dimanche 7 juin 2009

Les reliures du Second Empire : 1850-1870


Maroquin havane à large dentelle, imitation d'un décor du XVIIe ou du XVIIIe siècle.
reliure non signée.
Reliure exécutée Vers 1860.


Ces reliures datent des années 1850 à 1870 environ.

Jusque vers 1845-1848, les maîtres d’alors : Bauzonnet, Simier,…ont varié à l’infini la forme et la disposition des fers romantiques.

Soudainement, vers 1850, tous ces fers n’ont plus été utilisés, la reliure pleine n’offre plus alors que des entrelacs du XVIe et des fers du XVIIe et XVIIIe siècle.

Pendant vingt ans, la reliure ne se renouvellera pas et se contentera d’imiter le passé.

Dès 1850, une nouvelle génération de bibliophiles ne se contentent plus des misérables reliures du temps passé qui sont devenues des objets d’horreur.

Aussitôt le livre acquis en salle des ventes ou chez le libraire, le nouveau bibliophile n’a qu’une hâte : lui enlever sa grossière enveloppe aux fers naïfs et au cuir usé ; même les reliures armoriées et les maroquins ne trouvent pas grâce à leurs yeux.

Mr Bénard, le restaurateur de reliures, rapporte que les murs de l’atelier de son père étaient tapissés de plats en maroquins anciens armoriés, que ses clients lui avaient abandonnés.

Veau blond avec filets dorés. Reliure non signée exécutée vers 1870-1880 ?


On rapporte aussi, que feu le baron James de Rothschild, dans son impatience de voir ses volumes nouvellement acquis à Drouot , armé de son canif, dépiautait le précieux volume de ses plats, de son dos et de ses gardes…

Les relieurs Trautz, Belz-Niedrée (spécialiste des dos ornés à la grotesque et exécutés en série pour les volumes courants), Petit, l’atelier de Capé, Thibaron-Joly, Lortic (qui a le secret des fines reliures aux nerfs étroits et pointus, il sera imité…mais jamais égalé), Masson, Debonnelle, Amand (qui parfois dorait la totalité du dos, de la tête à la queue),…ces habiles artisans étaient chargés de revêtir le livre d’habits neufs…

Les relieurs adopteront les trois nuances les plus fréquentes dans les maroquins du XVIIe et du XVIIIe, à savoir : rouge, rouge et …rouge (non, Bertrand, je plaisante ;-)), donc nous disons : rouge groseille, dit rouge de Strasbourg, le bleu foncé, le vert foncé, parfois tête de nègre ou lavallière foncé.

Le cuir sera un maroquin au petit grain, pourtant différent du maroquin ancien, mais c’est celui qui s’en approche le plus.

Maroquin brun, décor à la Duseuil et dos richement orné aux petits fers.
Reliure non signée exécutée vers 1865-1875.



Les fers d’ornements seront regravés, selon les types de Boyet, Duseuil, des Derôme ou des Padeloup ; le progrès aidant ces fers seront plus nets que leurs modèles.

Maroquin rouge, dos richement orné aux petits fers. Exemplaire lavé et encollé.
Relié sur brochure. Reliure signée Duru et datée 1854.



Les tranches jaspées ou rouges, après rognage seront dorées directement, ou parfois sur un fond peigné.

Avec tout cela vous avez un volume flambant neuf sur un livre de trois siècles ; aussi frais et plus « beau » que si il sortait de chez son premier relieur !

Maroquin rouge, dos richement orné aux petits fers, filets. Reliure signée Canape (père) et exécutée probablement vers 1860-1870.


Les livres peuvent aussi avoir étés lavés, et, réencollés : plus aucunes rousseurs, ni de notes manuscrites ; rien ne résiste.

Oh, il y a bien quelques grincheux, non pour regretter les hideuses reliures du temps ; mais pour critiquer dans les nouvelles l’excès de dorure. Bientôt celui-ci sera satisfait par les reliures jansénistes : sans ornements, dorures et même sans filets à froid, sous l’apparence de la simplicité c’est aussi un massacre des reliures anciennes.

La demi-reliure : Elle emploiera toutes sortes de cuirs : du maroquin, chagrin, veau, cuir de Russie dans toutes les nuances ; sauf le citron réservé à cette époque aux livres badins ( ?).

