mercredi 21 janvier 2009

Un rêve de bibliophilie universelle et cosmopolite



Prières magiques, caractères à lunettes, Ethiopie, XXème s.
Fonds BNF.

Hier j'ai fais un rêve (je sais, c'est assez à la mode ces temps-ci...),

j'ai fais le rêve d'une bibliophilie (ou bibliomanie) universelle et cosmopolite. Ce rêve a tout d'abord débuté par un mauvais cauchemar, celui de me rendre compte combien j'ignorais de choses sur le monde des livres. Des livres du monde.

Combien de pays, combien de peuples, anciens et modernes, ont connu et connaissent encore une évolution de leur "monde du livre" différente de celle de notre petit monde occidental. Je pense alors à toutes ces cultures vénérables et ancestrales des confins de l'Asie, à toutes ces ignorances que je peux avoir sur le monde du livre arabe.

Comment nos amis d'une autre langue, d'un autre mode de pensée vivent-ils leur amour des livres et des lettres. Mais plus proche encore, je m'aperçois que la barrière des langues nous empêchent souvent de nous intéresser comme on le devrait à nos tout juste voisins. Comme par exemple ce blog espagnol sur les livres anciens qui me paraît excellent mais que pourtant je suis bien incapable de suivre ne maitrisant pas la langue d'Esteban et Zia (mes amis de longue date). Bref, je reste bien sagement cantonné dans la bibliophilie francophone, avec de brèves incursions dans les époques anciennes, mon Gaffiot à la main, le grec m'est interdit, ou seulement pour le plaisir des yeux d'une belle impression de Robert Estienne.

manuscrit arabe,
un serviteur prélève la gomme du balsamier.
Nos amis chinois, leurs voisins indiens, japonais, comment vivent-ils "le livre" chez eux ?

Nos amis américains, qui sont souvent des bibliophiles "français", nos amis allemands sont plutôt "gothiques", nos amis suisses "presque jurassiens" s'en remettent à plusieurs langues selon leurs cantons d'adoption, et nos amis espagnols ? portugais ? Comment vivent-ils leur passion de "l'imprimé" ou du "manuscrit". J'ai vu plusieurs fois dans des catalogues des manuscrits en Guèze, la langue religieuse écrite de l'Éthiopie, de superbes manuscrits enluminés assez naïvement à vrai dire, mais d'un charme esthétique assez envoutant. Mais comment savoir ? comment comprendre des cultures qui nous sont si lointaines ?

Extrait du codex de Mendoza (16e siècle).
Ce doc. chiffre le tribut en nature payé par 7 villes aztèques aux seigneurs espagnols de Mexico.
Dans leur base 20 de type additif, l'unité est représentée par un point, la vingtaine par une hache, le nombre 400=20*20 par une plume.

J'ai fais un rêve, celui d'être bibliophile (bibliomane) universel et cosmopolite. Rassemblez les hommes, par le livre, et pour le livre. Et par là même, rassembler les hommes tout court. Utopie ? Fantasme ? Gageure ? Sans doute. Mais à l'heure où les plus improbables situations se réalisent enfin (vous savez de quoi et de qui je veux parler), à l'heure où rêver est sans doute ce qui nous est encore le plus important. Rêvons !

Roustam livre bataille à Saad-I-Warkas.
Peinture indo-persane du Livre des rois
(manuscrit rajpoute du XVIIIe siècle).

Si vous lisez le Bibliomane moderne depuis Bamako, depuis Saïgon ou Los Angeles, ou n'importe où ailleurs dans le monde connu, si vous avez envie de partager avec nous votre amour des livres dans votre pays, dans votre langue, si vous souhaitez nous faire comprendre quelques bribes de votre "bibliophilie", n'hésitez pas à laisser des commentaires en ce sens sur ce billet, ils seront lus, soyez-en certain, avec passion.

Amitiés universelles et cosmopolites,
Bertrand

PS : pour les plus curieux, nous venons d'ajouter un lien (menu à gauche), Les bibliothèques humanistes, site trouvé par hasard en furetant sur le net à la recherche d'informations. Très beau site et très intéressant. A étudier de près pour les amateurs d'éditions anciennes incunables et de la Renaissance. J'ajoute également un lien vers un superbe site consacré aux reliures d'art à travers les siècles Six centuries of master bookbinding at Bridwell Library. Admirez !

10 commentaires:

Raphael Riljk a dit…

Il faut aller au devant de ces mondes du livre différents et les introduire dans nos bibliothèques.

Deux manuscrits éthiopiens sont arrivés sur mes tablettes,probablement sans grande valeur financière mais qui ont l'air de venir du fond des âges avec leur allure de codex aux plats aux bois, parfois recouverts de tissus bariolés, leur parchemin de chèvre leur calligraphie soignée et leurs illustrations naïves. Ils diffusent les parfums de la reine de Saba mélangés à l'atmosphère humide des églises rupestres de Lallibella. Ils regardent drôlement le Lortic et le Ramage d'à côté mais l'association contrastée est harmonieuse.

Plus loin, il ya un petit précis de physique en chinois sur son papier de riz et un guide de Kyoto en japonais des années 1870.

