mercredi 17 mars 2010

Bibliographons un peu ! La légende des sexes du Sire de Chambley en questions (1883).




Je l’ai déjà écris ici à d’autres occasions, la bibliophilie nous en apprend tous les jours, et même, plusieurs fois par jour. Voici une ordonnance que votre médecin traitant ne désavouerait pas !

Aujourd’hui, l’occasion m’est donnée de me pencher au plus près d’un ouvrage que je n’avais encore jamais croisé jusque là. Eh oui ! La bibliophilie est un pays si vaste à visiter que seuls les centenaires sont à même d’en connaitre toutes les contrées. Je n’ai guère plus du tiers. Le temps fera donc mon affaire à moins que la faucheuse n'en décide autrement…



De quel ouvrage vais-je vous parler ? « La légende des sexes. Poèmes hystériques. » par Le Sire de Chambley (Edmond H…).

La légende des sexes !! Quel titre !! Tout le succès de ce recueil de poésies hystériques était déjà dans le titre. J’ai en commun avec un ami du pays de Tartarin la faiblesse de croire que d’un livre nouveau on peut n’écrire que le titre.



Voici la description du volume que j’ai sous les yeux.

Il s’agit d’un volume broché, tel que paru, de format in-8 (228 x 144 mm), sous couverture de papier beige, imprimée en rouge et noir (voir photo de la couverture), le titre est repris en long, au dos, en caractères noirs. La couverture porte dans un petit décor la date de 1882 et la mention « Imprimé à Bruxelles pour l’auteur ». La page de titre, brochée ici avant le faux-titre, contient exactement le même texte que la couverture mais imprimé en noir. On lit imprimé au verso du feuillet de titre les mots suivants : « Cet ouvrage a été tiré à deux cent exemplaires, non mis dans le commerce. » Le faux-titre contient uniquement en lettres majuscules et en noir « LA LEGENDE DES SEXES ». Un feuillet contenant l’épigraphe latine « Noctù qui juvenis leget haec mea carmina solus Ardentem librum tollat utrâque manu. » a été broché par erreur après les premiers feuillets de la préface. La préface commence à la page 7 (non numérotée) et va jusqu’à la page 19. La préface est signée Edmond de Chambley. Les poésies commencent avec la page 21 (non numérotéé) et un poème intitulé « Le coït des atomes ». Le dernier poème s’achève à la page 143 (imprimée uniquement au tiers supérieur), vient ensuite la table qui va jusqu’à la page 147. Vient ensuite 1 feuillet d’achevé d’imprimer « Le quinze avril mil huit cent quatre-vingt-trois », et 1 feuillet blanc. Chaque poème commence par un petit bandeau mince gravé sur bois (feuillages) et on trouve souvent un petit fleuron en guise de cul-de-lampe à la fin de chaque pièce en vers. Le papier utilisé semble être un papier de type « Alpha », avec des rousseurs assez irrégulièrement réparties dans le volume. Voici pour la description matérielle.



Qu’en est-il de ce volume ? S’agit-il de l’édition originale publiée à compte d’auteur par Edmond Haraucourt en avril 1883, comme indiqué dans l’achevé d’imprimer ? C’est bien là le problème ! J’ai regardé les différentes bibliographies qui citent et étudient cet ouvrage. Ca ne colle pas ! Le volume que j’ai dans les mains n’a ni été numéroté, ni signé par Haraucourt, Vicaire malgré une collation identique, indique que les exemplaires sont soit sur papier vergé soit sur papier du Japon (12 exemplaires seulement), tous les exemplaires devant être signés par Haraucourt. En visitant Pascal Pia et ses Livres de l’enfer, on est guère plus avancé. Le format de l’exemplaire que je vous présente correspond bien exactement, au millimètre près à celui de l’EO décrite par Pia. Seulement la justification du tirage imprimée est un texte différent. Pia décrit un exemplaire qu’Haraucourt a offert à la BNF avec quelques corrections. Dans l’exemplaire que je vous présente, les fautes ne sont pas corrigées. Pia cite également un exemplaire « sans numéro » portant la mention autographe suivante : ceci est mon propre exemplaire. Edmond Haraucourt. Pia cite une édition de 1893, méchante contrefaçon d’après Haraucourt lui-même, donnée par « ce bandit de Kistemaeckers ». Ce n’est pas notre édition. La pagination est différente.



