mardi 4 octobre 2011

Connaissance de la reliure par l'image : une fine reliure romantique décorée à la plaque sur le Mérite des femmes de Legouvé (1825).


Le Mérite des femmes par Legouvé (1825),
fine reliure en veau glacé décoré (reliure de l'époque parfaitement conservée).

Dimensions du volume : 115 x 80 mm


Connaissez-vous une seule raison valable pour que le Mérite des femmes de Legouvé soit l'un des livres de la première moitié du XIXe siècle parmi les mieux reliés à l'époque ?

Et pourtant il faut bien en faire le constat flagrant, le Mérite des femmes se trouve encore aujourd'hui, le plus souvent, superbement relié à l'époque, à la manière romantique. Le sujet s'y prêtait sans doute, à moins que la raison principale ne soit liée au fait que ce petit volume (qui connut un nombre considérable d'éditions depuis l'originale de 1801) ait été le plus souvent offert aux demoiselles ou aux épouses fidèles pour les étrennes ou autres occasions à vanter les mérites fort justifiés et facilement justifiables de la gente féminine.

Gabriel-Marie Legouvé n'eut pourtant guère le temps de profiter de son "mérite". Il mourut en 1812 tandis que les éditions de son Mérite des femmes se succédèrent jusque dans les années 1830.

Toutes les éditions de ce texte, en petit format voire très petit format (jusqu'à l'in-32), parfois (souvent) joliment illustrées de vignettes hors texte gravées sur acier, sont agréables. On pourrait même dire, qu'un bibliophile curieux du XXIe siècle pourrait, sans trop percer sa bourse, constituer une jolie bibliothèque composée de mille et une éditions du Mérite des femmes. Enfin, mille et une je ne sais pas, mais il existe certainement un grand nombre d'éditions de ce texte dignes d'être recherchées en belles reliures de l'époque parfaitement conservées. Je laisse le bibliophile moderne décider de la gloire probable de Legouvé pour demain ... (cela reste très incertain - sourire).


Le dos est finement décoré aux petits fers dorés.


Pour cas pratique, voici un exemplaire de choix, conservé dans sa première reliure en veau glacé de couleur aubergine. C'est un bel exemple de reliure romantique dite "à la plaque à froid". Chaque plat de la reliure est en effet orné d'une plaque poussée à froid et qui recouvre l'intégralité du plat. Je vous laisse admirer les motifs (arabesques florales, rosaces, fond criblé, etc). Les plats sont de surcroit encadrés d'un double-filet doré (gras et maigre). Le dos du volume, à faux-nerfs plats, est orné de filets fins dorés sur les nerfs et de fines palettes dorées dans les caissons entre les nerfs. Le titre est doré directement sur le veau glacé de la reliure (pas de pièce de titre). Les tranches du volume sont dorées. L'encadrement intérieur des plats est bordé d'une fine roulette dorée. Les doublures et les gardes du volume sont en papier glacé vert. Cette reliure recouvre une édition du Mérite des femmes datée de 1825 (Paris, Louis Janet, libraire, rue St-Jacques, n°59). C'est une nouvelle édition augmentée de poésies inédites. Elle est ornée en tout et pour tout d'un joli frontispice gravé sur acier par Lecomte d'après le dessin de Desene (une mère penchée sur le berceau de son fils nouveau né).


Un effet d'ensemble caractéristique des reliures romantiques des années 1825-1830.


L'exemplaire présenté ici est en parfait état de conservation en ce qui concerne la reliure, comme neuve, sortie des mains du relieur, resté étonnamment anonyme. On serait tenté de vouloir attribué cette jolie reliure à un relieur artiste de ce temps (un Thouvenin ou un Simier ou un Purgold, etc.) mais nous nous en garderons bien, aucun élément ne permettant d'affirmer quoi que ce soit. Ce qui est certain c'est que cette reliure aurait mérité les honneurs d'un grand nom (Thouvenin ayant par ailleurs signé des reliures bien moins bien réussies que celle-ci).

Il ne serait pas très difficile de faire ici ou là un petit état des lieux des jolies reliures d'époque actuellement sur le marché recouvrant ce texte. Je vous laisse les découvrir au gré des catalogues de libraires ou dans les salles des ventes. Je vous invite à les indiquer en commentaire aux lecteurs du Bibliomane moderne.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne


Quelques photographies supplémentaires
envoyées par des lecteurs du Bibliomane moderne

Reliures de l'époque sur le Mérite des femmes de Legouvé

Exemplaire de la bibliothèque d'Olivier B. Paris, Janet, sans date. De l'imprimerie de Jules Didot l’aîné. 5 gravures de
Desenne gravées par Valot.



Exemplaire de la bibliothèque de PEL.
Paris, Louis Janet, sans date (1821).
De l'imprimerie de Pierre Didot l’aîné. 5 gravures.


