dimanche 20 novembre 2011

Hommage à l’éditeur Léon Curmer : le Paul et Virginie de 1838.


La jeune Bramine, gravure sur acier. État sans l'étoile sur le front. Il s'agit pourtant d'une belle épreuve d'artiste avant la lettre tirée sur blanc, avant les noms des artistes.


Pour rester encore un peu en compagnie de Léon Curmer et faisant suite et complément à l’article publié précédemment, voici quelques « brèves bibliographiques » à propos du « Paul et Virginie » publié par Léon Curmer en 1838.

Je ne vais par refaire la notice bibliographique complète de ce livre bien connu des bibliophiles. Léopold Carteret, libraire-expert-bibliographe l’a fait bien mieux que moi dans son « Trésor du bibliophile romantique et moderne 1801-1875 » (tome troisième, novembre 1927). Sa notice, qui occupe les pages 532 à 547, servira de base à ces quelques « brèves » nécessaires et utiles aux bibliophiles qui désireront bien connaître à fond cette édition dont le tirage a été très complexe et de longue haleine.

Tout d’abord, voici une description générale du volume. Paul et Virginie. Paris, L. Curmer, 25, rue Sainte-Anne (ou 49, rue de Richelieu), 1838. 1 volume in-8 composé de LVI pages et 458 pages plus un feuillet illustré de table des matières, avec verso blanc et 6 feuillets non paginés pour la table des noms des dessinateurs et des graveurs, ainsi que le placement des gravures à part. Les feuillets liminaires (LVI pages) comprennent : un faux-titre général – le titre décrit ci-dessus illustré dans un médaillon des portraits de Curmer et d’Everat. Un feuillet de dédicace (Aux artistes etc.) Une notice sur Bernardin de Saint-Pierre, paginée IX à LII signée Sainte-Beuve, précédée d’un feuillet de titre spécial. Un autre faux-titre portant au recto PAUL ET VIRGINIE, et enfin un avant-propos de deux pages se terminant page LVI. PAUL ET VIRGINIE et les notes occupent 315 pages ; viennent après, compris dans la pagination, un titre spécial : LA CHAUMIERE INDIENNE, 1838, sur lequel se trouvent en médaillon les portraits de Meissonier et de Paul Huet, et un faux-titre spécial. LA CHAUMIERE INDIENNE occupe les pages 321 à 418. Enfin la FLORE qui termine le volume est paginée de 421 à 458 et elle est précédée d’un faux-titre : « Flore de Paul et Virginie et de La Chaumière indienne. » compris dans la pagination.

Petite vignette gravée sur bois qui se trouve sur la page de titre et sur laquelle ont été gravés sur des médailles les portraits de l'imprimeur A. Everat et de l'éditeur L. Curmer.



Que serait Virginie sans ses cheveux longs je vous le demande...
Le bain de Virginie, une des gravures sur bois hors-texte tirées sur chine appliqué sur vélin fort collé. Superbe épreuve.


Ce magnifique volume est illustré d’environ 450 vignettes gravées sur bois, dans le texte. Les compositions sont de Meissonier, Français, Tony Johannot, Isabey, Paul Huet, Marville, Steinheil, etc. gravées par Lavoignat, Brévière, Porret, etc., et par des artistes anglais. On trouve aussi dans ce volume 29 planches dessinées et gravées sur bois par les mêmes artistes, tirées à part sur Chine, sans nom d’imprimeur et sans lettre. Il y a également 7 portraits dessinés par Laffite, Tony Johannot et Meissonier, gravés sur acier par Cousin, Pelée, Pigeot et Revel et tirés aussi sur Chine avant la lettre. On trouve dans ce volume une jolie carte coloriée de l’île de France dressée par A.-B. Dufour, 1836 et gravée par Dyonnet. Cette carte est imprimée sur Chine collé. On la trouve parfois en noir mais elle doit être en couleurs dans le livre et a été coloriée en plusieurs tons.



Les portraits ont été imprimés sur grand papier de Chine, épreuves d’artiste à tirage très restreint au fur et à mesure de l’avancement des planches. Le portrait de Bernardin de Saint-Pierre est agrémenté, comme remarque, d’une sphère dans le tirage ordinaire du livre, tandis qu’il a été tiré en épreuve d’artiste avant la sphère. Tous les portraits existent dans des états intermédiaires, sur blanc, sur Chine, noms des artistes à la pointe, avant le cadre ; il existe aussi des eaux-fortes pures.

