mardi 20 décembre 2011

Un envoi d'Octave Uzanne à Georges Maurevert sauvé de la destruction certaine... (Cannes 25 XI. 1911)



Je ne vais pas vous dire que je l'ai trouvé dans une poubelle, mais tout de même, on s'en rapproche. Il m'aura fallut une chance de c... pour tomber sur cet exemplaire proche de la destruction totale. Piteux état en effet pour cet exemplaire (dé)broché du Sottisier des mœurs d'Octave Uzanne publié en 1911 chez Émile Paul. Livre intéressant au demeurant et que j'ai déjà lu et relu (oui je sais Uzanne est parfois comment dire... un peu... disons le mot... lassant, avec ses phrases alambiquées et ses néologismes à chaque coin de page. Mais bon, on ne va pas me changer ! Je l'ai adopté, j'assume !

Donc, voici que sur le faux-titre de ce volume minable trône un bel et long envoi de l'auteur à un certain Georges Maurevert.

J'avoue de suite mon inculture : je ne connais ni de près ni de loin ce
Georges ! Alors qui était-il ? Heureusement... internet est souvent notre sauveur express en l'occasion :

"Maurevert, Georges. Pseudonyme de Georges Leménager. Journaliste et écrivain français, né à Paris le 3 juin 1869, mort à Nice le 18 juin 1964. Il semble avoir adopté très tôt le pseudonyme de Maurevert, alias Charles de Louviers, seigneur de Maurevert, qui avait été chargé par Catherine de Médicis d'assassiner l'amiral Gaspard de Coligny le 22 août 1572. Dumas en fera Maurevel dans La Reine Margot, tandis que Meyerbeer lui réservera une place, sous son véritable nom, dans son opéra Les Huguenots. Enfin, l'intrigant assassin Maurevert inspirera abondamment un certain Paul Duplessis qui lui consacrera plusieurs ouvrages dans les années 1850-1860.

Il est donc difficile de saisir exactement la signification du choix de ce pseudonyme par le jeune Leménager. Certes, nous savons qu'il se proclame catholique en 1892 (cf Journal de Léon Bloy, 24 avril 1892), mais Léon Bloy nous le décrit comme un "libéral". C'est donc, sans doute, l'écho romanesque du nom de Maurevert qui aura séduit ce jeune homme qui débute dans le journalisme à La Libre Parole de Drumont, pour lequel il professe alors une grande admiration.

Issu d'un milieu aisé, il partage sa villégiature, dans les années 1890, entre Marnes-la-Coquette et la rue Milton, à Paris. Il fréquente les peintres Félix Ziem et Henry de Groux, dont il acquiert alors une œuvre. Il rencontre Léon Bloy chez leur ami commun, l'éditeur Adrien Demay. Il viendra en aide financièrement à Bloy et il l'aidera même à corriger les épreuves du Salut par les juifs (1892).


Cette même année, il semble se rapprocher des milieux anarchistes: il fréquente Emile Pouget, du Père Peinard. Il est alors un habitué du Napolitain, situé au commencement du boulevard des Capucines, où il côtoie Catulle Mendès, Jean Moréas, Laurent Tailhade, Alphonse Allais ou encore Georges Courteline, alors encore en pardessus. En 1895, il est reporter judiciaire à L'Echo de Paris, en même temps que Tailhade y signe ses "Tybalt". En 1898, on distingue sa signature dans la presse dreyfusarde: à La Volonté et à l'unique et confidentiel C'est Clair, par exemple.

C'est cette même année qu'il rencontre chez la mère Coconnier, rue Lepic, Bertrand Millanvoye, dépositaire de plusieurs poèmes de Rimbaud inédits dont il prendra copie et qui, grâce à lui, seront publiés pour la première fois, en 1906, par La Revue littéraire de Paris et de Champagne.

A cette époque, il collabore à La Revue Britannique et se lie d'amitié avec Jean Lorrain, Pierre Louÿs et surtout Maurice Maeterlinck. Il s'intéresse à l'espéranto et écrit des textes dans ce langage.


En mai 1901, il assiste son ami Laurent Tailhade dans son duel contre le fils de Francisque Sarcey. Et il aura encore l'occasion de lui témoigner sa fidèlité, peu après, par la fréquence de ses visites lors de l'incarcération du poète libertaire à la Santé.

