mercredi 6 janvier 2010

Le De Bello Gothorum d’Agathias, agrémenté de questions pour les Champions.


Une exposition fort bien documentée au Grand Palais, « de Byzance à Istambul », nous donne envie d’en savoir plus sur l’empire byzantin. (Je ne sais pas vous, mais moi j’ai du faire l’impasse à l’école sur cette période de l’histoire moins facile à retenir que celle des Louis 1er, 2, 3, 4, 5, 6,7, 8, 9, 10 dit le Hutin, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, qui ne savaient pas compter jusqu’à 20). Heureusement qu’il reste la bibliothèque pour pallier les lacunes du cancre !

Sortons donc un petit ouvrage qui nous donne une mine d’informations sur cette période des temps byzantins : le De Bello Gothorum d’Agathias (ou l’histoire de la guerre contre les Goths).


Fig. 1. Agathyus, Page de titre.


Fig. 1bis. Agathyus, Envoi.

Agathias le Scolastique (Vers 530 - Vers 580) est un poète et historien grec né à Myrina en Asie Mineure qu’il faut rapprocher de Procope. (Non, Bertrand, le Procope n’est pas un bistrot réputé pour sa bière de Noel mais bien un historien byzantin…) ou plus exactement un historien grec né à Césarée au début du VIe siècle, qui se vit attaché à Bélisaire comme secrétaire et le suivit dans les guerres d'Asie, d'Afrique et d'Italie. Pour récompenser ses services, Justinien anoblit Procope et le fit Sénateur puis Préfet de Constantinople en 562. Procope s'est éteint à 60 ans vers la fin du règne de Justinien. Et c’est Agathias qui reprit les chroniques des guerres justiniennes, là où Procope s’était arrêté.

Les Histoires d’Agathias couvrent à peine dix années du règne de Justinien (551-559), une période marquée par des guerres – fin de la reconquête de l’Italie par Narsès, guerre contre les Perses en Lazique, invasion de la Thrace par les Huns Kotrigours. C’est une des rares sources d’information pour la période et une chance unique pour les hordes de barbares combattues par l’armée byzantine, de faire irruption dans l’histoire écrite. (Goths, mais aussi Vandales - Amis Vandales qui nous lisez, je vous salue ! - Alamans, Burgondes, Francs,….). Agathias donne des détails sur les mœurs, les costumes, les armes que l’archéologie a pu confirmer par la suite – ou pas. Sans lui, comment saurait-on que nos ancêtres bourguignons étaient de fiers guerriers à la longue chevelure blonde enduite de beurre rance ?

Le De Bello Gothorum d’Agathias a été édité pour la première fois à Rome par Jacob Mazochius en 1516 dans la traduction de Christophe Persona. (1)


Fig. 2. Agathyus, Liber Quartus.


Fig. 3. Agathyus, Colophon.


Pour ceux que le latin de cuisine rebute, il existe dans le commerce une traduction en français, dont le titre est «Histoire des guerres faictes par l'empereur Justinian contre les Vandales et les Goth » par Martin II Fumée, seigneur de Genillé et gentilhomme de la chambre du Duc d'Anjou. Je ne sais pas ce que ce Martin-là avait fumé mais sa traduction est pour le moins incomplète puisqu’elle omet les passages qui ne concernent pas directement la guerre menée par Justinien contre les Goths, à savoir les deux premiers et les trois derniers livres du texte de Procope, ainsi qu'une partie du deuxième livre d'Agathias (2)

Ceci dit, il s’agit tout de même de la première traduction en français de Procope et d’Agathias. (Edition originale, donc, si j’ai bien suivi les petits cours de Bertrand, alors que celle de Mazochius est l’édition princeps, à moins que cela ne soit le contraire !) Et la lecture d’Agathias dans une belle langue imagée, en françoys dans le texte, sur de beaux caractères, c’est quand même plus agréable que d’écouter Madame Bavoux. (Ma prof d’histoire, paix à son âme). Voyez plutôt :


Fig. 4. Procope, Page de titre.


