lundi 12 septembre 2011

Fiche de libraire : Les Essais de Montaigne dans l'édition in-folio de 1595, reliés par Lortic au XIXe siècle.


Il y a des livres qui parlent d'eux-mêmes. Les Essais de Montaigne sont de ceux-là. Et pourtant, qui les a vraiment lu in extenso ? J'avoue pour ma part les avoir lu par petits bouts, et certainement pas en entier. Mais j'en ai ressenti toute la sève et je ne m'interdis pas sur mes vieux jours de m'acheter un bel exemplaire d'une des éditions anciennes des Essais afin de les lire, retirés dans mes terres du Montana, dans ma quatre-vingt-dixième année.


Bref, vous l'aurez compris, de belles éditions anciennes de Essais de Montaigne, actuellement, je n'ai point (oui je parle parfois comme Maître Yoda pour me donner un air important et conséquent mais on s'y fait très très vite).

Voici ci-dessous une édition et un exemplaire que j'aimerais pouvoir caresser le soir au coin du feu ... mais il va me falloir encore travailler beaucoup plus pour gagner beaucoup plus car la gageure risque de ne pas se produire tout de suite si le Dieu Pepetius de la Librairie Ancienne et Moderne ne me sourit pas plus dans les prochains mois (Paix à son SLAM ! comme dirait un ami syndiqué).

Voici donc du grandiose, de l'exceptionnel, du grandiloquent, de l'esbrouffage bibliophilique de première classe. Voyez plutôt (pas le chien, mais ci-dessous).

MONTAIGNE (Michel de) Les Essais de Michel Seigneur de Montaigne. Édition nouvelle trouvée après le décès de l'auteur, revue et augmentée par lui d'un tiers plus qu'aux précédentes impressions. Volume imprimé par Abel l'Angelier en 1595.

Un volume de format in-folio (217 x 342 mm), relié en maroquin havane décoré par Lortic à la fin du XIXe siècle.

Édition réputée d'une importance capitale et réputée définitive. C'est sa fille d'alliance, Mlle de Gournay qui rédigea la longue préface et donna un ordre définitif aux manuscrits. Exemplaire de première émission. Extraordinaire reliure de Lortic avec un large décor de feuillage dans le goût du XVIe siècle.

Je vous laisse lire la fiche du libraire dans son intégralité, accompagnée d'une photographie de la reliure (ici en noir et blanc). L'exemplaire est à l'état proche du neuf, d'une fraîcheur remarquable.

Prix demandé par le libraire parisien pour cet exemplaire en 2007 dans son catalogue : 40.000 euros.


Cliquez sur l'image pour l'agrandir et lire la fiche complète


A vous de juger ! Le prix de l'excellence sans doute. Personnellement si j'avais 40.000 euros je préfèrerais les placer là plutôt (encore lui) qu'à la Société Générale (mais chacun fait comme il l'entend).

PS : si c'est un des lecteurs du Bibliomane moderne qui détient désormais ce livre prestigieux dans sa bibliothèque, qu'il n'hésite surtout pas à nous faire savoir tout le plaisir qu'un tel "objet" peut procurer à son bailleur provisoire.

PS 2 : cet exemplaire avait été adjugé en salle des ventes à Neuilly-sur-Seine, chez Aguttes, le mardi 13 juin 2006, pour la somme de 16.000 euros (pour une estimation de 8.000/10.000 euros). Lot n°36 de la vente. Source www.auction.fr

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

23 commentaires:

Textor a dit…

C'est sûr qu'on perd en Bourse en ce moment de quoi se payer un Montaigne !!
L'édition de 1595 se trouvait plus facilement, il me semble, au siècle dernier plutôt ( !...) qu'à celui-ci. Je me rappelle que la Libraire de Seine avait réuni une belle suite des premières éditions dans un catalogue que j’ai dû conserver. A quel prix ? je ne m'en souviens plus, mais, comme dit Montaigne, « Rien n’imprime si vivement quelque chose à notre souvenance que le désir de l’oublier »
T

Bertrand a dit…

Je lisais ce soir le catalogue n°40 de la librairie Coulet à Paris (catalogue récent, sans doute le dernier ou un des derniers), on y trouve un exemplaire de cette édition de 1595 relié aussi au XIXe s. par Victor Champs, en parfait état (sans aucun doute lavé et réencollé bien que cela ne soit pas mentionné dans la fiche), au prix de 30.000 euros.