La Bramine, gravure sur acier, épreuve d'artiste tirée sur blanc, avant le nom des artistes.
Superbe épreuve sur vélin épais collé.


M. Carteret signale comme particularité d’état le portrait de la Jeune Bramine, dit à l’étoile. Cette dénomination provient d’un défaut dans le cuivre qui, se trouvant justement sur le front du sujet, laissa dans les épreuves un petit blanc qui fut pris pour une étoile. Les quelques rares épreuves tirées ont donc l’étoile ; aussitôt l’erreur constatée, le graveur répara le petit défaut avec son burin.

En plus des 7 portraits il en existe deux autres dits portraits anglais ; ce sont : le Docteur et Madame de La Tour. Curmer, pressé de paraître pour le jour de l’an 1838, aurait extrait ces deux gravures d’une keepsake anglais, en attendant que les portraits du Docteur, de Meissonier et de Madame de La Tour, de Tony Johannot, fussent gravés.
M. Carteret rentre dans le détail des différentes couvertures, couvertures de livraisons, etc. Nous laissons le lecteur se reporter à sa notice pour en savoir plus sur ce sujet, fort complexe.

Concernant les titres, il existe deux adresses possibles que les bibliophiles connaissent pratiquement par cœur, afin de savoir à quel type d’exemplaire ils ont à faire. Il y a les titres portant l’adresse du 25 de la rue Sainte-Anne (premiers titres imprimés) et l’adresse du 49 de la rue de Richelieu (deuxièmes titres imprimés). Mais les choses se compliquent et rien n’est jamais simple en bibliographie. Il se trouve qu’une partie des exemplaires imprimés sur chine (sans doute une vingtaine d’exemplaires seulement et imprimés les premiers) portent l’adresse 49 rue de Richelieu. De même que la couverture qui porte cette même adresse.



Le portrait de l'auteur, Bernardin de Saint-Pierre, ici en deux états. Avec et sans la remarque, signe des épreuves d'artistes.




La publication de PAUL ET VIRGINIE a commencé en mars 1836 pour se terminer en décembre 1837 ; la date de 1838 a été imprimée sur le titre et la couverture pour conserver à l’ouvrage un air de nouveauté ; il a été vendu, tout de suite, des milliers d’exemplaires et, en 1845, l’éditeur mit en vente le restant de l’édition en 4 lots, soit environ 4000 exemplaires de premier tirage avec, fort probablement, le titre à sa nouvelle adresse, 49 rue de Richelieu. Voilà qui explique comment de bons exemplaires peuvent avoir le second titre, nous explique Léopold Carteret.



Deux gravures sur aciers (portraits).




La gravure dite de la Bonne femme, page 418, pose également questions. Une vignette gravée sur bois d’après le dessin de Meissonier est annoncée dans la table des gravures pour la page 418. Elle représenterait, dit-on, la seconde épouse de l’éditeur Curmer. Or elle ne se trouve que dans un très petit nombre d’exemplaires. Pourtant, l’exemplaire même de Curmer, pourtant imprimé sur papier vélin, ne possède pas cette vignette page 418 (il y a cependant dans son exemplaire, le dessin original de cette « bonne femme » et rehaussé au lavis et signé Pauquet). La présence ou l’absence de cette vignette n’indique à priori ni un tirage de qualité, ni des exemplaires de premier tirage. Carteret considère la présence ou l’absence de cette vignette plus comme une curiosité.

Carteret en vient ensuite aux remarques de premier tirage. Il explique qu’un livre qui est resté sous presse plus d’une année, d’octobre 1836 à décembre 1837, a nécessairement subi des modifications en cours de tirage. Il indique donc seulement les principales modifications. Nous ne rentrerons pas dans ces détails ici.


Deux gravures sur bois tirées sur chine appliqué sur vélin fort collé. Superbes épreuves.




Ce qu’il est plus important de détailler ce sont les différents papiers qui furent employés pour le tirage de cette superbe édition. Curmer a fait imprimer ce livre à grand nombre. Il a employé une grande quantité de papier vélin, non collé, pour obtenir un tirage brillant des gravures sur bois. Carteret pense qu’il a été utilisé des papiers de différentes épaisseurs et plus ou moins collés. Il indique que les gravures sur acier et les grands bois hors texte ont été tirés sur chine appliqué sur des papiers vélins plus forts et sans colle qui se sont outrageusement piqués (nous verrons plus loin que ce n’est pas le cas de tous les exemplaires).

