lundi 8 février 2010

Tribune libre du Bibliomane moderne : folies, frasques, forces et faiblesses du bibliophile.




Cher(e)s ami(e)s,

un emploi du temps très chargé cette semaine ne me permettra pas ou très peu d'intervenir pour publier sur le Bibliomane moderne, veuillez m'en excuser par avance.

Je vous propose donc, dans l'attente d'un retour aux choses normales, de bien vouloir considérer cette petite sentence en forme d'interrogation personnelle qui m'est venue l'autre jour à l'esprit :

"Folies, frasques, forces et faiblesses du bibliophile"

Je me suis dis que cela serait l'occasion pour tous les bavards claviérophiles de déverser de manière ordonnée et sage, leur biblio-bile-névrotique, sur le bibliophile quidam ou bien mieux encore sur eux-mêmes. Je veux dire par là qu'il y aurait tant à dire sur le caractère du bibliophile ou plutôt pour être plus juste sur sa physiologie, qu'un livre reste à écrire sur le sujet. Une approche purement psychologique du sujet en quelque sorte. Que cela ne vous empêche pas de nous signaler des travers et des éclats de génie que vous jugerez propres au bibliophile et qui pourtant s'attachent plus à son aspect physique ou son comportement. Tout ici sera bon à prendre, pour nous esclaffer des autres ou rire de nous-même, tenter une amélioration par biblio-blogo-thérapie. Bref, si vous avez envie de vous exprimer, faites-le maintenant ou taisez-vous à jamais comme dit la formule consacrée dans d'autres circonstances...

Évidemment, comme le Professeur Rollin a toujours quelque chose à dire... je ne manquerai pas de donner ici mon avis sur la question... qui n'en n'est pas une...

A vos claviers,


PS : Remarquez bien qu'il s'agit là des 4F ou les FFFF du Bibliophile (ou du Bibliomane... confondons-les un instant pour les besoins de la situation). Tous les adjectifs avancés seront donc évidemment hautement significatifs et symboliques et certainement à retenir pour les siècles des siècles (Amen... des livres !!). Se prendre au sérieux ou pas, je vous laisse choisir le bon chemin de la sentence...

Bonne semaine à toutes et à tous,
Bertrand

33 commentaires:

calamar a dit…

écrire sur les bibliophiles ??? mais il y a déjà tellement de choses sur ces curieux animaux ! mais comme on est un peu masochistes, il est vrai qu'on en redemande.
C'est l'occasion de relire les "Contes pour les bibliophiles" (Uzanne/Robida), par exemple. On y trouve des portraits peu flatteurs...
Il paraît, que le manuel de Galantaris constitue un "essai de physiologie du bibliophile moderne", mais je n'en sais rien, je ne l'ai pas...

Textor a dit…

Le bibliophile se caractérise par sa manie, celle d’attacher aux livres une importance maladive, il va donc présenter des épisodes de dépression alternant avec des épisodes d’euphorie exagérée.
Les épisodes dépressifs sont marqués par des symptômes que l’on retrouve dans les autres formes de dépression : tristesse extrême et permanente, perte d’intérêt pour toutes choses hormis les reliures estampées à froid, irritabilité, troubles du sommeil, manque d’énergie, troubles de la mémoire ou de la concentration, troubles de l’appétit, …
Les épisodes maniaques sont marqués par une humeur euphorique, une énergie permanente et démesurée, une activité débordante voire une grande agitation en salle des ventes, une surestimation de ses capacités et de son porte-monnaie, un sommeil réduit par une activité sur les blogs dédiés à sa passion, un accroissement de l’appétit sexuel, un jugement erroné sur la réalité, consistant à surestimer l’importance d’un vulgaire opuscule de Beroalde, et, de manière générale, à ne pas s’apercevoir du caractère anormal de son propre état.
Aucun remède connu, sauf poursuivre les acquisitions de livres…

Bertrand a dit…

Si cela peut vous aider à exprimer vos "images" du bibliophile et du bibliomane, je vous invite à lire l'excellente interview faite par Jean-Luc sur son blog le Bibliofil d'un mystérieux visiteur...

C'est un beau texte, de haut niveau, qui explique en effet bien des choses sur le bonhomme bibliophile...

http://blog.100antiquebooks.com/index.php?post/2010/01/31/La-Bibliophilie-comme-repas-totemique

On peut évidemment voir les choses autrement sur certains points.

B.

