samedi 2 mai 2009

Jean Girard (1518-1586) et ses épigrammes auxonnoises (1552).



Le billet du jour est de la main de Textor, fidèle lecteur et intervenant du Bibliomane moderne.

Je vous présente l’édition originale de l'un des meilleurs et plus importants ouvrages du poète latin et jurisconsulte dijonnais proche des protestants, Jean Girard (1518-1586).


Le recueil comprend 500 épigrammes en vers latins, divisées en cinq centuries. Un exemplaire est consultable à la (belle) médiathèque de Dole. (Coll. : Pet in-4 de (4) ff ; 163 pp ; (1) coloph. ; (1) bl – 3 fig. gravées sur bois).


Pendant sa magistrature, un de ses beaux-frères, chanoine de l'église de Beaune, pilla sa maison d'Auxonne, lui déroba une grande quantité de blé, dévasta sa bibliothèque et brûla la plupart de ses papiers et de ses œuvres inédites. Nous étions en pleine guerre de religion !

Chaque épigramme est adressée à l'un des cinq Centurion d'Auxonne. La première, à Claude Grosteste, beau-frère de l'auteur, premier centurion (Cf photo 3); la deuxième au second centurion, et ainsi de suite. La plupart des épigrammes qui composent ce recueil sont adressées aux membres de sa famille, et à des personnages importants de la Bourgogne, tels que des conseillers et des avocats de Dijon, des habitants notables de Dole, et en particulier d'Auxonne, dont Girard fut longtemps le maire. Il faut remarquer deux épigrammes sur les beaux yeux et sur la beauté de la fille du poète, Catherine ; une autre sur les approches de la guerre, en 1542 ; et enfin, une épigramme à ses amis qui lui reprochaient d'avoir préféré le séjour d'Auxonne à celui de Dijon. (seul Bertrand pourra les départager!)


On trouve, en outre, avant la première centurie, une apologie de Jean Girard par B. Anuli qui le qualifie à la fois de dijonnais et de dauphinois, mais il s’agit d’une coquille de l’imprimeur justifié par le fait que la première épigramme commence par « Delphinus ». Par la suite Girard règlera ses compte avec son imprimeur ! Elle est suivi d’une épître en prose : Promptae et honestae voluntati suar ; en tête de la quatrième centurie, une autre épitre adressée à Pasilhea ; et à la fin du livre, une troisième épître en forme d'épilogue, ad immortalitalem. Chacune de ces épitres est suivie d'une gravure sur bois allégorique, avec légende, pour servir d'explication au texte. La dernière est fort curieuse (voir photo 5). Entre autres singularités, je signalerais Saturne représenté sous la forme d'un vieillard à longue barbe, armé d'une faux, appuyé sur une béquille, et dévorant un enfant ; l'antiquité (Vetustas) sous les traits d'une vieille femme décrépite, portant lunettes et menaçant de sa quenouille l'Immortalité….

Le maire d'Auxonne était un intrépide faiseur d'épigrammes; mais il avait d'excellents motifs pour entasser centuries sur centuries. Il s'est chargé de nous les expliquer dans la 98* épigr. de la 2* centurie. :

Si quaris cur scribo jocos, epigrammata, nugas,
Cum possem utiliùs jura forumque sequi.
Assoniense meum caussis vacat ecce tribunal :
Quid facerem noc facio, ne nihil hic faciam

Bref, il s’embêtait sec au tribunal.


J’ai conscience que ce petit papier ne va intéresser vos lecteurs que dans un périmètre de 30 km autour d’Auxonne et de Dijon ! Bonne soirée.

Textor

4 commentaires:

Bertrand a dit…

Mille merci Textor de nous avoir fait partager votre découverte de cette édition et de cet auteur que je ne connaissais pas.

Si vous me demandez mon avis entre Dijon et Auxonne, c'est un peu comme me demander entre le paradis et l'enfer.

Auxonne fut le lieu de mes classes militaires... qui ne durèrent heureusement qu'un instant, étant promis à un avis plus calme que celui du transport de troupes et autres réjouissantes guerrières dans les bois pour gamins attardés.

Donc Dijon garde ma préférence, mais c'est totalement subjectif comme toujours.

B.

Anonyme a dit…

Pas de frontières pour qui porte vélin et parle latin.

Raphael

Textor a dit…

Je remercie Bertrand qui, malgré le soleil ( et le pastis ?), a fait sortir Jean Girard de l'ombre !!

Cette publication urbi et orbi va peut-être permettre de relancer les recherches sur ce poète injustement oublié, il y a peu de chose sur internet à son sujet. Les poètes latins ont été victimes des "modernes", ceux de la Pléiade et les autres qui se sont mis à versifier en français car cela fait plus tendance ...

Anonyme a dit…

Merci à vous Textor,

PS : j'étais de l'autre côté... celui du rosé et des beaux châteaux hérétiques...

B.

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