mercredi 28 janvier 2009

Reliures estampées à froid du XVIe siècle et technique du frottis (suite).


Voici deux nouveaux frottis réalisés par l'ami Éric, fidèle lecteur du Bibliomane moderne. Il s'agit des deux plats d'une reliure en peau de truie sur ais de bois, les plats estampés à froid. La reliure recouvre un corpus juris de 1598. Le volume est de format in-8. Éric pense qu'il s'agit d'une reliure bâloise.

Ornée d’un très riche encadrement estampé avec le portrait d’un homme en armure et épée dans un cadre historié, avec sur le second plat probablement ses armes.

Je vous laisse en compagnie des frottis.


Frottis du plat recto



Frottis du plat verso



Si comme Éric vous voulez nous envoyer vos frottis de belles reliures XVe ou XVIe siècle, n'hésitez pas à nous les envoyer à bertrand.bibliomane@gmail.com

Note : Par ailleurs une question persiste, on sait que ce type de reliure (notamment en Allemagne et en Suisse) a continué à être exécuté jusqu'au XVIIIe siècle. On sait aussi que les premiers modèles datent des début de l'imprimerie (vers 1460), alors comment faire pour distinguer avec certitude une reliure allemande ou bâloise exécutée vers 1480 d'une même reliure exécutée vers 1560 ou plus récemment encore vers 1650 ? Etude des roulettes ? Connaissance des ateliers ? Si quelqu'un a une idée ? Car j'ai trouvé dans de beaux catalogues de livres rares en vente à prix marqués de ces reliures qui sont tantôt marquées "de l'époque" (en étant vers 1480) et tantôt "du XVIè siècle" (en étant sur des livres imprimés entre 1540 et 1580) et tantôt encore "reliure ancienne" .... il y a quelque chose qui me gène dans ce flou artistique entretenu pourtant par des libraires qu'on ne pourra pourtant pas taxer d'incompétence vu le beau logo de quatre lettres qu'ils arborent sur leurs catalogues.

Addenda. Merci à Raphaël pour ce rappel insolent (rire) à la haute technologie moderne... c'est vrai que j'avais oublié qu'un bon vieil appareil numérique ferait sans doute mieux l'affaire que mon vieux crayon de bois... mais j'avoue un penchant pour ces petites techniques d'outre-tombe qui sont, aussi, tout l'univers du bibliophile qui regarde derrière lui aussi bien que devant.

Voici donc, illico presto, les photographies HD des plats recto et verso de la reliure (bâloise?) in-folio présentée en frottis hier. Je ne sais pas si cela est mieux, plus lisible, plus efficace, ou tout simplement plus réaliste (on voit vraiment ce à quoi elle ressemble vraiment).


Plat recto de la reliure in-folio, bâloise ? (vers 1550?)



Plat verso de la reliure in-folio, bâloise ? (vers 1550?)

Cliquez sur les photos pour agrandir


Bonne journée,
Bertrand

20 commentaires:

Raphael Riljk a dit…

Le frottis, c'était bien à l'époque où la photo était plus compliquée à mettre en oeuvre... A présent, elle est quand même plus informative et on ne risque pas en plus d'abîmer la reliure !

Il doit être identifiable par le texte autour du cartouche le prince allemand de la reliure d'Eric, non ?

R.


R.

Raphael Riljk a dit…

Juste un sentiment sur les différentes reliures:

au 16e : les reliures des in-folio jusqu'à l'in-octavo sont très fréquemment historiées avec des grands sujets centraux religieux (Crucifixion, résurrection, figures de David,de Jael ou de Judith en plein assassinat), des représentations emblématiques de la justice ou de Lucrèce, dans un encadrement de profils en médaillons au plus près et à l'extérieur de roulettes de saints. Il existe aussi des roulettes profanes de muses et d'Apollon ou de jugement de Pâris aux déesses dépoitraillées qui peuvent être associées à des plaques centrales de sujets religieux.

On trouve aussi des portraits très réalistes de Luther et de Melanchton (j'en rêve) sur des reliures saxonnes, souvent des reliures de présent données par exemple à l'occasion de la remise du magister à l'université (données, en fait payées par le récipiendaire...) surlesquelles les portaits sont dorés.

Tout cela se voit dans les provinces des princes réformés allemands et surtout en Saxe qui était leader en ce domaine.

Je dirai fourchette 1530-1570 avec un gros pic vers 1550-1560.

J'ai l'impression, sans avoir de bases granitiques la-dessus que les reliures bâloises comportaient moins de plaques centrales historiées mais plus d'éléments décoratifs floraux unitaires ou à glands de chène poussés individuellement

Les princes allemands ont compris aussi que ces reliures étaient des support intéressant de diffusion de leur image. Ces reliures qui les représentant en armes se voient plus fréquemment dans le dernier quart du 16e siècle (quoique j'en connaisse une sur une reliure en veau brun datée de 1532 : 1er plat : la crucifixion, second plat : le prince en pied tenant son épée, l'allusion est claire Sauveur Sirituel d'un côté et sauveur temporel de l'autre - même combat). Celles qui montrent Charles-Quint en armure et casque viennnent plus probablement des contrées restées catholiques.

