lundi 19 octobre 2009

Un très joli cartonnage romantique parlant ou Don Quichotte adapté pour la jeunesse (vers 1845).



Voici un petit volume intéressant. Pourquoi ?

Tout d'abord parce que j'ai plaisir à vous présenter un volume, qui, par définition fragile, a réussi à traverser plus d'un siècle et demi sans le moindre dommage. C'est toujours émouvant de voir ce spectacle pour les amateurs de reliures. Spectacle d'autant plus merveilleux quand on sait que ce volume était destiné aux mains peu délicates des enfants !


C'est d'un Don Quichotte pour les enfants dont il s'agit.

"Aventures de Don Quichotte de la Manche, par Michel Cervantès. Edition revue et corrigée par M. l'abbé Lejeune, chanoine, professeur à la faculté de théologie de Rouen. Illustrée de 20 grands dessins par MM. Célestin Nanteuil, Bouchot et Demoraine. Nouvelle édition et nouvelle traduction."

Volume édité à Paris chez P.-C. Lehuby, libraire-éditeur, 55 rue de Seine St-Germain. Ce volume mesure 22 x 14 cm. Il sort des presses de l'imprimerie Jeunet(*), rue St-Gilles, 108, à Abbeville, pour le texte et les bois gravés hors-texte ont été imprimés par E. Duverger.

Il est recouvert de sa reliure d'origine dite "reliure éditeur" décorée et parlante. La reliure est en percaline noire dite "anglaise", sorte de toile recouverte d'un apprêt brillant. Cette toile, estampée à froid à la plaque est également rehaussée en couleurs avant pressage. Le premier plat est décoré d'un encadrement à froid et d'une plaque dorée centrale avec médaillons en couleurs. On y retrouve quelques attributs spécifiques à Don Quichotte. Le dos est orné en long avec les deux personnages emblématiques, Don Quichotte et Sancho Pança en armures. On lit au bas du dos "LEHUBY ED. PARIS". Le deuxième plat est orné d'un seul fer doré, placé au centre, représentant les deux protagonistes.


Il s'agit d'une édition de Don Quichotte destinée à la jeunesse. Que pouvait attendre Don Quichotte des remaniements d'un chanoine ? "Il y avait à la fois à retrancher quelques épisodes qui affaiblissent singulièrement l'intérêt de la narration, et à faire disparaitre certaines peintures qui n'étaient pas sans danger pour de jeunes imaginations. (...) Quant aux suppressions qui ont été faites, il faut en savoir gré à l'éditeur ; elles sont dans l'intérêt de la saine morale comme dans celui du goût."

Cet ouvrage a été publié sans date au bas du titre mais les différentes notices que nous avons pu consulter donne généralement soit la date de 1845, soit celle de 1850. Ce bon chanoine Lejeune a donné vers la même époque et chez le même éditeur une édition illustrée et revue des Voyages de Gulliver.

Curieusement on ne trouve pas de trace d'étiquette de prix dans ce volume. Vraisemblablement pas ou très peu manipulé, j'en viens même a douter qu'il ait jamais été entre les mains de bambins-bibliophiles ... ou très bibliophiles alors.

La maison Lehuby était un spécialiste du livre pour la jeunesse. On la trouve déjà vers 1837 dénommée "Librairie de l'enfance et de la jeunsesse". On sait que P.-C. Lehuby était le successeur de Pierre Blanchard, libraire au 53 de la rue de Seine à Paris (1845). Vous retrouverez un exemple de cartonnage papier produit par cette maison parisienne dans un précédent article du Bibliomane moderne consacré aux cartonnages papier romantiques à médaillon lithographié. M. Lehuby avait la mauvaise habitude de ne pas dater ses éditions, ce qui ne facilite pas les choses pour bien faire l'historique de la Maison. Il reste à faire me semble-t-il.

