samedi 5 novembre 2011

Courrier de bibliophile : Lettre du Marquis de Granges de Surgères au libraire Durel (30 janvier 1879).



Si vous vous interrogez sur la bibliophilie d'hier, d'aujourd'hui et de demain, je vous invite à aller faire un tour sur le blog du bibliophile et de lire le billet de notre ami Hugues ICI. Il y aurait en effet beaucoup à dire. Ma modeste contribution à cette "divagation nocturne" sera de plonger la main dans ma boîte à chaussure qui contient les centaines de lettres de bibliophiles adressées à la fin du XIXe siècle au libraire Durel, à Paris. Ces lettres sont très instructives et permettent, chacune à leur manière, de comprendre la bibliophilie à cette époque. Le rôle du libraire, les droits du bibliophile. Finalement, bien que les choses aient été totalement bousculées par l'arrivée d'internet et des relations "virtuelles" entre les deux parties (encore qu'être bibliophile à Paimpol ou à Loupiac en 1879 impliquait sans doute de correspondre par lettre avec ses libraires favoris plutôt que de faire péniblement les kilomètres nécessaires pour le rencontrer).

Voici donc un courrier parmi d'autres, pris au hasard (enfin pas vraiment... un peu choisi tout de même). Il s'agit d'une lettre écrite par Monsieur le Marquis de Granges de Surgères (*), le 30 janvier 1879. Voici le texte intégral (voir photo également).

Rue Kipdorp, 34 - Anvers, le 30 janvier 1879. Monsieur, J'ai reçu hier soir, à la campagne, le volume de Colletet que je vous avais prié de m'adresser. J'en suis très content - Je m'empresse de vous en adresser le prix. Veuillez me continuer très exactement l'envoi de vos excellents catalogues - Je compte que suivant l'usage de vos confrères vous les adressez à vos clients de l'étranger & de la province avant ceux de Paris. Il est bien entendu que vous me ferez toujours 10% sur les prix marqués. Recevez, Monsieur, l'assurance de ma haute considération. Signé Marquis Granges de Surgères Château de la Garenne, à Eckeren, près Anvers (Belgique)


(*) Il se trouve que j'avais déjà évoqué le marquis Granges de Surgères dans un petit billet du Bibliomane moderne http://le-bibliomane.blogspot.com/2008/10/de-la-possession-du-livre-1890.html - "De la possession du livre" par le Marquis de Granges de Surgères, de la Société des Bibliophiles Contemporains (dirigée et présidée par Octave Uzanne, encore lui...). Publiée à Anvers en août 1890, à l'occasion de la conférence internationale du livre en hommage au troisième centenaire du grand Christophe Plantin. 22 pages seulement, sous couverture jaune imprimée. Anatole de Granges de Surgères est décédé le 7 août 1902, à Sainte- Marie-de-Pornic (Loire-Inférieure), à l'âge de 53 ans. En 1879 il avait donc 30 ans. C'était un jeune bibliophile tout comme le libraire Durel était un jeune libraire.

Si quelqu'un connait Eckeren ? le château de La Garenne ? Existe-t-il toujours ? (j'ai cru comprendre que Eckeren ou Ekeren était désormais un des arrondissements nord de la ville d'Anvers.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

10 commentaires:

Textor a dit…

Il manque pas d'air, ce bibliophile, de réclamer dans le même billet de recevoir les catalogues en avant-première, donc de pouvoir prélever ce qu'il y a de mieux, et en m^me temps de vouloir une ristourne !!

Bertrand a dit…

comme quoi les bibliophiles n'ont guère changé en un siècle (sourire)

B.

Romain a dit…

Bonjour,

Une petite réponse au message de Textor. Certes ce bibliophile ne manque pas d'air mais il dit juste lorsqu'il indique qu'il était d'usage d'envoyer les catalogues en province et à l'étranger avant Paris : cela permettait - selon les différents délais d'acheminement de la Poste - que les catalogues arrivent théoriquement tous en même temps chez les différents clients, où qu'ils résident. Pas d'avant-première donc mais un souci de traiter tous les clients de manière égale. C'est un libraire en retraite qui m'a récemment informé de cette pratique.

Cordialement,

Romain

Textor a dit…

Vous avez raison, Romain, on oublie trop vite que la poste n’a pas toujours fonctionné aussi vite qu’aujourd’hui, surtout que le bibliophile en question était en Belgique et le passage d’une frontière devait encore compliquer les choses. Je lisais hier que JJ Rousseau pour passer son manuscrit de la nouvelles Héloise à son éditeur Rey à Amsterdam passait par Mr de Malesherbes qui bénéficiait du privilège de l’octroi. Passer par cette mallette diplomatique devait permettre d’économiser qq sous mais surtout de gagner du temps et de prendre de vitesse les contrefacteurs.
L’histoire de cette première édition du roman épistolaire de Rousseau est un vrai feuilleton policier, il faudra que je vous la raconte un jour. En attendant ; je me suis aperçu que je n’avais sans doute pas la première édition mais un second tirage de la même année. (Je vais aller déverser mon fiel sur les libraires malhonnêtes sur le blog d’à coté ! :)

Textor

Bibliothèque dauphinoise a dit…

Effectivement, c'est tout de même bien calme ici (trop calme !). Je crois qu'il faut que Bertrand lance un débat...

Jean-Marc

Bertrand a dit…

Je vais y penser Jean-Marc ! J'ai quelques petites pistes déjà ...

B.

calamar a dit…

Bertrand n'a pas le temps, tout occupé à polémiquer sur la participation des jeunes filles aux activités bibliophiliques et para...

Bertrand a dit…

Comment ça pas le temps ! Comment ça polémiquer ! (sourire).

Ces bibliophiles sont incorrigibles d’exigences ! (sourire).

Enfin...

B.

Anonyme a dit…

Bonjour,

Le Marquis Anatole de Granges de Surgères (1850-1902) avait épousé Georgine Moretus Plantin, descendante des célèbres imprimeurs anversois et fille d'Edouard Moretus, qui céda la maison plantinienne à la ville d'Anvers pour y faire un musée.
Cela nous éclaire sur sa personnalité et son intérêt pour les livres!

Anonyme a dit…

Edouard Moretus Plantin céda la maison plantinienne à la ville d'Anvers en 1876. Il avait une propriété de campagne à Eeckeren qu'il fit construire en 1828, elle s'appelait Le Moretushof. Eeckeren est situé au nord d'Anvers est maintenant intégré dans l'agglomération anversoise et le Moretushof a depuis disparu. Sa fille cadette avait épousé en 1878 Anatole de Surgères. Ces derniers se fixèrent à Nantes où habitait Anatole.



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