vendredi 30 décembre 2011

Dernière tribune libre de l'année 2011 : Quel livre a marqué pour vous cette année 2011 ? Quel évènement bibliophilique ?



Chères amies bibliophiles ou bibliomaniaques (permettez messieurs que je commence par saluer les quelques Dames qui nous lisent), cher amis amateurs de bons et beaux livres, demain sera le dernier jour de l'année 2011. Une année passe si vite que l'on a parfois du mal à suivre...

J'espère que le Bibliomane moderne vous apporte (presque chaque jour) votre lot de découvertes et de surprises en "amour des livres", amour des livres, qui, on le voit bien, va souvent jusqu'à la passion la plus déréglée. Mais après tout, n'est-ce pas dans les passions déréglées qu'on retrouve un peu de soi-même ? Les blogs qui traitent de bibliophilie ou de l'amour des livres anciens et modernes de collection sont désormais en nombre et apportent, chacun à leur manière, de quoi contenter l'amateur. C'est une belle chose pour nous tous.

2012 sera une année importante à plus d'un titre, elle apportera son lot de contentements et de mécontentements, mais chacun, pour peu que la bonne santé soit au rendez-vous, et que l'économie des ménages permette à chacun de suffire aux besoins du foyer et aux "petites passions" et tout sera parfait. Espérons-le ainsi.

Il y a quelques jours de cela j'ai écouté une émission de radio dont l'invité était un éminent commissaire priseur parisien, renommé pour ses ventes VIP et plutôt orientées vers l'Art Contemporain. J'avoue que j'ai écouté cette émission avec une grande attention et que j'ai essayé d'en retirer tous les enseignements possibles pour l'avenir. Ce commissaire priseur, sans être prophétique, donnait quelques clés pour "comprendre le marché de l'art", pour "bien investir", pour "acheter de l'art". Je reste très dubitatif sur ses propos. Si je résume ce qu'il a dit et qui peut s'appliquer à n'importe quel objet d'art vendu aux enchères, cela donne quelque chose du style : "N'achetez pas ce que vous aimez ! Apprenez à aimer ce qui est bien !" (...) "Quand on collectionne il faut apprendre" (...) "Achetez au dessus de vos moyens ! Achetez des chefs d’œuvre ! Payez en quatre fois, mais quand vous avez un chef d’œuvre vous avez un chef d’œuvre... Quand vous avez quatorze croutes vous avez quatorze croutes (...)"

Il explique ensuite que la vente aux enchères est un jeu de séduction... pour lui la salle est une femme...

Très intéressant tout ça. Il ajoute : "collectionner n'est pas un problème d'argent, c'est un problème de connaissance, alors il est clair que si vous voulez acheter ..." (la phrase n'a pas été terminée... on comprend pourquoi). Vous pouvez écouter ou réécouter cet entretien intéressant ICI.

Si l'on s'en tient au domaine du livre et plus particulièrement du livre ancien ou moderne dit de collection ou rare, ces conseils sont-ils aussi judicieux ? Sans doute.

