mercredi 9 décembre 2009

En marge de la bibliophilie : Une lettre autographe de Paul Gavarni qui demande son argent ! (11 décembre 1834).


Je vous offre aujourd’hui une de mes dernières acquisitions. Une lettre autographe de récriminations de l’artiste lithographe Paul Gavarni adressée à Achille Ricourt, directeur-fondateur de la revue l’Artiste.

Contexte : Paul Gavarni, 30 ans, jeune artiste dessinateur et lithographe, demande de l’argent dû à Achille Ricourt alors directeur de la revue l’Artiste pour laquelle Gavarni fournissait des dessins. Je vous laisse admirer le style et la fougue de ce jeune artiste prometteur qui n’a pas encore donné toute la mesure de son talent. Gavarni illustrera bientôt en effet les volumes des Français peints par eux-mêmes (1839-1842), du Diable à Paris (1845-1846), etc. Nous avons ici la trace écrite des contingences matérielles de la vie d’artiste dans la première moitié du XIXe siècle. Banal et pourtant si intéressant.


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« Je vous engage mon cher Ricourt (1) à changer de façons d’agir avec moi parce que je ne m’habituerais [i.e. m’habituerai] pas à celles-ci.
Nous avons ensemble d’assez sérieuses affaires pour en causer quelquefois ou tout au moins pour nous répondre d’une manière convenable quand l’un de nous écrit à l’autre.
Vous refusez de me payer parce que dites-vous vous n’avez pas les pierres (2) et vous savez bien que pour les avoir il fallait remettre à Mr. Trey (3) les bons à tirer que vous gardez.
Je ne m’étendrai pas sur tout ce qui ce procédé avait d’étrange fut-il régulier. Je me contenterai de vous prier pour la centième fois de me faire payer le dessin de la romance que vous me devez depuis 6 mois et pour le montant duquel j’avais remis à Mr. Clémencer (4) un reçu que j’ai dû rembourser de ce dessin [dont] vous aviez la pierre.
Des seize dessins dont je vous demande aussi le montant vous avez huit pierres.
J’ai eu l’honneur de vous écrire encore relativement au journal, à Mr. Bénoud (5), au prochain numéro, et de tout cela vous ne me dites pas un mot. Je vous verrai demain dites-vous, soit.
Mille compliments.
Gavarni. (6)

Le 11 décembre 1834. »


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(1) Il semblerait qu’Achille Ricourt (1776-1865) ait commencé en faisant le commerce des estampes. Il créa la revue l’Artiste en 1831. Il possédait également une école de déclamation théâtrale. « Le 15 mai 1834, Alexandre Paulin et Jacques-Julien Dubochet créent, tout d'abord, une société avec Achille Ricourt, directeur du journal L'Artiste, pour "la publication d'une édition pittoresque des classiques français". Cette société sera établie 16, rue du Croissant. A l'exemple du journaliste-éditeur Philipon et du Charivari, Paulin et Dubochet ont parfaitement compris l'importance du journal et de la feuille périodique, pour la diffusion des publications en volume. C'est dans cette optique qu'ils s'associent avec Auguste Ricourt, homme influent dans la presse illustrée en train de naître. Même si Ricourt ne semble pas avoir participé au travail éditorial, la société commence dès sa création à publier des ouvrages illustrés en livraisons. (…) Mais Achille Ricourt semble se lassé des mauvais résultats de la société. Le 14 avril 1836, la société, conclue entre Paulin et Dubochet, d'un côté, et Ricourt, d'un autre côté, est dissoute. » (extrait de « Alexandre Paulin et Jacques-Julien Dubochet », article publié sur le blog « Le Petit Paquis Histoire de l'édition, Images et illustrations, monde du livre pour petits et grands », 11 mai 2009, source internet).

(2) Pierres lithographiques sur lesquels Gavarni dessinait directement.

(3) Orthographe approximative. Identification en cours.

(4) Orthographe approximative. Identification en cours.

(5) Orthographe approximative. Identification en cours.

(6) Sulpice-Guillaume Chevalier dit Paul Gavarni, né à Paris, le 13 janvier 1804 et mort le 24 novembre 1866, est un aquarelliste et dessinateur français. Il est enterré au cimetière d'Auteuil à Paris. Remarqué par l’abbé de La Mésangère, qui publia plusieurs de ses œuvres dans le Journal des dames et des modes, puis par Émile de Girardin, il collabora à la Mode ; ses dessins furent aussi publiés dans d’autres journaux (l'Artiste, l’Illustration avec notamment sa série des fumeurs de pipe…). Il participa avec Grandville aux publications initiées par Pierre-Jules Hetzel : le Diable à Paris, ouvrages collectifs qui réunissaient contes et articles de Balzac, George Sand, Charles Nodier. Gavarni est ici âgé de 30 ans tout juste. Belle fougue dans sa plume ! C’est sans aucun doute de dessins de Gavarni pour l’artiste dont il est question dans cette lettre.

Bonne journée,
Bertrand

3 commentaires:

Textor a dit…

7 rue Beaujolais !! Quelle belle adresse !

Bertrand a dit…

Vous connaissez la rue Beaujolais ? ou cela vous inspire-t-il seulement quelques dé-boires ? (sourire)

B.

Textor a dit…

je connais la rue du Beaujolais, c'est celle du Grand Vefour, une bonne table... mais en fait je pensais que vous aviez acquis cette lettre uniquement à cause de l'adresse...

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