samedi 23 mai 2009

Damascène Morgand : Librairie d'exception pour livres d'exception (1890).


Voici encore un petit morceau d'émotion bibliophilique à l'état brut et intime que je partage avec vous. La correspondance a cela d'indécent qu'elle révèle sans doute plus de chose que l'expéditeur ne le souhaiterait au départ.

Voici une lettre adressée à une personne inconnue, un homme, un client vendeur à la librairie Morgand à Paris. La prestigieuse librairie Morgand et Fatout, devenue librairie Damascène Morgand au décès prématuré de l'associé Fatout, puis future librairie Edouard Rahir qui reprendra le flambeau jusque dans les années 1920. Inutile de rappeler ici l'extraordinaire librairie qu'elle fut. Plusieurs dizaines de milliers de livres presque tous précieux et rares leur passèrent entre les mains. Le bulletin qu'ils publièrent entre 1876 et les premières années du XXe siècle (Edouard Rahir successeur), donnent assez la mesure de leur talent de "dénicheurs" de beaux livres. Evidemment, le talent ne suffit pas et des espères sonnantes et trébuchantes ont été nécessaires à la réunion en catalogues de tels trésors bibliophiliques inimaginables aujourd'hui en si grande masse, même dans les librairies les plus illustres de notre beau pays, Paris et province réunies.

Je vous laisse découvrir cette missive, assez instructive quant à la manière de faire des libraires de cette trempe.

Lisez plutôt.


Transcription du texte :

[Papier à en-tête de la librairie Damascène Morgand] libraire de la Société des Bibliophiles français. 55, passage des Panoramas. Paris, le 25 février 1890.

Cher Monsieur,
J'ai reçu les six titres ravissants de la "Vie Rustique" et je m'empresse de vous envoyer sous ce pli six cents francs, prix convenu, pour ce beau travail, sur lequel vous avez été assez aimable pour vous emballer.
Mon fils vous remercie de vos aimables projets en sa faveur.
Que pourrions-nous bien entreprendre ? Les aquarelles de Giacomelli sont fort appréciées et j'ai payé, hier, à la vente Marquis le Myosotis 5200 fr. avec 5% !!!
Veuillez agréer, cher Monsieur, en attendant votre réponse, mes remerciements et mes salutations les plus dévouées.
D. Morgand (signé).

PS : Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, l'intégralité des 10 volumes du Bulletin de la librairie Morgand et Fatout (catalogue de leur librairie) est disponible en version numérisée OCR sous forme d'un fichier PDF "cherchable" (entièrement numérisé et OCRisé par mes soins - distribution totalement libre). Vous pouvez le télécharger gratuitement, attention cependant le fichier pèse près de 500 Mo !! ADSL ou liaison internet ultra-rapide recommandée !! Une icone est également présente dans la partie gauche du blog sous les vignettes de liens vers les blogs utiles.

BULLETINS DE LA LIBRAIRIE MORGAND (1876-1904) 10 volumes - 10.000 pages - plus de 75.000 notices de libraire à prix marqués - une des plus grandes librairies parisiennes de la fin du XIXe siècle.

Bonne nuit,
Bertrand

2 commentaires:

Textor a dit…

Merci pour cette notice,
Vous remarquez justement que la réunion en catalogues de tels trésors bibliophiliques serait inimaginables aujourd'hui en si grande masse. Le fait est qu'on est étonné par le nombre de grandes ventes à l'époque, alors qu'aujourd'hui nous avons une vente sérieuse tous les 10 ans en moyenne. pourquoi ?. Je cite un petit extrait de l'hommage du sieur Damascene au baron de Rothschild, pour nous faire regretter d’être né trop tard : « le baron James de Rothschild avait eu très jeune le goût des livres…ses premiers achats furent fait aux ventes Solar, La Bedoyère, Brunet et Pichon… Pendant les dix dernières années, le Baron avait suivi toutes les ventes importantes. Il nous suffira de citer celles de MM. Potier, L ;de Montgermont, Rob Turner, A.F. Didot, O. de Behague et du marquis de Ganay. Il avait cependant été souvent arrêté dans cette recherche du livre par un obstacle insurmontable : la condition, c’est qu’il voulait qu’elle fut parfaite. »
(Extrait de l’hommage des éditeur, fasc de XIV pp non reliées in Répertoire Morgan et Fathout 1882)

Bertrand a dit…

Quand j'étais petit, mes parents n'arrêtaient pas de me dire :

"Nous n'avons pas la bourse à Rothschild !"

Sous ce ton prolétaro-ouvriérophile-amonétaire... je ne comprenais pas bien...

Maintenant, je sais ce que veux dire "avoir la bourse à Rothschild" (sourire).

B.

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