Mon humble avis sur la question est plus nuancé. Mes constats sur un peu plus de 20 années de collection, de recherche assidue du livre rare, du document curieux, m'a amené plus d'une fois à m'interroger sur ce marché, sur ses habitudes, sur ses mœurs, sur son avenir. Quelques constats : si les livres anciens et rares restent recherchés, des pans entiers sont désormais devenus complètement hors marché (je veux parler notamment des livres de références et autres bibliographies classiques, mais aussi de nombreux petits livres d'art ou de monographies, aujourd'hui sévèrement concurrencés par la numérisation et la mise en ligne des sources, je veux parler aussi des livres imprimés dans des langues mortes, latin, grec, hébreu, etc, ouvrages aujourd'hui la plupart du temps boudés par les amateurs si ce ne sont pas en même temps de riches livres illustrés). C'est ainsi. A contrario, quels sont les secteurs qui marchent ? Les livres anciens très illustrés, les grands classiques d'auteurs passés à la postérité, qu'ils soient français ou étrangers (Zola, Hugo, Maupassant, Hemingway, Proust, Céline, etc). Les autographes et les livres modernes dédicacés importants sont aussi très convoités. Peut-être me direz-vous : "comme depuis toujours". Sans doute. Les livres modernes, les livres d'artistes sont aussi à mon avis en plein essor. Autant dire que si vous recherchez des éditions anciennes d'Aristote ou de Cicéron vous avez de bonnes chances de les obtenir pour rien ou presque... mais ce n'est pas aussi simple puisque si les mêmes sont recouverts de riches reliures anciennes en maroquin ou ayant appartenu à de nobles bibliophiles tels Grolier ou Maïoli, vous avez peu de chance de les avoir à bon compte. Alors comme toujours, tout est une question de dosage, de moyens, de savant mélange de passion et de raison. Savoir se faire plaisir tout en sachant garder la tête froide. Est-il raisonnable d'acheter un livre au delà de 50.000 euros ? Doit-on d'ailleurs se poser la question ? J'ai lu hier que le manuscrit enluminé de la Vie de Sainte Catherine d'Alexandrie (vers 1474) avait finalement rejoint les collections de la Bibliothèque Nationale de France, faisant suite à un mécénat important et à diverses souscriptions à hauteur de 4,5 millions d'euros. Ce manuscrit sera d'ailleurs présenté au public courant 2012 par la BNF. Évidemment nous sommes là dans l'exceptionnel, la pièce de musée. Vous êtes-vous déjà posé la question de savoir à partir de quels critères une pièce de collection devait être classée "monument national" ? Quels autographes ? Quels livres ? Quels chefs d’œuvre de la peinture ? de la sculpture ? La réponse n'est pas aisée. Pourtant elle me semble légitime. Ce qui m'amène à revenir sur les propos du commissaire priseur évoqué ci-dessus : "N'achetez pas ce que vous aimez ! Apprenez à aimer ce qui est bien !" Je trouve cela très réducteur. Cela ne laisse la place finalement ni à la curiosité ni à la fantaisie. Et si moi je préférais Gavarni à Picasso ? Et si vous préfériez les éditions populaires du XIXe siècle imprimées sur mauvais papier aux incunables imprimés sur peau de vélin ? Et si la valeur des choses rares ne donnait finalement qu'une bien mauvaise image la curiosité des amateurs les plus nombreux. Pour tout vous dire je conçois assez mal toute cette débauche préfabriquée autour de l'Art Contemporain qu'on nous impose à longueurs de pages dans les colonnes de la Gazette Drouot notamment. J'aime avoir envie de dire : "ce n'est pas parce que vous me les montrerez mille fois que je les aimerai mille fois plus !" On a le droit d'aimer ou de ne pas aimer. On a aussi le droit de trouver que le prix de l'indécence à des limites. 180.000 euros pour une toile de Pierre Soulages "brou de noix sur papier" (1950) ... 410.000 euros pour un dessin érotique de Balthus (1954) .... alors que des toiles de petits maîtres français ou italiens du XVIe ou du XVIIe s. se vendent le plus souvent pour quelques milliers d'euros seulement, parfois beaucoup moins. Je reste songeur. Si j'adapte ce processus aux livres, je ne donne pas cher de la peau de nombreux bibliophiles qui ne s'y retrouveront bientôt plus. Car impose-t-on finalement à quelqu'un ce qu'il doit aimer ? L'amour de l'art à l'image de l'amour pour une femme nait, me semble-t-il, d'une rencontre magique, d'un instant, peu importe tout le reste, que la femme fut riche ou pauvre, jolie ou laide, l'important c'est d'aimer. Alors ? Nous verrons bien... seul l'avenir nous dira ce qu'il adviendra de tout ça, de tout ce que l'on nous impose. Peut-être suis-je totalement dans l'erreur... ou pas.


Voici donc ma question qui vous occupera si vous le voulez bien jusqu'au début de l'année prochaine (le temps que je me remette de quelques fantaisies gastronomiques et œnologiques...) :

Quel livre a marqué pour vous cette année 2011 ? Quel évènement bibliophilique ? Que retiendrez-vous de cette année 2011 en la matière ?

Vous pouvez vous exprimer en toute liberté, sur tout ce qui vous vient à l'esprit, nous dire ce que vous pensez, ce que vous ressentez de votre passion, vos envies, etc.

Tribune libre ! A vos claviers ! (et pas de timidités inutiles... merci !)

Bonne soirée et meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2012 Bertrand Bibliomane moderne

34 commentaires:

Anonyme a dit…

Bertrand,

Je te rejoins.
Considérer l’art comme un placement est à mon avis idiot, essentiellement à cause des frais d’intermédiation !
En effet, mettons qu’un vendeur moyen paye 10% de frais à la SVV lors de la vente, et 25% lorsqu’il était acheteur, ce sont 35% de la valeur qui s’évanouissent.
Si vous considérez une inflation moyenne de 2.5% pas an pendant 10 ans, ça nous fait encore 28% de gain à faire.
Donc un collectionneur sur 10 ans, qui ne possède pas un réseau pour revendre devra prendre le pari que l’œuvre augmentera de plus de 60% pour ne par perdre d’argent.

