lundi 28 mars 2011

Restauration, conservation, protection ou ce qu'on voudra ?



De quoi apporter de l'eau au moulin de RAOUL et de l'ANONYME anonyme.

Un livre scientifique ou pseudo-scientifique dans sa couverture d'attente en papier dominoté avec des témoins de plusieurs centimètres doit-il passer par le lit de Procuste d'un relieur du XXIe siècle, se voir tondu au bol et revêtu d'une parure en maroquin somptueux avec force fleurons dorés et armes assorties ? Et pourquoi pas avec toutes tranches dorées à l'or fin 24 carats, au point de le faire ressembler à certaines publications contemporaines que je ne nommerai pas.

Qui aurait cette audace ou plutôt ce triste courage ? Pas moi !

Voici donc la petite histoire de l'intervention minimale subie par l'ouvrage du Sieur Massière qui osa contester les travaux et théories de l'illustre Isaac Newton.

La comparaison des photos "avant-après" montre que l'objet n'a subi aucun outrage irréversible lors des opérations décrites ci-après.


- Le papier de couverture était collé sur les premières feuilles blanches, nettement plus courtes, ce qui a conduit à sa dégradation sur les bords de gouttière, mais quasiment sans perte. J'ai collé des bandes de papier ancien au revers des feuilles blanches et les fragments du papier dominoté sur les dites bandes.

- En scannant les couvertures, j'ai pu imprimer quelques minimes fragments qui manquaient au niveau des coins et restituer ainsi la continuité du décor. Idem pour le haut du dos entièrement disparu.

- Tous ces collages ont été effectués à la Klucel en solution concentrée dans l'éthanol : collage parfaitement réversible et qui ne "mouille" pas le papier. La même colle a également servi à restituer, de manière invisible, un peu de rigidité aux coins flapis des premières et dernières pages.


Le résultat me paraît tout à fait satisfaisant et j'aurai pu en rester là. Mais après quelque temps de réflexion je me suis néanmoins décidé à confectionner un coffret de protection. J'ai même poussé le luxe, sans doute discutable, jusqu'à réaliser une boîte fenestrée, chose que je n'avais jamais faite auparavant.

Je soumets cette excentricité aux lecteurs du Blog et sollicite leurs avis. J'ajoute que la boîte de protection présente l'insigne avantage de n'infliger aucun dol au livre lui-même et de pouvoir être variée à l'infini.

Qu'y a-t-il de plus beau qu'une belle chose : la ruine d'une belle chose [Auguste Rodin].

Bonne journée,
René de BLC

15 commentaires:

Bertrand a dit…

Merci René ! Beau travail respectueux de l'objet-livre et du livre lui-même ! Bravo pour cette conservation qui assure une certaine longévité à ce joli volume.

PS : j'adore la citation de Rodin. Est-ce pour cela qu'il a fait de Camille Claudel une ruine ? (psychologique j'entends ?)

B.

sandrine a dit…

Merci pour ce bel exemple de travail!
la citation est une merveille, aussi.
Quant à camille... je veux bien devenir ruine comme elle.
Bien bonne journée, une relieur qui a retrouvé le sourire;
S.

NB Je revenais sur votre blog pour tout autre chose. Aprés avoir discuté avec la SOFIc, le cuir aniline est en fait devenu une appelation pour designer une finition, qui a la base etait une peau teintée naturellement , sans cellulose, avec de belles teintes profondes, mais trés fragiles.
Aujourd'hui, c'est interdit d'utiliser ce procédé mais le terme est resté pour designé la finition, comme à l"aniline, souvent donnant un aspect verni, moins fragile.

D'autres infos sur mon blog bientôt sur le cuir qui me viennent de cette entreprise, avec autorisation de publier;

Bernard a dit…

J'aime ces livres dans leur état originel, état à préserver absolument. Beau travail. Je préfère ton exemplaire au mien pourtant relié.
Bernard, un bibliophile maladroit de ses mains.

calamar a dit…

ah oui, ça donne envie ! et bravo, très belle exécution.
il faudra que je me décide à essayer...

