jeudi 2 octobre 2008

Notice sur une précieuse collection des Œuvres de Rabelais (1890)


En 1890, le libraire Damascène Morgand donne une petite plaquette in-8 de 35 pages, sortie des presses de Deslis frères, imprimeurs à Tours. C’est en fait le bras droit du libraire Morgand, Edouard Rahir (futur repreneur de la maison en 1897) qui est l’auteur de cette Notice sur une précieuse collection des Œuvres de Rabelais faisant partie de la bibliothèque d’un amateur bordelais.

Cette mince plaquette tirée à très petit nombre (sans doute moins de 100 exemplaires), a été rédigée par M. Edouard Rahir à l’occasion de l’Exposition rétrospective de Tours, en mai 1890.

Bien imprimée, sur beau papier vergé, avec un joli titre en rouge et noir, une couverture ornée du portrait de Rabelais en médaillon gravé sur bois, cette jolie exposition d’une belle collection de livres est illustrée de nombreux fac-simile de titres.

Voici sa présentation par M. Ed. Rahir : « Le célèbre roman de Rabelais, contenant le récit des hauts faits de Gargantua et de Pantagruel, est divisé en cinq livres différents publiés à d’assez longs intervalles. Le premier livre du Pantagruel vit le jour dès 1532, et le roman complet ne fut achevé qu’en 1564. Entre ces dates extrêmes, furent publiées un certain nombre d’éditions, soit des livres séparés, soit même des fragments de ces livres, soit encore de deux ou plusieurs livres réunis. La première édition sous le titre d’œuvres ne parut qu’en 1553, peu de temps avant la mort de Rabelais.

Cette collection comprend exclusivement des éditions des différents livres du roman, publiées séparément avant la réunion en un tout complet ; elle provient pour la plus grande partie de la bibliothèque de lord Sunderland, formée au XVIIe siècle par le duc de Marlborough (1). »

La plaquette qui annonce et décrit 22 volume in-16 et in-8 des livres séparés du Gargantua et du Pantagruel (plus quelques autres volumes attribués à Rabelais) se tait sur l’identité de l’heureux dépositaire de ces précieux volumes. C’est à M. Henri Bordes, bibliophile bordelais de grand renom qu’il faut donner cette collection (2).

Chaque titre est largement et minutieusement décrit par M. Ed. Rahir. Quel serait le prix d’une telle collection aujourd’hui ? Qu’est-elle devenue ? Je n’ai pas poussé ma recherche jusqu’à regarder si ces volumes avaient été dispersés lors de la vente de M. Henri Bordes ?

Nous nous contenterons de donner ci-dessous la reproduction des différents titres de cette collection d’après leur fac-simile respectif.
























(1) Bulletin mensuel de la librairie D. Morgand, III, 8597. Sous ce numéro du Bulletin de la librairie Morgand de l’année 1883, se dévoile un des numéros les plus exceptionnels de ce catalogue déjà prestigieux en de multiples occasions. 60.000 francs or ! Tel est le prix marqué au catalogue de cet ensemble rarissime. En voici la description : « La précieuse collection que nous mettons en vente provient de la bibliothèque de Charles Spencer, troisième comte de Sunderland. La rareté des premières éditions de Rabelais est trop connue pour que nous ayons à y insister ; c’est à peine si, dans les ventes les plus célèbres des deux derniers siècles, comte d’Hoym, duc de La Vallière, etc. on rencontre quelques volumes des éditions séparées des différents livres du roman de Rabelais. – A la vente Solar (1860) figurait une série importante de ces rarissimes volumes, mais leur condition laissait pour la plupart beaucoup à désirer, et les trois derniers livres seuls se trouvaient en éditions originales. Quelques volumes fort précieux figuraient aussi à la vente Potier (1870). »

(2) Cette plaquette a paru également la même année sous le titre Notice sur les Rabelais de M. Bordes, Tours Deslis frères, 1890. In-8 de 23 pages. L’édition en 35 pages que nous présentons est augmentée et hors commerce. Cf. Bibliographie Rabelaisienne, Plan, p. 269. C’est M. Henri Bordes qui s’est donc porté acquéreur de cette collection proposée par Morgand au prix de 60.000 francs or ! A titre de comparaison, chez le même libraire et dans le même catalogue de 1883, on trouve sous le n°8755 les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire en EO de 1857, broché pour 60 francs et sous le n°8801 les Contes et Nouvelles en vers de La Fontaine, 1762, édition des Fermiers généraux, en maroquin ancien, bel exemplaire, pour 1.200 francs. On oubliera, par décence pour nos ayeux, qu’à la même époque, à quelques années près, un ouvrier constructeur de la Tour Eiffel gagnait à peine plus d’un franc par jour…


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