mercredi 30 septembre 2009

Pierre Berès Expert : deux ventes de beaux livres en 1961 et 1997.



Pour clore cette parenthèse enchantée qu'était la compagnie du géant Pierre Berès et de ses livres, voici deux évocations de Pierre Berès expert en livres et autographes.

Ce sont deux ventes distantes l'une de l'autre de 36 années. Lors de la première que nous évoquerons, en 1961, Pierre Berès est âgé de 48 ans, il a pourtant plus de 30 ans de carrière derrière lui... presque un jeune homme donc en somme. La deuxième vente évoquée s'est déroulée en 1997, le Prince des libraires avait 84 ans depuis juin.


La première vente est celle intitulée "Collection J D" (pour Jean Davray). Cette importante vente présentait aux amateurs du monde entier un choix exceptionnel de livres en éditions rares et bien reliées, des autographes de premier ordre. "Manuscrits et livres précieux du quinzième au vingtième siècle - Autographes historiques et littéraires, lettres de peintres, reliures" indique la page de titre. 315 numéros pour un catalogue aussi imposant que la collection qui y est décrite. Il s'agissait de disperser la collection de Jean Davray, bibliophile, collectionneur. Pierre Berès n'était pas le seul expert en lice, il y a avait à ses côtés Michel Castaing - je suppose qu'il s'agit du père ou du parent de l'actuel Président du SLAM, Frédéric Castaing, spécialisé dans les autographes - , et F. de Nobèle (rue Bonaparte, Paris). La vente fut menée successivement par trois commissaires priseurs, Me Maurice Rheims, Me René-G. Laurin et Me Philippe Rheims. C'est à l'occasion de cette vente historique que la BNF pu racheter le portrait de Pascal dessiné à la sanguine par Domat, portrait qui se trouvait dans un exemplaire du Corpus juris civilis de Justinien. C'est Jean Davray lui même qui l'offrit à la BNF en le rachetant dans la salle... Pour la petite histoire... C'était au début de la deuxième vacation de la vente de la collection de M. Davray, Me Maurice Rheims, qui dirigeait les enchères avec Mes René Laurin et Philippe Rheims, avait demandé 45 000 NF pour ce célèbre portrait signalé par Jean Couvreur dans le Monde du 6 décembre 1961 en même temps que l'ensemble de la collection. Le document atteignait rapidement 340 000 NF et allait devenir la propriété d'un amateur étranger lorsque M. Davray fit stopeer les enchères et se le fit adjuger en disant : "Je souhaite que ce portrait unique, soit désormais à l'abri du temps et prie M. Julien Cain, administrateur général de la Bibliothèque nationale, de bien vouloir l'accepter pour cette institution." ... Pierre Berès, plus de 40 ans plus tard devait certainement se souvenir de ce geste chevaleresque d'un bibliophile amoureux de ses livres et conscient du trésor historique qu'ils représentent parfois, en offrant lui-même à son tour le manuscrit corrigé de la Chartreuse de Parme de Stendhal à la BNF en 2005 (estimé 400 / 700 000 euros). D'après une coupure de presse jointe à mon exemplaire du catalogue de la vente Davray, on lit que les deux vacations produisirent la somme de 2 192 980 NF. La vente se déroulait dans le cadre somptueux du Palais Galliera.


La deuxième vente que nous évoquerons avec Pierre Berès à la chaise de l'expert est celle d'une "importante collection de livres galants, curieux et classiques" du lundi 22 décembre 1997. Le catalogue est joli, bien illustré, les notices assez succinctes mais intéressantes. On y remarquait, parmi les 609 lots, de nombreux livres reliés en beau maroquin du XIXe siècle, reliures signées des grands maîtres Trautz, Capé, Lortic, Bauzonnet, mais également des reliures de Bozérian, Purgold, Simier, Derome, etc. Il y a avait vraiment un grand nombre de livres curieux et même "curiosa" dans cette vente. Voici quelques titres pris au hasard : "La cabinet de Lambsaque, 1784" - Catéchisme des courtisans, 1668" - "Le cocu consolateur, 1810" etc. Evidemment, il ne faut pas chercher là une vente du même niveau que celle de Jean Davray ; il s'agissait ici de beaux livres, peu communs, bien reliés mais souvent en reliures postérieures, fussent-elles du XIXe siècle et signées. Point de pièces "rarissimes" donc. Pierre Berès, 84 ans passés, a dû bien s'amuser à diriger cette "petite" vente "bibelotière". A-t-il acheté quelques lots ? En retrouverait-on sur ces derniers catalogues publiés entre 1998 et ses dernières années ?? Je n'ai pas cherché.

Voici que la session d'hommage à Pierre Berès tombe temporairement le rideau. Nous aurons bientôt, c'est certain, l'occasion de revenir sur le Prince des libraires et ses merveilles.

