dimanche 28 décembre 2008

De la théorie de la relativité en matière de bibliophilie


Reliure de maroquin décorée de dentelle aux petits fers sur les plats et armes au centre des plats.
Vers 1780.


Entre riche reliure (ci-dessus) et simple brochure de papier décoré (ci-dessous), que choisir ? Le bibliophile exerce son art de la relativité avec science et conscience. Existe-t-il un bon choix ? Un choix plus juste que l'autre ?

Brochure de papier fait main vers 1789.

Court message ce soir, encore un peu in extremis (les fêtes de fin d'année ne sont pas propices à l'épanouissement bibliophilique le plus outré...)

Quelques réflexions en passant et toujours suite à mes lectures des Etrennes à un ami bibliophiles de Jean Marchand (1).

De la théorie de la relativité en matière de bibliophilie ou De l'amour tout relatif des livres. Non, ce n'est pas une nouvelle théorie pseudo-scientifique faisant croire à la découverte d'un gène inavouable du bibliophile en période de fêtes, non plus qu'une découverte majeure dans le domaine de l'amour des livres. Non, seulement quelques réflexions bien banales, pour un simple memento bibliophilique.

Les livres (anciens) peuvent être rares, moins rares, pas rares du tout. Ils peuvent être également, parallèlement, ou indépendamment de leur rareté, beaux, très laids, joliment reliés, reliés avec mauvais goût ou être restés pendant trois siècles tout simplement brochés, tels que parus à l'époque de leur sortie de l'imprimerie.

Comme l'indique Jean Marchand dans son ouvrage, le livre relié en maroquin aura la préférence de l'amateur averti, surtout si cette reliure recouvre un texte classique ou de littérature. En effet, il n'est pas si rare de voir de belles Semaines saintes en maroquin à dentelle du XVIIIe siècle, tandis qu'il sera beaucoup plus difficile de dénicher le même type de reliure, bien conservée, sur une originale de Corneille, de Molière ou sur un livre de science important. Ainsi le maroquin donne toutes ses lettres de noblesse à un texte déjà très recherché et qui aurait vraisemblablement déjà une grand valeur en brochure d'époque toute simple, ou même en veau brun bien conservé.

Tout l'art du bibliophile sera alors de savoir choisir, sélectionner, trier es exemplaires qui lui passent sous les yeux. Éminente affaire de goût s'il en est, les uns privilégiant la condition extérieure des volumes, les autres l'intégrité intérieure, les derniers se montrant intraitables (avec raison ce me semble) sur ces deux points, conjointement et de manière indissociable.

Le bibliophile doit être complet ou ne pas être dirait-on si l'on se sentait une âme de juge. Mais chacun, du moment qu'il y trouvera son plaisir, dans une sérénité parfaite et avec un minimum de bon sens, sera citoyen d'un monde qui lui rendra au centuple ce qu'il lui aura consacré de temps, d'argent et d'efforts de chaque instant (recherches et études diverses).

Tout est donc relatif en bibliophilie comme en astrophysique, rien n'est écrit qui ne puisse être effacé le lendemain. C'est le bibliophile qui écrit son propre destin. Hier d'Elzevier on avait fait un Dieu, aujourd'hui les Elzevier ne sont plus qu'à peine des ombres de demi-Dieux sans grande puissance. Hier l'incunable ou l'édition princeps étaient les maîtres, aujourd'hui un bel illustré moderne par Picasso peut le reléguer aux oubliettes de l'histoire bibliographique. De quoi sera fait demain ? Des amateurs de ce siècle dépendra de nouvelles modes, de nouveaux goûts. Que de purgatoires et d'enfers seront ouverts béants pour y recevoir les indésirables. Que de Paradis cossus seront bondés de matières diverses et colorées.

Je vous laisse sur ces quelques mots. L'illustration qui se trouve en tête de ce billet illustre son propos.

Bon dimanche,
Bertrand

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