Il aurait été tiré environ 35 exemplaires sur papier de Chine (ou légèrement plus). Les exemplaires sur Chine reliés à l’époque sont d’une extrême rareté.

Il y a des exemplaires imprimés sur papier vélin fort collé, comme celui de Curmer lui-même. C’est d’ailleurs sur un feuillet placé en tête de ce volume qu’on peut lire, de la main de Curmer, les mots suivants : « La France t’a vu naître, mon bien-aimé livre, et tu as excité l’envie de l’Angleterre, de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie, de l’Orient qui ont voulu te posséder dans leur langue avec leur nouvelle parure. »


Quelques uns des bois gravés tirés dans le texte. Il n'y en a pas moins de 450 dans tout le volume !



Carteret dresse un bilan financier de l’édition de cet ouvrage. Il a coûté 233.010 francs et 63 centimes, et la vente moins les remises pour 10.000 exemplaires a produit 315.000 francs, soit un bénéfice de 80.000 francs en chiffres ronds.

Pour la petite histoire, l’exemplaire de Curmer, après sa mort, en 1870, fut offert par sa femme à M. et Mme Coulon, il figura au Bulletin Morgand et fut acheté 10.000 francs or par le bibliophile Martinet ; à sa vente il fut acquit par le banquier Lucien Claude-Fontaine. Où est-il aujourd’hui ? Nul ne le sait …

On pourrait parler des heures de cette édition. Notamment des reliures spéciales exécutées spécialement par Simier (les exemplaires les plus recherchés aujourd’hui). Mais nous en resterons là pour cette fois.

Une des gravures sur bois hors-texte parmi les plus saisissantes !


J’ai la chance d’avoir sous les yeux un des très beaux exemplaires imprimés sur papier vélin fort collé. Cet exemplaire est absolument sans rousseurs et possède les portraits en deux états (tirage sur blanc et tirage sur chine collé avec la signature des artistes à la pointe à peine visible). Ces épreuves d’artistes sont magnifiques. L’ensemble est vraiment merveilleux à regarder. Le tirage des bois est parfait. L’encrage est net et régulier. Cet exemplaire a été relié au début du XXe siècle pour un amateur en plein maroquin janséniste. C’est à ce jour le plus bel exemplaire de PAUL ET VIRGINIE que j’ai pu voir.

Pour information, il y a peu de temps s’est vendu chez ALDE à Paris un des très rares exemplaires sur papier de chine, dans son cartonnage de toile verte de l’époque (usagé). L’intérieur était propre mais avec des rousseurs malgré tout. Il a été adjugé 4.500 euros sans les frais soit 5.400 euros. Pour cet exemplaire, on peut dire que très nettement, la rareté l’a emporté sur la beauté car on ne peut pas dire qu’il était beau.

Voilà ce qu’on pouvait dire en quelques mots empruntés à M. Léopold Carteret sur le PAUL ET VIRGINIE de Curmer.

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

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(ajouté le 21/11/11) Un lecteur attentif nous envoie deux photographies d'un exemplaire du Paul et Virginie de Curmer. Exemplaire en jolie reliure de l'époque et du tirage "rare" avec la vignette dite de la Bonne femme à la page 418 (représentant la seconde épouse de L. Curmer) NDLR : plutôt mignonne madame Curmer ! ...



15 commentaires:

Textor a dit…

Après un billet pareil, on peut aller acheter son Paul et Viginie sur chine les yeux fermés ! Merci Bertrand !
Textor

Thierry Couture a dit…

Bertrand connaît son "Paul et Virginie" comme d'autres leur table de multiplication, ou moi - qui n'ai jamais bien aimé les chiffres - le fond de ma poche... C'est ce qui s'appelle épuiser son sujet !
Une petite observation quant au prétendu portrait de Madame CURMER "seconde" : Léon ne l'épousa qu'en septembre 1846. Auparavant elle était sa domestique, depuis un temps que j'ignore. Est-il concevable qu'en 1836, il ait publiquement affiché, comme modède de beauté, le profil d'une femme autre que celle qu'il avait épousée en premières noces en 1833, charmante et qu'il adorait ? Si Madame CURMER il y a, il ne peut vraisemblablement s'agir que de la première - disparue prématurément en janvier 1844.

Bertrand a dit…

Remarque O combien judicieuse Thierry ! Alors M. Carteret se serait trompé ? C'est bien possible...