En espérant vous avoir fait passer un agréable moment avec cette parenthèse enchantée et enchanteresse dans le monde du beau livre.

Bientôt Textor et Xavier vont vous soumettre leurs dernières productions, mais avant vous aurez droit à un petit bilan des statistiques explosives de fréquentation du Bibliomane moderne pour septembre. Merci encore à toutes et à tous ceux qui nous suivent chaque jour plus nombreux.

Bonne journée,
Bertrand

10 commentaires:

Eric a dit…

J'ai sous les yeux un petit catalogue de la vente de livres du 27 octobre 1933.
Expert : M.Pierre Bérès de la Librairie Incidences.

Les livres vendus sont essentiellement des illustrés du 18°, et des éditions originales du 19° et 20°.

Une petite vente, rien d'exceptionnel. Si ce n'est qu'à vingt ans à peine, Pierre Bérès est déjà expert d'une vente qu'il a certainement organisée, comme le laisse penser la bonne place que le catalogue fait à sa librairie "Incidences".

C'est certainement ces petites ventes qui lui permettront d'avoir les fonds nécessaires pour racheter les grandes bibliothèques des banquiers déchus de l'époque.


Eric

rui a dit…

J’ai ce superbe Catalogue de la vente de la «Collection J. D.» de 6 et 7 décembre 1961 (un cadeau d’un ami…au moins je le considère comme cela), avec une coupure de presse «Le Figaro» du 8 décembre, qui raconte aussi tout ce qui est dit.
Tous ces Catalogues de ventes sont des sources d’inépuisables connaissances pour tous les bibliophiles.
Le Pierre Bérès mérite tout ce qu’on peut dire ou écrire sur lui !
Merci.
Rui

Textor a dit…

Bertrand, vous nous contiez il y a quelques mois les aventure de Damascene Morgan qui, comme Berès, non content de rédiger des catalogue pour son propre compte, accumulait les ventes prestigieuses. Ce genre de personnage bibliophage a quelquechose de sidérant.

Pour la suite du feuilleton, il faudra nous expliquer dans quelles circonstances il a ouvert sa boutique de New York city et comment il pouvait être des 2 cotés de l'Atlantique en même temps !

Bertrand a dit…

Pour ce qui est de la librairie à New York, 6, West 56th street... Pierre Berès Inc. qui existe au moins depuis le catalogue 41 que j'ai sous les yeux, je ne sais rien... Je vais essayer d'en savoir plus, s'il y a un érudit Berèsophile dans les parages... nous sommes preneur.

Pendant qu'on y est, depuis trois jours je me fais la réflexion qu'un aussi grand homme, qui a consacré près de 80 ans à sa passion des livres, qui a vécut une vie mouvementée, passionnante et intrépide entre Paris, New York et les rayonnages des bibliothèques les plus célèbres et aussi les plus secrètes, mérite un biographe à sa hauteur.

Qui écrira (ou écrit déjà ??) la biographie que Pierre Berès mérite ?

Elle ne devrait pas tarder à pointer le bout de son nez si nos érudits bio-bibliographes veulent bien se donner la peine.

A mon avis ce sera un livre à lire pour tous les amoureux du livre et de l'histoire de la librairie ancienne.

Attendons. Vous serez les premiers informés dès que j'en saurai quelque chose.

PS : Merci Rui pour votre commentaire.

B.

Bertrand a dit…

A pein refermé ce billet ce matin que je découvrais sur un autre rayon, un peu seul, délaissé, un catalogue de vente. Bibliothèque M.G. (je ne sais pas qui c'est ???), Livres de collection, Paris, 1961 (vente des 11 et 13 mars 1961), donc quelques mois avant la vente de la collection J. Davray décrite ce matin. Pierre Berès était encore sur la chaise de l'expert. Très belle vente riche de 240 numéros dont des dizaines de merveilles.

Pierre Berès ne chômait pas ! Ça c'est certain.

On pourrait en dire de même d'experts de nos jours vous me direz.

B.

Textor a dit…

Pour le séjour new-yorkais, il faudrait demander aux amis du Grolier Club.
En attendant voici leur dernière expo sur les 600 ans de la bibliothèque de l'Université de Leipsig.
http://www.inpursuitofknowledge.org

Textor a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Textor a dit…

D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je crois que la revue de Pierre Bergé dédiée à P. Berès avait consacré un article au Grolier Club et au rôle qu'y avait joué le Prince des Libraires.
Bonne nuit
T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Très actif "PiBi" : trois mariages et huit enfants.

Textor a dit…

Voilà la raison de la vente du fonds sans doute. Pas facile de partager 5 Pilones en huit, mieux valait que cette succession future fut liquide !
Textor

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