mercredi 2 décembre 2009

L'ami Claude Barbin et l'un de ses imprimeurs : Jacques Langlois (1698).




Revoici l'ami Barbin ! Claude Barbin ! Le grand Barbin ! devrait-on dire genoux à terre.

En bibliophilie comme en pas mal d'autres choses, c'est le plus souvent l'occasion qui fait le larron. Et dieu sait (on l'espère), qu'en bibliophilie, des larrons il y en a ! Et moult !

Livre en mains, voici ce qui vient de me tomber dans les mains et qui me donne l'occasion de ce petit billet : "Mémoires du chevalier de Beaujeu. Contenant ses divers voyages, tant en Pologne, en Allemagne, qu'en Hongrie, avec des relations particulières des guerres & des affaires de ces Pays-là, depuis l'année 1679." (*) Il s'agit d'un volume petit in-8 (hauteur 165 mm) de 5 feuillets non chiffrés comprenant le titre (voir photo), une épître à son altesse monseigneur le comte d'Armagnac signée de Barbin lui-même, un avertissement et un extrait du privilège (voir ci-dessous), viennent ensuite les 479 pages chiffrées des Mémoires proprement dits. Ce petit volume a été publié sous l'adresse de Claude Barbin, à l'adresse du Palais, sur le second perron de la Sainte Chapelle. La page de titre porte la date de 1698. Le titre est orné d'un simple fleuron. L'achevé d'imprimer nous indique que le volume a été achevé d'imprimer le 4 janvier 1698 et que le privilège est cédé en entier à Claude Barbin marchand libraire. Nous avons la chance de trouver imprimé, à la fin du dernier de feuillet de texte (page 479), le nom et l'adresse de l'imprimeur de l'ouvrage : Jacques Langlois, imprimeur ordinaire du roi, rue St-Jacques, à la Reine de Paix, 1698. Du point de vue esthétique et de la correction, ce volume est imprimé sur un papier d'assez bonne qualité, les caractères sont assez nets et l'ensemble donne une bonne impression de travail bien fait. Quelques feuillets sont brunis, comme cela arrive assez souvent à cette époque. L'exemplaire que je prend pour exemple et que je peux décrire de visu est relié en veau écaille brun, dos à nerfs orné, tranches mouchetées de rouge, les gardes et les doublures sont de simples papiers blancs. Le volume est bien conservé. L'intérieur est d'une fraîcheur remarquable. Un premier propriétaire, d'un large trait de plume, a laissé sa signature sur le titre, malheureusement en perforant la page à cette endroit, lorsque l'encre, trop abondante, en séchant, a cassé la fibre du papier. Nous ne saurons donc jamais a qui a appartenu ce joli petit volume.

Cette édition de Barbin est référencée dans Gervais E. Reed, Claude Barbin libraire de Paris sous le règne de Louis XIV. Genève-Paris, Droz, 1974, sous le numéro 566, comme suit :

566. DALERAC, Paulin : Mémoires du Chevalier de Beaujeu. 12° (4 janvier 1698). B.N. M 17215.


Qui était Jacques Langlois, un des imprimeurs attitrés de Claude Barbin ?

Bien que non exempt d'erreurs, reportons-nous à l'ouvrage de Jean de La Caille, Histoire de l'imprimerie et de la librairie où l'on voit son origine & son progrès jusqu'en 1689 etc, Paris, Jeand de La Caille, 1689, in-4, p. 278, où on peut lire :

"Jacques Langlois, imprimeur ordinaire du Roy, & fondeur de caractères d'imprimerie, fils de Denis, fut reçu imprimeur et libraire le 12 mai 1632. Il imprima avec Jean Henault plusieurs ouvrages considérables comme la Sainte Bible en huit volumes in-16, de la traduction de Monsieur Corbin en 1643, qui est assez estimée, et plusieurs autres ouvrages, qui l'ont fait estimer dans sa communauté, dont il a été adjoint en 1643. Il est mort le 2 août 1678. Il eut plusieurs enfants d'Anne Guerreau son épouse, entre autres Emmanuel et Jacques (sans doute celui qui nous intéresse, reçu libraire en 1652). Jacques Langlois a succedé à son père dans la charge d'imprimeur ordinaire du Roy (il est d'ailleurs possible que le Jacques Langlois qui nous intéresse ici, imprimeur en janvier 1698, soit le fils de ce dernier Jacques Langlois fils de Jacques. Que de Jacques chez ces Langlois (les généalogistes savent de quoi je parle) !

Claude Barbin meurt le 24 décembre 1698 dans sa maison rue de la Callandre. Il mourut donc à la fin de l'année de cette édition des Mémoires de Beaujeu. C'était les derniers moments de Barbin ! Ces dernières gesticulations de libraire éclairé !

Je vous invite à lire ou à relire le billet que j'avais consacré à ce monstre sacré du XVIIe siècle finissant de la libraire parisienne : Claude Barbin (1628 ?-1698), libraire de Paris sous Louis XIV.

Ce petit billet ne se voulait qu'une évocation supplémentaire, si elle était nécessaire, de l'intérêt que le bibliophile peut avoir à se pencher plus que d'un oeil sur les livres qui lui passent par les mains. On apprend toujours qu'on ne savait finalement pas grand chose.

