lundi 5 septembre 2011

Qu’est-ce qu’un beau livre ? Un livre de collection ? Un livre de bibliophilie ?


L’été a été propice à un oubli presque complet de la sphère bibliophilique et bibliomaniaque. J’avais bien anticipé l’oubli en fermant le blog du Bibliomane moderne dès la fin de la première semaine d’août. Cette période de léthargie forcée pour vous, comme pour moi, m’a cependant permis de réfléchir à plusieurs sujets pour les semaines à venir.

Tout d’abord, j’ai l’honneur et le plaisir de vous annoncer que le blog du Bibliomane moderne fête ses trois années d’existence en ce début de mois de septembre 2011. Trois ans d’existence, c’est près de 900 articles publiés avec plus de 5.000 photographies. Trois ans d’existence, ce sont aussi des liens solides tissés avec de nombreux bibliophiles, collectionneurs ou simples curieux. Trois ans d’existence, c’est aussi une collaboration efficace entre quelques bibliophiles et amateurs qui publient leurs recherches ou leurs questions dans les colonnes du Bibliomane moderne ; et je les en remercie ici encore une fois. Tenir un blog à bout de bras, seul ou presque, sans trop se répéter avec des sujets récurrents faciles ou tomber dans la banalité, cela demande une certaine dose d’inconscience ! Je revendique pas mal d’inconscience ! Enfin, trois ans d’existence, ce sont, sans les avoir compté, plusieurs milliers d’heures de recherches, de mise en page, de prises de photographies, pour pouvoir vous offrir un blog que j’espère attractif, plaisant à lire et à regarder.

Pas toujours simple de trouver de nouveaux sujets dans ce cas ! Mais le petit monde de la bibliophilie est infini… enfin presque. Je ne m’inquiète pas trop de vous trouver de nouveaux sujets intéressants pour les mois à venir.

En Bibliopolis comme en tous pays, il est bon de remettre les pendules à l’heure parfois (souvent).

Pour bien commencer cette rentrée, je vous propose de nous pencher ensemble sur la notion « floue » de « beau livre » ou plus exactement encore, de « livre de collection » ou « livre de bibliophile ou de bibliophilie ».

Qu’est-ce qu’un beau livre ? Un livre de collection ? Un livre de bibliophilie ?

J’ai moi-même été amené à répondre à cette question récemment. Car, finalement, pour un non initié au petit monde de la bibliophilie, qu’est-ce qui peut bien différencier un livre banal sans grand intérêt pour le collectionneur d’un livre pour lequel le collectionneur se damnerait ?

Dernièrement, on m’a dit : « je possède le même livre que vous, combien vaut-il ? » J’ai demandé alors : « Vous voulez dire que l’édition est identique et que la reliure est d’une qualité similaire ? » De me répondre : « Eh bien non, il s’agit d’une autre édition, de quelques années postérieure. La reliure est abîmée mais reste convenable pour l’époque. » Comme je dis souvent, cela revient à peu près à comparer une voiture de luxe rutilante en parfait état à une petite cylindrée d’occasion qui n’a pas passé avec succès son dernier contrôle technique.

Il faut alors expliquer, argumenter, développer sur ce qu’est un beau livre, un livre de collection, un livre de bibliophile ou de bibliophilie.

Peut-on se mettre d’accord sur une série de critères fondamentaux qui permettraient à un non initié de savoir s’il est en présence d’un livre de collection ? Quels sont vos critères de choix ? Qu’il s’agisse de livres anciens ou de livres modernes, le bibliophile est exigeant, quelles sont vos exigences de bibliophile ?

Il me plaisait d’ouvrir cette nouvelle saison du Bibliomane moderne par un billet ouvert sur vos goûts et vos façons de voir la « chose bibliophile ».

Encore merci à toutes et à tous de votre fidélité,
Bonne rentrée !
Bertrand Bibliomane moderne

19 commentaires:

Textor a dit…

C'est à ces petits détails qu'on voit que l'heure de la rentrée a sonné ! Va falloir qu'on bosse !!
Textor

Le Bibliophile Rhemus a dit…

m.... ! je trouve le moyen d'être en retard le jour de la rentrée !ça commence bien... Va falloir que je me tienne à carreau si je ne veux pas redoubler !
Bonjour Monsieur le Bibliomane moderne ! Avez-vous passé de bonnes vacances ? Moi, j'ai fait des devoirs tous les jours pour être prêt pour la rentrée...

