lundi 21 décembre 2009

Une reliure au décor géométrique signée René Kieffer (après 1910).




Reliure Art Déco signée René Kieffer,
probablement exécutée dans les années 1925-1930.
Travail soigné de mosaïque géométrique symétrique de maroquin de différentes couleurs.

Sur Fortunio de Théophile Gautier. Édition des Amis des livres, 1880.
Tirage à 115 exemplaires.



Plaisir de yeux pour certains, déplaisir pour les autres, comme la bibliophilie et notamment la reliure d'art est avant tout histoire de goûts et de couleurs... cette reliure plaira ou ne plaira pas.

J'avais cependant envie de vous la montrer pour la raison que ce type de reliure à décor géométrique mosaïqué n'est pas le modèle le plus courant de décor que l'on rencontre dans la longue carrière de ce relieur-éditeur d'art.

René Kieffer est en effet plus connu pour ses décors à la plaque (motifs floraux ou figurés pour la plupart). Je ne m'étendrai pas sur le parcours de René Kieffer et son prolifique atelier, un site internet le fera mieux que je ne pourrais le faire. Je vous invite donc à visiter ce lien : Les éditions René Kieffer (1909-1950), thèse soutenue en 2002 par Agathe Sanjuan (on y traite également de son atelier de reliure).

Cette reliure, de format in-4, est intéressante en cela qu'elle montre un travail de mosaïque du cuir de différentes teintes, dans des agencements géométriques symétriques. J'ai compté plus de 60 morceaux de cuirs différents, dans une gamme de teinte allant du gris anthracite au bleu nuit en passant par le bleu-gris, le beige. La dorure n'est présente que pour le titrage au dos et pour le décor des doublures (filet doré et feuillage de type art nouveau en écoinçons). La reliure est signée deux fois, une fois dans la doublure intérieure, en lettres dorées, une fois par l'étiquette de l'atelier René Kieffer à l'adresse du 18 de la Rue Séguier à Paris. Les amateurs se reporteront par ailleurs au dictionnaire des relieurs français ayant exercé de 1800 à nos jours par Julien Fléty (1988).

Bonne soirée,
Bertrand

7 commentaires:

Textor a dit…

J'aime bien.
L'association de cuirs de différentes nuances est plutôt réussi, je trouve.

Je vous mentirais si je vous disais que je suis un fana des reliures d'art contemporaines, mais là, OK...

T

p.m a dit…

Très belle, cette reliure ! Comme quoi, il y a bien une vie après DuSeuil…

p.m

Anonyme a dit…

Merci pour ce lien, il est étonnant que l'on ne trouve pas davantage de choses sur ce relieur-éditeur. La plupart de ses reliures à la plaque sont décrites étant du veau alors que nombre d'entre elles semblent être du cuir reconstitué qui part en poussière...

De façon plus générale, comment connaître le prix de vente à l'époque de ces ouvrages, ou des Léon Pichon, Gonin, voire des Schmied ?
Ce serait bien intéressant.

Bertrand a dit…

Cher Anonyme,
vos remarques sont fort intéressantes et mériteront que je me penche plus sérieusement sur le sujet.

Sans doute pourrait-on trouver plus d'informations sur René Kieffer et son atelier de reliure d'art dans diverses sources comme Galantaris, Devauchelle ou autre, mais je n'ai pas ces sources sous les yeux.

Vous avez tout à fait raison quant à la qualité toute relative de certaines reliures sorties de cet atelier. Il semble que l'on puisse avoir le meilleur comme le pire. Je veux dire par là qu'il semblerait que Kieffer ait produit des reliures de grand luxe à l'unité pour des amateurs exigeants et des reliures "de série", à la plaque, dans des cuirs de piètre qualité et aux décors "bateaux".

Reste à savoir dépister de le bon Kieffer du mauvais Kieffer. Mais peut-être suis-je dans l'erreur.

Je suis preneur de toutes informations à ce sujet.

Quant au prix des éditions d'art des Kieffer, Pichon, Gonin, Schmied, etc. Il existe des catalogues des parutions de bibliophilie à l'époque (années 1925 à 1930), sinon les prospectus de librairie, publicités, sont de bons indicateurs. Le prix de certains ouvrages depuis le début du XXe siècle peut paraitre bien souvent complètement fou.

Un exemplaire des éditions Edouard Pelletan en 1908 d'un ouvrage illustré, du tirage sur vélin à 153 exemplaires valait 50 francs tandis que les 22 exemplaires de têtes sur japon avec suites étaient vendus 300 francs !!!

300 francs en 1908 c'est une somme énorme !

A titre de comparaison un ouvrier ou une ouvrière (moins payée encore) ne gagnait souvent guère plus de 2 francs par journée de travail. Il aurait donc fallut 150 journées de travail à un ouvrier pour acquérir un tel ouvrage. Heureusement pour eux les ouvriers ne savaient pas lire et passaient à côté de ces joies bibliophiles bien futiles.

Nous reviendrons sur le sujet du prix des livres au XIXe et au début du XXe siècle car c'est un sujet qui me tient à coeur.

Comment expliquer d'ailleurs que du temps des éditeurs Conquet, Rouquette, etc, vers 1880-1890, des ouvrages de luxe étaient vendus plusieurs centaines de francs or sur grand papier (100 à 500 francs or pour les plus luxueux)... tandis que sur les catalogues des mêmes libraires qui se frottaient au livre d'occasion, on pouvait trouver des incunables et autres imprimés du XVIe siècles pour moins de 20 ou 30 francs or ??

Beaucoup d'interrogations, peu de réponses.

B.

Anonyme a dit…

À propos de Kieffer, ses reliures artisanales sont très faciles à distinguer de des reliures semi-industrielles.
Ses décors à la plaque sont très variés, et parfois d'excellente facture, il a travaillé en collaboration avec Pierre Legrain notamment. Pour un même ouvrage, on peut trouver des décors différents, pourquoi ? Est-ce à la demande du client ?

Quant aux prix à l'époque, je crains de ne pas pouvoir les trouver sur internet.
Pour les conversions en valeur anciennes
, j'utilise souvent :
http://www.insee.fr/fr/themes/indicateur.asp?id=29&page=achatfranc.htm

En tous cas, merci de votre accueil !
Et à tous, joyeux Noël.

calamar a dit…

Très belle reliure, et texte de la thèse très intéressant. Dommage qu'on ne puisse voir les annexes.
J'ai un petit échantillonnage qui éclaire un petit aspect de ces reliures :
- une reliure à la plaque, sur une publication Kieffer, cas classique de la production courante de l'atelier.
- une reliure en plein maroquin mosaïqué, sur une édition autre, cas classique de l'atelier de luxe.
- une reliure à la plaque, assez courante, mais sur une édition d'un autre éditeur ! d'ailleurs le décor de la plaque n'a pas trop l'air de correspondre au livre.

Bertrand a dit…

C'est ce qui s'appelle faire feu de tout bois !

René Kieffer était visiblement un homme d'affaires avisé, doublé d'un relieur talentueux.

René Kieffer se réservait-il personnellement l'exécution des reliures originales comme celle-ci ? On peut le penser.

B.

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