vendredi 16 janvier 2009

Le diable au corps, œuvre posthume du très recommandable Docteur Cazzonné, membre extraordinaire de la joyeuse Faculté Phallo-Coiro pygo-glottonomique


L’ouvrage est présenté comme une œuvre posthume du docteur Cazzonné, personnage inventé par de Nerciat pour la circonstance.

ATTENTION
: c'est l'œuvre la plus obscène d'Andréa de Nerciat, éloigner les enfants, les yeux chastes et les esprits chagrin.

Andréa de Nerciat, André-Robert (Dijon 1739 - Naples 1800 ou 1801 ?), ex-capitaine des gendarmes du Roi à Versailles, il est le plus grand romancier érotique de toute l’Europe, sachant exprimer le pire libertinage sans être vulgaire…
Ainsi de Nerciat ne veut pas dégoûter son lecteur ni le heurter de front. Chez lui, pas de flagellations, de brimades et de mise à mort…(1)

Ses deux héroïnes, la marquise, « une superbe brune aux grands yeux noirs et hardis », et son amie, la rousse comtesse de Mottenfeu, leurs nobles amies dont Le Tréfoncier, grand seigneur allemand (« goût bizarres, libertinage d’officier, caprices de prélats »), leurs jolies soubrettes Philippine, Nicole, leurs beaux valets Belamour, Joujou, Zamor, pratiquent « un libertinage à casser les vitres ». (1)

Le Chevallier Andréa de Nerciat aurait écrit Le Diable au corps quelques années avant la Révolution (1777 ?) et l'aurait fait imprimer dès 1789 ou 1790 si les événements n'eussent entraîné l'ajournement de son projet.

Selon la bibliographie de Vital Puissant, l'édition originale aurait été publiée en 1803 (donc après son décès) et imprimée à 500 exemplaires au format in-8 en 3 volumes, et 500 exemplaires in-12 en 6 volumes.

Mon exemplaire est en reliure moderne, c’est un demi-maroquin rouge brique à coins à tête dorée, sans lieu d’impression ni date. Il est imprimé sur papier vergé teinté non filigrané, mais il en existe sur papier de vélin blanc (Vicaire signalant aussi des exemplaires sur Hollande et sur Chine). Le rare catalogue de 4 pages (Pia) est relié in fine à la fin du tome III. Il se rapporte aux ouvrages déjà publiés clandestinement par Poulet-Malassis, et il ne se trouve pas dans tous les exemplaires (Odry).

Pour ne pas alourdir l’article, je l’ai déposé ici : http://issuu.com/bibliopegimane/docs/catalogue-poulet-malassis




En réalité l’ouvrage a été imprimé à Bruxelles, par Briard pour Poulet-Malassis, en 3 volumes in-12 (H. : 164 mm). Il est illustré de 12 gravures très libres sur acier, soit 4 par tome, dont les troisième et sixième sont monogrammées MB. Leur attribution reste problématique : est-ce Charles Monnet pour une édition de Bruxelles, Poulet-Malassis, 1864, en 3 volumes illustrés de 12 gravures dont 4 frontispices par Félicien Rops (1833-1898), comme le signale Gay-Lemmonyer ? Perceau attribue, lui, les 12 gravures à Rops et précise que mon édition ne serait qu’une réimpression de celle de 1864. Pia cite cette édition, mais sans illustrations et signale les 12 gravures comme faisant partie de l’édition de Bruxelles (Vital Puissant, 1782 [i.e. 1872]). Enfin, Odry les attribue, d’après une lettre de Rops, à l’artiste qui les aurait exécutées d’après des modèles trouvés dans des exemplaires anciens et dont certains auraient été retravaillés par Auguste Danse (1829-1929). Rouir signale ces eaux-fortes comme exécutées d’après les dessins de Rops pour une édition Bruxelloise de 1863 (?), en 4 volumes.

J’ai le catalogue de la vente de Gérard Nordmann sous les yeux (avril 2006 chez Christie’s) ; et les mêmes 12 gravures sont présentes dans le premier roman publié par le marquis de Sade - Justine, ou les malheurs de la vertu, édition imprimée à Paris ou Bruxelles vers 1820. Il est indiqué que les gravures sont d’après les dessins de Rops (lot : 370)

Attention ! Images à caractère pornographique
Ne cliquez sur les images pour les agrandir que si vous avez plus de 18 ans !



Andréa de Nerciat est aussi l'auteur d'autres romans exquis, dont les titres ne laissent aucun doute sur leur contenu, par exemple :

Félicia, ou mes fredaines ; Monrose ou le libertin par fatalité (qui est une suite de Félicia) ; Les galanteries du jeune chevalier de Faublas ou les Folies Parisiennes ; Mon noviciat ou les joies de Lolotte ; Les aphrodites ou Fragments thali-priapiques pour servir à l'histoire du plaisir ; Les écarts du libertinage et du tempérament, ou la vie licencieuse de la comtesse de Motte-en-jeu, du Vicomte de Molengin, du Valet Pine-Fort, de la Conbanal, d'un âne et de plusieurs autres personnages ; Le doctorat impromptu ; Contes saugrenus ; Contes polissons ; Contes nouveaux ...etc.


(1) Biobibliographies :

- L'œuvre du Chevalier Andréa de Berçait, introduction, essai bibliographique, analyses et notes par Guillaume Apollinaire. Paris, 1927 Bibliothèque des curieux, de la collection : Les Maîtres de l'amour.
- Alexandrian-Histoire de la littérature érotique
- Emile Henriot-Les livres du second rayon.

Références :

Gay I-888 ; Vicaire VI-48/49 ; Perceau I p. 32, 3-7 ; Pia 336 ; Odry, n° 69-70, p. 53, n° 9 ; Rouir p. 698 ; pas dans Oberlé ; Gay-Analectes du bibliophile III p.13 ; Cohen-Guide de l'amateur p.166 ; Vital-Puissant, Bibliographie anecdotique et raisonnée de tous les ouvrages d'Andréa de Nerciat, par M. de C. bibliophile anglais (1876).

Musée Félicien Rops : http://www.ciger.be/rops/index.shtml.fr

Et http://www.wittert.ulg.ac.be/fr/flori/opera/rops/rops_notice.html

Amitiés, Xavier

8 commentaires:

Bertrand a dit…

Merci Xavier pour ce billet fort réjouissant de bon matin...

B.

Leo Mabmacien a dit…

très intéressant ! merci aussi

Raphael Riljk a dit…

Xavier, aussi expert dans l'ordure que dans la (feuille de) rose...

Bonne révision des classiques...

Amicalement

Raphael

xavier a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
xavier a dit…

Expert ?, je ne ne sais point.
Mais en tout cas je m'amuse bien !

Bonne Lecture
Amicalement
Xavier

Bertrand a dit…

"Xavier, expert en plaisirs du livre et en livres de plaisirs"

Diantre ! Que la phrasologie me plait ! Il faudrait consigner cela quelque part !!

B.

Bergamote a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Jean-Marc a dit…

Article stimulant.
La gravure qui se trouve dans la colonne de droite, en 4ème position en descendant, me fait penser à une gravure de Goya. Le visage du moine, qui semble se reposer après l'effort (quel effort ?) rappelle les visages tourmentés des Caprichos ou des Désastres de la guerre.

Jean-Marc

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