mardi 12 mai 2009

Une reliure et un précieux ouvrage imprimé en 1477. Une restauration de très grande qualité.





C'est à nouveau Textor qui nous fait l'honneur de bien vouloir partager avec nous les trésors de sa bibliothèques seizièmiste. Grand bien lui soit rendu pour cette générosité. La bibliophilie c'est cela aussi. Partager. Comme le plaisir des images s'accompagne ici du plaisir de la lecture d'une belle notice, bien construite et fort complète, je ne résiste pas au plaisir de vous en donner lecture, avec autorisation de l'auteur (Textor).

" Auteur : BERSUIRE Pierre ( Petro Berthorius, ou Berchorius) - Année 1477 -

Lieu d'édition : sl (Cologne)
Imprimeur : Bartholomeo de Unckel


Description, Iconographie : Impression goth. sur 2 col. Initiales en rouge ou bleu. Grande initiale en début de vol. avec de grandes hastes décoratives dans la marge. Papier blanc et état très bon -. Nombreuses lettrines peintes en rouge ou en bleu roi, alternativement, hautes de 2 à 7 lignes, certaines avec des déliés se prolongeant dans la marge, rubrication en rouge. Ex Libris : Campus Sancti Hieronymii Zepperen, Anno Domini 1604 - A la fin une inscription mentionne le don qui a été fait du volume à un couvent des Flandres en 1484 ; Hain & Coppinger 2797.
Collation :In fol - ( 1) f (425) ff. et (1) f. bl.

Reliure : Ais de bois ciré, nerfs apparents, liens de porc, traces de ferrures et de clous sur les angles, parchemin ancien.

Commentaires : 3ème Edition incunable en date du 17 mars 1477 ( Ste Ghertrudis virgis) . L’auteur, Pierre Bersuire (Petrus Berthorius, pictaviensis, c.1290-1362), est né à St-Pierre-du-Chemin en Poitou, après de brillantes études, il entra dans la congrégation de l'ordre franciscain avant de choisir l’ordre des bénédictins. En 1320 il accompagne son abbé à Avignon et devient le protégé du Cardinal Pierre des Prés. C’est à cette époque qu’il écrit ses 2 œuvres majeures, le Reductorium morale et le Repertorium morale, tout en accumulant les charges et offices dans divers monastères et prieurés, sans toutefois s’y rendre. C’est à Avignon qu’il rencontra Pétrarque et les 2 hommes mentionneront dans leurs écrits leur estime réciproque. Pierre Bersuire aura encore l’occasion de côtoyer Pétrarque à Paris, dans les années 50 lorsqu’il poursuivra ses études à l’université, ils avaient tous deux le goût pour Tite Live dont Pétrarque va rassembler les passages en latin et que Bersuire va traduire en Français à la demande de Jean le Bon, roi de France (première impression à Paris en 1486-87). Le Reductorium était originellement composé de 13 livres, mais comme l’explique la préface, de nouvelles idées conduisirent à la rédaction de 3 livres supplémentaires : Liber de naturae mirabilibus (XIV), Ovidius moralizatus (XV) and Liber bibliae moralis (XVI), chacun avec son propre prologue. Une version française du livre XV fut incorporé dans l’édition des Métamorphoses d’Ovide de 1484 imprimé à Bruges par Colard Mansion; sinon, la seule partie du Reductorium imprimé au 15ème siècle fut le présent livre XVI, qui possède, comme souvent au moyen-âge, différents titres selon les éditions : Liber bibliae moralis, Super totam bibliam, De moralitate totius biblie, De expositione et moralizatione figurarum et scripturarum enigmatibus, ou encore, comme dans la 4ème édition de Praefet, Super utrumque testamentum (a2r, fol. 46). Bersuire nous dit dans le prologue adressé au Cardinal des Prés (qui n’existe pas dans l’édition de Cologne) qu’il a étudié divers passages de la Bible, pour esquisser une morale philosophique et relier les symboles et la propriété des choses, comme par exemple la représentation symbolique des 12 vices par les 12 mois du livre des Révélations. Il propose des compilations pour aider les prêtres à composer leurs sermons. Les 4 éditions incunables du Liber bibliae moralis peuvent être réduites à 2 sources: l’édition d’Ulm de Johann Zainer, 9 April 1474 (GW 3862), a été réimprimée par Bartholomaeus de Unckel à Cologne, 17 Mars 1477 (GW 3865), tandis que l’édition de Strasbourg de C. W. (peut-être Claus Wencker or Conrad Wolfach;( GW 3863), du 7 Sept. 1474 a été recopiée par Richard Pafraet et imprimée pour la première fois sur une presse de Deventer avec la simple date de 1477 (GW 3864). La différence entre les 2 séries d’impression est l’absence d’index pour les 2 premières, ce qui suggère que l’édition de Deventer est sans doute plus tardive que celle de Cologne du 17 Mars 1477, car il aurait été difficile pour B. de Unckel d’entrer en compétition avec Pafraet sans une table d’index, s’il en avait connu l’existence. Il n’y eu pas d’autre édition avant celles de Bâle et Nuremberg de 1515 et 1517. L'imprimeur Bartholomeus de Unckel a travaillé à Cologne de 1475 à 1484. Il n'a utilisé qu'un seul type (103) qui se situe entre le Zel's and le premier type de Hoernen, mais qui est beaucoup plus proche de celui de Quentell que de tout autre." (Textor)