On sait qu’il a été fait des contrefaçons de cette édition à petit nombre, c’est Haraucourt lui-même qui s’exprime ainsi dans le Bulletin du Bibliophile (1897) :

« Un de nos abonnés nous écrit pour nous demander quelques renseignements au sujet de la Légende des Sexes, du sire de Chambley [Edmond Haraucourt] et des diverses éditions de ce livre que l'on rencontre en librairie. Il n'y a jamais eu qu'une seule édition reconnue par l'auteur auprès de qui nous nous sommes informés et qui nous a fait la déclaration suivante : Plusieurs éditions de la Légende des sexes ont été tirées par des falsificateurs ; les désignations diverses rencontrées dans les catalogues de librairie me font supposer qu'il existe au moins deux on trois falsifications ; je ne les ai jamais vues ; elles sont, paraît-il, pleines de coquilles et de vers faux ; j'ai lieu de croire que ces volumes ont été composés en Hollande. Toute mention indiquant que j'ai pris part à leur publication est mensongère. « L'édition véritable, faite par mes soins, exécutée par un petit imprimeur de province (en dépit de la mention « Imprimé à Bruxelles »), commencée en décembre 1881, terminée en avril 1883, brochée en mai de la même année, comporte trois types différents, tous les trois de format in-8, ainsi qu'il est énoncé au verso du fauxtitre : 1° une série sur papier vélin ; 2» une série sur papier vergé : 3" douze exemplaires sur papier du Japon. « Ces trois types sont les seuls que je reconnaisse. Ils ne contiennent aucune illustration. L'ouvrage original n'a jamais été mis dans le commerce ; tons les exemplaires sont numérotés de ma main et signés, soit de mon nom, soit du pseudonyme qui figure comme nom d'auteur. » Cette déclaration est catégorique et de nature à dissiper toute équivoque."

Alors ? Qu’en est-il de cet exemplaire qui n’est pas numéroté, dont la justification du tirage imprimée est différente de celle donnée par les bibliographies, avec une pagination identique, un papier pourtant apparemment différent (ici un Alpha de piètre qualité) ??

Peut-on supposer que l’exemplaire présenté serait une contrefaçon non répertoriée ? un « tirage d’essai » de la véritable EO sur un papier courant, exemplaire de passe en quelque sorte ??

Je vous laisse là avec mes non-conclusions. Possédez-vous un exemplaire de la véritable EO signée par Haraucourt ? Ne pourrions-nous comparer nos exemplaires pour en savoir plus ? Je fais appel à votre bonne volonté et à votre curiosité en la matière. N’hésitez pas à me contacter par mail à bertrand.bibliomane@gmail.com

Je ne vais pas vous laisser seuls, derrière votre clavier insipide, sans vous délivrer une des ces belles poésies hystériques, extraordinaires et scandaleuses à leur parution en 1883.

Bonne lecture.



Sonnet honteux

L'anus profond de Dieu s'ouvre sur le Néant,
Et, noir, s'épanouit sous la garde d'un ange.
Assis au bord des cieux qui chantent sa louange,
Dieu fait l'homme, excrément de son ventre géant.
Pleins d'espoir, nous roulons vers le sphincter béant
Notre bol primitif de lumière et de fange;
Et, las de triturer l'indigeste mélange,
Le Créateur pensif nous pousse en maugréant.
Et un autre…


Sonnet pointu

Reviens sur moi ! Je sens ton amour qui se dresse ;
Viens, j'ouvre mon désir au tien, mon jeune amant.
Là... Tiens... Doucement... Va plus doucement...
Je sens, tout au fond, ta chair qui me presse.
Rythme bien ton ardente caresse
Au gré de mon balancements,
O mon âme... Lentement,
Prolongeons l'instant d'ivresse.
Là... Vite !
Plus longtemps !
Je fonds ! Attends,
Oui, je t'adore...
Va ! va ! va !
Encore.
Ha !


Et pour finir...



