mercredi 28 octobre 2009

Des histoires à vous démonter un bibliophile ! Louise Labé, Molière, Corneille et les autres...




On connaissait les rumeurs sur l'affaire Corneille-Molière... Molière n'aurait été qu'un acteur, un excellent acteur certes, mais de toute évidence pour les uns incapable d'avoir écrit de tels chefs d'œuvre pour le théâtre comique français ! Corneille aurait écrit presque toute l'œuvre de Molière ! Pour les autres, tout ceci n'est qu'une farce, une facétie d'universitaires en mal notoriété. Molière est un génie ! Pour plus de détails sur cette passionnante chasse aux auteurs, visitez l'excellent site qui abrite le coeur de la polémique : Affaire Corneille-Molière.

Mais voilà que ce soir, à l'aube d'une nouvelle fiche descriptive pour mon catalogue, je me suis intéressé à la belle cordière, c'est à dire à la dame Louise ou Louis Labé. Femme de lettres lyonnaise de la première moitié du XVIe siècle, bien connue grâce aux manuels scolaires pour littérateurs en herbe mais finalement assez peu connues des bibliophiles lambda.

Je me sers d'une partie de l'article Wikipedia pour la suite :

Imposture poétique ou non?

"On ne connaît que très peu d'éléments de sa vie. Ceux que l'on peut lire sont parfois le fruit de l'imagination des critiques à partir de ses écrits : Louise Labé chevalier, Louise Labé lesbienne, Louise Labé prostituée, etc. Certains spécialistes du XVIe siècle avancent une thèse audacieuse : Louise Labé ne serait qu'une fiction élaborée par un groupe de poètes autour de Maurice Scève. (le nom de Louise Labé viendrait du surnom d'une prostituée lyonnaise "La Belle Louise") L'ouvrage de l'universitaire Mireille Huchon cité dans la bibliographie développe cette hypothèse. Daniel Martin a cherché à refuter cette hypothèse dans son article « Louise Labé est-elle une créature de papier ? ». Alors que M. Huchon affirme que, dans le portrait de Pierre Woeiriot, la présence d'une petite Méduse assimile Louise Labé à la créature mythologique (ce qui ne va pas de soi), on ne saurait en déduire que la décrire ainsi est « dévalorisant, à coup sûr ». « Le mythe de Méduse, prototype de la cruauté féminine, est souvent utilisé par les poètes pétrarquistes [...] depuis Pétrarque. Ronsard cherche-t-il à dévaloriser Cassandre dans les sonnets 8 et 31 des Amours ? » (p. 10) Daniel Martin conteste que le retrait de Jacques Peletier des Escriz dénonce une supercherie. Il fait remarquer (p. 27) qu'il « collaborait avec Jean de Tournes : il était aux premières loges pour avoir connaissance d'un projet aussi hardi de mystification ! Comment aurait-il pu ignorer une supercherie dont on nous dit par ailleurs que tout le monde en était informé ? » Il fait en outre remarquer que, dans ses Opuscules, il publie un texte à la louange de Louise Labé. On trouvera dans cet article d'autres arguments (Les témoignages de Rubys et de Paradin ; le rôle de Maurice Scève). Mais il faut reconnaître qu'aucun des arguments avancés n'emporte une conviction absolue. La thèse de Mireille Huchon en faveur de l'inexistence de Louise Labé a reçu l'approbation de Marc Fumaroli. Que la question de l'existence du poète soit seulement posée est un signe non douteux de la fascination qu'exerce encore aujourd'hui la figure abstraite et féminine (mais comment savoir ?) de Louise Labé. Les uns croient tenir le fil de sa biographie, les autres la veulent toute idéale."

J'aime bien savoir où en sont les recherches concernant ces petits "problèmes" de l'histoire littéraire. Imaginez une Louise Labé fictive ! Tous les collectionneurs d'éditions de poésies du XVIe siècle s'en arracheraient la perruque ! Enfin, pour tout vous dire, je n'ai pas encore tout lu sur cette histoire, mais je m'y mets de suite...

Et vous qu'en savez-vous ? Y-a-t-il une actualité universitaire brûlante sur le sujet ?

Connaissez-vous d'autres auteurs dont les mérites ont été mis en doute, voire leur existence même ?

Je pense que ce que vous savez sur ce sujet intéressera tout le monde ici. Osez vous exprimez !

Bonne nuit,
Bertrand ... qui part rêver au vrai visage que pouvait avoir la belle cordière ...