Bien sur tout le monde a à l’esprit des exemples de surperformance impressionnantes, mais cela cache la foret de la grande stagnation.

Si maintenant on considère l’art (celui qui est cher) surtout comme un super moyen de ne pas payer d’impot, là ok, c’est pas mal.
Exit ISF à 1%
Exit Frais de succession de 30% ou 40% (vous passez la collection dans les meubles, voire, vous dites rien )

Là vous absorbez tous les frais d’intermédiation, je crois que le vrai gisement est surtout fiscal…, mais c’est difficile à avouer pour un professionnel.


Il faut à mon avis n’acheter que ce qu’on aime, au moins on en touche un dividende psychologique apprécié (et puis l’on se mentira jusqu’à la fin sur sa valeur réelle, on mourra donc heureux)

Et pour répondre à la question : 2011 c’est naturellement la fondation de www.ebibliophilie.com, alors c’est forcement pour moi une grande année bibliophile

En mémoire la belle vente Weiller.

La pire par contre au niveau des acquisitions, je me tourne résolument vers l’étranger ou j’espère que la barrière des langues empêchera certains de mes concurrents bibliophiles ;-)

Yohann d’ ebibliophilie.com

calamar a dit…

ouhlà ! question difficile ! je vais donc sans doute poster plusieurs réponses... la première qui me vient à l'esprit : le dernier livre acheté! (bon, pas tout à fait n'importe lequel : Paul et Virginie, 1789).

Bertrand a dit…

N'hésitez pas Calamar ! Moi-même j'aurai sans doute plusieurs "livres" ou "évènements" à citer.

Je réfléchis à rebours sur l'année bibliophilique 2011 ...

B.

Bertrand a dit…

Une des plus merveilleuses choses survenues cette année arriva ce soir même. Ma fille de 6 ans me dit : "Tu sais papa, c'est formidable de savoir lire !" ... Et là tout un monde s'est ouvert pour elle. La bibliophilie n'est plus qu'à un pas.

B.

Olivier a dit…

Assez d'accord avec Yohann. Supprimons la fiscalité sur les oeuvres d'art (qui, d'ailleurs, ne s'applique pas aux livres : à la portée de tous les mortels, pffft) et voyons ce qui se passe.
Avec un addendum (de taille) : l'ensemble des sommes économisées devra être mis à disposition des institutions culturelles en vue d'acquisitions.

Quant au billet en lui-même, il faut que j'y réfléchisse (juste pour vérifier que Gavarni est l'artiste le plus important des deux siècles écoulés ;-)).
Bonne soirée,
Olivier

Textor a dit…

Faites-vous plaisir et arrêtez de penser aux livres en termes de piles de billets de banque, vous allez vous faire une hernie fiscale !!
La valeur d’un livre ancien est avant tout émotive, elle varie donc en fonction de chacun et tel livre en latin bien obscur cache peut-être un trésor de la pensée humaine dont la découverte aura plus d’importance pour vous que sa valeur au marteau.
Ma belle acquisition de l’année 2011 ? Je vous la présenterais bientôt sur ce blog si Bertrand accueille mon article. Un ouvrage qui recèle tous les critères du livre invendable (et de fait, je ne l’ai pas payé cher !) mais qui mériterait d’entrer à la BNF par souscription nationale…. Mais chut !
Bonnes Fêtes !
Textor

Bertrand a dit…

Le Textor aurait-il l'intention de louer ses services à d'autres ? ;-)

Vous savez que vous êtes le bienvenu et que les lecteurs attendent vos billets 2012 avec encore plus d'impatience qu'en 2011.

Et puis à force de dire que vous ne payez jamais très cher tous vos trésors... vous faites des envieux et des curieux... ;-)

Bon réveillon !

B.

Textor a dit…

Louer mes services à d'autres !? Jamais! Vous savez bien que j'ai signé une exclusivité pour 10 ans avec le Bibliomane Moderne ! :))

Bon trève de plaisanterie, j'ai du retard, il n'y a plus qu'un jour dans l'année et je n'ai encore rien lu de Tomas Tranströmer !!
Bonne nuit !
Textor