La jeune

J'ai rêvé d'une vierge impécable, aux yeux froids,
Qui d'un bond, émergeant des moiteurs de sa couche,
Vient accrocher le poids de son corps à ma bouche
Et pointe sur mon coeur le roc de ses seins droits.
Longtemps, pieuse et chaste, elle a porté la croix
De l'orgueil vertueux que nul désir ne touche ;
Mais voilà que le rut s'est éveillé, farouche,
Et la chair en révolte a réclamé ses droits...
Elle plaque à ma peau la peau d'un ventre ferme,
Et furieusement crispée, elle m'enferme
Dans l'effort ingénu de sa lubricité.
Ses canines d'enfant mordent ma chair de mâle...
A moi, toute ! Et la fleur de sa nubilité,
Pourpre, s'épanouit sous l'onde baptismale.



Bon, allez, j'vous laisse, j'vais m'en r'lire un p'tit !

PS : Je ne sais pas si le verbe "bibliographer" existe ou non. Si ce n'est pas le cas, je l'invente et le dépose à vos pieds. Bibliographer : écrire sur les livres et par extension écrire sur l'amour des livres. Avis aux orthographicateurs-typogynécologiques et autres académiciens es Lettres Modernes !

Bonne journée,
Bertrand

35 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

J'ai rencontré l'édition plus récente : Paris, Frans de Geetere, 1930 (ou ca. 1950), à l'enseigne du bibliophallus.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

On doit dire "bibliographier"
("Bibliolexique à l'usage de l'amateur de livres", Paris, Editions des Cendres, 2007, p. XVI).

Bertrand a dit…

bah moi bibliographier ça me plait pas !

Alors je dis bibliographer, dans le sens que j'ai dis plus haut. Peut-être dans un sens un peu plus populaire d'où la disparition du "i".

Bibliographer ou causer bouquins !

PS : un mot de plus pour ton Bibliolexique. Ne remercie pas l'inventeur (sourire).

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Ce n'est qu'un problème de grammaire, tout le reste est bon :
je bibligraphie
tu bibliographies
il ou elle bibliographie
nous bibliographons
vous bibliographez
ils ou elles bibliographient

Bertrand a dit…

Ah ouais tu crois ?

Regarde ! Du néo-verbe bibliographer :

je bibligraphe
tu bibliographes
il ou elle bibliographe
nous bibliographons
vous bibliographez
ils ou elles bibliographent

qui donne à la deuxième personne de l'imparfait du subjonctif : Que tu bibliographasses (mais comme il est imparfait de toute façon le subjonctif...)

Et hop !

Facile non ?
Etonnish nein aurait dit M. Cyclopède ?!

Bon tout ça, ça ne nous dit pas ce qu'il en est de cette édition sans numéro et sur papier môche de cette Légende des siècles d'avril 1883...

B.

Bertrand a dit…

Légende des siècles.... lapsus clavieri !!!

Le Père Hugo me pardonnera cette méprise qu'Haraucourt voulait induire de toute façon ... le vilain !

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

je bibliOgraphie, bien sûr.

Bertrand a dit…

Bien sur mon Capitaine !

O capitaine mon capitaine !
le matelot s'est encore pris les pieds dans l'clavier !!

B.

Bertrand a dit…

Je viens de regarder la Bibliographie de Dutel (j'avais oublié...), il ne cite pas d'autres éditions.

L'édition que j'ai présenté correspond à l'EO mis à part l'intitulé imprimé de la justification du tirage.

Mystère...

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Intéressant.
Tu vas trouver.
Ce n'est pas mon "domaine".

martin a dit…

Franchement dit, je ne vois pas le problème. Une contrefaçon.

Bertrand a dit…

Franchement dit, comme dirait Cyrano, c'est un peu court jeune homme !

Il faudrait voir à argumenter un peu M. le Germain !

B.

martin a dit…

Si j'ai bien compris, on lit sur le verso du titre de l'original: "Il a été tiré de cet ouvrage deux cents exemplaires, en deux séries, et douze exemplaires sur Japon. Ces volumes, tous numérotés et paraphés par l'auteur, ne pourront être vendus."
Ou 200 et 12, d'après Gay.

Bertrand a dit…

oui, c'est ça,
et dans mon exemplaire, la phrase en photo, différente. Sinon tout le reste est identique (pagination), les ornements typographiques aideraient à savoir. Si quelqu'un possède la vraie EO ?? et nous lit.

B.

