samedi 22 août 2009

Le jeu du Prince. Prince de 1532, qui es-tu, où es-tu ?



Plat supérieur


Un petit jeu d’été proposé par un certain CS qui, un jour de 1532, se prit à faire relier ensemble les œuvres d’Ausone (Bâle, Valentin Curio, 1523) et de Stace (Bâle, Henricus Petrus, 1531) en un épais volume de format portatif.

Il faisait peut-être ses délices du tour de force irrespectueux du cento nuptialis du premier et estimait le second qu’il pensait aussi chrétien, comme une légende infondée le colportait.

Il avait apparemment des idées précises sur la reliure qu’il désirait: un veau brun estampé sur ais de bois avec le nom des auteurs pour bien identifier l’ouvrage, la date en chiffres romains et un décor choisi.

Pour le premier plat, il fit estamper une Crucifixion encadrée d’une roulette mythologique aux trois déesses et leur Pâris.

Au second plat, de façon assez originale pour cette période (me semble-t-il), il opta pour le portrait en pied de son Prince. Protection donc par la Croix et le Trône, le spirituel et le temporel poussés dans la même peau.

On peut d’ailleurs se demander dans quelle mesure, ces reliures estampées ne constituaient pas par leur représentation une forme particulière d’objets destinés à la dévotion privée.


Mais là n’est pas la question du jour, bien sûr. CS, presque un-demi millénaire plus tard, nous invite à identifier son Prince en pelisse, tenant épée et écu blasonné.

Qui était-il ?


Plat inférieur

Bonne journée,
Raphaël

28 commentaires:

Textor a dit…

Jolie reliure ! Allemande peut-être ? on cherche

Bertrand a dit…

Je trouve que ce prince a une ressemblance frappante avec Guillaume IV de Bavière dit le Constant (1493-1550).

Bon, en même temps, la physionomie n'a sans doute rien à voir à l'affaire. Les deux épées entrecroisées qu'on voit aux pieds du Prince ne seraient-elles pas le signe d'une Prince de la maison de Saxe plutôt ??

Alors disons, pour en essayer deux qui collent au niveau des dates :

* 1490-1568 : Albert de Brandebourg, grand maître de l’ordre Teutonique
premier duc héréditaire de Prusse (1525-1568)

* 1499-1535 : Joachim Ier Nestor de Brandebourg (1484-1535), alias Joachim Ier Nestor de Hohenzollern
5e prince-électeur de Brandebourg (1499-1535)

???

PS : que signifie cette signature des initiales H H dans le bois gravé qui a servi à pressé le second plat ?? Signature du relieur ?

B.

Martin a dit…

Pour Haebler, oui. On en doute parfois.
Soit comme il veut, un relieur H H semble avoir travaillé pour Georg III.(?) von Anhalt.

Martin a dit…

Johann der Beständige?

Martin a dit…

Wittenberg?

Textor a dit…

I've got it !! Je tiens notre Prince, il s'agit de Johanes elector, ducis saxoniae, même physionomie, barbe et couvre-chef, le glaive à la main, et les épées croisées dans un cartouche. Il apparait sur une monnaie, non datée, tirée de mon Tarif des Monnaies de 1544.

Textor a dit…

D'après l'étude des pièces de la série des électeur de Saxe, il s'agirait de Jean II le résistant (* 13 juin 1468 à Meißen; † 16 août 1532) cité par Martin. Les monnaies de son successeur, Johanes Friedrich, sont datée de 1532 et 1547, dates de ses 2 mandats, et la figure est différente.
Si j'ai vu juste, cela signifie que cette reliure date de l'année du décès du Prince.
Sa devise était Verbum domini manet Eternae, et elle figure sur la monnaie.

Raphael Riljk a dit…

Grands bonshommes que ces électeurs de Saxe à ce moment de l'Histoire!

Le dessin de tous les quartiers est ici renversé sur le blason.

On peut effectivement hésiter entre Jean 1er dit l'Assuré et son fils Jean-Frédéric, le Magnanime à cause de cette date charnière de 1532. Mais le témoignage des monnaies apporté par Textor est très intéressant et fait effectivement pencher pour Jean 1er qui disparait en 1532. J'ai retrouvé une figure semblable sur une peau de truie de la British Library mais plus tardive.

Le HH reste mystérieux : relieur, graveur ? initiales de Homo honorabilis ?

Brave CS qui ne voulait pas oublier son Prince.

et à vous, Princes de la Sapience, révérences et moulinets du chapeau pour votre sagacité coutumière.