Fig. 5. Procope, Livre I.


Fig. 6. Procope, Livre 3.


Enfin, pour ceux qui sont vraiment allergique à la belle langue du 16ème siècle, ils ont encore la ressource de consulter en ligne la traduction plus complète de Mr Cousin, à Paris, Chez Damien Foucault, Imprimeur et Libraire ordinaire du Roi, M. DC. LXXXV. en ligne ici :

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/demophyle/table.htm

Petit énigme pour Martin (le nôtre) mais les autres peuvent jouer aussi. Le De Bello Gothorum de Mazochius est daté de l’année MDXVI die XXIX mensis februarii (soit le 19 février 1516) Triumphante divo Leone X pontifice maximo anno eius tertio (voir Fig. 3), alors que l’envoi est du 15 des calendes de mars 1516, ce qui me parait être une date postérieure (Voir Fig. 1 bis). Comment l’expliquer ? Est-il courant de rédiger une dédicace après la date de fin d’impression ? Y a-t-il eu une simple erreur ?

Deuxième petite énigme, pour éprouver les limites du savoir des experts du BM, L’exemplaire de 1587 est orné de bandeaux dont certains portent les initiales ILB. (Il faut bien observer, en comparant les fig. 5 (avec) et 6 (sans) !). Connaissez-vous ce graveur ou cet atelier ?

Enfin, question subsidiaire pour départager les ex aequo, pourriez-vous me conter la vie et l’œuvre de Christophorum Persona, sur lequel je n’ai rien trouvé… (Certes, il en existe un sur Facebook, mais je doute que le mien ait autant d’amis…)

Bonne journée
Le Textor Interrogator

(1) Coll In-4 de 74 ff. rel. ivoire souple. 4 premières et 4 dernières pages légèrement jaunies, trou avec perte de qq lettres sur le dernier et l'antépénultième feuillet. Grandes marges avec qq annotations manuscrites du temps. Ascarelli, Annali di Mazochi, 99.

(2) Coll.In-f de (16)-359pp-(32). Imprimé à Paris chez Michel Sonnius. 1587. Rel vélin moderne. Brunet IV 897, British Museum, cat of french books, p 366, Harvard Coll Lib II 449

31 commentaires:

Bertrand a dit…

Merci Textor pour ce bel exposé Goth-ique !

Voilà encore au moins 1 cm2 de mon pauvre cerveau saturé de culture pour ce soir.

Merci.

B.

Textor a dit…

Evidemment, Bertrand, si au lieu d'écrire des notices érudites sur des humanistes flamands qui vous épuisent, vous vous réserviez un peu pour répondre à mes questions à 1000 francs, votre cerveau serait plus frais à 23h 25 !! :)

Gonzalo a dit…

Pour le décalage des dates, facile!
Questionde style!

Quelle est la date de pâque en 1517???

Dans le "vieux style" (style de pâques), on changeait le millésime de l'année à Paques, ce qui fait qu'un "an" pouvait avoir tantôt plus de 365 jours, tantot moins.
Donc la préface est rédigée en mars 1516, et le livre éditer en février 1517 (nouveau style).

Textor a dit…

Merci Gonzalo, vous etes le champion n°1 avec une prime pour la rapidité !!

J'imaginais que la raison pouvait être celle que vous donnez, mais je croyais que le changement d'année était à date fixe , le 1er avril (d'où les poissons d'avril) donc je ne voyais pas comment février et Mars pouvaient être à cheval sur 2 années, mais si ce changement d'année est mobile, cela change tout, évidemment.

Bertrand, qui est très versé dans les livres religieux en ce moment, va nous dire quand tombait Pâques en 1517 !!

T

Bertrand a dit…

Un lundi si je me souviens bien...

PS : Excusez-moi, j'ai été distrait quelques minutes par ma tourneuse de page de droite, celle de gauche étant déjà bien occupée.

