dimanche 18 mars 2012

Une reliure plein maroquin rouge janséniste signée de R. Petit avec un ex-libris aux armes d'Edouard de Turckheim sur L’Apologie pour Hérodote.


Le baron Edouard de TURCKHEIM (1910) par Léon HORNECKER

Source : BNUS


J’ai reçu pour mon soixantième anniversaire un bien joli cadeau :

ESTIENNE (Henri) : Apologie pour Hérodote, ou Traité de la conformité des Merveilles anciennes avec les modernes. Nouvelle édition augmentée de remarques par Mr Le Duchat. Nouvelle édition faite sur la première et augmentée de remarques, par P. Ristelhuber. Avec trois Tables. Paris, Isidore Liseux, rue Bonaparte, n°2, 1879. Deux volumes in-8 de XLVIII-432 et 506 pp. Couvertures de papier parcheminé. Imprimé sur Hollande van Gelder. Prix : 25 fr. [B. L. : 12316.ppp.3. ; BnF. (3 ex.) : Res p-z-518, Res p-z-519, Res p-z-520.] Reliure plein maroquin rouge janséniste, toutes tranches dorées sur marbrures, parfaitement établie par R. Petit, avec sa signature dans la dentelle du contre-plat et un ex-libris aux armes d'Edouard de Turckheim.





Le baron Edouard de Turckheim (1829-1909). Ce maître de forge, de noblesse protestante alsacienne, était marié à Amélie de Dietrich (1841-1874), fille d’un autre maître de forge. C’est l’un des grands acteurs du développement industriel d’Alsace-Lorraine au XIXe siècle : Sidérurgie, construction métallique, mines, puits de pétrole de Pechelbronn (Antar) etc. On le voit ici (avec la barbe blanche) présidant au mariage de sa fille Fanny Amélie en 1897. J’imagine cet ouvrage dans la riche bibliothèque du baron, au château de Turckheim à Dachstein (Bas-Rhin).


[Les photos sont tirées du site de l’Association des membres de la famille de Turckheim :
http://de-turckheim.net/index.php?option=com_joomgallery&view=gallery&Itemid=27 ]

Paul Ristelhuber (1834-1899), écrivain, bibliographe et bibliophile strasbourgeois. Fils d’un médecin psychiatre, il fait des études de lettres à l'université de Strasbourg et à Paris. Il présente une thèse sur Faust, mais sa thèse complémentaire en latin a été jugée insuffisante et il a été ajourné. Il consacre ensuite sa vie aux belles lettres, à la poésie et à la recherche historique, sans autre activité professionnelle. En 1865, il publie une réédition actualisée du Dictionnaire du Haut et du Bas-Rhin de Baquol paru en 1849. Après 1870, il reste fidèle à la France, mais sans quitter l'Alsace et prétend incarner la résistance intellectuelle à l'Allemagne. Il publie alors quatre volumes de notes de lecture, de chroniques et de documents en privilégiant les récits du siège de Strasbourg (1870), ainsi que l'actualité, dont la révocation du maire de Strasbourg Ernest Lauth en 1873. Il se risque ensuite à publier, en 1874 à Paris, un volume collectif, avec la participation de Victor Hugo et de George Sand, intitulé L'Offrande, où ses critiques sévères du Reich sont conformes à l'état d'esprit d'anti-germanisme qui régnait à Paris. Jusqu'alors tolérantes, les autorités allemandes réagissent et le citent devant le tribunal correctionnel de Strasbourg, qui le condamne à deux mois de prison ferme. Rendu prudent, il se consacre désormais à des travaux littéraires moins risqués, comme une réédition de l’Apologie pour Hérodote d'Henri Estienne parue en 1567.