jean-claude a dit…

Oui Bertrand, à mon avis, acheter une œuvre d’art demande un apprentissage, une connaissance. Cet apprentissage, cette connaissance, est en partie formaté par sa culture, son environnement, son éducation, sa sensibilité. Chaque « période » artistique a été l’art contemporain de la période précédente, très souvent fortement rejetée lors de son émergence. Ces nouvelles sensibilités artistiques (pas seulement artistique d’ailleurs) sont le reflet de modifications profondes de la société, d’événements majeurs marquants. Derrière une œuvre d‘art il y a un créateur, un être humain avec sa sensibilité, pas si innocente que ça. Lui aussi à subit un environnement qu’il transcrit à sa manière. Votre exemple d’achat de 12 croutes qui resteront 12 croutes est un exemple que chacun a connu. Quelque soit notre pôle d’intérêt nous avons tous commencé comme cela, très souvent pour des raisons financières mais très souvent aussi par méconnaissance. Cet apprentissage est financièrement une erreur, mais il permet d’apprendre, d’acquérir une connaissance, cette étape est nécessaire mais ne doit être qu’une étape, nous devons évoluer et nous évoluons tous vers le mieux, le beau donc malheureusement, parce que nous ne sommes pas seul, vers le cher. Ne nous sommes nous jamais posé une fois cette question « mais pourquoi ai je acheté ça ? « et bien je pense que la réponse est « cela m’a permis d’apprendre et d’évoluer ». Votre « commissaire priseur » a raison mais il brule les étapes.
Quant à savoir ce qu’il faut acheter ou pas, c’est une autre question. Une croute dans quelque domaine que ça soit est une croute, à savoir, une création mal réalisée, mal construite. Le monde de l’art est cyclique, il va de paire avec les modes de vie, les goûts, l’art nouveau était décrié avant guerre, il à su avec le temps reprendre ses lettres de noblesses, il en va de même avec tous les styles, toutes les époques, tous les écrits… Votre fille de 6 ans dit, "Tu sais papa, c'est formidable de savoir lire !" ... Et là tout un monde s'est ouvert pour elle. La bibliophilie n'est plus qu'à un pas. Vous avez sans doute raison, la bibliophilie n'est plus qu'à un pas mais grâce à l’éducation qu’elle reçoit, grâce à son environnement ou bien cela sera le rejet et son art contemporain sera l’ebook ! Mais ce qui serait dommage c’est qu’elle confonde en qualité une reliure de Marius Michel et celle d’un livre de poche du XXIème.
Bonnes fêtes de fin d’année

Anonyme a dit…

Cher Bertrand, chers lecteurs,

le point fort de l'année bibliophile est évidemment que nous avons eu à lire un blog fourni et de qualité ! 2012 sera, je l'espère, source du même plaisir.

Pour l'achat de livres, on ne peut pas oublier deux aspects :
-les finances, c'est à dire que quand on dépense des sommes qui dépassent la centaine d'euros, il est raisonnable de réfléchir pour savoir si elles sont bien utilisées : le livre se revendra-t-il facilement et sans perte ? (je ne parle pas de bénéfice, je ne suis pas trader)
-ensuite il faut savoir si on se constitue une collection (comme avec des tableaux) ou une bibliothèque, qui est importante pour la force de travail qu'elle permet d'obtenir (entre autres). Je me constitue par exemple une bibliothèque latine qui comprend des manuscrits médiévaux et des incunables, mais elle serait bien incomplète sans les éditions savantes modernes. La logique d'investissement n'est donc pas la même. Les livres d'érudition se revendent bien, les incunables aussi. Mais ils ne jouent pas le même rôle.

PS : la latin, comme l'hébreu, est une langue ancienne, mais pas "morte", car contrairement à l'égyptien ancien par exemple, il a encore des locuteurs, des écrivains, et une fonction politique dans certains états. Une sorte d'esperanto de 2500 ans...

Avec tous mes voeux bibliophiles, un anonyme qui n'arrive pas à s'enregistrer mais s'appelle Daniel.

Textor a dit…

Voilà qui fait plaisir à lire ! On se sent moins seul. Et dire que mon entourage me conseillait d'aller voir un psy. Je vais pouvoir continuer à rassembler des ouvrages en latin sans remord !
Et à deux, on doit pouvoir faire monter la cote ! :)
Belle année à vous Daniel !!
Textor

Jérôme a dit…

Merci pour l'interview de Pierre Cornette de St Cyr, je l'ai trouvée extrêmement intéressante. Son conseil est judicieux : choisir un domaine de prédilection que l'on aime (cartes postales, livres, tableaux du XVIIIème etc...) puis apprendre et enfin acheter. Cela me paraît être une démarche de bon sens ... Textor semble correspondre au profil du savant collectionneur qui réalise de très bonnes affaires, car il connaît son sujet par coeur. ;) Le secret c'est de connaître et d'acheter avant les autres.

Etant à la fois bibliophile et Marie-Antoinette-ophile, l'événement de l'année 2011 pour moi est sans nul doute la vente Paul-Louis Weiller. Je suis à la fois content et choqué par les prix atteints par les livres de MA lors de cette vente. A ces niveaux-là (100.000 euros le livre), il n'y a plus que les milliardaires chinois qui peuvent se les offrir... c'est un peu dommage. Même Versailles ne peut plus les préempter..