B.

Renaud a dit…

Le catalogue Sotheby's de la vente Pottiée-Sperry décrivait son édition comme "étant le seul exemplaire en mains privées des grandes éditions originales de Montaigne en reliure contemporaine de l'édition à chiffre ou armes d'un possesseur contemporain. Provenance Conte de Lignerolles et Georges Heilbrun."

... Estimé 22000-28000 Euros en 2003.
Loin toutefois des 150K-200K demandés pour l'édition in-8 de 1580.

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

Voici deux résultats assez récents pour cette édition de 1595 :

Vente du vendredi 28 mai 2004 (Libert, Paris)

[MONTAIGNE (Michel de)]. Les // Essais // de Michel Sei- // gnevr de Montaigne. // Edition novvelle, trovvée apres // le deceds de l'Autheur, reueuë & augmentée par luy d'vn // tiers plus qu'aux precedentes Impressions. A Paris, chez Michel Sonnius, 1595.
In-folio (220 x 350 mm), maroquin fauve, double encadrement de filets et fine dentelle dorée ornant les plats, fleurons aux angles, dos à nerfs orné, dentelle intérieure, doublure de vélin blanc, tranches dorées (Pagnant).

Collation : â4, ê4, î4, A-Z6, Aa-Vv6, Xx4, Aaa-Sss6, Ttt-Vvv4, donnant : un titre avec vignette du libraire et privilège au verso, 9 ff. n. ch. de préface, 2 ff. n. ch. de table des chapitres, 524 pp. (pour les premier et second livres) et 232 pp. (pour le troisième livre et l'errata).
Trois culs-de-lampe; bandeaux et lettrines gravés sur bois.
Un portrait gravé de Mademoiselle de Gournay, nièce de Montaigne, à qui l'on doit cette édition, ajouté en frontispice.

L'UN DES TRÈS RARES EXEMPLAIRES D'UNE DES GRANDES ÉDITIONS ORIGINALES DE MONTAIGNE.

Première édition donnée par Marie Le Jars de Gournay, avec sa « Preface svr les Essais de Michel Seigneur de Montaigne, par sa Fille d'Alliance ». Augmentée de 1409 « additions importantes », elle donne pour la première fois, et conformément au souhait de Montaigne, l'état complet du texte.

Exemplaire de premier tirage donné par Michel Sonnius qui partagea cette édition avec son associé Abel L'Angelier. Il ne comprend ni l'avis au lecteur de Montaigne que Melle de Gournay avait supprimé pour placer sa longue préface et qui ne fut réintégré qu'ultérieurement, ni le carton ajouté par elle en cours d'impression (f. F2) pour insérer quelques lignes supplémentaires de Montaigne. Sur 43 exemplaires répertoriés par Sayce et Maskell, neuf seulement sont à l'adresse de Sonius.
De la bibliothèque Meus, avec ex-libris.

BEL EXEMPLAIRE EN MAROQUIN de « ce livre, qui est parfaitement et correctement exécuté, [et qui] reste encore aujourd'hui la principale édition de Montaigne pour l'authenticité du texte » (J.-F. Payen cité par Brunet). Cinq feuillets très habilement restaurés.

estimation 7 000 / 9 000 € (résultat 11.500 euros)


Vente du jeudi 24 avril 2008 (Kahn-Dumousset - Paris)

MONTAIGNE : Les Essais. Ed nouvelle « trouvée déceds de l'autheur, revue et augmentée par luy d'un thiers plus qu'aux précédentes impressions ».
Paris, Abel l'Angelier, 1595 ; in-folio, maroquin rouge, dos à nerfs très orné, plats à décor d'un double rang de deux filets, séparé par des fleurons d'angle.
Reliure de CHAMPS, double filets sur les coupes, dent. int., tr. dorées sur marbrure.
Très bel ex., fort bien relié par CHAMPS.
Première éd. donné par Marie de Gournay, fille spirituelle (sa « fille d'alliance ») de Montaigne, qui augmente l'éd. d'un tiers, augmentation due aux notes mss. de Montaigne, qu'elle trouva sur un ex. de l'édition de 1588.
L'avis de l'écrivain « Ceci est un livre de bonne foy » figure bien, on trouve une préface apologétique de l'Angelier, de 18 pp. qu'on ne retrouvera pas dans les éditions suivantes.

