dimanche 8 mars 2009

Journée de la femme : Les lectures de Madame de Sévigné (1626-1696). Une bibliothèque qu'on aimerait reconstituer.



Page de titre d'une des premières éditions des Lettres de la marquise de Sévigné,
1726, sans lieu ni nom (probablement Rouen).



Journée de la femme oblige, je me vois contraint et forcé de mettre à l'honneur le beau sexe, celui dont le bibliophile ne parle qu'assez peu, trop peu sans doute, pensant que la femme "n'en n'est pas..." ou plutôt "ne peut en être" (je vous rassure peut-être en vous affirmant que je ne suis pas de cet avis...) Je laisse pour commencer la parole assassine à Ubertin de Casale :

"Il y avait quelque chose de féminin, et par la même quelque chose de diabolique, chez ce jeune moine qui vient de nous quitter. Il avait les yeux d’une fille qui cherche commerce avec le démon … "

Ubertin montrant une vierge à l'enfant (statue) de la fin du XVe siècle (un des anachronismes du film Le nom de la rose par ailleurs si réussi) :

"Elle est belle n’est-ce pas ? Quand une femelle, par nature si perverse, devient sublime de par sa sainteté, alors elle peut aussi être le plus noble véhicule de la grâce."

Ubertin de Casale, extrait du film Le nom de la rose (1986) de J.-J. Annaud.


Mais revenons à du plus sérieux et rendons aux femmes le rang qui leur est dû dans le nombre des amis des Lettres.

C'est la marquise de Sévigné qui sera notre icône du jour.

Une lettre autographe de la marquise de Sévigné
conservée à la BNF.



Madame de Sévigné faisait son ordinaire des Essais de morale, du Socrate chrétien et de Saint- Augustin. Cette femme qu'on a traité de frivole en son temps, lisait tout et lisait bien. Cela donne, disait-elle, les pâles couleurs à l'esprit, de ne pas se plaire aux solides lectures. Elle lisait Rabelais et l'Histoire des Variations, Montaigne et Pascal, la Cléopâtre et Quintilien, Saint-Jean Chrysostome et Tacite, et Virgile, non pas travesti, mais dans toute la majesté du latin et en italien. Quand il pleuvait, elle lisait des in-folio en douze jours. Pendant les carêmes, elle se faisait une joie d'aller еn Bourdaloue.

Je vous invite à lire ou relire les lettres de la marquise en y cherchant ses goûts littéraires, ses avis de lectures, ses impressions sur les auteurs de son temps.

J'ai longtemps rêvé tomber devant un exemplaire ayant appartenu à la célèbre épistolière du siècle de Louis XIV.

Qui ne rêverait en effet de pouvoir reconstituer sa librairie ? Quels auteurs n'y trouverions-nous pas ? Comment les livres de la marquise étaient-ils reliés ? humble veau fauve ? Luxueux maroquin décoré ? simples reliure en parchemin ? Je confesse que j'enrage de ne pas pouvoir tenir en main un livre portant sa signature et ces mots assasins portés à la plume au contreplat : "livre avec de beaux endroits"... "livre qui me fit pleurer plus de six larmes" (allusion à une lettre de 1671 dans laquelle elle exprime ses sentiments sur la représentation de l'Andromaque)... ou ces simples mots "bon livre" avec la signature de la marquise étalée en gros au bas de ces deux mots. Quelle émotions cela serait !

Mais de connaissance, je ne crois pas jamais avoir vu sur le marché un volume portant quelques mots de la marquise sur un de ses volumes... peut-être suis-je passé à côté... peut-être est-ce pour demain... qui sait ?

Je crois qu'il reste un livre à écrire sur la marquise de Sévigné en relevant systématiquement à la manière d'un scribe tous les passages de ses lettres dans lesquels elle évoque le livre et les rapports qu'elle entretient aveux eux. Une belle étude biblio-psychologique en ressortirait assurément.

L'idée est lancée. Qui la suivra ?

Bonne journée à toutes les femmes de la planète livre,
Bertrand

5 commentaires:

pierre a dit…

Bien sur ! Si l'on évoque la Marquise de Sévigné, on ne peut qu'aimer les femmes. Il doit bien y avoir d'autres femmes de lettre qui nous font rêver.
J'ai, pour ma part, une grande tendresse pour Marceline Desbordes-Valmore. Certes, sa bibliothèque devait être étisique mais les femmes ne sont pas toutes parfaites...

Bergamote a dit…

Voilà que tu m'apprends qu'hier, c'était la journée des femmes ! Hélas, c'est encore moi qui ai fait la cuisine...

Je n'ai lu que quelques lettres de la Marquise, à vrai dire je les avais trouvées fort ennuyeuses... Mais peut-être mon professeur de français n'avait-il pas choisi les meilleures ?

Bertrand a dit…

Merci Pierre,
ah Marceline !! Elle n'était pas belle... Elle eut un destin peu réjouissant... Mais ces vers...

Bergamote, ton professeur n'a pas été bon, et toc !
Madame de Sévigné c'est un peu comme un gros gâteau sucré rempli de confiture de fraise et de crème chantilly... cela se déguste en fermant les yeux...

Relis-les ! Avec les yeux du plaisir.

PS : il est vrai que la majorité des lettres étant adressées à sa fille... elle finit par se répéter un peu... mais ce sont les mille et unes autres choses qu'il faut chercher dans ses lettres, c'est la température du Grand Siècle qu'elle nous donne.

Je consacrerai bientôt un article à son cousin Bussy-Rabutin dont la mauvaise langue n'avait d'égal que son ego.

A suivre...

B.

Alexandre a dit…

Je réagis assez tardivement à votre article et sur un menu détail qui m'intéresse particulièrement : vous faites mention d'un passage en vente d'une lettre de la marquise de Sévigné.
Avez-vous souvenir de la vente et/ou de l'année ?

Pour un travail que je mène, j'aurais aimé savoir de quelle lettre il s'agit et du prix qu'elle a pu atteindre.

En vous remerciant

Bertrand a dit…

Bonsoir Alexandre,
malheureusement non, je n'ai pas la référence de la vente, de mémoire je dirais que c'est une vente qui a eu lieu à Paris, passée dans la Gazette Drouot entre les années 1995 et 1998 ?? mais sans certitudes.

B.

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