Ou alors... ou alors... ceci expliquant cela... cela voudrait peut-être dire... non ?! si ... mais je n'ose y croire... c'est qu'étant marié... notre bon Curmer ait voulu faire un gentil hommage à sa servante et maîtresse ??!!! ...

Mais là je dois divaguer... l'homme n'était pas ceux-là. Si ? Je ne sais pas.

B.

Thierry Couture a dit…

La vie intime de Léon CURMER reste, pour moi, ponctuée de points d'interrogation. Qu'il ait accepté d'être parrain de la fille posthume d'un tailleur d'habits (son propre fournisseur ?) au point de lui donner son prénom est déjà étrange. Il semble en outre que sa succession s'avéra des plus compliquées, et qu'avec sa seconde épouse et le "clan hollandais" d'icelle, il ait accueilli les Atrides sous son propre toit... d'où peut-être sa fuite éperdue dans le travail et une longue suite de voyages - y compris à l'étranger. Pour autant, sachant les principes d'exigeante moralité chrétienne dont il était pénétré, et vu l'adoration respectueuse qu'il vouait à sa première femme, je ne peux croire qu'il ait pu l'humilier publiquement. Ceci dit, le profil représenté dans "Paul et Virginie" rappelle bien le port de tête altier et enchignonné de Gertrude Heysters, la seconde Madame CURMER. Pour le coup, c'est bien en faisant tourner les tables, comme le Père Hugo, qu'on aurait des chances d'obtenir une explication ! À moins que ce Monsieur CARTERET n'ait été tireur de cartes ?

Bertrand a dit…

Ce soir le Bibliomane moderne rétablira la vérité sur cette histoire de Bonne femme ...

Bonne soirée,

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Alfred Bégis avait déjà résolu le problème posé en 1898.

Bertrand a dit…

Comme quoi Carteret ne lisait pas Bégis non plus ... ;-)

B.

Bertrand a dit…

Comme quoi Carteret ne lisait pas Bégis non plus ... ;-)

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Malheureusement, Gallica ne fournit pas le second semestre de L'Intermédiaire des chercheurs et curieux qui donne (peut-être) la solution (col. 380-543-640)

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le blog, c'est le partage.

Alors, cadeau inédit tiré de mes dossiers :
le dessinateur de la "bonne femme", PREMIERE femme de Curmer,est Hippolyte-Louis-Emile Pauquet, né à Belleville en 1797 et décédé à Paris en 1871 (et non vers 1863,comme l'écrivent les "historiens" d'art paresseux)

Henry a dit…

Bonjour à tous,

pardonnez la nature très triviale de ma question: je viens d'acquérir un exemplaire de cette magnifique édition Curmer que je cherchais depuis longtemps, en très bel état (pages très légèrement jaunies, nombreuses pages mouchetées mais ne touchant jamais le texte ni les planches). A 30e j'ai sauté dessus, n'ayant pu me l'offrir jusqu'à maintenant car ne le trouvant qu'à 200e minimum... Malheureusement en lisant votre article, je m'aperçois que les 7 planches gravées sur acier sont absentes..! A ce prix est-ce malgré tout une belle occasion difficile à retrouver ou est-ce du vol et devrais-je le rendre? Les planches sont-elles volantes et simplement insérées entre les pages ou bien reliées avec les autres pages et donc auraient été découpées?
Merci par avance pour votre réponse...

Et merci à votre site d'exister! J'ai toujours aimé les vieux livres mais ma bibliophilie concernant les éditions rares est récente et j'y plonge d'autant plus vite avec ce genre de blog plein de richesses et d'anecdotes.