Raoul Viergerie a dit…

Mais d'où "Le Bibliophile Rhemus" tient-il que l' édition "A l'enseigne du Bibliophallus" est illustrée par Frans de Geetere ?????

Bertrand a dit…

M. Raoul possèderait-il un exemplaire de cette EO de la Légende des sexes ?

B.

Raoul Viergerie a dit…

Oui bien sur, mais Raoul est en déplacement (donc pas ses livres sous la main) ; cependant il prépare quand même pour ce soir une réponse un peu plus longue

(Heu, l'illustrateur de l' édition du Bibliophallus, c'est George Villa évidemment...)

Bertrand a dit…

Je trépigne d'impatience !!

B.

Raoul Viergerie a dit…

Comme tout collectionneur un tant soit peu sérieux de curiosa, j’ai vu énormément d’exemplaires de l’EO, tous signés par Haraucourt, et j’en possède évidemment plusieurs. Rien d’extraordinaire à cela, ce livre est un des curiosa les plus courants encore de nos jours (en conséquence il ne vaut pas très cher), pour une raison très simple : non mis dans le commerce, les exemplaires ont été offerts par l’auteur à des gens plus ou moins « importants" dans le milieu culturel, et les descendants de ces gens là, plutôt éduqués, ont peu jeté les livres, contrairement aux veuves ou descendants de collectionneurs de milieux plus frustres (ainsi de cette famille qui à Langennerie a coté de Tours, il y a dix ans, a brûlé XXXX…mais c’est une autre histoire). Pour la même raison, on trouve souvent cette EO en « Unica », les destinataires ayant souvent commandé des reliures et/ou des illustrations aux artistes du moment (on citera pour le plaisir l’exemplaire offert à Wanda de Boncza par Haraucourt « qui espérait qu’elle y promènerait ses doigts de satin », reliure de Marius Michel, aquarelles de Louis Morin réalisées en 1922 sur commande d’un collectionneur belge…). Gérard Nordmann avait foultitude d'exemplaires uniques de cette EO (ma mémoire hésite entre 5 et 13, mais je ne suis pas sur de ne pas confondre avec l’EO du Manuel de Civilité qu’il avait également en nombre).

Tout ca pour dire que la justification d’au moins un de mes exemplaires de l’EO (signé par Haraucourt comme les autres) est très légèrement différente de celle donnée par Dutel…. Il y a donc manifestement matière à enquête sur les variantes de l’EO !! (À moins que Dutel ne se soit tout simplement trompé ? je n’ai jamais pris la peine de vérifier sur mes autres exemplaires ; en tout cas, il a bel et bien omis de signaler – peut-être l’ignore-t-il ? - qu’il existe un bifolium (tiré à 50 exemplaires) pour compléter l’EO ; ce bifolium reprend l’« Hymne des Noyés », un poème composé trop tard par Haraucourt pour être inclus dans la composition du livre).

Quand à votre exemplaire, non signé, toutes les caractéristiques à part la justification et le fleuron de la page de titre semblent correspondre à l’EO et il pourrait fort bien s’agir d’exemplaires de passe inconnus d’Haraucourt lui-même, les imprimeurs clandestins étant souvent les premiers a pirater leurs propres auteurs (on n’est jamais aussi bien…) ; il pourrait tout aussi bien s’agir aussi de simples différence de composition entre la série A (sur vergé) et la série B (sur vélin) (séries mentionnées à la justification de l’ EO, ce que semble ignorer Vicaire) ; mais le fait qu’un feuillet ait été mal broché m’interpelle aussi car Haraucourt surveillait de très prés son ouvrage (conçu dés le départ comme un cadeau réservé à quelques destinataires triés sur le volet) et n’aurait pas laissé passé cela ;donc peut-être tout simplement d’une contrefaçon pas encore documentée (Haraucourt lui-même parlait dés 1897 de « plusieurs contrefaçons »).

Bref, mystère et boule de gomme ! Mais on peut s’ amuser, à plusieurs, à classifier tout ca.
Je ressortirai mes exemplaires pour comparaison quand je repasserai en France dans quelque temps.

Mais d’ici là, je suis quasi certain que le Vicomte Kouyakov possède un (des)exemplaires également et qu’il peut nous fournir des scans rapidement.