J'ai toujours aimé quand Bibliophilie rime avec Gauloiserie (et j'ai le moustachu dans le dos qui acquiesce...)

B.

Textor a dit…

Trouvez de la gauloiserie chez Agathias le scolastique !! Bertrand, c'est bientôt l'heure de votre piqure. Allo, Madame Bachelot ...

Textor a dit…

Tiens, en guise de punition, vous allez me chercher qui était Laurent de Padoue ( pataviens) l'heureux propriétaire de cet ouvrage ! (voir l'ex-libris)

Raphael Riljk a dit…

Cristoforo Persona était un helléniste romain, prieur de Sainte-Balbine sur l'Aventin, qui fut nommé bibliothécaire de la Vaticane en septembre 1484,avant sa mort survenue à la fin de 1485, lit-on ici par ce lien bref :

http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/1172/84_XXX_1_2_05.pdf;jsessionid=80EEDFD66362FDDE7580C0D09AE518EF?sequence=1

avec une référence dans le texte à un article italien

Textor a dit…

Bravo Raphael, Champios n°2 !
Et merci, de surcroit, vous m'apportez de la documentation sur les éditions anciennes de Jean Chrysotome.

Pierre a dit…

Quelle documentation !

Pour ma part "L'histoire de Constantinople" par Mr Cousin me conviendra parfaitement car j'ai du mal à faire trois choses à la fois (transcrire, interpréter, comprendre).

J'ai demandé les palmes académiques pour Mr Textor. Pierre

Le Bibliophile Rhemus a dit…

A défaut de tables toutes prêtes à donner la réponse, c'est la formule de Gauss qui indique la date de Pâques.
Pour une année donnée par son millésime :
Pâques = (22 + d + e)mars
(d + e - 9)avril
a,b,c, étant respectivement les restes de la division du millésime de l'année proposée par 19, 4 et 7; d le reste de la division par 30 de 19 a + M ; e le reste de la division par 7 de 2b + 4c + 6d + N.
Jusqu'en 2100, M vaut 24 et N vaut 5.
A vos crayons, vous avez 1 heure !

martin a dit…

Les dates de Pâques sont faciles à trouver sur le net, en forme de tabelles pour les différentes églises ou bien en forme de calculateur, comme ici: http://www.imcce.fr/fr/ephemerides/astronomie/dates_paques/index.php
Par contre, je ne vois pas l'importance. En 1516 comme en 1517, il s'agit bien du calendrier julien, avec douze mois. Seule la manière d'indiquer la date est différente pour la dédicace et le colophon. Etant donné que 1516 est divisible par 4, le mois de février avait 29 jours. XV. Kal. Martias veut dire 15 jours avant mars premier, le 15 février donc. Enfin, j'espère...

Gonzalo a dit…

Martin la voix de la raison: evidement, il faut soustraire le "XV des calendes" au premier mars, et pas additionner!

Textor a dit…

Merci Pierre, mais les palmes académiques sont à partager entre tous les intervenants qui rivalisent d'érudition ( il n'y a pas que des cloches, sur ce blog, c'est confirmé par Gauss !!)

Donc si j'essaie de résumer, ce livre n'est pas de 17 (n.s.)mais bien de 16, sous réserve que Gauss vienne nous prouver le contraire ( il me manque la calculette ...) l'envoi est du 15 ou 16 février, donc 4 jours environ avant la date d'achevé d'imprimer. ça colle !

Anonyme a dit…

Bonjour.
Merci à Textor de nous parler encore une fois de ces auteurs peu connus qu'il affectionne, et qu'il a la chance de pouvoir illustrer par de magnifiques exemples.
L'expression "XV. Kal. Martias" doit être en effet prise en remontant, ou soustraite, comme l'ont bien vu Martin et Gonzalo; mais le jour même des Calendes (soit le 1er mars) doit être compté comme le "1er avant". L'année 1516 étant bissextile, le "15e avant" tombe donc le 16 février.
Amitiés à tous.
Yves

Anonyme a dit…

P.S. L'achevé d'imprimer est du 29 février! (et non du 19, cher Textor!).
Yves

Textor a dit…

29, pas 19, c'est exact, Yves ! vous avez entièrement raison, il faut être précis en bibliophilie.
Et par ailleurs, je constate que vous possèdez votre calendrier julien sur le bout des doigts !! Vous etes donc nombreux sur la première marche du podium, chacun ayant apporté un élément du puzzle de la réponse !