Je suis bien content d'apprendre que les bibliophiles délaissent les livres en latin, ça va permettre d'acheter moins cher...

Guillaumus a dit…

Bonjour à tous,
Puisse 2012 vous être favorable à tous !
+ Le livre marquant (pas le plus cher que j'ai acheté, mais celui qui me tenait le plus à coeur): 3 presque minuscules de chez Barbou (XVIIIe), avec les jolis caractères de Fournier, un frontispice à chaque fois, texte encadré à chaque page, maroquin rouge - mais en latin (Cato major, De Officiis, De Amicitia). J'achète des livres en latin, mais le plus souvent en traduction française, et seulement dans une belle reliure (presque tjrs en maroquin) et illustrés (XVIIIe surtout). Je constate qu'en effet, ils n'intéressent pas les foules, un peu plus quand même en cas de traduction.
+ L'événement marquant: la floraison des blogs nouveaux et passionnants (Bibliophile languedocien, etc.).
Sur les oeuvres d'art comme placement: je suis d'accord qu'il vaut mieux acheter une belle oeuvre plutôt que plusieurs mauvaises; pour ma part, ces gros investissements se portent plutôt sur d'autres secteurs de l'art (tableaux et miniatures signées de la fin XVIIIe/début XIXe: j'achète une oeuvre assez coûteuse par an et je suis, dans ce domaine, très contraint par la taille de mon appartement, ce qui m'oblige à être plus sélectif que pour les livres) !
Longue vie à ce blog !

sandrine a dit…

Belle question pour cette fin d'année.
Il n'y a pas qu'un seul livre qui aura marqué cette année. Plusieurs, mais j'en conserve un, qui par un extraordinaire hasard s'est présenté deux fois à moi:
Jonathan Swift, édité par un bibliophile.
Résolutions pour l'époque ou je deviendrai VIEUX.

Je reviendrai plusieurs fois, aussi, sur ce billet où on retrouve l'éternel dilemme entre raison et passion, connaissance et pouvoir d'achat... stratégie et flanerie du Dimanche.

Bien à vous,
Sandrine.

Bertrand a dit…

Merci pour vos premiers commentaires, aussi passionnés qu'instructif !

Merci encore de votre fidélité. Un lecteur me dit ce matin par mail privé qu'il nous lit depuis 3 ans sans avoir jamais laissé un seul commentaire ! ... Je suis très fier de ce résultat même si on pourrait avoir envie d'un peu plus de participation dans les échanges.

Sinon, le facteur (factrice) de 2011 finit l'année en beauté puisqu'elle m'a livré en mains propres ce matin deux ouvrages : Le mirliton priapique (1883) par Théodoré Hannon (anonyme) ou 69 quatrains contre le spleen avec un culispice folâtre par Amédée Lynen. Ouvrage déjà passablement rare, ici un des très rares exemplaires sur Japon (n°3 à la plume à l'encre violette et paraphé par Théodore Hannon lui-même). Exemplaire avec couvertures conservées et dans une reliure de Carayon ! Que demande le peuple !? ... le deuxième ouvrage, de la même veine, par le même auteur, toujour publié par H. Kystemaeckers apparemment, ouvrage intitulé "Les Treize sonnets du doigt dedans" (vous savez celui qui fait rie...) par Monsieur de La Braguette (Th. Hannon). Ouvrage superbe imprimé en 5 couleurs sur papier vélin teinté à 69 exemplaires seulement non mis dans le commerce. Deux petites merveilles priapiques et hautement anxiolytiques en cette veille de nouvel an ! Nous aurons sans aucun doute l'occasion d'en reparler.

Bonnes fêtes!

Amitiés bibliophiles,
Bertrand

Anonyme a dit…

Cher Jérome,

Je crois que nous sommes définitivement trop nombreux sur le dos de cette chère Antoinette.

Il y a 5 ans environ paraissait une réedition complete de toute la correspondance de MA, si vous ne l'avez pas, je vous la conseille.

Avez vous des lettres de cette reine ?
Pour ma part j'aurai aimé en acheter une en Nov. 2010 chez Sothebys, le prix paraissait accessible, mais c'était un faux...

Yohann

Eric a dit…

Un livre, un seul. C'est difficile, il y a eu tellement.
Le dernier ? Pas pour moi.
Puisqu'il faut choisir, je choisi le "Traité d'Algèbre" de Rolle (MDCLXC i.e. 1690).

Tout d'abord car ce n'est pas tous les ans qu'un ouvrage de Rolle passe sur le marché, alors tomber sur l'édition originale de son ouvrage le plus connu ...

