vendredi 6 mai 2011

Petit traité à l'usage des nuls en inflation et autres changements de monnaies au cours des siècles..." dédié aux bibliophiles modernes.


Bonjour à toutes et à tous, bibliophiles, bibliomanes, amateurs de bouquins ou de reliures aux armes royales... Yohann, du site www.ebibliophilie.com nous propose comme lecture pré-crépusculaire et propice à l'endormissement des syndicalistes CGTistes ou anciens ouvriers de chez Renault Boulogne-Billancourt ... le petit traité qui suit, que je n'oserais traiter moi-même de "Petit traité à l'usage des nuls en inflation et autres changements de monnaies au cours des siècles...". Lisez plutôt :


"Nous souhaitons partager avec vous quelques notes relatives à la prise en compte de l'inflation à considérer pour comparer des prix de livres à différentes dates. Plus nous reculons dans le temps, moins la stricte application des coefficients d’érosion monétaire devient applicable pour la simple raison que nos profils de dépenses ne correspondent pas à ceux d’il y a un siècle.

Le graphique ci-après retrace l’évolution du cours du franc puis de l’euro en fonction de la valeur de l’euro en 2010. Nous nous efforcerons ensuite, pour le marché du livre, de faire un parallèle entre la valeur du franc or et celle de l’euro en 2010.



Sur cette base, 1 franc or de 1914 = 3,17 € (avec toutefois des variations annuelles de 4 à 10 % au XIXe siècle dues à quelques phénomènes complexes liés à la spéculation or / argent et à la productivité engendrée par la révolution industrielle), on retiendra un rapport de 1 pour 3,2 et qui aura atteint les 1 pour 4 dans les pires cas au milieu du XIXe siècle.

Nous considérerons maintenant pour la conversion franc or et euro des hypothèses relatives au profil social des bibliophiles du XIXe siècle, en effet il n’est pas possible de convertir simplement 1 franc or en euro. Suivant votre statut social, l’évolution des salaires et de vos dépenses a agi plus ou moins en votre faveur.

Si l'on considère maintenant différentes catégories socioprofessionnelles, il vient :

♦ Un ouvrier au XIXe siècle gagnait environ 1,5 franc or par jour de travail contre approximativement 84 € avant charge pour un ouvrier un peu qualifié aujourd'hui, soit un rapport de 1 pour 60

♦ Un jeune ingénieur d’une école parisienne gagnait environ 2 500 franc or par an contre approximativement 40 000 € aujourd'hui, soit un rapport de 1 pour 16

♦ Un universitaire agrégé pouvait à mi parcours gagner 15 000 franc or par an, contre disons 80 000 € aujourd'hui, soit un rapport de 1 pour 6

♦ Pour un rentier le problème est différent car il dépend du capital. Le placement sans risque traditionnel était de 3 % (sans presque d’inflation) contre aujourd’hui de 1% à 2 % au-delà de l’inflation, d'où une évolution défavorable.

Si l’on considère :

1 - que les acheteurs de livres anciens étaient au XIXe siècle des intellectuels, des professions libérales, des rentiers,
2 - que pour les acquéreurs actuels le salaire constitue l’essentiel de leurs revenus, il est raisonnable de multiplier les prix antérieurs à 1914 par 10 pour avoir une conversion du prix du livre ancien en euro d'aujourd'hui. Ce taux de conversion ne s’entend pas pour des produits destinés à d’autres « classes sociales » ou à un autre usage. Il est à noter que ce taux correspond approximativement à la cote du Napoléon en Bourse.

A travers la valorisation des ouvrages au cours du temps, vous observerez d’intéressants phénomènes de mode :

♦ les belles reliures du XIXe siècle ont perdu de leur attrait
♦ les éditions originales anciennes sont très recherchées désormais

Pour finir, une question apparaîtra avec l’apparition des ebooks : la certification que la première série de 0 et de 1 constituant un nouvel ouvrage est bien l’édition originale et non pas une copie ultérieure !
Lien
Bonne journée,
Yohann de www.ebibliophilie.com "

Merci Yohann de nous avoir fait partager ces petits calculs somme toute assez intéressants ... ou pas... (sourire).