Vicomte ?

Bertrand a dit…

Merci Raoul pour ces explications qui éclaire le profane que je suis en "Légende des sexes" .

Attendons ce que le Vicomte Kouyakov aura à nous dire sur le sujet.

Pour vous remercier de votre commentaire, regardez bien le prochain billet, cette escapade nocturne est pour vous !

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

A Raoul Viergerie,

Bonne question que la vôtre.
Je n'ai pas noté la référence pour l'illustrateur, ne m'intéressant à l'époque qu'au mot "bibliophallus" pour mon "Bibliolexique".
Je vais essayer de retrouver mes sources.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

A Raoul Viergerie,

J'avais noté :

" S.l. [Paris], s.d. [ca.1940].
In-4° , 169 p., 12 eaux-fortes aquarellées attribuées à Georges Villa (1883-1965).
Tirage 210 ex. numérotés.
(Pia I, 711-712 : ill. de Frans de Geetere)"
réf. Bloomsbury Auctions Italia 11/12/2008

Cette Salle de ventes semble avoir confondu son exemplaire avec l'édition de Paris, 1930 "Imprimé sous le manteau et ne se vend nulle part", in-8°, tiré à 200 ex., avec 16 pointes sèches non signées attribuées à Frans de Geetere (1895-1968)
réf. Pia, Enfer, 768, Dutel II, 1841.

Avec mes excuse : je suis très ignorant dans le domaine des "Curiosa".

Vicomte Kouyakov a dit…

Bie amusant, cet ouvrage quisuscite une véritable polémique!Mes félicitations à de la Vergerie qui est, certes, le plus proche de la vérité et de surcroît, parsemée d'anecdotes intéressantes. Evitons une nouvelle querelle entre les anciens et les modernes!J'ai , sans doute, parmi d'autres l'edition originale, rare, imprimée hors-commerce à 212 exemplaires, numérotés et signés par l'auteur " pour un ami inconnu," souvenir du temps où l'auteur était jeune, Edmond Haraucourt, n°25, les bibliophiles du Cornet". Le livre fut imprimé à Nevers pendant que l'auteur y séjournait en qualité de rédacteur-gérant de la République. L'exemplaire est enrichi d'une rare suite, imprimée à 60 exemplaires pour les bibliophiles du Cornet; ces lithographies réalisées par <<Georges Villa, à l'occasion du dîner annuel de la Société, qui honorait Haraucourt cette année là: 80 convives étaient de la partie, pour déguster le menu, lui aussi illustré par G.V. et imprimé à 80 ex.réservés aux seuls membres et numérotés par Villa ( amuse -gueule dijonnais, truites à la franc-comtoise, civet de lièvre, suivant le rite des ancêtres bourguignons, accompagnés des mousserons de Paris , à la façon du maître-queux Honoré.. etc..).
Fondée par Alfred Bertrand, avec Paul Delemet et Georges Courteline, les membres de cette société s'engageaient seulement à jouer aux dés, à l'aide d'un cornet de cuir et elle devint un des dîners d'artistes les plus courus de Paris!
Il ne faut pas dénier la rareté du premier tirage car l'auteur, lui-même en a détruit la plupart des exemplaires!
J'ai aussi en ma possession d'autres exemplaires dont un, superbe plein, maroquin violet dent. int. et motifs érot. qui contient en plus le poème "Résignation¨, signé de la main d'Haraucourt! Ce dernier , enrichi, postérieurement de la suite, en 1er tirage des 12 e.-f. de Martin Van Maele.J'avais aussi cédé, jadis à Gérard Nordmann qques éditions uniques dont une Légendes des sexes avec 16 aquarelles originales d'Henry Goussé, de toute beauté et un exempl. truffés de dessins de Vizet ( Luc Lafnet) Pout terminer, l'edition la plus médiocre, remplie de fautes et autres aurait peut -être été éditée par Kistemaeckers en 1883. Mon édition,reruffées de dessins à la plumes ( encre et couleurs), par un artiste du temps, je l'ai gardeé pour ces illustrations érotiques qui ne manquent pas de charme.
J'inviterais, maintenant, mon ami de Hollande H.V.D.K. qui, lui, s'est encore plus spécialisé dans la légende, du moins par le nombre important de ses éditions variées et ilustrées de cette F.. légende, d'y apporter aussi son grain de sel personnel!
En conlusion, édition courante, pas trop chère, actuellement,... , j'en doute, vu les derniers prix relevés chez deux libraires bien connus et qui vont de 3.400 DM. en 1997 à 7.500 euros , il y a peu de temps!!
Une bonne journée à tous.