Textor a dit…

Oui c'est un très bel article qui invite à la reflexion sur notre "fonction" de bibliophile. j'y ai laissé un commentaire. Je trouve assez juste cet idée que la bibliothèque représente un monde, fini ou infini - qui sait- dont le bibliophile se satisfait alors qu'en même temps il est en permanence en recherche de cohérence. Ce Monde s'explore, il faut des cordes, grimper sur des sommets, parcourir des corridors, mais il promet de belles découvertes au détour.. d'une page !

T

Textor a dit…

Message Personnel pour le FAN CLUB d'Octave Uzanne:
Je signale la vente d'un ouvrage en belle reliure, style art nouveau, mosaiquée, doublée, de Chambolle Duru, publié par l'association des Bibliophiles Contemporains. (Lot 130 - vente Renaud Gicquello du 17 février)

T

Bertrand a dit…

Une bien belle vente que voilà !

Il y aurait au moins une trentaine de pièces qui feraient bien mon affaire de bibliophile-libraire mais bon...

L'Effort d'Haraucourt est sans doute un des plus beaux livres publié par les soins des Bibliophiles Contempo, donc Uzanne en grande partie. La reliure semble à la hauteur du volume.

B.

Bertrand a dit…

Quoi de plus doux que de se faire réveiller par le tintement de la cloche au petit matin lorsque le préposé aux postes internationales vous donne en mains propres un colis contenant le premier tome de l'Histoire de l'écriture typographique par Yves Perrousseaux, qu'un ami a eu la gentillesse de vous offrir ?

Je ne vois pas.

Mille merci au Textor pour cette marque de sympathie qui désormais fait partie de mon histoire de bibliophile moderne.

B.

Jean-Luc a dit…

En effet, l'introspection bibliophile est de saison. Je suis toujours épaté quand nos deux blogs se croisent sans le vouloir (ce n'est pas la première fois).

J'aime aussi beaucoup l'idée de Textor selon laquelle la bibliothèque est un terrain d’investigation jamais complètement exploré. La promesse constante d'un plaisir qui se renouvelle, qui s'inscrit dans le temps... Je crois que le lecteur consomme le livre hic et nunc alors que le bibliophile a tendance à se faire une provision pour un festin repoussé à un plus tard indéfini...

Une de ces faiblesses ce serait peut-être que ce report de jouissance ne mène nulle part en réalité, comme le suggère un peu l'interview de notre blog.

Bertrand a dit…

Mais au final, ce n'est pas tant la destination qui importe, mais le chemin qu'on prend pour y aller.

B.

Pierre a dit…

Plus on définit le bibliophile, plus on se sent exclu de l'assemblée ; c'est une des conclusions qu'il faut tirer de l'interview fait par Jean-Luc.

J'ai, par moment l'impression d'être un pratiquant doublé d'un mauvais croyant. Mais si le chemin vaut autant que le but à atteindre, je suivrai donc la trace faite par Bertrand. Pierre

Bertrand a dit…

Par ailleurs, comme je l'ai déjà souvent écrit ici, je crois beaucoup à la théorie du bibliophile et du hasard, théorie qui contrarie l'idée d'une bibliophilie orientée, dirigée, consciente.

Je croirais donc plus volontiers à une bibliophilie inconsciente, comme un chemin virtuel tracé pour chacun mais que le bibliophile, le plus souvent, ignore lui-même.

C'est ce qui ce matin, par exemple, met entre mes mains trois éditions du XVIIe siècle à l'état non rogné, dans leur couverture d'attente, chose fort rare aujourd'hui pour des ouvrages de cette époque. Le destin savait-il que justement j'aimais ce type de suprise bibliophile ? Je l'ignore. Quoi qu'il en soit, comme j'ai acheté ces ouvrages sur leurs seuls titres avec une mention laconique de "Bon état"... la surprise est bonne et totale.

Je vous en reparlerai bientôt,

J'implore les bibliophiles consciemment ou inconsciemment introvertis du clavier de bien vouloir partager leur ressenti avec nous sur le sujte. Ca ne mord pas, c'est gratuit et peut-être même cela peut vous servir de biblio-thérapie (il faudrait demander à l'ami Bibliophile Rhemus...)