J'ai acheté cet ouvrage sur la base d'une description pour le moins succinte. Auteur titre et date erronée (noté 1740). C'est tout.

Bon, je connaissais l'ouvrage et j'avais consulté ma bible concernant les ouvrages d'astronomie et de mathématiques (la vente Macclesfield chez Sotheby's. Un exemplaire incomplet des 2 planches et d'un feuillet y avait été en effet vendu).

J'avais bien pensé que la date anoncée (1740) était une erreur liée à la faute d'impression de la page de titre.

Au final le risque pris était raisonnable, mais j'ai tout de même attendu le livre avec une certaine angoisse.
Dès le déballage du colis, j'ai vérifié la présence des 2 planches qui n'était pas mentionnées dans l'annonce. Ouf, elles étaient bien là.
Mieux encore, non signalé et relié à la suite un autre ouvrage de Rolle. "Remarques touchant le problesme général des tangentes". 1703. A lui seul cet ouvrage valait largement mon achat.

Avant de passer à la collation complète, j'ai vérifié de suite la présence du feuillet signalé manquant chez Sotheby's. Et là, déception le feuillet était aussi manquant dans mon exemplaire.

J'ai tout de même trouvé cela surprenant. Le même feuillet manquant.
J'ai donc examiné mon exemplaire plus attentivement. Le texte se suivait bien. Et le feuillet précédent était d'un papier différent. Après vérification, il s'agissait d'un carton. En fait il ne manque pas de feuillet. Simplement l'auteur a corrigé en cours d'impression son texte et deux feuillets ont été remplacés par un carton.

Je n'ai pas encore trouvé de trace de cette particularité dans mes bibliographie.

En consultant les ouvrages numérisés, j'ai retrouvé cette particularité et j'ai même retrouvé le deuxième feuillet de la première version de Rolle. Je cherche encore le premier.

Je n'en ai pas encore terminé avec cet ouvrage. La consultation des ouvrages présents dans les bibliothèques va être nécessaire pour bien identifer tous les écarts entre les 2 versions (il existe aussi plusieurs versions de la page de titre, avec et sans erreur de date).

Pour l'instant, ce que j'ai noté c'est que Rolle s'attaque à la pertinence du calcul différentiel et à différents auteurs. Dans la première version ses attaques sont plus philosophiques et les attaques auprès de ses opposants sont plus personnelles. Dans la version cartonnée, les attaques sont plus mathématiques, basées sur des calculs.

N'ayant pas encore retrouvé la trace du premier feuillet remplacé, je n'en ai pas encore fini avec cet ouvrage, et c'est certainement pour cela qu'il est pour moi l'ouvrage de l'année.

Il m'a amené a me pencher sur sur un point de l'histoire des mathématiques, et en m'y interessant j'entrevois les hésitations du chercheur. La polémique devient vivante, j'en ressent les émotions.

Eric

Bertrand a dit…

Merci Eric ! Ce sont ces histoires là qui font que nous sommes des "fous du bouquin" !

Puisse 2012 t'apporter tout ce que tu souhaites en la matière... et ce qui est bien aussi dans ce domaine, c'est qu'outre le fait qu'on en découvre tous les jours, ... finalement on ne sait jamais vraiment ce que le lendemain nous promet ! C'est excitant comme une rencontre amoureuse du premier soir non ? (sourire)

B.

Jérôme a dit…

Bonjour Yohann,

Ah je vois que je ne suis pas le seul sur ce créneau!! ;)) Oui j'ai la correspondance de MA publiée par Evelyne Lever en 2005. J'ai également l'édition originale (1874) de la correspondance entre MA, Marie-Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau aux armes du comte de Mercy-Argenteau (neveu de l'ambassadeur).

Je n'ai pas de lettres de la reine, seulement un ordre de paiement (contresigné par elle).
Puisqu'on parle de lettres, je suis étonné que la presse ne se soit pas fait l'écho du "scoop" de l'année 2011 concernant Marie-Antoinette : le nouveau décryptage de certaines lettres par des mathématiciens de l'université de Versailles et du CNRS, qui fait apparaître quelques phrases sulfureuses de la reine à Fersen !! ("J’existe mon bien aimé et c’est pour vous adorer"..."Adieu le plus aimé des hommes... Je ne pourrai plus vous écrire mais rien au monde ne pourra m’empêcher de vous adorer jusqu’à la mort.") Pour moi c'était principalement ça le fait marquant de l'année 2011 !!!

Jérôme

Anonyme a dit…

oh !
mais je ne savais pas qu'on était parvenu à décrypter cette partie.