Léo Mabmacien a dit…

Bravo au Bibliomane et à Bertrand, j'attends vos articles à venir avec impatience. J'espère que le "soutier" Textor s'est aussi remis au travail ! edia.org/wiki/Beau_livr

Pour répondre à la question :
je me me mouille pas :
http://fr.wikipe


Bien à vous
Léo

Bernard a dit…

Rhemus fayot !!!

Textor a dit…

Le soutier Textor a pris un peu d’avance sur la rentrée littéraire en peaufinant quelques papiers HQB*. Vacances studieuses donc, mais il faut dire que ma bibliothèque était au sec contrairement à la campagne environnante…

Pour répondre à la question de Bertrand, je ne crois pas que les bibliophiles cherchent tous de beaux livres, ils cherchent des pièces rares qui leur parlent. Je suis persuadé que si j’invitais un certain libraire chartrain dans mon antre, il ne trouverait pas 3 livres qui correspondent à ses critères du beau idéal.

Mais dites-moi, Bertrand, n’est-ce pas un Jean de Bonnot que vous avez là entre le Béranger et l’Anacréon ?

Textor
(*haute qualité bibliophilique).

Bertrand a dit…

Voilà que Textor confond un JDB avec un cartonnage romantique flambant neuf sur un Don Quichotte, en plus !!

Textor... au coin !!

B.

Anonyme a dit…

Beau = rouge ou vert, doré, comme neuf, cher naturellement, entre 250 grs et 5 kg, de préférence avant 1790 ;-)


Je signe d'un petit "y" timide que certains habitués reconnaitrons.

y

Léo Mabmacien a dit…

oups pardon pour le lien tronqué :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Beau_livre

Léo

Bertrand a dit…

Un beau livre pour moi, depuis que je suis rentré en bibliophilie comme on rentre dans les ordres il y a maintenant plus de 20 ans (je viens d'en avoir 40), c'est avant tout chercher de l'émotion. De l'émotion brute ou raffinée, de l'émotion presque "naïve", une sorte d'ébahissement. Certains rirons en disant que ce n'est là que Bibliomanie. Mais je suis certain que beaucoup se reconnaitront dans ma définition du beau livre de collection : un livre-objet qui a du sens, une histoire, un vécu. La reliure, oui. L'état de conservation, oui. Une provenance, oui. Un auteur, oui. Parfois l'un ou l'autre, ou tous ces critères réunis pour former le livre parfait ou celui qui s'en rapproche.

Mais je crois que pardessus tout ce qu'il nous reste le plus en mémoire (à défaut de posséder les livres), des livres qui passent entre nos mains (je ne me sens pas encore le droit de détenir un livre prisonnier suffisamment longtemps pour savoir s'ils souffrent de cette séquestration - sourire), ce sont les émotions.

Que dire de cette édition des Mémoires de Brantôme qui ont appartenu au Lieutenant de police De La Reynie ? Que dire de ces livres magiques aux provenances à peine croyable comme cet exemplaire de La confession d'un enfant du siècle en EO avec un envoi à George Sand (vendu devant moi au téléphone à un italien pour plus de 350.000 euros si mes souvenirs sont bons) ? Que dire de ces modestes livrets de colportage, humbles, sans reliure, sans fastes, pauvres, mais si attachants ?

Alors que chacun y trouve son bonheur, que le livre soit roi et que le bibliophile n'en soit que son modeste serviteur.

B.