Bertrand a dit…

Merci pour votre commentaire détaillé Vicomte !

Mais quid de ce tirage à la justification bizarre ??!! tout au moins différente de celle imprimée dans les 212 ex. du tirage de l'EO indiquée par Haraucourt lui-même ??!!

La question reste en suspens.

B.

Raoul Viergerie a dit…

Cher Vicomte,

Je n’ai pas de particule, c’est Viergerie tout simplement, pas « de la Vergerie ». Confusion amusante, qui arrive souvent, Vergerie etant un auteur de romans SM des années 30…

Il n’y a aucune intention polémique dans mes réponses, juste de l’amusement envers cette énigme des variantes/contrefaçons de l’EO de La Légende.. et de la passion en général pour les curiosa.

Par « pas cher », j’entendais pour des exemplaires courants de l’EO (ou supposés tels), brochés avec envoi, pas pour les Unica évidemment…l’exemplaire de Bertrand a fait 45 € sur eBay ce mois ci, quand à moi j’en ai acheté plusieurs (en bon état) entre 200 et 300 € ces dernières années chez des libraires…

Je ne crois pas à la légende selon laquelle l’auteur aurait détruit lui-même les exemplaires, car il en a signé même quarante ans plus tard (ainsi l’exemplaire de Edmond Benoit Lévy) !! Je crois plutôt qu’ Haraucourt a fait courir le bruit de sa repentance lorsqu’il candidatait à l’académie, mais que ce n’était que paroles. En tout cas, et votre réponse le prouve, vous conviendrez avec moi que ce curiosa n’est pas vraiment rare même de nos jours : nous en avons tous deux plusieurs exemplaires (les vôtres mieux que les miens) et que dire de H.V.D.K, A.K-S, A.D, R.W, G.S et autres collectionneurs : à cinq ou six on doit bien en avoir une vingtaine d’exemplaires !

Une question : vous reproduisez la fiche de libraire de l’exemplaire proposé il y a quelque temps par la Librairie Walden (celui avec les planches de Villa pour les Bibliophiles du Cornet) : dois-je comprendre (car je ne suis pas sur de vous avoir bien compris) qu’il est maintenant en votre possession ?

L’identification des variantes et contrefaçon de l’EO, on s’y met à plusieurs ? Si jamais H.V.D.K peut nous envoyer, depuis La Haye, quelques scans, ils seront les bienvenus !

Raoul

Bertrand a dit…

45 euros ! c'est exact. Le prix de la curiosité pour quelqu'un qui n'avait jamais eu en mains cet ouvrage dans une édition ancienne.

B.

Pierre a dit…

Commentaires magistraux : On ne rigole pas avec le curiosa, je vois !
Pierre

Bertrand a dit…

Légende des sexes suite et peut-être fin : Le Vicomte Kouyakov voit là où je n'avais pas pensé à regarder.

Cette édition est décrite dans la Bibliographie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en français entre 1650 et 1880, chez l'auteur, 2009, à la fin de ce volume on trouve en effet un addenda aux bibliophiees des ouvrages érotiques publiés clandestinement entre 1880 et 1970. C'est donc à la page 652 sous le numéro 444bis qu'il faut regarder. Il est dit : Edition publiée en 1883 à Bruxelles par Kistemaeckers. Il s'agit d'une contrefaçon de l'EO dont se plaint Haraucourt. Tirage à 200 ex. Achevé d'imprimer le 15 avril 1883.

La date de 1882 sur la couverture et sur le titre se trouve dans un décor à cartouche rectangulaire et non pas ovale (comme dans la véritable EO).

Voici donc la chose vraisemblablement classée !

Merci Vicomte.

L'idée d'une bibliographie (publiée ici ou ailleurs) des éditions de la Légende des sexes lancée par Raoul Viergerie me plait. Qui se lance ?

B.