Estimation 20.000/30.000 euros (non vendu) - il y a de fortes présomptions pour qu'il s'agisse en fait de l'exemplaire Coulet (cat. 40)

B.

Renaud a dit…

Une autre édition...

Christie's 25 juin 2009, lot 32. Vélin d'époque, annotations autographes de Mlle de Gournay. Estimation 25K-35K

Pierre a dit…

Inaccessible... L’intérêt pour un tel ouvrage finit par être inversement proportionnel à sa cote. Dommage ! Pierre

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

inaccessible Pierre ? pas si sûr ! 40.000 euros c'est moins cher que le C-Crosser de Citroën (45.000 euros toutes options et encore...) et deux fois moins cher que le Q7 (près de 100.000 euros toutes options), nous vivons juste dans une époque où la majorité de ceux qui ont les moyens préfèrent mettre 100.000 euros dans une automobile que dans un morceau de patrimoine écrit.

Et c'est heureux, car finalement, des Essais de Montaigne 1595 ou même 1580, il n'y en aurait pas pour tout le monde de toute façon.

Non, la vraie question à mon avis, serait plutôt, ce genre de livre doit-il avoir un prix ?

Et finalement quand on compare les livres et le marché de l'art, acheter un livre rare reste tout à faire abordable.... essayez d'accrocher un Picasso dans votre salon ! (sourire)

B.

Textor a dit…

Bertrand, à mon avis, pour emballer les filles vaut mieux avoir une voiture rouge qu'un Montaigne de 1595... Mais c'est vrai que je n'ai pas essayé ...
T

Renaud a dit…

Probablement plus de moustachus/barbus que de filles à Alésia : )

Ccil a dit…

@ Textor: tout dépend des filles, certaines ne sont pas sensibles à une voiture rouge... à un beau livre non plus d'ailleurs ! Juste une belle âme.

Ccil

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

Pour poursuivre avec un autre résultat/prix pour cette édition de 1595 in-folio, voici le résultat de ma lecture de catalogues de librairies ce matin aux toilettes (on ne se refait pas...)

Librairie Lardanchet, catalogue 56 (1966), n°196 - ex. en maroquin XIXe de Duru et Chambolle, décoré (probablement lavé et réencollé mais non signalé). Ex. Léopold Double (1ere vente, n°32). Ex. de premier tirage rempli de témoins. Affiché à 10.500 francs de 1966.

Je vous laisse faire la conversion francs de 1966 en euros de 2011 ... j'ai la flemme...

B.

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

@Ccil : j'ai peur qu'il existe une espèce d'hommes, assez rare sans doute, mais bien réelle, qui ont, à la fois une belle voiture rouge ET une belle âme.

Je ne suis pas de ceux là :-(

B.

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

Voici les exemplaires proposés à la vente à la fin du XIXe siècle par Morgand & Fatout :

- n°778 : maroquin rouge de Chambolle-Duru, 1.600 francs or

- n°8.498 : maroquin rouge de Chambolle-Duru (ex. avec 5 vers autographes de Voltaire ?), 800 francs or

- n°8.499 : basane, époque ?, ex. grand de marges, 600 francs or

- n°8.961 : maroquin rouge de Chambolle-Duru, superbe, 1.200 francs or

- n°10.546 : maroquin rouge janséniste signé Motte (XIXe), 800 francs or

- n°16.629 : maroquin rouge de Trautz-Bauzonnet, 1.000 francs or

- n°20.011 : maroquin rouge doublé de maroquin rouge de Trautz-Bauzonnet, 2.000 francs

- n°23.628 : maroquin rouge signé Motte, 500 francs

- n°26.967 : le même que le précédent, 500 francs toujours

- n°33.175 : maroquin rouge de Trautz-Bauzonnet, 1.000 francs or

- n°33.176 : maroquin rouge de Chambolle-Duru, 400 francs or

- n°33.177 : maroquin rouge signé Motte, 350 francs

- n°33.178 : maroquin de Thibaron-Joly, 300 francs or

- n°38182 à 38185 les mêmes....