Textor a dit…

Oui, Bertrand, il y a tout ce que vous dites dans le livre ancien, le livre-objet, et puis il a aussi je ne sais quoi de plus immatériel, le texte, ce lien virtuel entre l’auteur qui marqué un jour sa pensée sur le papier et le lecteur.
Ce lien existe pour le livre tout court, mais je lui trouve un parfum particulier avec le livre ancien. Que le texte soit rare, inconnu de tous et nous avons l’impression d’être des archéologues, ou que le texte soit très connu et nous le lisons alors dans la forme originale de sa sortie. C’est l’auteur qui nous parle en direct.
J’ai entre les mains une EO de Rousseau, les caractères sont très gros, le papier fort, bien blanc, et le texte, très connu, prend un relief nouveau : « Le premier qui ayant enclos un terrain s'avisa de dire : " Ceci est à moi" et trouva assez de gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères, que d'horreurs n'eût point épargné au genre humain celui qui arrachant les pieux ou comblant les fossés, eût crié à ses semblables : " Gardez-vous d'écouter cet imposteur, vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. »
Textor

Textor a dit…

Je vais méditer la pensée de Léo : le beau livre est généralement destiné à être feuilleté autant qu'à être lu....

Ccil a dit…

à une époque, j'aurai dit:
"importance du graphisme, de la reliure, de la prise en main, de l'harmonie qui s'en dégage, de la relation entre la mise en page et le contenu"
Maintenant, je suis toujours d'accord avec cela mais j'y ajouterai un critère:
une émotion.

Textor a dit…

Bien d'accord avec vous Ccil, et c'est la raison pour laquelle il est si difficile d'acheter un livre par correspondance, c'est un coup de roulette russe car on sait qu'on va recevoir des pages imprimées, une reliure, mais y aura-t-il l'émotion ...
T

Bertrand a dit…

Promis Textor ! A partir d'octobre je me fais marchand d'émotion ! (j'en ai à revendre ça tombe bien...)

Sans rire, et en salle des ventes, c'est de l'émotion en barre qu'il vous vend le commissaire priseur hâbleur et l'expert approximatif ?

L'émotion est partout du moment qu'on est assez "à même" pour la détecter... j'arrive même à trouver de l'émotion dans un livre en vente sur Ebay... c pour dire... (enfin je veux dire de l'émotion pour après... quand je refais la fiche...)

Qui veut de l'émotion !? de l'émotion Messieurs Dames ! (sourire)

PS : néanmoins je souscris tout à fait à ce qu'a écrit Ccil, déjà parce que c'est Ccil (respects aux dames) et ensuite parce que l'émotion mène le monde (on ne sait pas où... mais on y va !)

Sur ce... belle nuit !

B.

Textor a dit…

Bertrand, nous ne donnons pas au mot émotion le même sens, je pense. Vous faites allusion à l’adrénaline. Pour cela la vente aux enchères en donne à revendre, c’est sur, et les amateurs de surprises sont comblés. Tenez, pas plus tard qu’hier j’ai reçu une brochure achetée 5 euros sur ebay (sans le port). Et je découvre à la réception qu’elle est sur Hollande ( pas le candidat, le papier) et numérotée….

T.

Bertrand a dit…

Je me suis certainement mal exprimé alors, l'adrénaline effectivement fait partie du jeu, mais effectivement l'émotion ce n'est pas forcément cela, c'est surtout avoir en main un objet qui nous parle,

B.

Ccil a dit…

Très joliment dit Bertrand...

@ Textor: l'émotion dans l'achat par correspondance, on la trouve dans la surprise quand on ouvre sa boîte aux lettres. J'adore cela même si on ne peut pas sentir l'intérieur du livre quand on l'achète et que cela peut être problématique...

C.

Anonyme a dit…

C est une question à laquelle on ne peut répondre de façon satisfaisante, l idée du beau étant particulièrement subjective. J avais essayé de rationaliser mon "fétichisme" des livres autour de trois critères:
1) un livre doit me rapprocher de son auteur (EO, signature, épreuve...)
2) plus ce livre ou ses caractéristiques seront rares plus j aurais l impression de bénéficier d un certain privilège qui me rapproche d autant plus de l auteur
3) et tout cela doit se combiner avec un mon gout pour l esthétique du livre et le plaisir charnel de le manipuler ( je préfère par exemple un papier velin au japon, malgré la plus grande rareté des tirages sur japon, je n hésiterais pas non plus à choisir une belle reliure contemporaine de Sun Evrard sur un livre ancien plutôt qu une reliure d époque, bien que cela m éloigne de l auteur).

Guillaume

Textor a dit…

Belle tentative de rationaliser l'irrationnel, Guillaume !

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