Textor a dit…

Magnifique ! Vu l'originalité du papier d'attente, il aurait été dommage de le cacher sous un cuir. Je pense que vous avez fait le bon choix, René.

Et la boite à fenêtre, c'est mieux que le pexiglas, non ?

Textor

Anonyme a dit…

A la relecture de l'article je décèle une faute qui m'avais échappé : j'aurais pu ... Mes compatriotes Maurcie Grevisse et Joseph Hanse doivent se retourner dans leur tombe.

René

Anonyme a dit…

@ textor.
La fenêtre est néanmoins "obturée" par un plexi.

René

Raoul Viergerie a dit…

@Réné : bravo - voilà ce qu'il faut faire. Ce livre est bien plus séduisant comme cela quand dans une reliure de Meunier ou de Michel, sauf peut-être pour un "collectionneur américain".

Débat ausi vieux que celui sur les restaurations de Viollet-Leduc...

Ai lu hier le catalogue Paul-Louis Weiller : il y a des pièces bibliophiliques stratosphériques.. !! My god !

Léo Mabmacien a dit…

Parfait ! C'est la meilleure solution pour celui-ci !

Léo

Pierre a dit…

René a des mains en or, une belle expérience dans la restauration des livres anciens et du goût. On aimerait pouvoir en faire autant. Bravo ! Pierre

Textor a dit…

Ha, du plexi, quand même ... dommage, suis allergique... mais bon, à l'heure où la BNF organise une expo sur un bibliophile maniaque qui collectionne des romans de gare (Richard Prince) il est heureux de savoir qu'il existe encore quelques vrais bibliophiles sur ce blog.. Merci René ! :)

Textor

Anonyme a dit…

Ce livre est bien plus séduisant comme cela quand dans une reliure de Meunier ou de Michel, sauf peut-être pour un "collectionneur américain".

Oui, mais dans une belle et pure reliure en veau ou encore un maroquin de l'époque il n'y a pas photo. Et là vu le dos c'est très peu manipulable...

Qu'en pense René?

Et Raoul cessez votre anti-américanisme primaire car contrairement à ce que vous pouvez penser le marché anglo-saxon en général est bien plus ouvert aux brochés que la France et l'Europe. Preuve en est des catalogfues de libraires anglais ou américains.

Vous devriez être plus modeste et ne pas croire que vous êtes le seul à vous y intéresser...

Raoul Viergerie a dit…

@Anonyme : Vous remarquerez que j'ai écrit "collectionneur américain" entre guillemets : cela fait plutôt référence à un type de collectionneur (de ceux qui ont théorisés l'usage de leur pièces « de collection comme suit : les "coffe-table-book", les "discussion-piece", les « show-case book », etc…) et pas forcément à une nationalité précise.

Mes propres amis américains recherchent beaucoup les brochés - d'ailleurs ils sont généralement francophiles...

Anonyme a dit…

@ Raoul. J'avais pensé évoquer Viollet-Leduc qui reconstituait Pierrefonds à partir d'un fragment de meneau, comme les paléontologues reconstituent les dinosauriens à partir d'une vertèbre ..

@ Textor, d'accord je n'aime pas non plus les matériaux synthétiques et je les évite autant que possible mais ici le choix est fort limité : verre trop fragile, mica éventuellement mais il s'effrite facilement, la corne amincie et le papier huilé sont vraiment trop peu transparents. Quant à laisser le trou béant, ce ne serait plus vraiment une boîte de protection.

@ Anonyme, le livre est parfaitement manipulable car j'ai dissimulé 2 bandes de mousseline en guise de claies sous le papier collé au dos. J'en ai d'ailleurs commencé la lecture aujourd'hui même. Il faut un minimum de soin, comme pour un maroquin.

René

sandrine a dit…

Alors René, on ne suis pas bien mes leçons...
;-) je blague.
Si je puis me permettre, un simple doublage en papier japon aurait fait le même effet que la mousseline, et plus respectueux de l'obget et "son jus", papier contre papier.
la mousseline au 18ème.... ça n'existait que sur les tables des rois gourmets.
Bien a vous
sandrine.

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...