vendredi 1 avril 2011

Octave Uzanne et ses japoniaiseries ou la mode du japonisme en bibliophilie fin de siècle (1885-1886).



Le portrait d'hier, gravé sur bois par Félix Vallotton, vous le savez maintenant, c'est Octave Uzanne dans toute sa splendeur de quarantenaire flamboyant à la barbe fleurie. L'Octave avait un ego un tantinet surdimensionné, si bien qu'il aimait à se voir représenté dans ses livres et ses revues. C'est ainsi, l'homme avait une haute considération pour lui-même. Notons au passage que cela ne l'empêcha pas de vivre jusqu'à un âge respectable puisqu'il mourut en 1931 à l'âge de 80 ans. Comme quoi... (sourire). Passons. L'Uzannie nous réserve encore de belles surprises que je partagerai bientôt avec vous.



Pour l'heure, intéressons-nous à la "bibliophilie de papa", c'est à dire, regardons ce que le bibliophile Uzanne mettait dans ses livres pour satisfaire les bibliophiles de son temps. Prenons pour exemple la décoration intérieure des chemises éditeur pour ses deux ouvrages phares, je veux dire Son altesse la femme (1885) et La Française du siècle (1886). Ces deux ouvrages illustrés sont bien connus des amateurs de beaux livres illustrés et joliment fabriqués à la mode "fin de siècle". Son altesse la femme est publié par A. Quantin en 1885 (achevé d'imprimer le 28 octobre 1884) et La française du siècle, également publié par A. Quantin, sort des presses le 4 novembre 1885. En moins de deux ans Octave Uzanne donne ainsi deux des plus beaux livres dédiés à la femme qui compteront dans le paysage bibliophilique encore jusqu'à aujourd'hui. Technique de reproductions des illustrations innovantes, fabrication avec luxe, papiers et caractères de qualité, font de ces deux livres deux bijoux bibliophiliques indéniables.



Mais il ne faudrait pas oublier que l'ami Uzanne poussait le luxe dans la réalisation de ses livres jusqu'à l'extrême. Ainsi, pour ces deux livres, il a fait réaliser une chemise en carton recouvert d'un papier à l'imitation des cuirs japonais, avec de larges rubans de soie dorés au titre de chaque ouvrage. De prime abord on pourrait croire que l'Octave a fait réaliser un "type" de chemise pour chacun des deux ouvrages. Il n'en n'est rien, ou presque. Je m'explique. Un peu de rangement dans ma "librairie" m'a permis de remettre la main sur quelques exemplaires de ces deux livres, certains avec leur chemise décorée. Il apparait que plusieurs modèles de chemises ont été mis en œuvre pour chacun des deux titres. Le décor extérieur du cartonnage ainsi est différent d'une chemise à l'autre et la doublure intérieure également. Chaque chemise est doublée d'un papier coloré dans le style japonisant. J'ai pu constater plusieurs modèles de papiers utilisés (voir les photographies ci-dessous). Ainsi, sans être des ouvrages au tirage très rare (le tirage sur Japon est à 200 ex. dont 100 ex. réimposés, bien que 100 ex. seulement soient cités à la justification), ces variantes dans les chemises cartonnées décorées en font des ouvrages artisanaux évident. Les chemises ont été confectionnées à la main, visiblement avec les papiers japonais "à disposition" du fabricant. D'ailleurs, bonne question, qui fabriquait les chemises cartonnées de ce type ? L'imprimeur ? Le brocheur ? Je n'en ai pas la moindre idée. Et vous ?

Voici quelques uns des modèles de papier japonisant qui ont servi à doubler les chemises cartonnées de ces deux ouvrages. Je vous invite, si vous possédez l'un ou l'autre de ses deux ouvrages avec leur chemise, de vérifier si vos exemplaires possèdent des papiers de doublure identiques ou s'ils sont différents, de me les envoyer en photo à bertrand.bibliomane@gmail.com


Doublure de papier japonisant pour "La française du siècle" (1886).
Type "feuillage de Ginkgo Biloba vert et rouge".


Doublure de papier japonisant pour "Son altesse la femme" (1885).
Type "cognassiers du Japon en fleurs et érables du Japon".


Doublure de papier japonisant pour "Son altesse la femme" (1885).
Type "cognassiers du Japon en fleurs et érables du Japon, barrières".


Doublure de papier japonisant pour "Son altesse la femme" (1885).
Type "Fleurs et oiseaux".


Doublure de papier japonisant pour "Son altesse la femme" (1885).
Type "chenilles et papillons, dévidoirs à soie".


Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

18 commentaires:

sandrine a dit…

Bonjour Bertrand,

Ce livre est édité par la maison Quantin, et voici ce que j'ai trouvé sur cet imprimeur qui fut l'editeur de collection de beuax Arts que je posséde.
http://www.alienor.org/articles/quantin1/texte.htm

Je n'ai pas le temps de tout lire mais il avait surement son propre atelier de reliure.

A verifier, donc,

Bien à vous
Bonne journée

Sandrine.

calamar a dit…

bonjour,
très belles chemises, malheureusement perdues sur les exemplaires reliés...
A noter que les 2 papiers "cognassiers" viennent visiblement de la même feuille, non ? c'est le hasard du découpage qui donne un résultat différent.
Je n'ai pas de pochette de ces 2 livres, mais j'ai celle du Miroir du Monde. Je regarderai si la doublure est intéressante.

Bertrand a dit…

oui Calamar, la doublure "aux cognassiers en fleurs" est ici montrée avec les deux plats intérieurs. L'intérieur est parfait mais la chemise est usagée à l'extérieur. On a rarement la chance de les voir en excellent état.

B.

Arthur a dit…

Heureusement que vous êtes là, Sandrine, je ne savais pas...

sandrine a dit…

Il n'y a pas de quoi Arthur, j'ai suivi, de prés, la discussion . JAPO...Niaiserie + niaiserie= niaiseries
Quel intêret votre commentaire par rapport au sujet.

Simplement, je faisais remarquer qu'à cette époque, la plupart des ateliers semi industriel naissait en même temps que les grands éditeurs et imprimeurs et qu'il y a de grandes chance pour que ce soit un process d'atelier, comme chez Mame, sans nom particulier à mettre en face... parce que franchement, la gloire, on s'en tape.

Bien à vous Arthur
et au plaisir de lire votre portrait sur l'autre blog.
Sandrine

Hugues a dit…

Belle reliure. Amusant, j'ai eu cet ouvrage il y a quelques années, avec la même reliure, exactement.
Elles étaient donc réalisées en petite série.
C'est très délicat en tout cas.
Hugues
P.S.: et comme dit mon père, mieux vaut une japoniaiserie qu'un américonnerie. (pardon Bertrand, j'aurais pas du) :)

calamar a dit…

après vérification, la pochette du Miroir du Monde est une liseuse, en "cuir japonais". Sa doublure est en tissu (soie ?) uni, avec motif floral brodé. Donc pas de papier...

sandrine a dit…

Quoique en ce moment les américonneries valent bien les japoniaiseries, au moins autant que la connerie bien française, celle là!
on peut la revendiquer haut et fort.
c'est le mot "process" qui a declanché l'americonnerie?
Sandrine.

Textor a dit…

Cliquantes les pages de garde ! Cet Uzanne, tout de même, quelle imagination! Mais où allait-il chercher des papiers pareils? Pas au Bonheur des Dames, je suppose. Importé directement d'Asie?
Textor

Textor a dit…

Pas cliquantes (y clic trop vite le Textor) mais clinquantes, bien sur.

Bertrand a dit…

Nous sommes en pleine période "Japonisme" ... les Goncourt avaient avec d'autres (Gonse notamment) lancé la mode pour tout ce qui venait du Japon. Uzanne était à la mode ! a bibliophile fashion victim en quelque sorte...

B.

Textor a dit…

Donc c'est son relieur qui lui trouvait ces papiers incroyables ?

Textor a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Il devait exister des marchands spécialisés en produits japonais, Samuel Bing (rue Chauchat) par exemple...

La Librairie uzanienne a dit…

Ne trouve-t-on pas des indications sur les goûts et les pratiques d'Uzanne en matière de reliure dans son ouvrage intitulé "La Reliure moderne" (1887) ?

calamar a dit…

au salon vieux papiers de Lyon, il y avait un exemplaire de la Française du siècle, avec la pochette. Mais sa doublure n'était pas en papier japonais... c'était un "vulgaire" tissu (?) bleu uni. Je ne l'ai pas pris... peut-être une erreur ?

Bertrand a dit…

Tout dépend du prix Calamar... et de vos envies... un dilemne perpétuel...

B.

calamar a dit…

eh oui... si on s'écoutait, on passerait son temps à regretter ses choix. ou ses non-choix. Vite une bouteille de Saint-Emilion pour oublier tout çà !
(pour le prix, le vendeur faisait 50% de rabais... mais je n'en ai pas profité. J'ai préféré les 20% d'un autre vendeur).
(comme quoi il n'y a pas que les experts qui donnent des prix fantaisistes)

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...