lundi 12 mars 2012

Facture de bibliophile : Le Comte de Poncins achète un livre chez le libraire Théophile Belin en 1885.



Lorsque je rentre de vacances, la première corvée est celle des factures... une semaine d'absence et votre boîte aux lettres regorge de ces petites bêtes infâmes qui vous gâcheraient même jusqu'à votre retour ébloui d'une visite amoureuse au Taj-Mahal ! Heureusement pour moi, je ne rentrais que du Haut Doubs .... c'est moins fun mais la chute n'en n'est que moins fracassante. Quoi qu'il en soit, j'avais bel et bien plusieurs factures à payer ... Seule une facture se détachait du lot. Je vous la présente pour que vous puissiez juger par vous même.

Facture adressée (par erreur sans doute) au Comte de Poncins par le libraire Théophile Belin en date du 15 mai 1885. Acquisition par le Comte bibliophile du n°2581 DUVAL pour la somme de 20 francs, plus 85 centimes d'affranchissement.

Il ne faudrait certainement pas très longtemps pour savoir à quoi correspond ce DUVAL à 20 francs or, j'avoue que je n'ai pas pour l'heure sous la main les catalogues de la librairie Th. Belin. Avis à ceux qui sont plus organisés que moi ...

J'aime beaucoup ce genre de petits papiers de bibliophiles qui montrent l'activité des collectionneurs d'un autre temps.

Quelques mots sur le Comte de Poncins. Gabriel-Léon de Montaigne, comte de Poncins était né le 5 avril 1832. Décédé le 30 août 1896 à l'âge de 64 ans. Il s'était marié le 24 janvier 1855, à l'âge de 23 ans, avec Pierrette Noémie Périer du Palais. Il était maire de Feurs, en Forez et Président de la DIANA (Société Historique et Archéologique du Forez). Le couple eut cinq enfants dont au moins un, Edmond de Montaigne, Vicomte de Poncins (né en 1866), fut un ardent bibliophile, tout comme son père et sans doute ses aïeux. Bibliophilie de vieille roche dirait-on. Une vente des livres de la bibliothèque du fils, Edmond, fut organisée en juin 2002 par la société de ventes volontaire Rouillac (à l'orangerie du château de Cheverny en Touraine).

Edmond appartenait à la catégorie des aristocrates fortunés qui consacraient alors une partie de leur temps et de leur fortune à des voyages géographico-cynégétiques. Il a écrit, en outre, différents articles la pêche dans le journal anglais : The Field et dans Le Pêcheur de Paris ; des articles sur la convention anglo-russe des Pamirs dans le Daily mail, de Londres ; des articles sur la chasse dans le Bulletin du Saint-Hubert Club, dans l'Acclimatation, dans le Bulletin de la Société centrale de répression du braconnage, de Paris, et dans la Revue algérienne, d'Alger. Parallèlement, il avait réuni une importante collection de livres, qu'il avait fait soigneusement et magnifiquement reliée - sur la noblesse, la Révolution et les émigrés, la chasse et les voyages, et une curieuse série de plaquettes et d'ouvrages sur la Ligue. Ce sont les ouvrages de cette bibliothèque qui ont été vendus à Cheverny en 2002. A noter, à propos de cette riche bibliothèque, qu'un premier ex-libris est réservé pour les volumes relatifs à l'histoire et à la noblesse - un second, tiré en noir ou en bistre, suivant la couleur des gardes des livres, est destiné spécialement à la série des ouvrages sur la chasse. Jusqu'à cette date de juin 2002, ces ouvrages - en parfait état de conservation - avaient été conservés dans la famille dans une propriété de Touraine. Ces volumes sont dans la plupart des cas reliés en maroquin ou en veau, avec des dominantes : triple filet doré sur les plats, double filet doré sur les coupes, dentelle intérieure, dos 5 nerfs orné (ou dos lisse pour les plaquettes), tranches dorées, armoiries centrales (dites "au bouclier" (vicomte de Poncins) ou "aux médaillons ovales" (M.- M. - A. de Biencourt)). Ces informations fournies par la SVV Rouillac sont utiles et j'ai jugé à propos pour les bibliophiles de demain de les rappeler ici.

Il est fort probable que la bibliothèque du fils était composée pour partie au moins des acquisitions du père. On peut donc supposer que ce Duval acheté en 1885 s'est retrouvé dans cette vente de juin 2002. Vous pouvez retrouver les résultats de cette vente ICI.

Par ailleurs la généalogie complète de cette famille est disponible ICI.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

6 commentaires:

Textor a dit…

Le docteur Blanc, dont la bibliothèque savoyarde fut dispersée en décembre 2010, avait la même habitude de laisser dans ses ouvrages les factures des libraires. Voilà qui permet de suivre en partie l'itinéraire du livre. On devrait toujours inscrire sur la garde d'un livre sa provenance, comme on le voit pour les tableaux des Grands Maitres, dans les catalogues des expositions. Mais cette traçabilité est plutot rare pour les livres anciens.

T

Pierre a dit…

20 francs pour un affranchissement à 85 centimes. Peut être pas un ouvrage de valeur ? Par contre, la facture associée est une plus-value pour le livre, aujourd'hui. Pierre

Textor a dit…

Le 29 quai Voltaire est, en quelque sorte, toujours une librairie aujourd'hui, puisque c'est le siège de la Documentation Française, au coin de la rue de Beaune.

Anonyme a dit…

non loin du 17 ... :-)

B.

Gonzalo a dit…

L'assassin habite au 21

Anonyme a dit…

J’ai sans doute la réponse à la légitime question de Bertrand sur le Duval à 20 francs.

Rappelons-nous l’amitié entre Théophile BELIN et Isidore LISEUX dont il a été question sur ce blog l’an passé.

Ils ont coproduits plusieurs ouvrages et BELIN écoulait les éditions de LISEUX.
Admirons aussi la grande discrétion de BELIN dans sa facture au comte de PONCINS… si j’ai raison…

DUVAL (Jacques. Docteur en Médecine) : Traité des Hermaphrodits. Parties génitales, accouchemens des femmes, etc. Ou sont expliquez la figure des laboureur & verger du genre humain, signes de pucelage, défloration, conception & la belle industrie dont use Nature en la promotion du concept & plante prolifique. Réimprimé sur l'édition unique (Rouen, 1612). [Préface d’Alcide Bonneau.]

Paris, Isidore Liseux, rue Bonaparte, n°2, 1880

In-8 de XII-423 pp. Tiré à 400 ex. Prix : 25 fr.

[B. L. : 7641.f.10.]


Notons qu’en cinq ans cet ouvrage cher et d’écoulement difficile était passé de 25 à 20 francs. Aujourd’hui encore, bien relié, il vaut le prix d’un napoléon.

Bonne soirée

Dominique P.

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...