En principe, leur datation ne pose pas de problème puisque la plupart du temps la date d'éxécution est inscrite sous le cadre central avec les initiales du possesseur au dessus (nom+prénom+ville d'origine)(sauf semble-til dans les deux reliures qui sont montrées).


Fin 16e début 17e, s'installent en allemagne les grands monastères Jésuites. La reliure devient plus sobre, le décor est géométrique, le motif central s'arrondit, il est parfois doré. Le christ y apparait en majesté tenant le globe. Le dos est peint en blanc pour uniformiser les bibliothèques, on parle de reliures monastiques réalisées par les moines eux-mêmes et non plus par les grands relieurs de la Réforme. Les sujets de l'Ancien testament s'estompent puis les reliures deviennent plutôt aveugles au 18e.

Et puis il ne faut pas oublier les demi-reliures avec dos en peau de truie et ais de bois apparents qui sentent leur XVe et début du XVIe.

Qu'en pense Eric ?

amicalement

R.

Bertrand a dit…

Merci Raphaël pour ce petit historique argumenté,
je viens de mettre en addenda sur le message du jour les photos numériques des deux plats de la reliure (bâloise?) in-folio dont les frottis ont présentés hier, mieux ? moins bien ? plus réaliste c'est certain.

Merci,
B.

Raphael Riljk a dit…

pas mal...aussi !

R

Eric a dit…

C'est avec de petits yeux que j'ai vainement essayé de déchifrer le texte sur ma reliure, tard hier soir/tôt de matin.

Je m'y replonge ce soir, le premier plat est difficle à lire, le second plus facile.

Eric

pierre a dit…

Je suis allé ce matin au centre de conservation et de restauration du livre ancien d'Arles. J'y ai vu une reliure bâloise en restauration et j'ai pu constater que la technique du frottis est encore utilisée pour fournir des banques d'images de fleurons, motifs etc... en vue de la datation de ces ouvrages.

Eric a dit…

Sous toute réserve, voici le texte de ma reliure.
"?" remplace un caractère illisible
"(?)" signifie que j'ai un doute (encore plus que sur les autres) sur le fait d'avoir correctement déchiffré le caractère précédent.

1° plat :
Au dessus : IVSTICIA PRUD
Texte dans le contour ovale du médaillon :
EXPLICATOS(?)ES. AVGVS ???V?T(?)VS. IN(?)SPICE . NVMEN. HA. BENT. VTRIVI(?)ES.ANIMI. MAIESTAS.
Au dessous :
FORI(?) TEMP
CHS

2° plat :
Au dessus : FL ETAS PAGLEN
Texte dans le contour ovale du médaillon :
AVGUSTVS . HERZOG . .(z?)V . SA(?)XEN. VNT . OH(?)V??VR(?)ST . E(?)TG *** VON (?)GO(?)T(?)TE(?)S. GN???N

Au dessous : CAST

Eric

Raphael Riljk a dit…

Eric - serait-ce celui-là ?
August, Duke of Saxe-Weissenfels (b. Dresden, 13 August 1614 - d. Halle, 4 August 1680), was a duke of Saxe-Weissenfels-Querfurt, Administrator of the Diocese of Magdeburg and member of the House of Wettin.

He was the fourth (fifth in order of birth) but second surviving son of Johann Georg I, Elector of Saxony and his second wife Magdalene Sybille of Prussia.

En tout cas, cet homme-là semble avoir toutes les vertus !

Quel est le lieu d'édition de votre livre ?

Pierre - En Arles ! la capitale de la photographie, un comble !
Je résiste ! je ne frotterai pas mes peaux de truie !

R.

Martin a dit…

support livre ajouter au panier
auteur Manzolli, Pier Angelo
co-auteur Scauranus, Thomas
titre Marcelli Palingenii Stellati Po?e doctissimi Zodiacus vitae : hoc est, De hominis vita, studio, ac moribus optime instituendis, Libri XII... (Carmen Th. Scaurani). Ad lectorem (carmen
éditeur-date Lugduni : Apud Ioannem Tornaesium, 1581
description 366(-82) p. sign. a-z, aa-ee8 ; titre dans encadr ; 16°, 120 mm
813452 - Reliure XVIe peau de truie estamp?Plat sup. : portrait d'Auguste de Saxe 92 x 55 mm avec dans le cadre : Vvitutes. Animi. Maiestas. Explicatores. AugusTi. Vultus. Inspice. Numen. Ha-bent. Sur des banderoles : Iusticia. Prud-e. Temp. Fort. plat inf. : armes de Saxe avec l'inscription : Von Gottes Gnaden. Augustus. Herzog. Zu. Saxen. Vnt. Churfurst. EE. : 94 x 56 mm.Ex dono de 1649
Fonds avant 1801 (813452
contient Scauranus (Thomas). Ad lectorem (carmen) p. 7-8
exemplaire(s) Lyon