Raphael

Anonyme a dit…

Oui, bravo pour tant d'érudition déployée!
Mais puis-je poser une question naïve: où se trouve un aussi beau livre avec une aussi belle reliure?
Ceci dit, 2 éléments curieux:
- passe encore pour Stace, mais je trouve qu'Ausone n'est pas un auteur très convenable pour une reliure ornée d'un crucifix;
- ce dernier, au lieu d'être flanqué des 2 larrons habituels, est accompagné du serpent crucifié (Jean 3, 14): n'est-ce pas une représentation rare en général? et sur les reliures?
Yves

Textor a dit…

Le H.H. était la marque de Hans Herold, relieur de Wittenberg mais je pense que vous avez vu cette notice de la BL :

"Wooden boards. 2 clasps. Macchi states; Wittenberg?, bound by H.H. binder as the Saint Burchard with fleur de lis escutcheon panel-stamp suggests (K. Haebler, Rollen-und Plattenstempel, p. 182, H.H., Platten A. bezeichnet, VII 88x60 mm., Sanc. Burch/Harti Episc/Op Wircburg). Considering the number of rolls and panel-stamps provided with H.H. cyphers, they were probably used in several workshops. These tools were mostly owned by bookbinders active in Wittenberg or in its neighbourhood, even if some examples perhaps refer to Hans Hermann active in Nürnberg."

Textor a dit…

Tiens tiens, la roulette de CS a servi postérieurement. Mais la plaque représenterait Johann Friedrich. CS aurait-il fait faire des reliures à l'effigie du successeur? Ce CS devait être proche du pouvoir.

BIBLE - NEW TESTAMENT - GREEK & LATIN]. BÈZE (BEZA), Théodore de.
Jesu Christi D.N. Novum Testamentum, sive Novum Foedus.
(Geneva), (Henri Estienne), 1582. Folio (34.5 x 22 cm). Text in 3 parallel columns giving De Bèze's Greek text, his Latin translation from the Greek, and the Latin Vulgate, with extensive commentary at the head and foot. With the large Estienne woodcut publisher's device on the title-page, 8 woodcut head- and tailpieces plus numerous repeats, and about 20 decorative woodcut initials (4 series, 1 including Greek) plus numerous repeats. Contemporary, richly blind-tooled pigskin over wooden boards, in a panel design (front and back board the same) with a panel-stamp portrait of Johann Freidrich II (1529-1595), Duke of Saxony (with monogram MB), and three rolls (1 with initials CS). With a 1780 owner's inscription of Johan Heinrich Wepler and earlier and later indications of provenance.

Textor a dit…

Non, pardon, c'est une erreur, ce CS n'est pas votre bibliophile mais la marque d'un autre relieur, Conrad Stallfurth. D'ailleurs, les dates ne collent pas bien qu'on soit toujours à Wittenberg, et avec le prince de Saxe:

The panel-stamp portrait of Johann Friedrich, Duke of Saxony (5 x 9 cm) has his name "JOHANNE FREDERIC" on a scroll, the engraver's monogram MB below left, and below the portrait the legend "VICTVS ERAS ACIE FIDEI CONSTAN|TIA TANDEM VICTOREM ANTHE HO|MINES FECIT ET ANTE DEVM." The portrait is different from the similar ones described in Foot and Goldsmith. One roll has allegorical figures of the female virtues Faith, Fortitude and Charity: "FIDES|EST·SV," "FORTI|TVDO" and "CARIT|AS·BE·," and is signed CS. Haebler, Rollen- und Plattenstempels, pp. 402-403, records CS tools from the years 1576-1614 and associates them with Wittenberg and Zwickau, and possibly with a binder Conrad Stallfurth (he records more than one MB) but he does not record the present tools.

Raphael Riljk a dit…

Yves,

Merci de votre intérêt pour cette reliure.

Ausone, dont vous semblez être fervent lecteur, est bien un auteur chrétien même si certaines épigrammes et son Centon nuptial sont un peu lestes. Juste un mot sur le Centon, il est fabriqué avec des vers et des demi-vers tous empruntés à Virgile et accolés de façon à leur donner un autre sens, qui ici sur le final est assez cochon. Cela fait un peu tousser la postérité bien-pensante d'ailleurs. On le trouve souvent caviardé dans les anciennes éditions ce qui n'est pas le cas ici. L'association avec Stace est plus étrange. On en faisait aussi un auteur chrétien alors qu'il ne l'a pas été. Stace est le guide de Virgile et de Dante dans la Divine Comédie (au Purgatoire) sur la foi de cette légende.

La représentation de la Crucifixion suit un modèle assez répandu. Vous avez parfaitement reconnu le curieux épisode du serpent d'airain à droite (avez-vous vu le petit personnage de dos avec les "cornes" sur la tête? c'est Moïse bien sûr). C'est un épisode de l'Ancien Testament (Nombres, 21) effectivement cité par Jean. A gauche, vous voyez le sacrifice d'Abraham. Isaac est agenouillé. Abraham lève son épée et l'Ange de Dieu le retient.
(et comme pour les jeux d'enfant, je vous invite à chercher où se cache le bélier).
Toute cette image est composée pour proclamer "La Foi sauve !", un des fondamentaux de la Réforme.
On la retrouve sur le Sophocle relié en 1560 également à Wittemberg, passé il y a quelque temps sur le BiMo.
C'est la présence du Prince au dos qui est peut-être moins courante. Grand protecteur de Luther, grosse épine dans le pied de Charles-Quint.

Mais je jacasse, je jacasse. Il me reste l'exégèse du Textor à dépouiller.

Bon Dimanche à vous !