Reste à déchiffrer ce ILB maintenant ...

T

Anonyme a dit…

ILB : Angelo di Cosimo, dit ILBronzino ?
Eras, sans aucune érudition mais qui cherche !

Textor a dit…

Merci Eras pour votre contribution, mais auriez-vous des références ? Qu'est-ce qui vous fait penser que le Bronzino, peintre florentin, était graveur et aurait pu travailler pour un atelier parisien ?

Anonyme a dit…

Cette référence m'a plu !
http://www.catholic.org/encyclopedia/encyclopedia.php?letter=a
Voir à "Allori".
Peintres, sculpteurs, orfèvres ou graveurs, nombre d'artistes pratiquaient plusieurs arts.
Ce livre a bien été imprimé en Italie pour la 1e fois, mais effectivement si ces bandeaux n'apparaissent que sur l'édition française, il faut chercher ailleurs.
Une image serait bienvenue, si je n'abuse pas !
Eras.

Textor a dit…

C'est une piste intéressante, des bandeaux du célèbre Bronzino sur mon ouvrage !! je connais un libraire qui va se mordre les doigts de me l'avoir vendu pour une bouchée de pain !

Néanmoins, je doute. Que les bois circulent à l'étranger, c'est possible, nous l'avons vu avec l'ouvrage de Pierus Valerian, il y a quelques jours, mais pour des bandeaux ...? je doute.

T

martin a dit…

Bronzino? Ronzino.
I L B Ronzino, pas mal.

Textor a dit…

Qui c'est çà Ronzino ? votre voisin de palier ? Mon cher Martin, nous parlons du célébrissime Bronzino, notre voisin de Palio, an exceptionally able painter and poet, born at Monticello, near Florence, in 1502; died at Florence in 1572.

martin a dit…

Je ne cite que l'article cité par Eras.

martin a dit…

http://www.catholic.org/encyclopedia/view.php?id=518 :
(1) Angiolo di Cosimo
Called I L B RONZINO (...) Allessandro's son, known as B RONZINO THE Y OUNGER

Plus sérieusement, je tombe toujours sur Jean Le Blanc, mais l'attribution semble plus que douteuse.

Textor a dit…

Oui c'est l'information qui est sur ma fiche de bibliothèque, les bandeaux portant I L B seraient de Jean Le Blanc ( Renouard 586 ? ) mais je n'avais rien pour étayer cette information, probablement relevé dans un catalogue de libraire... et je n'ai jamais trouvé trace de ce Le Blanc_ là.

T

martin a dit…

Nagler III, 2746 (que je n'ai pas).
Et : "En voyant les gravures signées I. L. B. dans cinq livres imprimés ou publiés par Jean Le Blanc, on se demande si cette signature ne doit pas être attribuée ..."

martin a dit…

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1895_num_56_1_447811

Textor a dit…

Mais alors pourquoi dites-vous que l'attribution est plus que douteuse ?

martin a dit…

D'accord. C'est une piste à suivre, mais comment? J'ai enfin trouvé un Nagler mumérisé (Hathi Trust Digital Library) et quelle page manque dans le tome III? La page 1063 avec la notice n° 2746!

Textor a dit…

Nous sommes poursuivi par la malchance !! Qui a piqué la page 1063 du tome III ?!
Bertrand vous avez bien fait de nous rappeler quelques principes de morale élémentaire, comme "tu ne voleras pas la documentation bibliophilique, même partiellement..."

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