Sur mon porte-coran en nacre et ébène syro-ottoman dont plus personne ne sait comment il est arrivé là, je rêve d'un beau manuscrit arabe dont les marges seraient zébrées de commentaires serrés.

Mais le point d'orgue ultime, l'idéal bibliophilique minéral, serait de posséder une authentique et intacte tablette sumero-babylonienne racontant (le rêve coûte peu cher) un épisode inédit de l'Epopée de Gilgamesh. A défaut un décompte de bières ou de vins ou une tablette d'écolier fera l'affaire, voire quelque chose de complètement incompréhensible.

Avez-vous aussi de ces exotismes sur vos tablettes ?

R.

Léo Mabmacien a dit…

Le blog de Dieo Mallén a l'air fort intéressant, seul hic la langue effectivement, mais bon on peut se contenter des images... Je suis comme vous Bertrand les éditions des autres pays sont fort méconnues par chez nous, nous restons très franco-français dans nos achats, découvertes... Pour ma part à part le latin et quelques éditions bilingues je n'ai rien dans d'autres langues, bientôt en anglais mais cela reste marginal. Je pense bientôt évoquer les manuscrits africains qui sont trop méconnus malheureusement...
Bien cordialement
Léo

Eric a dit…

Heureusement, le grand condor google est là pour nous aider :
http://translate.google.fr/translate?u=http%3A%2F%2Fdiegomallen.blogspot.com%2F&sl=es&tl=fr&hl=fr&ie=UTF-8

la lecture du blog espagnol devient chose possible.

Eric

Bertrand a dit…

Euh... presque Eric...

Sauf qu'on ne comprend quasi rien d'intelligible... J'ai bien peur de devoir me contenter des blogs francophones et anglophones...

B.

Bertrand a dit…

On obtient par exemple la traduction suivante :

"Papillon de nuit dans le caniveau de quelques pages" ...

Traduction que n'aurait sans doute pas désavouée un André Breton ou un Alfred Jarry...

B.

Jean-Marc a dit…

Merci pour ce bel article. C'est vrai que l'on ne sait rien ou presque rien de la bibliophilie allemande, polonaise, roumaine et que sais-je où en Europe. Même l'Italie ou l'Espagne paraissent exotiques. Et je ne parle pas de ces pays lointains que tu évoques si bien.

J'ai le privilège de parler espagnol, depuis mes trois ans à Madrid dans le début des années 90. Le blog est intéressant, très centrée sur la bibliophilie de Valence.

Ma bibliothèque contient plusieurs livres en anglais, car quelques uns des ouvrages les plus intéressants sur la découverte des Alpes sont le résultat des explorations des Anglais. Curieux de lire en Anglais la découverte de quelques vallées des Alpes au milieu du XIX comme s'il s'agissait de la découverte d'un pays exotique et lointain.

Jean-Marc

pierre a dit…

Les langues peuvent être des barrières infranchissables pour les amoureux de la lecture. Elles ne le sont pas pour les bibliophiles amoureux du livre-objet ou pour les bibliomanes curieux.
Pour donner du plaisir à la lecture d'un auteur étranger une bonne traduction a toujours été nécessaire à l'individu lambda. C'est ainsi ! Rares sont ceux qui, même s'ils le parlent correctement, lisent l'anglais, l'allemand ou l'espagnol dans le texte en appréciant les subtilités et la richesse du langage écrit. Et je ne parle pas du sens de l'écriture ou de la pagination d'autres langues…

Les lecteurs du bibliomane moderne seront toujours francophones et francophiles et je ne pense pas que google translate puisse y remédier efficacement mais puisque Bertrand l'a évoqué et que le moment s'y prête…
I still have a dream. It is a dream deeply rooted in my french dream. I have a dream that my four children will one day live in a nation where they will not ask me a new iphone but an old book for their birthday. I have a dream today!
Best regards. Peter from Provence.

rui a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
rui a dit…

Chers amis
Comme j’ai dit une fois, la bibliophilie n’a pas de frontières !
Ne regardons seulement ceci qui nous entoure (toujours le plus facile !)
N’oubliez pas que tous les peuples ont des beaux ouvrages et des grands auteurs. (Le problème c’est la « Tour de Babel » des langues différentes !)
Dans ce qui concerne le « Blog de Diego Mallén » il mérite faire un effort pour le consulter (mieux pour ceux, comme moi, qui réussissent à lire l'Espagnol).
Pour moi le seul défaut (ce sera même ?) est d’être centré sur la littérature et les éditions de Valence.

Bertrand a dit…

Merci à tous pour vos commentaires,
je pensais lire des impressions de Zurich, Madrid, Kirchheim, Montréal, Poviglio, du Bronx (NY), Fribourg, Toronto, de l'Afrique du sud, de Bombay en Inde, du Maroc, etc...

Autant de points de connexions du monde entier vers le Bibliomane moderne.

Merci Rui pour son commentaire, sur sa vision de la bibliophilie cosmopolite et universelle,
et surtout n'hésitez pas une seule minute à tous vous exprimer par les commentaires sur le Bibliomane moderne.

Un blog c'est fait pour ça !

B.

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