B.

calamar a dit…

Petite fable.
Il était une fois un pauvre particulier, qui venait de recevoir le catalogue de C. Sourget ("livres rares"). Que de belles choses ! qui feraient bien chez lui. "Presque" tous les livres listés (en petit nombre) font vraiment saliver. La lecture est passionnante, mais malheureusement l'enthousiasme est douché par la feuille des prix. Le moindre correspond à son budget annuel total !
Moralité : un bibliophile aime à apprendre, aime le commerce des livres, de leur histoire, aime les posséder, est perpétuellement envieux (chance pour les vendeurs professionnels ou non !) et frustré...

Le Bibliophile Rhemus a dit…

bibliophilanalyse ou confessionnal?

calamar a dit…

les deux, mon capitaine !

Bertrand a dit…

J'allais le dire !

Biblioconfessionnal me convient bien.

Seigneur j'ai péché !

Ce matin j'ai pensé à mal. J'ai songé à brûler mes livres et à partir loin, sur une île uniquement peuplée de sylphides diaphanes au regard azuré....

et puis je me suis réveillé...

B.

Textor a dit…

Bonjour Calamar,

J'ai également reçu le catalogue Sourget, très chic l'enveloppe moltonée et le film plastique !
Le catalogue est un peu court de marge en tête mais il a rejoint la documentation digne d'être conservée ! :)

Textor

Le Bibliophile Rhemus a dit…

On va bientôt pouvoir faire la liste des clients de la Librairie Sourget ?

calamar a dit…

j'ai effectivement reçu le catalogue, mais ça ne fait pas de moi un client ! j'aimerais bien, mais bon, des contingences vulgairement matérielles font que...
Ceci dit, c'est bien le genre de documentation précieuse à conserver (même s'il n'est pas facile d'y farfouiller par la suite).

Bertrand a dit…

Ce qu'on observe c'est que le bibliophile (ou le bibliomane) aime le livre au point de l'aimer aussi par procuration, à travers une fiche de catalogue, une photo, un commentaire pertinent d'un libraire. Je suis le premier à me retrouver dans ce portrait. Les catalogues des "grands libraires" (Sourget, Coulet, Yvinec, Chamonal, Maggs, P. Berès, etc.) sont, comme je l'avais déjà dis, un peu partout présents dans ma chaumière, ce qui fait que je ne suis jamais très loin d'une belle fiche, d'une belle photo de livre rare, et comme cela je me porte bien.

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Tu vis avec eux, dis-le !
Madame n'étant pas loin : avec toutes mes excuses pour cette affirmation.

Bertrand a dit…

Je vis avec eux, ils vivent avec moi et madame est aujourd'hui fort loin...

Savez-vous quel plaisir il y a à feuilleter Laurent Coulet dans un 2 m x 1,5 m ??

Une tuerie comme disent les d'jeunes !

B.

Textor a dit…

Bonsoir,

Puisque l’article de la semaine nous invite à parler des forces et faiblesses du bibliophile, je vais vous raconter ma mésaventure de l’après-midi. Un grand moment de solitude …
Un libraire croyant bien faire, sans doute, m’avait envoyé une invitation pour le salon du livre ancien et du vieux papier qui se tient cette semaine … Hall Freyssinet dans le 13ème arrond. De Paris !!
Difficile de tomber plus bas. Imaginer un hall de gare désaffecté. Belle hauteur sous plafond, environ 25 mètres ! Tout en béton délabré, à coté le salon de Champerret ressemble à la galerie des glaces ! Impossible à chauffer malgré des souffleries qui font un bruit lugubre. 14 degrés près du chauffage, des libraires transis et des clients recroquevillés. Pour feuilleter un livre, il faudrait sortir les mains de ses poches, trop risqué… Je suis resté 30 mn en comptant le temps pour retrouver la sortie … Oui, Bibliophile cela se mérite car c’est parfois un calvaire !

Textor

Bertrand a dit…

Comme quoi le métier de libraire réserve toutes les extrémités, ceux qui auront à la fois mis les pieds dans le Hall Freyssinet et au Grand Palais en avril prochain auront vécu des extrémités fortes de leur métier... le bibliophile lui, suit le chant des livres rares... il se moque de ces contingences matérielles... encore que, je suis assez d'avis aussi... que cela ne facilite pas la prise de contact avec le livre que de devoir garder ses mains dans les poches...

Pour anecdote, j'ai collationné un XVIIe dans la froidure du marché de Dijon il y a quelques temps, avec un beau -10°C dehors... je peux vous dire qu'il fallait que le livre soit à la hauteur et ma curiosité à son comble pour arriver au bout... Ouf ! Le livre était complet.

B.