C'est assez chaud, mais au XVIII cela signifiait-il la même chose qu'aujourd'hui ou bien cela pouvait-il être une figure de style ?

C'est incroyable, j'en ai absolument pas entendu parler.

Je vais regarder cela sur le web, merci pour l'info.
La correspondances aux armes du neveu, ça c'est pas mal !!

Je parviens à acheter des ouvrages aux armes de son entourage, mais d'elle en dessous de 10k€ il n'y a pas grand chose.
si, de mémoire chez Sotheby's NY qq exemplaires aux armes de MA en juin dernier pas trop cher, mais pas très beaux non plus.

a bientot,
Yohann

Anonyme a dit…

Pour faire la nique aux acheteurs/spéculateurs si chers à notre commissaire-priseur jet-setteur, le livre de 2012 est pour moi celui qui m'a été transmis : une Bible in-folio illustrée en français (Jean De Tournes, Lyon, 1564) ayant appartenu à mon grand-père et qui l'avait lui aussi reçue en cadeau...
Bonne année à tous.

Olivier a dit…

La bibliophilie étant une forme (inoffensive) de donjuanisme, difficile de fixer un ouvrage en particulier. Pour rebondir sur le dernier message de Bertrand, je dirai comme Clémenceau : "le meilleur moment dans l'amour, c'est quand on monte l'escalier". Bref le meilleur est (forcément) à venir et effacera les conquêtes précédentes...
Bonne soirée!
Olivier

Jérôme a dit…

@Yohann
Concernant le nouveau décryptage des lettres de MA, toutes les explications se trouvent ici http://maria-antonia.justgoo.com/t3551-le-cryptage-des-lettres-de-marie-antoinette-et-fersen

De mon côté, les phrases du type "le plus aimé des hommes" me paraissent relativement peu ambiguës mais bon chacun son opinion ;) Une chose est sûre, elle n'aurait jamais écrit ça au comte de Provence ou au cardinal de Rohan ;)

Anonyme a dit…

@ Jerome

juste pour éviter de dériver ( désolé Bertrand d'utiliser ton blog comme un chatroom) , pouvez vous me contacter sur contact@ebibliophilie.com, j'aurai qq questions à vous poser à propos de ce document pdf.

A bientot,

Yohann

ps : oui pour une lettre autographe de ce type le Rohan a laché 1,6M de livres, ( de memoire, et en pus c'était un faux !!) alors qui dit que les lettres autographes valent plus cher aujourd'hui qu'autrefois ;-)

Anonyme a dit…

Bonjour,

le livre qui m'est passé sous le nez, et que j'aurais bien aimé avoir cette année?

Hieronymus, Epistolae. Mainz 1470
imprimé sur vélin avec miniatures.
en maroquin vert par Derome.
lot 1991 de chez Reiss & Sohn vente d'avril
parti à 400.000 Euros!

Manque de bol, je n'avais pas de RIB sur moi, et je n'ai pu participer aux enchères :))
Ah c'est bon de rêver!!

Allez bon réveillon!

wolfi

Pierre a dit…

Le livre qui a marqué cette année 2011 ? Pour moi, c’est un recueil d’ouvrages inaccessibles :

- Pour un lecteur ; il faut montrer patte blanche pour le feuilleter en bibliothèque
- Pour un acquéreur ; le dernier exemplaire vendu (avec son meuble) a été adjugé à un prix indécent en SVV.

Ce livre était tout près de chez moi et je ne le savais pas. D’ailleurs à Tarascon, peu de gens savait qu’un trésor municipal était contenu dans un meuble du bureau du maire. .. Sauf le maire.

Cet ouvrage a rejoint un endroit plus sécurisé et j’ai pu, pendant quelques temps, le feuilleter à loisir. Dix volumes de 974 planches, dont 74 en couleur, un atlas cartographique et neuf volumes de texte. Des gravures de grand format (les plus grandes font 1,13 m x 0,81m) qui nécessitent un meuble adapté : La Description de l'Égypte a été pour moi le livre de l’année…

Meilleurs vœux du nouvel an à vous et à tous les commentateurs avisés du blog ! Pierre

calamar a dit…

bravo Eric, c'est passionnant !
la recherche d'informations sur ce qu'on vient d'acheter, si ça donne des résultats, c'est effectivement le meilleur moment.
ça me fait repenser au tout petit livre, acheté 10 euros, dont j'avais fait la matière d'un (trop rare) billet sur ce blog : Ondine, ouvrage largement enrichi par son histoire...