28 commentaires:

Bertrand a dit…

Notre ami Martin en propose un exemplaire en maroquin rouge de Simier (édition de 1813), voir ici : http://www.abebooks.fr/servlet/BookDetailsPL?bi=1146800657&afn_sr=ZanoxFR&cm_ven=am&cm_ite=zan&zanpid=1556261859521598465

Bertrand a dit…

La librairie Lis Tes Ratures en propose un autre http://www.abebooks.fr/servlet/BookDetailsPL?bi=5191820336&afn_sr=ZanoxFR&cm_ven=am&cm_ite=zan&zanpid=1556262210039583745 (édition de 1838)

Textor a dit…

Bertrand,

Vous avez raison, si le thème du livre ne parvient pas à convaincre les vieux bibliophiles, la reliure vient balancer ce défaut ! L’édition de 1813, chez Renouard, avec ses gravures, est souvent finement reliée en maroquin :

- Le Mérite des femmes, in-12, maroquin rouge à grain long, encadrement d’une dentelle dorée sur les plats, dos orné, tranches dorées. Fine reliure signée par Duplanil relieur de S.A.R. Madame.
- La même édition, en maroquin de Simier, chez l’ami Martin.( hellrotes Maroquin, Maroquin rouge à grain long, dos à faux-nerfs soulignés de filets droits et pointillés, dans les entre-nerfs, ombilique central entouré de feuillages et pots de fleurs sur un fond à mille points, roulette à palmettes et fleurs alternées cernée de double filets en encadrement des plats, fleuron aux coins, filet ondulé sur les coupes, aux chasses une roulette aux annelets, tranches dorées, signature en queue)
- Bel exemplaire relié à la manière de Bozérian chez Picard.
Etc …
Textor

Textor a dit…

Ha, nos commentaires se sont croisés pour dire la même chose !

Bertrand a dit…

Le Mérite des femmes doit, avec les chansons de Béranger dans les mêmes années, faire partie du TOP 10 de l'époque... Quel seraient les 8 autres lauréats entre 1810 et 1830 ?

B.

Pierre a dit…

Le titre, j'allais dire l'accroche, a fait beaucoup pour la diffusion de l'ouvrage. La célébrité de l'auteur, surtout pour ses conférences sur les droits des femmes.

Un idéaliste ! Pierre

Olivier a dit…

J'en ai un exemplaire tout aussi bien relié. Etait-ce un cadeau que l'on faisait aux jeunes filles, ce qui explique les reliures de luxe?
Cordialement

Bertrand a dit…

On peut le voir Olivier ?

B.

Olivier a dit…

Les fichiers sont en route vers Alise sainte Reine.
Bonne soirée

Bertrand a dit…

Les photographies sont en ligne Olivier, sur quelle édition cette jolie reliure en veau (?).

Je pense votre hypothèse de cadeau pour jeunes filles en fleurs tout à fait recevable.

B.

calamar a dit…

très belles reliures ! et ça doit être reposant, un livre qu'on ne se sentira pas obligé de lire... c'est peut-être pour çà qu'ils sont en si bon état !

Pierre a dit…

Le terrain est miné, calamar, et je ne cautionne absolument pas votre jugement quand vous dites qu'un ouvrage sur le mérite des femmes ne mérite pas d'être lu ;-))

On doit apprendre plein de choses... Pierre

calamar a dit…

ne nous méprenons pas : le sujet est estimable, bien évidemment. Mais le résultat est-il à la hauteur des ambitions de Legouvé ? son ramage dans le Panthéon poétique n'est pas tout à fait en rapport avec son plumage.
Et dire que toutes les grandes éditions originales du XIXe sont en reliures, hum... plus modestes !

Bertrand a dit…

Vos photos sont ajoutées PEL. Je me suis couché très tôt hier soir... travail de bûcheron dans la journée oblige (sourire).

B.

Textor a dit…

L'exemplaire PEL en maroquin à long grain a de la gueule aussi .
T

Ccil a dit…

Je suis curieuse... Qu'est-ce qu'on y apprend ? La reliure c'est bien beau mais qu'en est-il du contenu ?

Ccil

Bertrand a dit…

On y apprend par exemple que « Les femmes polissent les membres, elles sont les vrais précepteurs du bon goût, les instigatrices de tous les dévouements. L’homme qui les chérit est rarement un barbare. » (Legouvé, Mérite des femmes)

;-))

B.

Ccil a dit…

Je ne sais que dire... Drôle et plus ou moins vrai, c'est selon.

Merci pour cet avant-goût!

Ccil

Textor a dit…

Lol !
Mais en même temps ce n'est pas un scoop, nous le savions déjà...!!

Ccil a dit…

Que les femmes polissent les membres ? Textor, je suis choquée ! C'est pas faux en même temps ;) !

Bertrand a dit…

de toute façon Legouvé était un vil flatteur ... (sourire)

B.

Bertrand a dit…

Legouvé était un brin optimiste quand il écrivait :

« Pour lui plus de langueurs, plus de maux, plus d'ennuis ;
L'amour remplit, enchante et ses jours et ses nuits
Il n'a qu'un seul objet qui l'occupe et l'embrase
Et son heureuse vie est une longue extase. »

Le Mérite des femmes

;-)

B.

Ccil a dit…

Joli... Je m'incline !

Ccil

Bertrand a dit…

Oh la Ccil ! "point trop ne faut que femme ne s'incline !" (et ça c'est de moi) ... (sourire)

B.

Ccil a dit…

Juste ce qu'il faut, jamais plus ;) !

Ccil

Gonzalo a dit…

A ce propos, que devient le vicomte Kouyakoff qui jadis nous honorait... de ses messages?

Bertrand a dit…

le vicomte Kouyakov nous a semble-t-il abandonné... s'il nous lit... qu'il sache que ses billets sont attendus...

B.

Textor a dit…

Dites, je laisse le blog 5mn pour mettre la dernière main à un article sur un scholastique du XVème siècle et voilà que les commentaires partent en vrille !! Ccil, perturbatrice, au piquet !
T

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