- n°46.332 : maroquin vert de Duru, 650 francs or

Voilà, c'est à peu près tout, on croirait presque à lire Morgand et Fatout que cette édition n'est pas rare. Le prix variant à l'époque (entre 1880 et 1898) entre 350 et 2.000 francs or. On s'apperçoit vite aussi que ce sont en fait seulement quelques exemplaires qui "repassent régulièrement au catalogue", le plus souvent avec au fil du temps un prix allant diminuant parfois de presque moitié. A croire qu'à l'époque les beaux exemplaires du Montaigne de 1595 ne se vendaient pas si bien que cela...

A voir...

B.

Textor a dit…

Très interessant ! Notez l'effet désastreux des vers de Voltaire sur la cote d'un Montaigne.
T

Textor a dit…

Voilà ce qui s’appelle cataloguer l’édition de 1595 !
Désolé l’adresse est un peu longue mais quelles références ! il y a même celui de la librairie de Seine de mon souvenir :

http://books.google.fr/books?id=nL5_S_fXLNgC&pg=PA267&dq=Montaigne,+abel,+louvain,+1595,+266&hl=fr&ei=TbJvTtqkL_P24QTwntzMCQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=2&ved=0CDEQ6AEwAQ#v=onepage&q&f=false

Si vous localisez l’exemplaire de Montesquieu, je suis preneur.

Textor

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

Merci pour cette belle référence bibliographique Textor ! En fait ce n'est pas très difficile avec les outils d'aujourd'hui pour cataloguer les exemplaires de l'édition de 1595, ce sont souvent des exemplaires traçables sur plus de 3 siècles.

Tout de même étonnant de penser que Morgand baissait le prix de ses invendus sur une longue période... finalement les temps ne changent guère.

B.

calamar a dit…

il n'y a que du maroquin, quasiment que du rouge, et toujours récent, dans ce catalogue Morgand ! à croire que hors du maroquin signé, point de salut. Les prix sont-ils ceux de Montaigne, ou ceux des relieurs ?

Textor a dit…

Bonne remarque Calamar. Je parirai sur le maroquin. Aujourd'hui encore un Montaigne derelié doit valoir 120 euros à la brocante du Grand-Fougeray.

Pierre a dit…

J'ai bien peur que Calamar et Textor aient raison sur ce dernier point. Je pourrais alors peut-être m'offrir un C-Crosser avec des sièges en skivertex avec un moteur de 2 CV ? Pierre

bertrand.bibliomane@gmail.com a dit…

oui, la reliure fait beaucoup, c'est certain, mais c'est subtile, car un plein maroquin in-folio signé Trautz-Bauzonnet, avec un texte banal à l'intérieur... eh bien ça ne se vend pas ! et personne n'en veut ! (sourire) ... et je sais de quoi je parle... (sourire)

B.

Textor a dit…

Là y a un coup à faire: je vous passe mon Montaigne dérelié, vous le remontez dans votre Trautz-Bauzonnet et on partage une Crosser en co-voiturage ?

calamar a dit…

pour compléter, il faudrait ensuite apposer un fer récupéré à la vente Simier (pas forcément le choisir contemporain de la reliure, c'est plus fun !)

Anonyme a dit…

Bonjour,
il est vrai que cet exemplaire était très enviable.
Pour l'avoir eu dans les mains (quelques minutes seulement, hélas), je confirme sa très bonne tenue!
Mais à mon sens, les reliures 19e sont un peu trop léchées. Trop froides en quelque sorte!
Mon exemplaire de référence pour cette édition, il faudrait plutôt regarder la vente du 16 dec 2003 chez chez Me Blanchet :
n°168 MONTAIGNE : Les Essais, éd. nouvelle trouvée après le déceds de l'autheur, revue et augmentée par luy d'un tiers plus qu'aux précédentes impressions. Paris, Abel l'Angelier, 1595. In folio, maroquin rouge, dos à nerfs très orné, double filet sur les coupes, dent int., tr. dorées sur marbrure, armes frappées au centre des plats (reliure du XVIIIe). Très bel ex.
Ex. aux armes de Jean Amelot du Chaillou, Conseiller d'Etat, surintendant des Postes, mort en 1749.
8000 / 10 000 Résultat : 60 000

Nous retrouvons cet exemplaire dans le catalogue Sourget de 2004 XXVIII n°59.

Je me souviens de l'avoir feuilleté chez l'expert à l'époque : Il était extraordinaire!

Dommage que je ne peux pas mettre la photo...

Ca fait pas de mal de rêver un peu!

Cordialement,

Wolfi

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