Encore un petit bibelot pour romanticophile-bibliolâtre... évidemment, ça ne vaut pas tripette comme dirait Textor, ça ne vaut pas une princeps donnée par Ulrich Zell... mais bon, il faut s'émerveiller de toutes les belles choses, petites et grandes, même si toutes ne sont pas sur la même étagère, au même niveau. Je m'émerveille de tout ! Et mon petit doigt me dit qu'on ne va pas tarder de parler d'Ulrich Zell ici-même ...

Bonne journée,
Bertrand

(*) "L'imprimerie Jeunet, par exemple , qui s'occupe plus particulièrement de ce genre de travaux, fait sortir de ses presses, mises en mouvement par la vapeur, des milliers de volumes annuellement, pour des éditeurs Suisses seulement, indépendamment de ceux qu'elle livre aux éditeurs Parisiens, de ses occupations courantes de ville et d'un journal quotidien. Plus d'un lecteur des charmants volumes de l'édition Charpentier n'a pas toujours remarqué que certains ouvrages de Théophile Gautier, que le Schiller, (...) que le Chasseur rustique, etc., sortent des presses de M. Jeunet. (...) Extrait de Recherches historiques sur l'imprimerie et la librairie à Amiens par M. Pouy, 1861.

7 commentaires:

DIEGO MALLÉN a dit…

Très belle reliure et dans parfaite condition!!! Felicitations pour l'exemplaire et l'information.
Bien cordialement.

Raphael Riljk a dit…

Quelqu'un a-t-il rencontré ou collectionne-t-il les fers qui ont servi à décorer ces reliures ? Voilà une brocante qui ne me déplairait pas.

Textor a dit…

Bonsoir Bertrand,

Les couleurs sont étonnamment vives sur le bel exemplaire que vous présentez. On se demande comment une impression à froid peut donner de tels résultats, mais c’est très esthétique !
En fait, je confesse que je ne savais pas exactement ce qu’était la percaline. Le dictionnaire de l’Académie nous donne : « Du persan pārgālā, toile superfine, c’est une toile de coton , fin et serré, teinte, enduite et gaufrée. Elle imite le grain du maroquin. »

Bertrand a dit…

Le XIXe siècle recèle de ces petites merveilles que les collectionneurs d'incunables ne peuvent pas connaître (sourire)...

Pour ce qui est de l'exemplaire proposé, il a du être conservé à l'abri de la lumière et de la poussière, dans une boîte ou un coffre pendant plus d'un siècle. Pas de trace de poussière, les ors sont parfaitement conservés, aucun frottement à la toile. C'est une condition que l'on rencontre rarement pour ce type d'ouvrage.

Malheureusement, car il y a toujours un mais, l'intérieur est imprimé sur un papier qui a assez mal vieilli, c'est à dire qu'il s'est uniformément teinté et roussi... à l'exception des vingt belles gravures sur bois tirées sur papier à fond teinté, du plus bel effet.

Pour répondre à Raphaël, je pense qu'il est plus difficile à un bibliophile de réunir cinq de ces fers en bronze qui ont servi à décorer ces beaux cartonnages romantiques qu'à un chameau (bibliophile) de passer par le chas d'une aiguille...

B.

Textor a dit…

Précision: Textor ne dit jamais d'un livre qu'il ne vaut pas tripette !!
Reliure, typographie, gravures, texte, papier, il y a bien toujours quelque chose à admirer.

Puisque vous me parler de Ulrich Zell, il est exact que je vais peut-être lui dédier un petit papier. Pour l'instant j'enquête sur ce passionnant personnage qui apprit son art chez Fust et Schoeffer et qui a probablement piqué les Durandus et les Cléments avant de s'installer à Cologne... Bref c’est beau comme la Bible à 42 lignes !

Bertrand a dit…

Ne m'en voulez pas ! Je taquinais le Textor nocturne, animal bibliophage et seiziémiste assidu.

Et vivent Zell et Lehuby dans la mémoire des bibliophiles !

B.

rui a dit…

Le XIX siècle est une source inépuisable pour ce genre de reliures.
Reliure romantique exceptionnel !
Mes félicitations pour ce bel exemplaire.
Bien cordialement

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