Je vous laisse découvrir l'exemplaire en quelques images supplémentaires.









Je laisse le soin à Textor, s'il en a envie, de nous expliquer les conditions d'acquisition de ce précieux ouvrage ainsi que les conditions de la restauration de la reliure telle qu'on peut la voir aujourd'hui.

Bertrand pour Textor
Bonne journée ensoleillée (en Bourgogne en tous les cas...)

4 commentaires:

Textor a dit…

Bonsoir,
Merci Bertrand !
Je ne m’imaginais pas, en prenant ces photos il y a déjà quelques années pour le catalogue de ma bibliothèque, qu’un jour elles seraient destinées à être vu potentiellement par la terre entière !!
A l’époque je n’avais pas jugé utile de photographier la reliure qui n’était vraiment pas très belle à voir. Comme je l’ai déjà dit, les ais avaient été recouverts fin 18éme d’un basane très mité, je crois que le plat supérieur était à 2 doigts de se détacher (il avait été rafistolé avec du fil de cuisine !). Ce livre n’aurait pas retenu mon attention si l’intérieur n’avait pas été dans un état proche du neuf, sans une mouillure ni brunissure, avec la belle typographie et la rubrication que vous pouvez admirer.
La restauratrice après beaucoup d‘hésitation a donc choisi simplement de décaper tous le cuir, de le cirer et de consolider ou refaire certains nerfs. (Contre l’avis de « l’Académie », qui, je crois, demande à ce que soit consolidé ce qui peut l’être mais sans effacer les différentes transformations historiques du livre. Pour autant ce basane n’avait aucun intérêt. Il aurait été possible aussi de faire un demi-velin et de laisser le bois apparent mais cela aurait fait un peu pastiche. T

Textor a dit…

Pour répondre à votre 2ème interrogation, j’ai acquis cet ouvrage tout simplement à Drouot il y a quelques années, après l’avoir découvert dans l’officine au charme désuet, et tout encombrée de livres anciens, d’un libraire-expert de la rue Saint Jacques, à Paris. Il y avait cette fois-là une petite dizaine d’incunables à vendre, ce qui devient rare.
Pour compléter ma collection, il me manque la traduction en français par P. Bersuire des 3 décades de Tite-Live. Un exemplaire enluminé est passé en vente chez P Bergé, il y a un an ou 2 mais il n’était pas pour ma bourse !!

Gonzalo a dit…

Superbe ouvrage.
Quant à la reliure: peu académique mais superbe! J'aime beaucoup cet aspect "brut" d'ais en bois sans couvrure. Cela me rappelle certains travaux de Sün Evrard, une relieuse d'art qui s'intéresse beaucoup au livre ancien, avec cette différence notable que votre reliure a conservé, je crois, les matériaux d'origine (hormis la basanne...).

Textor a dit…

Merci Gonzalo, je transmettrai vos commentaires à l’auteur de la restauration, cela lui fera plaisir.

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...