Les plats sont revêtus de papier dit Annonay, le plus souvent gris-fer, mais parfois aussi rose sombre, bleu sombre, orange foncé ou vert sombre. Plus tard, le papier peigné, que l’on trouve pour les gardes, passera sur les plats.

Le caractère du titre, comme pour la tomaison est le caractère maigre ; les chiffres arabes ont cédé la place aux chiffres romains, la date au dos est toujours en chiffres anciens.

Le dos s’arrondit sensiblement pour devenir complètement rond, toute espèce de dos plat disparait.

L’ornementation des dos est identique à celui des reliures pleines : fers à l’oiseau, petits fers, fers à la rose, à la grotesque.

Maroquin rouge, décor à froid et doré au dos et sur les plats.
Reliure signée SMEERS et probablement exécutée vers 1875.



Les reliures du Second Empire sont donc des ouvrages vêtus de la même façon que dans le style du XVIIe ou XVIIIe siècle.

Dans cet article les photos sont de Bertrand, Merci à lui.

Xavier

D’après Fernand Vandérem, La bibliophilie nouvelle, T.2, 1927-1932

7 commentaires:

Mandragore a dit…

Bonjour,

Xavier, encore merci pour ces précisions, j'en apprends chaque jour davantage.
Juste une petite question, s'agit-il d'emboîtages comme pour certains ouvrages romantiques (cf : article de Bertrand hier) ou de reliures avec passure?

Bertrand a dit…

Je me permet de répondre, concernant ces reliures du second empire, il s'agit de véritables reliures, cahier cousus sur ficelles (vrais nerfs).

C'est l'époque, à mon sens, où la finesse du corps d'ouvrage est arrivée à son maximum dans l'histoire de la reliure d'art.

Bien qu'au XVIIe siècle (vers 1690-1700), avec les Boyet et ensuite les Padeloup et autres, on se trouve également en face de personnes qui cherchaient la perfection dans le corps d'ouvrage, plus encore que dans le décor doré.

Au XIXe siècle la perfection se trouve en tout (quand on parle de reliures de belle facture - il y avait aussi de mauvais relieurs à cette époque...)

Par contre, excès de tout dans la finesse peut amener au vice...
On a par exemple le peu de solidité des mors à cette époque, la peau étant parée si fin à cet endroit que les reliures craquent et le cuir se fend assez souvent.

C'est ce que j'ai pu constater sur les reliures de Trautz-Bauzonnet qui parait si fin le cuir pour la couvrure.

B.

Mandragore a dit…

Merci pour votre réponse Bertrand.
C'est justement l'extrême finesse de ces reliures qui me faisait penser des emboîtages car la passure est totalement invisible donc il est malaisé (en tout cas sur photo) de faire la différence.
Sauriez vous me dire quel type de passure était employé à l'époque? Le carton est-il "creusé" à l'aplomb des ficelles pour rendre leur passage invisible? Le faux-dos est extrêmement bombé, irait-il jusqu'à recouvrir très légèrement l'emplacement de la passure (ce qui nécessite une "gorge" au niveau du mors pour une ouverture maximale des plats)?
Après promis, j'arrête avec mes questions...
Mandragore

Bertrand a dit…

Je ne suis malheureusement pas technicien de la reliure pour pouvoir vous répondre avec certitude, ce que je peux vous dire c'est que quelquefois, même paré très fin, on distingue les ficelle, mais rarement,

B.

Elrandil a dit…

Bonjour à tous, j'ai lu cet article avec beaucoup d'interêt, merci de l'avoir écrit.
J'ai aussi une question, peut-être pourrez-vous m'aider: existe-t-il toujours des artisants relieurs de ce niveau en France et si oui qui sont-ils?
merci d'avance
cordialement

Bertrand a dit…

Cher Elrandil (ça sent l'elfique à plein nez ce pseudo... j'ai été maître de jeu avant de devenir bibliophile...),

merci de votre message,

oui de tels relieurs existent encore, mais il faut bien les chercher, à chaud comme cela je citerais des relieurs comme Devauchelle fils, Alix (je ne sais pas s'il exerce encore), pour les autres j'en connais qui exercent plus dans le domaine de la reliure contemporaine.

Si vous avez des adresses de très grands relieurs actuellement en activité... je suis preneur également.

Merci de nous lire.

B.

Textor a dit…

Claude Honnelaitre.

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