Henry

Anonyme a dit…

Bonjour Henry, Merci de nous lire. Je dis « nous » pour le propriétaire de ce blog qui est parti taquiner le goujon dans les rivières des Eduens.
Votre exemplaire est-il à l’adresse du 25 de la rue Sainte-Anne ou à l’adresse du 49 de la rue de Richelieu ?
Pour être complet l’ouvrage doit être collationné ainsi : Composé de LVI pages et 458 pages plus un feuillet illustré de table des matières, avec verso blanc et 6 feuillets non paginés pour la table des noms des dessinateurs et des graveurs, ainsi que le placement des gravures à part, avec la carte dressée par Dufour
Les feuillets liminaires (LVI pages) comprennent : un faux titre général – le titre décrit ci-dessus illustré dans un médaillon des portraits de Curmer et d’Everat.
Un feuillet de dédicace (Aux artistes etc.) Une notice sur Bernardin de Saint-Pierre, paginée IX à LII signée Sainte-Beuve (9 lignes), précédée d’un feuillet de titre spécial. Un autre faux titre portant au recto Paul et Virginie, et enfin un avant-propos de deux pages se terminant page LVI. Paul et Virginie et les notes occupent 315 pages ; viennent après, compris dans la pagination, un titre spécial : La Chaumière Indienne, 1838, sur lequel se trouvent en médaillon les portraits de Meissonier et de Paul Huet, et un faux titre spécial. La Chaumière Indienne occupe les pages 321 à 418. Enfin la Flore qui termine le volume est paginée de 421 à 458 et elle est précédée d’un faux titre : « Flore de Paul et Virginie et de La Chaumière indienne. » compris dans la pagination.
Volume illustré d’environ 450 vignettes gravées sur bois, dans le texte.
On trouve aussi dans ce volume 29 planches dessinées et gravées sur bois par les mêmes artistes, tirées à part sur Chine, sans nom d’imprimeur et sans lettre et 7 portraits dessinés par Laffite, Tony Johannot et Meissonier, gravés sur acier par Cousin, Pelée, Pigeot et Revel.
Donc le vôtre est incomplet car un précédent propriétaire ou un marchand indélicat a préféré les gravures sur acier au livre lui-même. Pour un bibliophile, un livre incomplet ne vaut pas très cher mais c’est une affaire de maniaque et il vous reste le plaisir de posséder un ouvrage célèbre de l’éditeur Curmer.
Textor

Anonyme a dit…

Bonjour,
Bibliophile depuis de longues années, je viens d'acquérir un bel exemplaire de l'édition Curmer 1838 de Paul et Virginie, quasiment exempt de rousseurs. Cet exemplaire se présente dans un plein maroquin à fers romantiques signé A. Crabbe en queue de dos. Il s'agit manifestement d'une reliure contemporaine de la parution de l'ouvrage. Auriez-vous quelque information sur ce relieur dont le nom n'est pas repris dans le manuel de référence de J. Fléty, peut-être parce qu'il est belge ?

Par avance, un grand merci.

Bien à vous,

Philippe

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Bonjour Philippe et merci de votre message,
personnellement je n'ai jamais croisé ce relieur.
Auriez-vous la possibilité de m'envoyer quelques photographies de la reliure
je pourrais les publier sur le Bibliomane et en faire un billet,
A bientôt
Bertrand

Anonyme a dit…

Bonjour Bertrand,
Après avoir consulté plus attentivement ma documentation, j'ai réussi à glaner quelques informations complémentaires sur cet énigmatique relieur signant H. CRABBE. Il s'agit en réalité d'un relieur-doreur de premier plan, sans doute mieux connu en Belgique qu'en France. Né à Bruxelles le 20 février 1811, décédé à Saint-Josse-ten-Noode (commune de Bruxelles) le 7 août 1891, Henri Crabbe fit son apprentissage chez Pierre-Corneille Schavye (relieur attitré de la reine Louise-Marie, épouse de Léopold Ier). Il installa son atelier avant 1835 et aurait exercé jusque vers 1863. Outre ses reliures de style rocaille (comme mon exemplaire de "Paul et Virginie" en témoigne), il réalisa des décors à la cathédrale et serait l'inventeur du "décor au naturel" consistant en l'utilisation de fers dont le dessin imite la nature, plus particulièrement la flore. Il fut un des premiers à avoir établi l'existence possible d'un lien entre l'ornementation de la reliure et le texte même. Un exemplaire de l'édition Curmer de "Paul et Virginie", utilisant ce procédé, a été mis en vente à Paris en 1979. La plupart des reliures de Crabbe sont signées sur le dos, en queue. On en trouve dans plusieurs bibliothèques prestigieuses: la collection de Mme Louis Solvay (formant le Fonds Solvay conservé à la Bibliothèque royale de Belgique), la collection de Raoul Warocqué (conservée au Musée de Mariement), la bibliothèque Beraldi (comportant un exemplaire de l'édition Curmer, relié par Crabbe, vendu en 1934) ou encore la bibliothèque de Léopold Ier.

Voilà donc qui jette un petit éclairage sur la biographie d'Henri Crabbe dont il serait du reste intéressant de savoir combien d'exemplaires de l'édition Curmer de "Paul et Virginie" il a pu relier. J'espère du moins avoir assouvi quelque peu votre curiosité... et peut-être celle d'autres lecteurs.
Cordialement vôtre,
Philippe

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