Paule Adamy dans son ouvrage sur Liseux fait état d’une mésentente de P. Ristelhuber avec Alcide Bonneau qui lui fera choisir ensuite d’autres éditeurs. Il a légué ses manuscrits et sa bibliothèque à la Bibliothèque nationale de France. (Source : Dernières nouvelles d’Alsace du 7 mars 2007)

Le Duchat (Jacob), érudit et philologue français, né à Metz en 1658, mort à Berlin en 1735. Il exerçait avec succès la profession d’avocat dans sa ville natale lorsque la révocation de l’édit de Nantes vint briser sa carrière. Le Duchat, qui était protestant, s’adonna alors à des recherches littéraires, et publia à Metz la Confession de Sancy (1693, in-8°), œuvre inédite de d’Aubigné qui fut accueillie par le public avec empressement. Il continua par la publication du Journal de Henri III (1693, in-12). Poursuivi pour ses opinions religieuses, il quitta la France et se réfugia à Berlin. Bien lui en prit, car il fut condamné aux galères par contumace, et ses biens furent confisqués. Le grand électeur de Prusse s’empressa de le traiter selon ses mérites ; en 1701, il le nomma assesseur à la justice supérieure française de Berlin, et l’année suivante, conseiller au même tribunal. Dans cette belle position, Le Duchat se livra tout entier à ses études favorites ; il publia son édition de Rabelais (Amsterdam, 1711, 6 vol. in-8°), et, à la suite, les Quinze joyes de mariage (1726, in-12), le Baron de Foeneste (1729, 2 vol. in-8°), et l’Apologie pour Hérodote (1735, 3 vol. in-8°). L’Académie des sciences de Berlin l’admit en 1715 au nombre de ses membres. Il avait coutume d’écrire ses observations sur les marges des livres de sa bibliothèque. C’est dans ces notes, souvent très-nombreuses, que Formey puisa la matière du Ducatiana. Source : http://projects.chass.utoronto.ca/langueXIX/gdu/berthelin.htm

Je ne ferai pas l’injure à nos amis bibliomanes de faire une notice sur Henri II Estienne (1528-1598), l’un de nos plus grands humanistes, imprimeur, éditeur, philologue, helléniste, etc. Le Grand Larousse, ou à défaut Wikipédia, rafraîchira la mémoire de ceux qui l’auraient oublié.

«L'Apologie pour Hérodote n’offre pas seulement une foison d'histoires constitutives d'une enquête anthropologique; elle présente un réquisitoire contre toutes les formes d'abus et de tromperie, celles auxquelles s'adonnent les marchands, les médecins, les gens de justice, et plus encore les clercs. Henri Estienne dénigre la superstition des catholiques telle qu'elle s'exprime dans leurs livres, mais il s'en prend aussi à la messe, à l'invocation des saints, au culte des images et des reliques… » (Présentation du même ouvrage, récemment chez Droz)

Une nouvelle reliure R. Petit (successeur de Simier) déjà mentionné par Bertrand ici ou là… Qui peut nous en dire plus sur cet excellent relieur ?

Bonsoir
Dominique P.

3 commentaires:

Lauverjat a dit…

De tous les relieurs du nom de Petit au XIXe siècle il doit s'agir de Rémy Petit, actif jusqu'en 1900 au moins. Installé rue du Bac, puis 2, ter passage Sainte-Marie puis 2, rue Saint Thomas d'Aquin à Paris. Il présente à l'exposition universelle de 1867 une reliure orfévrée et doublée de "la vie de César" de Napoléon III. L'orfèvre était Boucheron.

En 1879, date de votre livre, probablement relié un peu plus tard, "Petit Fils" successeur de Jean Simier puis de son père exerçait encore 7 quai Conti. Il signe ses reliures "Petit succr de Simier" ou "Petit-Simier". En 1884 l'atelier adopte la raison sociale Petit-Trioullier puis est repris par Thierry (qui signe "Thierry succr de Petit-Simier)....

Lauverjat

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Rémy Petit avait Victor Hugo comme client.

Textor a dit…

L’apologie pour Herodote est le grand livre de la démystification. Défendre Hérodote que l’on accusait d’avoir composé une histoire fabuleuse, c’est rappeler que la Science doit constamment lutter contre l’obscurantisme et les préjugés.
Une sobre reliure comme je les aime. Merci Dominique pour ce billet.
Textor

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