Martin a dit…

Il s'agit bien du célèbre Auguste de Saxe (1526 - 1586) mais, bien sûr, sans rapport personnel.
Dans le livre de référence, Konrad Haebler, Rollen- und Plattenstempel des XVI. Jahrhunderts, on trouve 37 plaques anonymes portant son portrait ou ses armes. (Aucune idée sur le nombre des plaques signées ou attribuables à un atelier.)

Eric a dit…

Voici des photos des plats et de la page de titre :
http://www.z1k.com/Bibliomane/Plat%20sup.jpg

http://www.z1k.com/Bibliomane/plat%20inf.jpg

http://www.z1k.com/Bibliomane/page%20de%20titre.jpg

Merci pour vos commentaires. Je vais de ce pas imprimer l'explication de Raphael sur les reliures estampées à travers les ages, me renseigner plus avant sur Auguste 1° de Saxe et peut-être bien acheter le Konrad Haebler.

Eric

Bertrand a dit…

Mille mercis à Martin pour les recherches qu'il a bien voulu effectuer outre Rhin pour moi et pour Eric. La passion des beaux livres n'a que peu de limites, preuve en est.

Merci à Eric et Raphaël pour avoir enrichis cette discussion autour des reliures allemandes ou bâloises estampées à froid du XVe et XVIe siècle.

Je vous prépare par ailleurs une petite visite en "peau de truie estampée à froid" pour bientôt,

Merci à tous pour ces échanges.
La bibliophilie c'est mettre le doigt sur un fétus de paille et en ressortir moissonneur (enfin... quelque chose comme ça...)

B.

pierre a dit…

Pour Raphael - En français populaire les arlesiens disent qu'ils vont "à Arles" même si le résultat phonique est peu gracieux. Je pense que la formule "en Arles" est réservée au "pays d'Arles" bien que, plus grande commune de France par la superficie, la cité et le pays se confondent. Formule à réserver donc aux réceptions proposées pendant le salon de la photographie :-) !
Côté reliure, un ouvrage peu commun vous aurait intéressé. Il s'agit d'un grand in folio dont le bois est recouvert d'un cuir souple retourné, lui même recouvert sur le plat d'un épais cuir de cervidé très "typé". Et le parchemin était tellement travaillé qu'il était difficile d'en déterminer le côté pile du côté face. La prochaine fois je prends un appareil photo !
Pierre

Martin a dit…

D'après Haebler (google livres), la reliure (Eric) pourrait éventuellement être attribuable à un certain Caspar Honeffer, né à Suhl(a) (d'où le monogramme CHS), actif à Augsbourg entre 1564 et 1595.

Eric a dit…

Ave Martin, Concepituri te salutant !

Cela commence par un simple frottis, pendant un rare moment de temps libre.... Et la moisson commence. Quelle joie.

Eric

Bergamote a dit…

Martin : dans quel livre (ou quel lien) avez-vous trouvé cette information ? (je maîtrise mieux les blogs culinaires que google books ;o)
merci d'avance :)

Martin a dit…

http://books.google.com/books?lr=&hl=de&id=5apaNfLSOI8C&dq=augustus+saxen+chs&q=chs&pgis=1#search_anchor

http://books.google.com/books?lr=&hl=de&id=5apaNfLSOI8C&dq=augustus+saxen+chs&q=honeffer&pgis=1#search_anchor

Le livre de Haebler est sur google.books (sous le titre de la série: Sammlung bibliothekswissenschaftlicher Arbeiten) mais il n'y a que quelques "snippets".
Si les liens ne fonctionnent pas, on peut chercher une partie de l'inscription autour du portrait, par ex. "augusti vultus" et le monogramme "chs", après chercher dans le livre même. Et après, on doit consulter le livre imprimé dans une bibliothèque ou chez le libraire d'à côté. Ce que je ferai la semaine prochaine, si encore nécessaire.

Martin a dit…

PS: Même si c'est la bonne plaque, sa présence seule ne permet pas d'attribuer une reliure, bien sûr.

Martin a dit…

Petite correction: On peut chercher dans le premier volume et dans les pages 1-60 du deuxième (1929). Pas beaucoup.

Bergamote a dit…

Merci beaucoup Martin pour ces réponses fort claires et utiles.

(ich bin noch einmal sehr froh, Deutsch anstatt zu Spanisch in der Schule gelernt zu haben)

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