titre (P. Cousteau, Lyon, M. Bonhomme, 1555)


Puis, au XVIIIe siècle une confusion s'installe avec les grotesques (pourtant différentes par leur usage de figures humaines et animales, voire chimériques) et en détournera l'usage du mot arabesque ; ainsi dans les catalogues de vente, les dessins de grotesques des élèves de Raphaël sont décrits comme arabesques.

Les bandeaux des Mémoires de Martin du Bellay sont déjà des arabesques chimériques.


Arabesques d’un bandeau (M. du Bellay, Paris, à l’olivier de Pierre Huillier, 1569)


Arabesques d’un cul de lampe (M. du Bellay, Paris, à l’olivier de Pierre Huillier, 1569)


Bonne Journée
Textor

15 commentaires:

Bertrand a dit…

Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Et voilà encore un billet bien conçu !

Décidément, le Bibliomane moderne est en de bonnes mains.

Je prends deux ou trois mois de vacances et je vous laisse les clés du blog. D'accord Textor ?

Ah si, j'oubliais, n'oubliez pas de fermer la porte en partant et donnez à manger aux chats.

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Des chats !!!!! au milieu des reliures !!!! Au secours le coupe-griffes !

Pierre a dit…

Bel article et jolis ouvrages. Décidément les vélins me plaisent de plus en plus.

Merci Textor. Pierre

Textor a dit…

Non, non, Bertrand ne partez pas en vacances, vous savez que le Bibliomane est au point mort lorsque vous ne l'animez plus !!

Merci une nouvelle fois pour cette mise en ligne. Et promis, j'arrête d'écrire !

T

Textor a dit…

Mais, Bertrand aujourd'hui et demain, je suis au Caire, ... si vous avez besoin d'un besoin d'un envoyé spécial du Bibliomane Moderne, n'hésitez pas, je peux reprendre du service ! :)

Bertrand a dit…

Surtout pas Textor ! Ne partez pas !

Vos billets sont devenus biblioindispensables !

Encore merci.

PS : par contre, si vous visitez de ces villes exotiques de la belle planète Terre, n'oubliez pas votre appareil photo numérique et votre calepin, il nous manque justement un envoyé spécial dans les pays reculés de l'Oural et dans les fjords islandais.

B.

Bertrand a dit…

Magnifique Le Caire !

On veut des photos de belles librairies du Caire !

Beau challenge non ?

B.

Textor a dit…

Merci Pierre, c'est craquant les velin n'est-ce pas ?

Est-ce que quelqu'un sait comment le relieur faisait ces tranches en pointillés, avec une roulette à pointe ou au pic à glace ?

T

Textor a dit…

Aie ! j'ai peur d'avoir oublié mon appareil photo... il faudra que je revois ma check list du parfait reporter.
Mais, biensur, je vais tenter de repèrer quelques librairies, en tout cas si le temps le permet. Il est prévu des émeute demain soir à cause de je ne sais quel match de foot, il sera parait-il interdit de sortir des hotels !!
Mais pour le bibliomane, je tenterais d'aller sur le front ...

T

Bertrand a dit…

En général les téléphones mobiles font aujourd'hui appareil photo Textor ! Désolé de vous rappeler dans un autre siècle que le XVIe (sourire).

Ne prenez pas trop de risques tout de même. Bien que je milite auprès d'Amnisty International et de Reporters sans frontière... je ne sais pas si je pourrais vous faire sortir sain et sauf d'une prison du Caire... (sourire).

B.

Bertrand a dit…

On a un peu dérapé sur un autre billet avec nos commentaires en série...

Voir donc le mini-sondage pour comprendre....

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Textor,
les tranches ciselées sont gravées avec les mêmes outils qu'on utilise pour la dorure sur cuir "au moyen de poinçons en acier, matés ou polis, dont on marque l'empreinte selon la forme des dessins à l'aide d'un petit marteau de ciseleur" (E. Bosquet, 1890).

Textor a dit…

Merci pour cette précision, Bibliophile Rhémus, vous avez toujours le bon livre de référence qu'il faut sous la main.
Bonne journée
T

Vincent P. a dit…

Textor,

Si vous êtes encore au Caire allez au Nile Hilton. Il y a sur le côté un "Mall". Dscendez au niveau moins un et là vous aurez la Librairie L'Orientaliste (on parle un délicieux français...).

Leur magasin principal est rue Qasr-el-Nile (pas loin de la place Talaat-Hard en plein Caire
historique).

Il faut fouiner et collationner sur place mais on y trouve des merveilles dès fois...

Amicalement,
Vincent P.

Textor a dit…

Merci Vincent pour votre message que je trouve malheureusement un peu tard. D'autant plus dommage que je séjournais au Hilton de la Corniche justement et que j'avais peut-être des trésors à mes pieds !!
Qui sait, peut-être aurais-je enfin trouvé l'Abou-Maher al Mazandarani ?

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