18 commentaires:

Gonzalo a dit…

La thèse de Mireille Huchon reste à prouver et a aussi ses détracteurs. POur information, le sujet fait débat dans les milieux universitaires. Si je ne m'abuse, il doit se tenir ce week end à Paris un colloque au cours duquel un conférence sera consacrée à cette question.

Bertrand a dit…

Merci de cette information Gonzalo !

J'aime lorsque le Bibliomane moderne se trouve en phase avec l'actualité, cela évite que nous passions pour une bande de vieux barbons attardés en permanence le nez sur leurs vieux ouvrages.

La question méritait d'être posée alors.

B.

Anonyme a dit…

Bonjour.
Mireille Huchon s'est fait connaître pour ses travaux sur Rabelais, où elle utilise des méthodes d'analyse jamais encore appliquées avant elle (formes matérielles du texte, linguistique). Ce sont les mêmes qu'elle emploie pour Louise Labé, et personnellement je crois à son hypothèse.
Amitiés à tous,
Yves

Textor a dit…

Urgent à vendre Editions complètes de Louise Labée, pour cause de supercherie littéraire non répertoriée dans le Quérard, prix sacrifié !

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Certes, on sait peu de choses, mais tout de même.
On n'a pas inventé tout...

Louise Charly était le cinquième et dernier enfant de Pierre Charly, dit "Labé", cordier à Lyon, et de sa seconde femme, Etiennette Roybet, mariés vers 1515.
Sa mère étant décédée au plus tard vers 1524? Louise a dû naître vers 1522, et non pas en 1526 comme le veut la légende, dans la maison de la rue de l'Arbre-Sec ou dans celle de la Gela (aujourd'hui place Morel).
Elle aurait reçu, on ne sait pas bien comment, une éducation soignée au cours de laquelle elle rencontra le poète Clément Marot dont elle devint l'inspiratrice.
Elle épousa vers 1544 Ennemond Perrin, riche cordier lyonnais, qui avait dépassé la cinquantaine, ce qui lui valut le surnom de "Belle Cordière".
Séduisante et cultivée, recevant dans sa maison de la rue Confort (n° 28 aujourd'hui), près des champs de Belle-Cour (sur l'emplacement de l'actuelle place Bellecour), les poètes et les artistes, ainsi que les grands seigneurs, elle excita l'envie et la médisance, et passa pour une courtisane.
Elle publia ses Oeuvres à Lyon en 1555, profitant de l'existence dans cette ville d'imprimeurs et de libraires audacieux.
Après le décès de son mari, vers 1557, elle acheta une maison à Parcieux (Ain). Victime de la peste qui s'était déclarée à Lyon en 1564, elle rédigea son testament le 28 avril 1565 et mourut en 1566 à Parcieux, où elle fut enterrée, avant le 30 août, date de la commande de sa pierre tombale.Elle n'avait pas eu d'enfant.
Louise Labé avait obtenu le 13 mars 1555 (1554 vieux style) un privilège du roi protégeant ses écrits pour 5 ans et lui permettant de faire imprimer "quelque Dialogue de Folie et d'Amour" : ce privilège indique l'existence de publications antérieures, dont aucune n'a été trouvée.

Cela fait beaucoup pour quelqu'un qui n'aurait pas existé !

Textor a dit…

Ouf !
Merci Bi Rhem !
Pour une fois qu'une femme s'est lancée dans l'écriture au XVIème siècle, il eût été dommage qu'elle n'existât point !
T

rui a dit…

Bonsoir
Un seul commentaire, j’ai cet exemplaire :
Œuvres de Louise LABÉ, Lyonnaise. Edition de L. Boitel, Lyon, Chez Ch. Savy, Quai des Celestins, 48. M.DCCC. XLV (1845). 1 volume in-12, 170 x 100 mm. Réédition des œuvres de Louise l'abbé tirée à 200 exemplaires dans une typographie particulièrement soignée.
Je mentionne ce livre parce qu’il contient une introduction : « Louise Labé dite La Belle Cordière » XVI pp. signé F.-Z. C., où est faite une petite biographie, et se termine par un «Testament de Louise Labé», pp. 153-167, mais ici elle dit que son nom est : Louyse Carlin dite Labé.
Cette annotation c’est un point pour réfléchir tout simplement…qui c’est moi pour contredire une autorité comme le Bibliophile Rhemus ?
Merci de me lire

Pierre a dit…

Autant de renseignements sur une femme du 16eme siècle alors qu'on est pas fichu de savoir le nom de son voisin de palier m'inspire toujours autant d'admiration... Jean-Paul, sérieusement, un moment j'ai cru que vous l'aviez connu ! Bravo pour votre précision sans faille.