Bonne soirée,
Bertrand

(*) Mémoires du chevalier de Beaujeu, Paris, Barbin, 1698, in-12. Édition originale. C'est le premier volume des anecdotes de Pologne, imprimé d'abord séparément. M. Rochebilière possédait un exemplaire de cet ouvrage dans sa bibliothèque. Il est coté sous le numéro 1655 de son catalogue établi par lui et publié par M. Claudin. Son exemplaire était dans une reliure "fatiguée" mais aux armes de Huet, savant prélat bibliophile. Il s'agit de Mémoires tout à fait historiques et non romancés comme on pourrait le croire. En vingt années de traque de livres anciens et rares, c'est la première fois que cet ouvrage croise mon chemin. Est-il rare pour autant ? Rien n'est moins assuré. Pourtant j'aurais tendance à croire que pour le moins, il n'est pas si courant.

11 commentaires:

Textor a dit…

Bonsoir Bertrand,
J’ai cru un instant que vous décriviez l’exemplaire de ma bibliothèque qui est aussi un in-12 sur papier fort, bien imprimé, mais non, le vôtre est antérieur de 2 ans et le mien est à l’adresse d’Amsterdam chez les héritiers d’Antoine Schelte. (coll (2) bl. (4) 496 pp (2) bl. )
« Mémoires du chevalier de Beaujeu contenant ses divers voyages, tant en Pologne …. ». Ces Mémoires ont été écrites par François Paulin Dalairac, chroniquer français de la fin du 17ème, qui a vécu à la Cour de Pologne et qui emprunte l’identité de Paul-Antoine Quiquenan de Beaujeu. Elles contiennent les évènements jusqu’en 1683 et sont poursuivi par les « Anecdotes de Pologne » du même auteur qui est un ouvrage distinct

Le plus amusant de l’affaire est que le librairie qui m’a vendu ce livre est un homonyme de votre imprimeur !
T

Textor a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Textor a dit…

Inutile de dire que tout ce qui concerne cet article va rejoindre illico ma fiche de bibliothèque ... avec votre autorisation.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Généalogie effectivement compliquée chez les Langlois.
Rue S. Jacques,à la Reine de Paix, ont exercé successivement :
- Jacques I (1604-1678)
- Jacques II (1635-1693) et Emmanuel (1629-1683), associés à leur père Jacques I de 1652 à 1678.

Par conséquent, un autre problème se pose : en 1698, Jacques II était bien décédé depuis cinq ans(veuve attestée en 1694)... un troisième Jacques a-t-il existé ? la veuve de Jacques II aurait-elle gardé le nom de son mari ? ...

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Contrairement à Mellot et Quéval (Répertoire imprimeurs-libraires, 2004), Werdet (Histoire du livre, 1864)prétend que Jacques II est mort en 1697 ! Par ailleurs, il cite tous les membres de cette famille : il n'y a pas de Jacques après Jacques II.
Malgré sa veuve attestée en 1694 (attestation non précisée),on peut penser que Jacques II était peut-être encore vivant en 1698, ou au moins avait-il pu préparer l'impression de cet ouvrage en 1697quand la mort vint le surprendre : sa veuve conserva son nom pour la publication l'année suivante.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

J'ai confondu vitesse et précipitation.

Jacques III, né en 1664 et décédé en 1700, succéda à son père Jacques II en 1693 (G.Lepreux, "Gallia typographica", T. I, p. 297-298).

Bertrand a dit…

Et voilà je savais bien que le bibliophile rhemus serait au top sur ce sujet. Merci !
Bertrand (iPhone)

Denis a dit…

Bonjour à tous, une autre source pour rendre les choses plus compliquées: Philippe Renouard "Répertoire des imprimeurs parisiens libraires et fondeurs de caractères en exercice à Paris au XVIIème siècle" Je cite page 241:
"
Langlois (Jacques II):, libraire-imprimeur frère d'Emmanuel, reçu le meme jour que lui, 21 novembre 1652, imprimeur du roi sur résignation de son père, le 3 octobre 1668, meurt en 1695, avant septembre.
D'abord à l'adresse de son père:-"Au Mont Sainte-Genevieve, vis-à-vis à la Fontaine, à la Reine de la Paix."
En 1673:"Rue Galande, proche la place Maubert, vis-à-vis la rue du Fouarre, à l'image de St-Jacques le Mineur."
En 1679:-"Rue St-Jacques, au coin de la rue des Noyers, proche S. Yves" dans la maison de l'image St-Vincent.
Le 24 septembre 1682, il fait transporter 3 presses à l'hotel de Charny ou s'imprimait le papier timbré.
Sa veuve est taxée à dix livres en 1695."

Renouard ne mentionne pas Jacques III, cela lui aura sans doute échappé.

Bonne journée et désolé pour les accents absents...

Denis.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Renouard, comme Lottin, ne mentionne pas Jacques III parce qu'il n'a jamais été reçu dans la Communauté : ce qui ne l'a pas empêché d'exercer les professions d'imprimeur et de libraire "en vertu des immunités que lui conféraient son titre d'imprimeur du roi".

Bertrand a dit…

Belle investigation autour des Langlois imprimeurs de Paris aux XVIIe siècle.

On aurait aimé en trouver autant dans le tome II du Dictionnaire encyclopédique du livre, éditions du Cercle de la librairie, 2005...

Mais rien...

Au fait ! A quand le tome III ? A ma connaissance il n'est pas annoncé... et se fait attendre.

Ceux qui savent sont les bienvenus.

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Le tome III est toujours en relecture. Donc, peut-être pour juin prochain ?

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