Raoul Viergerie a dit…

Merci beaucoup pour cette information. Effectivement, la question concernant votre exemplaire semble maintenant bien classée. Du même coup, cela m’a permis aussi d’identifier un des miens.
Il reste cependant bien un petit mystère concernant les exemplaires de la vraie édition originale (ceux signé par Haraucourt) : j’avais noté quelque part que la justification des miens ne correspond pas exactement à la transcription donnée par Dutel, qui elle-même ne correspond pas exactement à celle donnée par Pia ! Alors ? Existence de plu-sieurs tirages ? Inattentions des bibliographes ? J’aimerai percer ce petit mystère. Le Vicomte peut-il aider ?
J’avais noté aussi que le catalogue Eros au Secret de la BNF parlait d’une édition ori-ginale « à cinquante exemplaires »…
Je reviens maintenant sur la rareté de cette EO dans Haraucourt aurait lui-même dé-truit les exemplaires : j’ai trouvé sur un blog dédié aux sociétés de peintres parisiennes du début de siècle l’ information suivante : “Haraucourt’s 1882 hors commerce édi-tions of La Legende des Sexes were distributed by the Bibliophiles of the Cornet in 1931, with 12 lithographs by Georges Villa” ; on sait d’ après l’ exemplaire apparem-ment acheté récemment par le Vicomte Kouyakov à la Librairie Walden que les plan-ches de Georges Villa avait été tirées à cette occasion à 60 exemplaires : chacun conviendra que si en 1931, soit 48 ans après 1883, Haraucourt comptait encore distri-buer 60 exemplaires de son édition originale, c’est bien qu’il ne les avait pas détruits ! (A moins, bien sur, que tout ce qui précède ne soit faux).
Pour les amateurs, je précise qu’il y a un exemplaire intéressant en vente en ce mo-ment : 1/12 Japon, splendide reliure mosaïquée de Charles Meunier (représentant le bol sein de Marie-Antoinette), envoi à Paul Eudel…Il y a également de disponible un exemplaire de la contrefaçon de 1893, reliure de Charles Meunier, 19 aquarelles ori-ginales. Hélas, dans les deux cas, les prix ne sont pas ceux d’ eBay…aarrgh. L’exemplaire Wanda de Boncza a été adjugé 5 000 € lors de la vente Jean Bloch de 2005 (il l’avait acheté peu avant lors d’une vente Godts où il était estimé ridiculement bas) ; en comparaison des deux exemplaires cités plus haut, cet acheteur de 2005 a ap-paremment fait une bonne affaire !
J’ai rapidement compté 10 éditions, mais je n’ai pas ma documentation sous la main, il doit certainement en manquer. J’ajoute que de façon inexplicable, ce texte semble manquer à Perceau, qui ne pouvait pas ne pas en avoir connaissance, puisque son grand ami Germain Amplecas en parlait même dans une de ses préfaces pour Les Maitres de l’Amour !
J’avoue humblement être perdu quand aux illustrations que Van Maële a réalisée pour ce texte : en faut-il 10 ou 12 ? Le nombre semble varier selon les références. Possible aussi qu’il existe d’un coté un porte-folio en 10 planches, et de l’autre une suite de 12 gravures pour l’édition Chevrel ? Le Vicomte peut-il nous apporter cette précision ?
D’avance merci.

Vicomte Kouyakov a dit…

Pour répondre à la demande de Raoul Viergerie, cette édition doit contenir 12 eaux-fortes de M.V.Maele, au format de l'ouvrage mais Van Maele a réalisé et gravé une suite complète de 10 grandes eaux-fortes, aux formats différents (150 mm X 208 mm)inspirées de la Légende des sexes, avec petite légende gravée. Par exemple pour la gravure se rapportant au thème d' Adam et Eve avec le serpent phallique:
"Et le soupir mourut entre ses dents serrées ( Eden) "
Bon dimanche.

Bertrand a dit…

Complément d'enquête sur cette édition de la Légende des sexes du Sire de Chambley...

Alors que j'étais en méchante posture, le catalogue de la seconde partie de la vente Nordmann dans les mains, le pantalon sur les chevilles, je lis :

"n°250 - Contrefaçon de l'EO, inconnue des bibliographes, reprenant à quelques variantes près sa typographie. Elle comporte une justification à 200 exemplaires, sans mention des 1é Japon et sans signature de l'auteur. Cette édition a sans doute été imprimée vers 1900-1910."