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

23 commentaires:

calamar a dit…

un rapport de 1 à 10 pour les livres fin XIXe, début XXe, si j'ai bien suivi ?
ça me paraît assez réaliste, si on regarde les prix des livres publiés à l'époque. J'ai des exemples à 150 francs, avec des commentaires qui trouvent que c'est trop cher !

sandrine a dit…

?
Ce que je vois c'est une courbe en descente.
La part de la somme gagnée par mois consacrée à l'achat de ce qui est incontournable pour vivre augmente plus vite aujourd'hui que la somme gagnée en elle même.
Le prix de la baguette est le même pour tous.
Mais l'appétit d'un travailleur de force est-il plus grand que celui d'un travailleur intellectuel?

Conclusion, il valait mieux être riche en 1911 qu'aujourd'hui.
Mais la misére d'aujourd'hui est à mon avis aussi intolérable que celle d'hier et acheter des livres... est une préoccupation de plus en plus marginale en face des problèmes de déclaration d'impôts, de RSI et tout le bataclan... On est en plein dedans, si vous n'étes pas encore au courant, je vous le dis.
néanmoins merci Yohann de ces éléments concrets qui étayent le fait que les livres sont des achats quand tout va bien.
Bien à vous,
Sandrine.

sandrine a dit…

je me lancerai sur ceci egalement ayant fait un tour sur votre site qui est un outil tout à fait agréable à utiliser, même sans être inscrit.
S.

jean-claude a dit…

Je viens de voir dans La Gazette la mise en vente prochaine chez Christie's de la "Description de l'Egypte" dans son meuble d'origine.
Quelqu'un a t il une idée du prix de ce magnifique ensemble ( à mes yeux en tous cas)lors de son édition, aujourd'hui estimé à 5/700000€ ? et combien d'exemplaire existe il ?

Le Bibliophile Rhemus a dit…

2 050 000 FF à Lyon le 25 octobre 2001 (estimation doublée)...
mais comme toujours, on ne peut généraliser :il s'agissait d'un exemplaire exceptionnel.

Bertrand a dit…

Ce qui ne ferait que 300.000 euros... L'inflation encore..;-))

B

Wall a dit…

j'aurais dit spéculation à ce niveau...

Anonyme a dit…

"Pour finir, une question apparaîtra avec l’apparition des ebooks : la certification que la première série de 0 et de 1 constituant un nouvel ouvrage est bien l’édition originale et non pas une copie ultérieure !"

Déjà le reste fallait suivre, mais là c'est carrément imbitable.

Pouvez-vous reformuler la question, et la réponse?

Merci, un bibliophile nul en 0 et 1

jean-claude a dit…

plutôt "imbytable" c'est mieux dans le contexte.

Textor a dit…

Si, j’aime bien l’idée de chercher à définir ce qu’est l’E.O d’un e-book. C’est amusant ! Le code source peut-être ! ;)

En ce qui concerne cette savante analyse, je ne crois pas que les pouvoirs d’achat puissent se comparer aussi simplement. Rien n’est comparable entre l’environnement d’un bibliophile du XIXème siècle et un contemporain. Là où Octave Uzanne rentrait chez Fathout Morgand avec ses francs-or en poche, tout bibliophile digne de ce nom aujourd’hui investit des sommes qu’il n’a pas. Il emprunte sur le marché monétaire à Euribor + 3pt ; il se couvre à terme ; On ne se risque plus de nos jours à surenchérir sur une reliure de Capé sans avoir un put Trautz ou un call Thouvenin. Ce sont les warrants qui font valser les étiquettes du Grand Palais. Nous sommes au 21ème siècle, que diable !!
Textor

Bertrand a dit…

C'est bien ce que je disais, moi je ne comprends rien à tout ça. Je sais, c'est pas bien. Mais en même temps, puis-je vous en vouloir de ne pas savoir reconnaître un sedge d'un éphémère ?