Anonyme a dit…

... La suite ...
Meilleurs voeux pour cette année aussi, Bertrand.
-Du bonheur avec les enfants et votre épouse.
-Des découvertes à nous faire partager, le plus posssible.
-des facéties impayables et que je continuerai à commenter, n'en déplaise aux grincheux.
(Ou pas).
Enfin bref, le livre de l'année, c'est celui qu'on a pas encore découvert.

Bien à vous,
Sandrine.

Anonyme a dit…

@ jerome,

je ne sais pas si vous m'avez ecris, mais on a eu un crash de serveur, donc tous les mails reçus hier sont effacés

a bientot.

Y

Lauverjat a dit…

L'événement 2011 ? La fin prématurée de la Nouvelle Revue des Livres Anciens.

En ce qui concerne les commentaires de cette émission de radio; le livre est tout à la fois un objet d'art technique où sans savoir faire (relieur, imprimeur, graveur, illustrateur) il n'y a point de salut et un document historique. Il faut apprendre à apprécier ces qualités. La trajectoire du bibliophile est faite d'errements et de tâtonnements.

Cependant, je trouve moi ce commissaire priseur bien honnête. "N'achetez pas ce que vous aimez ! Apprenez à aimer ce qui est bien !". Comme Bertrand, je sens poindre le débat sur "l'art contemporain" où il ne s'agit pas de s'intéresser à ce qui est beau, émouvant, fascinant, époustouflant etc, mais à ce qui entre dans une industrie et un marché appelé par extorsion de sens "l'art contemporain". Bon, il y a les oeuvres d'art d'une part et "l'art contemporain" d'autre part et ses excès financiers. La Gazette Drouot joue sur les deux. Vous voyez Bertrand je ne suis pas timide.

Quant au livre qui a marqué l'année 2011 pour moi, il est à portée de main mais c'est un secret!

Bonne année à tous.

Lauverjat

Jérôme a dit…

@Yohann

Effectivement je vous ai adressé un mail hier, je viens de vous en envoyer un autre !
Jérôme

Limier a dit…

Je vais ajouter ma petite pierre à tout ce délire. Bien que marchand depuis ( je ne sais plus...) j'ai tendance à n'acheter que ce que j'aime ou acheter des découvertes subites. Eh ! on en fait.!!! Le livre qui marque mon année 2011 est un beau recueil de 34 planches lithographiées intitulé "Garde à vous". Je n'avais ni vu, ni entendu parler de ce recueil Directoire-Empire avant de le feuilleter dans une vente aux enchères. Sur le coup, je l'ai trouvé intéressant ,de bonne provenance, avec une jolie reliure et j'ai levé le doigt. L'enchère était tout de même à quatre zéros...
Comme on dit, je l'ai acheté au coeur et sans voir ou presque.... Je ne vais pas rentrer dans les détails mais après étude c'est une excellente acquisition. Bien rare.
J'achète beaucoup à l'intuition. De temps à autre je me ramasse une gamelle.... mais si peu. Bien sûr j'acquiers aussi des ouvrages que je connais particulièrement bien ou des ouvrages qui me font plaisir.
A partir de la disparité, je cherche à reconstituer des ensembles. Souvent transversaux et à les faire connaitre et aussi valoir.
Exemple : Je viens à vil prix d'acquérir une collection 1856-1869 quasi complète du" Journal Amusant", hebdomadaire qui a paru depuis 1856 jusqu'à plus soif. De cette masse informe, je vais, par exemple, et au fil du temps, parce qu'il y a la matière, vous pondre des monographies ou des études sur des illustrateurs pas très connus comme Marcellin ou Randon pour ne citer que ces deux là parmi une trentaine d'autres. Donc créer de l'intérêt, susciter la recherche, provoquer de nouveaux collectionneurs qui à terme, j'espère,mettront le prix. Une petit quinquennat pour y arriver.
Que mon humour impur abreuve vos sillons. Bonsoir

Bertrand a dit…

Vous êtes en quelque sorte ce qu'on pourrait appeler un fin Limier ! :-)

Bonne chasse 2012 !

B.

Anonyme a dit…

Bonjour,
vous parlez des bibliophiles et moi je vais répondre en tant que bibliothécaire qui recherche les reliures Bauzonnet ou Trautz-Bauzonnet pour sa collectivité. Donc le bibliothécaire se transforme progressivement en bibliophile (au contact aussi de véritables "bibliophiles") et se constitue une petite collection d'ouvrages d'apiculture (sa seconde passion). Bibliothécaire qui devient aussi bibliographe sur ce thème. Et qui s'est réjoui de trouver la 3e édition de l'Abbé Boissy "le livre des abeilles après avoir déjà la 2e et la 5e. La première n'existe dans aucune collectivité et semble inexistante...Donc le rêve...

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