Bertrand a dit…

Visiblement le bibliophile moderne internaute ou internatus modernus bibliophilius est peu dissert lorsqu'il s'agit de parler de lui, de ses manies, de ses qualités qu'il se reconnait bien volontiers en lui-même mais qu'il semble bien incapable de formuler en public, de ses travers n'en parlons plus, je remballe ma tribune libre dans ma culotte et fournit à manger aux bibliophiles mutiques mais néanmoins derrière leurs écrans (de fumée)...

B.

Bergamote a dit…

Bertrand, il faut laisser un peu de temps au bibliophile, il est parfois trèèès occupé *sourire*.

Le Hall Freyssinet, humpf... Vin, rillettes et cigarettes : tout ce que j'abhorre. C'est comme Champerret, mais avec des restrictions budgétaires sur l'éclairage (une lampe-torche eût été utile) et trois fois plus loin ! Pas le moindre Nelumbo, et à peine deux illustrés modernes, qui plus est.

Folies, frasques, forces et faiblesses du bibliophile : peu de folies ou de frasques bibliophiles chez moi, mon porte-monnaie me limite inexorablement. A moins qu'apprendre la reliure ne soit une frasque... Forces : savoir raison garder. Un livre, si beau soit-il, reste un livre, et il faut bien nourrir et vêtir ses enfants. Faiblesses : on n'est jamais à l'abri d'une exception...

Lauverjat a dit…

La halle Freyssinet samedi dernier n'était pas trop froide mais la lumière côté livre on ne peut plus chiche; fatiguant et lassant. Beaucoup d'exposants sont ceux du Vieux Papier à Champeret et trop de livres y ont déjà été vus. Beaucoup de vendeurs de cartes postales aussi. Quelques libraires y présentaient cependant des bonnes choses (Lamort, Incipit, Trazit... par exemple). Enfin pour les couples aux goûts discordants ou éclectiques (c'est selon), les antiquaires brocanteurs, bien équipés en éclairage, eux, proposaient plein de petites choses...souvent plus chères qu'un livre, rendez vous compte!
Lauverjat

Bertrand a dit…

Force : savoir dire non à son épouse lorsqu'elle passe devant une bijouterie.

Faiblesse : acheter une série de cinq catalogues de la librairie Auguste Fontaine alors qu'on les a déjà, oui, certes, mais pas interfoliés et couverts de notes qu'on espère dantesques !!!

B.

Textor a dit…

Faiblesse ?? Tour de force, oui !

Renaud a dit…

A côté de la joie de former une bibliothèque... rien ne vaut le plaisir de lire son nom sur la page de garde d'un catalogue Sotheby's !

http://www.hebdo.ch/le_catalogue_secret_de_julien_bogousslavsky_22948_.html

Bertrand a dit…

Ne m'en veuillez pas Renaud, mais j'ai dû supprimer votre précédent commentaire, publié sous votre nom "Renaud" mais signé du nom d'une personne existante.

Merci de votre compréhension.

B.

Anonyme a dit…

Chère Bergamotte,
A propos de la halle Freyssinet, vous avez écrit "trois fois plus loin".
"Loin de quoi?" faudrait-il demander. On y est au pied des tours de la BnF, et aussi à 5mn de chez moi.
Quant aux Nelumbo, il me semble que j'en ai vu quelques-uns, comme on en voit d'ailleurs partout.
Cela dit, même si cette halle est un bâtiment magnifique, classée MH m'a-t-on dit (comment peut-on lui préférer l'ignoble entrepôt de Champerret!), un coup de peinture et l'installation d'un vrai chauffage ne seraient pas de trop. Mais c'est prévu, m'a-t-on dit aussi.
Encore un petit effort, et on pourra presque se croire au Grand Palais!
Amitiés à tous.
Yves

Renaud a dit…

Bertrand,

Bogousslavsky, une personne existante? Moi qui croyais a une mystification Borgesienne echaffaudee par Vrin ! ; )

C'est votre blog et vous avez toute responsabilite et lattitude quant a son contenu. Point taken, comme on dit sur d'autres cotes.

Bergamote a dit…

Yves : loin de chez moi, pardi :-) Pour les Nelumbo, je ne les ai pas vus... sans doute le manque d'éclairage *clin d'oeil*. Si Champerret est un entrepôt bas de plafond, Freyssinet reste pour moi un gros hangar pas très joli. Vivement le Grand Palais, la promenade y est bien plus belle. Et sans tabac.

Bonne soirée à tous,
Bergamote (avec un seul T).

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