mardi 23 juin 2009

Renaud de Montauban et le roman de Chevalerie au XV et XVIeme siècle.


Les récits épiques sur
Charlemagne, Roland et les pairs de France, connus en Italie dès le XIIe siècle, y sont récités et copiés en français jusqu’au XVe siècle. Cependant, au début du XIVe siècle, de nouvelles chansons de geste sont composées sous une forme linguistique hybride, en franco-italien ou en franco-vénitien, notamment dans la vallée du Pô. En Toscane, sous l’influence linguistique de Dante et de Boccace (lui-même auteur d’un récit épique en ottava rima, la Teseida), la mise en italien de ces récits va de pair avec l’invention de ce nouveau mètre, l’ottava rima, (stance de 8 vers) qui va bientôt s’imposer dans la poésie narrative italienne. C’est au récit en ottava rima que reviennent la transmission et la floraison des chansons de geste dans l’Italie des XVe et XVIe siècles. Leur succès est attesté par la quantité de titres produits et les nombreuses réimpressions de ces récits épiques. (Roland le Furieux, l’Arioste, Renaud de Montauban, Manbrino, ...) C’est seulement au XVIe siècle que ce genre décline mais il subsistera dans la culture populaire, dans des récits tels que les «trois fils de rois ». (Voir infra)

Le titre présenté ici est intitulé "Inamoramento de Rinaldo da Montalbano", (les Amours de Renaud de Montauban) c’est un poème chevaleresque en 75 chants, 10 stances de 8 vers par page sur 2 colonnes, lettres gothiques. (Pet. In-8 de (191) ff, mq a1)

Imprimé à Venise par Alessandro e frattelli Bindoni, en voici le colophon (fig. 1)


Ce qui est amusant c’est que Brunet nous dit que ce roman "fut découvert par feu le Comte de Boulourdin et sur lequel tous ses soins et ses recherches n'ont pu lui procurer de renseignements satisfaisants. Son excellence conservait ce volume comme le plus précieux de sa collection." (il s’agissait de l’édition incunable de Naples, en 50 stances et non de la mienne !)

De fait, j’ai le même problème avec cette édition du 12 décembre 1522, Impossible de trouver la moindre référence sur ce livre dans les bibliothèques publiques en Europe ou aux États-Unis.

Roman retraçant l'épopée de Renaud de Montauban, l'un des quatre frères Aymon, en lutte contre Charlemagne, avec le cheval magique Bayard, chacune des 75 stances commence par une petite vignette naïve qui représente des scène de batailles, de tournois, l’enlèvement d’une belle captive, etc…

Brunet classe cet ouvrage à Rino car une édition de Milan de 1521 cite Messer Rino comme auteur de l’épopée. Ici, il est fait référence à un certain Sigimberto, mais aussi à Guillaume de Naugis ( voir fig. 2 en haut du premier chant, colonne de droite).


Je vous livre quelques pages de ce curieux petit ouvrage en attendant que les férus de Chevalerie m’en disent plus sur cette édition. (fig. 3 à 5).


Ces ouvrages ont eu de multiples prolongements pendant tous le XVIeme siècle dans des éditions populaires en prose. Ainsi "l’ l’Histoire merveilleuse et notable de trois excellens et très renommez fils de roys". Le livre des trois fils de rois est un copieux récit anonyme, qui a dû être composé aux alentours de 1450, et qui raconte comment les princes Philippe de France, Humphrey d’Angleterre et David d’Ecosse délivrent le royaume de Naples des Sarrasins et épousent trois belles princesses. L'attribution à David Aubert semble fausse, bien qu'il soit au moins le copiste d'un des manuscrits. Si l’écrivain de Philippe le Bon n’est pas l’auteur des Trois fils de rois, il n’en est pas moins fort probable que le scribe soit lui-même intervenu pour retoucher le texte qu’il transcrivait et pour embellir le style de sa source. C'est un récit complètement romanesque, Brunet indique plusieurs éditions de ce roman de chevalerie en 1501, 1504, 1508, également à Lyon, chez Benoist Rigaud en 1579. (Brunet III/1127). (fig. 6)


Bonne journée, Textor

6 commentaires:

Bertrand a dit…

Je ne sais pas vous, mais moi, je trouve que d'un coup, le Bibliomane moderne vient de prendre un sacré coup de "culture" sur le dos ! Et c'est tant mieux.

Merci Textor pour ces navigations livresques, qui font penser (à moi en tous cas), que le livre, mieux que de le posséder, il faut savoir bien en parler.

B.

Textor a dit…

c'est bien simple, quand il a lu votre blog, Sarkozy a limogé le Ministre de la culture illico!! :)

Plus sérieusement, ce papier n'a aucune prétention culturelle, il existe des tonnes de littérature sur ce sujet et ce raccourci ferait frémir les puristes. Mais c'est juste le prétexte pour montrer quelques vignettes du temps des chevaliers. J'imagine que les pages et autres damoiseaux devaient réver d'aventures en lisant ces récits qui se déroulaient dans des lieux exotiques comme le col de Roncevaux !!

Maintenant, trève de rèveries et à vos bibliographies, le premier qui me trouve une référence sur le Bindoni de 1522 gagne une entrée gratuite au marché du livre de la place Saint Sulpice.
T

Bertrand a dit…

Je cherche...

"ferait frémir les puristes"

Evidemment ! Mais les puristes ont cela de commun avec Cyrano qu'ils sont plus dans les Etats et Empires de la lune que sur Terre... donc...
Restons modestes et vulgarisons !

Merci encore,

B.

Bertrand a dit…

Sauf erreur de ma part, cette édition de Bindoni de 1522 de "Inamoramento de Rinaldo da Montalbano" échappe au plus puissant et plus complet moteur de recherche parmi les innombrables bibliothèques informatisées de nombreux pays au monde.

L'adresse est la suivante : http://www.ubka.uni-karlsruhe.de/kvk/kvk/kvk_fr.html

Mais cela ne donne rien... ce qui ne veut évidemment pas dire qu'un exemplaire ne se cache pas, tordu en deux, poussiéreux et désespéré d'avoir été oublié... sous une étagère... d'une bibliothèque ou d'un monastère austère du nord de l'Italie... ou ailleurs.

B.

Léo Mabmacien a dit…

Bertrand, attention aux méta-catalogues comme le KVK. Pour une recherche toute simple cela peut encore aller mais comme il interroge plusieurs bases avec des index et des champs pas toujours identiques, il rapporte souvent peu de réponses dès que l'on complexifie la recherche. Le mieux (mais il faut avoir le temps) est d'interroger chaque catalogue séparément. A ne pas oublier aussi les catalogues des archives municipales, départementales... (pour la France) qui recèlent bien des trésors (et notamment un important fonds d'ouvrages)...
Bon courage à Textor !

Textor a dit…

Merci Leo, je croyais que les grands moteurs étaient exhaustifs, mais votre commentaire m'ouvre de nouvelles possibilités. Je vais commencer ce travail de fourmi...

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