On sait tout sur la vie de Louise Labée. J'imagine qu'une supercherie littéraire aurait été décelée rapidement. Pierre

Lauverjat a dit…

Pour avoir suivi une de ses conférences, de mémoire, Mireille Huchon ne met pas en cause l'existence de Louise Labbé mais le fait qu'elle soit l'auteur de ses oeuvres. Elle soutient que le temps était venu de démontrer que la langue française était assez mature pour pouvoir comme le latin, être la langue de tous, Dieu, les hommes, les savants, les poètes. Qu'un cénacle d'auteurs prenne la parole au nom d'une femme en était une parfaite démonstration. Pour le style Mireille Huchon compare les constructions de Maurice Scève et celles de Louise Labbé. Elle remarque aussi que les poésies de Louise son asexuées et pourraient tout aussi bien être le fait d'un homme.

Textor a dit…

Asexuée, La Belle Cordière !!? Qui a écrit:

"Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j’endure,
Mon bien s’en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie"

Ca se discute ...

Le Bibliophile Rhemus a dit…

"Baise m'encor, rebaise-moi et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureux,
Donne m'en un de tes plus amoureux :
Je t'en rendrai quatre plus chauds que braise."

(Sonnet XVIII)

Bertrand a dit…

Une question : que penser de ces universitaires qui se lancent dans ce genre de recherches ? Sont-ils si légers en bagages qu'ils pensent pouvoir découvrir ce que les autres n'ont pas découvert ? Ou bien ont-ils des oeillères ou bien au contraire voient-ils des choses que d'autres feignent d'ignorer ?

Je m'interroge. Louis Labé a peut-être existé, peut-être finalement n'a-t-elle été qu'un prête nom pour que des hommes publient sous son nom ces poésies érotiques et peu sages.

Pour revenir au dernier commentaire, n'oublions pas que toutes ces poésies d'amour dues à Louis Labé, Ronsard, plus tard Baif, etc, ont été inspirées par un seul homme, aujourd'hui à peine étudié et à peine cité par les bibliographes, je veux dire Jean Second et la publication de ses Baisers en 1539 à Lyon justement et en 1541 en Hollande (éditions toutes deux posthumes). La postérité est souvent bien ingrate avec ces précurseurs, Second est oublié, Ronsard au pinacle, Louis Labé mi-fantomatique jouit d'une renommée peut-être usurpée.

Je pense que dans ces conditions il n'est jamais inutile d'essayer d'en savoir un peu plus.


PS : et je vous le rappelle, rien ne s'est écrasé sur le Pentagone... (sourire). Chut... les RG me surveillent...

B.

Textor a dit…

Bertrand, vous ne nous en avez pas assez dit sur cette édition des Baisers de Jean Second, nous voulons un papier circonstancié, avec extraits croustillants et photos à l'appui !!
T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Bertrand, "LOUIS Labé" ????
lapsus calami révélateur ?

Bertrand a dit…

Oups ! Louis Labé existait peut-être vraiment ?

Lapsus peut-être révélateur d'une détermination sexuelle mise en cause... hein hein... on en apprend ici non ?

Blague à part, concernant les Baiser de Jean Second je suis en train de monter un dossier pour le réhabiliter à sa juste valeur,
dès que la pile de papiers atteint le plafond je vous livre mes conclusions.

Ce que je peux vous dire, d'ores et déjà, c'est que les ptits gars de la Pleiade n'ont pas le quoi d'être fier !

B.

Pierre a dit…

Si vous citez Jean Second, il faudra citer Catulle dont il s'est inspiré !

On en finit jamais. Pierre

Bertrand a dit…

C'est vrai Pierre, mais de qui s'est inspiré Catulle ?

C'est l'histoire de l'homme qui a vu l'ours qui a vu l'ours qui à vu l'homme, etc.

N'empêche que Ronsard et consorts s'en sortent plutôt bien dans l'histoire et qu'ils ont méchamment oublié de remercier le benjamin Second mort dans la fleur de l'âge.

B.

Anonyme a dit…

Bonsoir.
Personne n'a prétendu que Louise Labé n'avait pas existé: ce serait absurde. L'hypothèse de Mireille Huchon est simplement qu'elle n'a pas écrit les oeuvres qui lui sont attribuées. En outre, ces oeuvres présentent un caractère disparate, que les techniques modernes d'analyse permettent de mettre en évidence, comme si elles étaient dues à plusieurs auteurs. Etc. Mais je rassure les inquiets: ces mêmes méthodes ont permis d'établir que Corneille n'est pas l'auteur des pièces attribuées à Molière!
Amitiés à tous,
Yves

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