Raphael

Raphael Riljk a dit…

Non Textor, infatigable chercheur noctambule. Je ne connaissais pas cette notice sur ce HH et vous en remercie. Pourriez-vous m'en indiquer l'URL ?
On trouve effectivement plus tard des représentations de Jean-Frederic de saxe mais en arme (en miles Christi) associées à celle de Charles Quint qui pourtant lui avait mis la pile. C'est aussi une association que je trouve intrigante.
Merci en tout cas pour les nombreuses pistes que vous avez levées et que je vais suivre.

Bonne journée

Raphael

Textor a dit…

Bonjour Raphael,

Voici le lien de la BL qui me parait une piste sérieuse :
http://www.bl.uk/catalogues/bookbindings/Results.aspx?SearchType=AlphabeticSearch&ListType=Bookbinder&Value=1422

Et le lien sur Abe books - Voir le n°3 – Ce lien est en cache, le produit a du être vendu :
http://209.85.229.132/search?q=cache:T-uQMb7V4loJ:www.abebooks.fr/servlet/SearchResults%3Fan%3DANTONINUS%2BFLORENTINUS+binding,+stamped+H.H.&cd=21&hl=fr&ct=clnk

Bonne journée
T

Martin a dit…

Hans Herolt (1569-1613), Würzburg?

Textor a dit…

Hans Herolt der Meister der Bischop platten ? Non je ne crois pas c'est trop tard par rapport à 1532.

http://db.hist-einband.de/ebwerkz.php?id=113669b

Si j'ai bien compris la BL il y aurait eu des dysnaties de Hans Herolt à Wittenberg. Une marque de fabrique en somme.

T

Martin a dit…

Un malentendu, évidemment. Il y avait plein de H Hs, mais pas de Hans Herolts. Hans Herolt était relieur à Wurtzbourg entre 1569 et 1613.

Textor a dit…

Bon, Raphael, Martin semble formel, votre H.H. n'est pas Hans Herolt, la notice de la British Library est plutôt ambigue.
Donc c'est Martin qui a gagné le jeu du Prince puisqu'il a donné Johann der Beständige à 17h12 et Wittenberg à 17h53. Bravo Martin!

Raphael Riljk a dit…

Ce HH va donc rejoindre le Cercle des relieurs disparus, autre institution qu'un jour, où nous aurons le temps, il faudra fonder. Ils sont légion comme lui, sortis des mémoires. Vous en connaissez certainement de ceux là dont Fléty quand il les cite dit par exemple laconiquement: "relieur parisien, vers 1900".

En grattant un peu et en ramassant les miettes d'information que nous avons, nous pourrions relever leurs ombres légères.

HH est mal parti, d'accord.

Standing ovation à Martin et la Ola pour vous Textor.


Raphael.

Martin a dit…

Etant donné que c'est une reliure allemande, j'ai un petit avantage, non?

Et il me reste toujours à faire le tout premier pas: consulter Haebler.

Raphael Riljk a dit…

L'enquête se poursuit outre-Rhin avec l'efficacité que l'on sait.

HH est identifié avec un haut degré de certitude...

De nouveaux détails sont apparus...

Le nom, l'adresse et le nombre d'enfants de CS ne sont (probablement) qu'une question d'heures maintenant.

Martin est à l'oeuvre.


Raphael

Textor a dit…

Martin est redoutable ! Vous nous ferez partager vos conclusions le moment venu.
T

Martin a dit…

Tout d'abord mes excuses à M. Haebler: Il distingue bien entre monogrammes de relieurs et de graveurs.

Malheureusement, ce portrait n'appartient pas à un groupe d'outils qu'il aurait osé attribuer à un atelier de reliure. Pas dans Haebler, alors. Ou bien, pas trouvé.

Par contre, j'ai trouvé une éventuelle explication du H H en haut du portrait.
Bien possible que cette plaque n'appartienne pas à la masse d'outils portant ces lettres, impossibles à attribuer à un atelier précis et provenant de la région de Wittenberg, d'après les recherches de Haebler, mais qu'elle porte tout simplement une inscription abrégée: H H pour Herzog Hans. Le duc Jean.

Je n'avais même pas remarqué que Haebler parlait probablement du même Jean qui nous intéresse ici, mais, après quelques recherches sur le net, sa théorie me semble bien plausible.

Soit comme il veut, voici un autre portrait de Jean l'Assuré:
http://www.deutschefotothek.de/obj81068051.html#|home

Aucune idée pourquoi le graveur de la plaque aurait renversé trois quarts du blason, mais la ressemblance est frappante, non? Ressemblance non pas seulement au Pâris de la roulette, observée par Raphael, mais aussi au Christ sur le premier plat?

Martin a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Martin a dit…

désolé:
http://www.deutschefotothek.de/obj80551651.html#|home

Raphael Riljk a dit…

Je préfère le père au fils, Martin et reste sur votre très séduisante interprétation du HH.

Raphael

Textor a dit…

Oui, l'interprétation du H.H. parait très convaincante, il n’y avait guère que Martin pour imaginer que Herzog Hans puisse vouloir dire Le Duc Jean !

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