L'exemplaire Nordmann était somptueusement relié en plein maroquin bleu mosaïqué "érotique" (motifs phalliques stylisés Art Nouveau du meilleur goût... si si c'est possible !!), son ex. contenait ajoutée la suite des 12 eaux-fortes "érotico-macabres" qui accompagne parfois l'édition de 1921. Ici en double épreuve, avec une suite en couleurs (très rare).

Nordmann était un bibliophile esthète ! Mon exemplaire à côté n'a que la mine du pauvre et l'intérêt de la curiosité... c'est déjà ça.

CQFD donc !

B.

Raoul Viergerie a dit…

"Nordmann était un bilbiophile esthète"....ca laisse rêveur...; tous ceux qui ont vu de leurs propres yeux les reliures commandées par Nordmann comprendront cette allusion..

Disons que Nordmann était surtout quelqu'un avec trop d' argent, qui avait la capacité d'acheter les exemplaires que tous les vendeurs de France et de Navarre lui proposaient. Dans le tas, forcément, il y avait du bon. De là à le qualifier d'esthète.. un esthète aurait un goût, non ? Nordmann, c'est le type qui a collé des dessins fin XIXe (dont un Rops original)dans un infolio en reliure à la cathédrale frappée 1836 en immenses lettres dorée sur le premier plat...et qui laissait ses livres en plein soleil...c'est le mec qui a massacré le seul exemplaire broché connu de My Secret Life...Reconnaissons lui cependant de ne pas avoir commandité lui-même l'ex-libris pompeux qui orne maintenant ses exemplaires - ça c'est sa veuve légèrement abusive qui s'en est chargée.

Sinon, c'est justement à partir de ce lot Nordmann, II, 250 que Dutel a ajouté cette contrefaçon Kistemaeckers dans sa bibliographie. Hasard ou coïncidence, mon exemplaire de cette même contrefaçon contient également la suite des eaux fortes de Van Maële (mais en un seul état).

Il y a une longue présentation d'autres exemplaires uniques de La Légende des Sexes dans "Eros Invaincu" (dont un exemplaire sublime avec des peinture préraphaélites très étranges sur un curiosa).)

Ce week-end j'ai regardé un peu plus en détail, j'ai identifié 11 éditions différentes. Je ne sais pas si HvdK s'est manifesté sur ce sujet ?

Enfin, saviez vous que la gloire d'Haraucourt, a cote de La Légende des Sexes, c'est le proverbe "Partir, c'est mourir un peu" ?

Bertrand a dit…

C'est ce qu'on peut appeler un jugement bien trempé Raoul ! Je vous en laisse la responsabilité n'ayant pas eu la chance ou devrais-je dire le privilège d'avoir jamais connu ce bibliophile.

B.

Pierre & Vanessa a dit…

Bonjour,
Vu ce jour sur Ebay un très bel exemplaire de cet ouvrage avec des dessins originaux très...audacieux?!
Qu'en pensez-vous?

http://cgi.ebay.fr/ws/eBayISAPI.dll?ViewItem&item=300439409548&ssPageName=STRK:MESELX:IT

Salutations bibliophiles,
PR

Cyr a dit…

Bonjour, je consacre une page web aux poèmes de la "Légende des sexes" http://www.poesie-erotique.net/EdmondHaraucourt.html

A "Vicomte Kouyakov" : vous faites état d'un poème inédit inséré dans un de vos exemplaires, à savoir le poème "Résignation", pouvez-vous en transmettre le texte ?
mon contact : cyr@poesie-erotique.net

Dans l'ouvrage "La Muse parodique" (Daniel Grojnowski, Ed. José Corti, 2009) où sont reproduit les textes du recueil, il est fait état d'un exemplaire non numéroté avec mention autographe de l'auteur "ceci est mon propre exemplaire" à la BNF (cote Enfer 1690). S'y trouve également joint un poème inédit "L'hymne des noyés".

L'édition savante établie, présenté et annotée par Philippe Martin-Lau (Ed. du Sandre, 2006) répertorie semble-t-il l'ensemble des éditions et rééditions répertoriées.

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