Au début du XXe siècle, ce célibataire endurci se fixe définitivement sur la Côte d'Azur. Il sera le collaborateur régulier du Petit Niçois, puis de L'Eclaireur de Nice, où il côtoie Camille Mauclair et Pierre Borel. En 1912, il part en campagne contre les panneaux publicitaires qui défigurent la Côte d'Azur. Tailhade l'appuiera dans Je dis Tout du 22 juin 1912. En manière de remerciement, l'année suivante, il accordera son suffrage au polémiste lors de l'élection du prince des journalistes. Héraldiste distingué, arbitre réputé de combats de boxe, comme son ami Jean-Joseph Renaud, Maurevert aura également à cœur de mener campagne contre l'alcoolisme.

Après la 1ère Guerre Mondiale, on lit plus régulièrement sa signature dans les colonnes du Mercure de France.

Dans les années 1930, il est un pilier de l'Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux et du Crapouillot, où il réalise le fameux numéro spécial Légion d'Honneur. Il collabore également à La Guiterne, précieuse revue créée en décembre 1931 par J.-L. Aubrun, auprès duquel on rencontre Louis de Gonzague Frick, Fernand Divoire, Fernand Kolney, René-Louis Doyon, Adrien Le Corbeau, Ernest Raynaud etc.

Durant la Seconde Guerre Mondiale, il donne quelques nouvelles alimentaires à L'Alerte, le journal pétainiste de Léon Bailby. Notons, au passage, qu'y collaborent en même temps : Montherlant, Jean Renoir, Abel Gance, Guillain de Bénouville, Maurice Martin du Gard, André-Paul Antoine, Cora Laparcerie-Richepin, Guy des Cars, sans parler des dessinateurs Dubout et Sennep. De même, il donnera un texte dans l'ultime numéro de Je Suis Partout du 16 août 1944. Après la guerre, on retrouve sa signature dans Quo Vadis, revue ô combien tailhadophile." (*)

Et là d'un seul coup c'est fou comme on se dit qu'on ne connaissait pas quelqu'un qui méritait pourtant d'être connu ! Uzanne visiblement le connaissait.


Lisons ensemble cet envoi du maître :

"à Georges Maurevert, dont j'aime tous les éclats de style dans ses brillantes chroniques à feux variés de "L'éclaireur de Nice". (dont il est le phare à fulgurances trop espacées à mon gré ! -) Octave Uzanne. Cannes 25 XI. 1911."

Le 25 novembre 1911 Octave Uzanne était à Cannes (il devait y passer les hivers comme une bonne partie de la bourgeoisie aisée de l'époque) et Georges Maurevert était à Nice. Uzanne apprécie le style de ses articles publiés dans la presse locale (Nice). Ils avaient en commun d'être célibataires ... Il y a peut-être moyen d'en savoir plus sur les relations qu'on pu tisser ces deux hommes. Maurevert ayant vécu bien après Uzanne décédé en 1931.

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

(*) Les données présentées ici sur Georges Maurevert sont issues du site de G. Picq : http://tybalt.pagesperso-orange.fr/LesGendelettres/biographies/Maurevert.htm (je vous invite d'ailleurs à explorer en détail ce site internet très proche de nos préoccupations de bibliophiles, vous y trouverez des notices intéressantes et variées).

5 commentaires:

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Uzanne avait l'âge d'être son père

Anonyme a dit…

Euh... un jeune père de 18 ans alors ! Moi ça m'est souvent arrivé de faire la fête avec mes aînés de 18 ans ! et plus même ! n'est-ce pas Bibliophile Rhemus !? ... Bon ok on a pas fait de ces virées de célibataires sur la Côte d'Azur comme j'imagine un Uzanne déjà un peu "vieux" c'est vrai (60 ans) et un Georges Maurevert de 42 ans encore vert ! ;-)

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

PPDA était père à 16 ans.

Bertrand a dit…

Yves Montand à 67 ans ! ;-)

L'homme est ouvert à de multiples possibilités que la femme nous envie (tiens... on dirait du Uzanne...)

B.

Textor a dit…

On aimerait lire une page fulgurante de l'Eclaireur de Nice, cela doit payer !

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