B.

Jean-Marc a dit…

Je suis aussi d'accord que le rapport de 1 à 10 peut donner un ordre de grandeur.

Quant à la remarque sur la dépréciation de certaines livres, j'en avais déjà fait le constat sur des exemples précis. Certes, Sourget a su démontrer le contraire, mais dans ce type de démonstration, la choix non aléatoire et non représentatif de l'échantillon permet de garantir le résultat. En plus, il ne prenait en compte que des exemplaires d'exception. Pour ceux qui, comme moi, navigue dans des eaux plus intermédiaires, je ne suis pas persuadé que tout mes achats sont automatiquement conduits à se valoriser (qui voudra de ma belle collection des œuvres du père Para du Phanjas ?). Mais, comme je ne le fais pas pour ça...

Réflexions économiques et patrimoniales au petit-déjeuner.

Eric a dit…

Les chiffres avouent tout ce que l'on veut sous la torture.

Eric

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Quoiqu'on puisse dire des prix ou faire dire aux chiffres, les beaux livres n'ont pas de prix.
La hausse est constante, non sur le prix des livres, mais sur le prix des beaux livres.
Et il ne suffit pas d'être connaisseur, il faut, comme disait le Bibliophile Jacob il y a 150 ans (il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil !)"avoir les moyens de payer ses goûts et ses plaisirs" .....et les plaisirs du bibliophile ont toujours été très chers.

Anonyme a dit…

j'avais apparemment raté le lancement du site, sympa ce petit site de livres, j'ai trouvé qq resultats interessant.
sinon pour le francs or, je me lisait le baedecker des US, tout change : 3000 frcs or la place de premiere en paquebot : surement pas 30000e aujourd'hui, et la place d'hotel de luxe à 50€, surement pas 500 aujourd'hui ( quoi que ? )
;-)

Le Bibliophile Rhemus a dit…

A propos de goûts ...
Bertrand,
je viens de mettre en carafe pour ce soir un Chambolle-Musigny 2001....Je ne pouvais pas ne pas penser à Alise...si tu passes par ici, tu es le bienvenu!

Bertrand a dit…

J'arrive Jean-Paul ! euh non, en fait je crois que je vais ouvrir un petit Santenay 2008... il est terrible sans être vieux...

B.

calamar a dit…

Pour ces 2 exemples, je ne pense pas que le luxe des places de paquebots de l'époque existe encore... et 500 euros une nuit de palace, ça me paraît impossible, effectivement : la chambre "executive room" la moins chère est à 900 euros au Ritz.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

et le Ritz est le seul qui n'a pas eu droit ces jours derniers au titre de "palace" ...

Anonyme a dit…

avec aussi Georges V je crois.
sinon cher anonyme, Textor l'a bien compris, l'histoire des EO de livres numérique était une boutade.


L'objectif de l'analyse était d'avoir une regle d'estimation simple etant donné que les données Insee paraissent pessimistes ( pour le livre
en appliquant une ratio x10 à x20 on est pas "déconnant" par rapport aux données du morgand fatout de Bertrand ( données classées dans la partie <1950 de la base )
sur les livres classiques.

Je me mefie tout de meme de la regle du très beau : durant la vente weiller : l'Illiade et l'Odyssée en maroquin aux armes de MArie Antoinette s'est vendu 100000€.
Enorme non ?
Super ouvrage, non ?

Au debut du siècle, le mm faisait : 70000 frc OR. ( je l'ai retrouvé dans une archive de Roch de Coligny )

Quelque soit la règle de calcul, ca laisse rêveur.....

Je crois beaucoup aux changements de mode, et que le top niveau de l'instant n'est pas nécessairement celui de l'avenir.

a bientot,

Yohann

Anonyme a dit…

Merci Yohann, j'avais peur de n'avoir rien compris et d'être rassis, même pour un blog de bibliophiles ... pas de levées de boucliers les experts en blog, je rigole ...

Une banalité hors sujet: pour moi le livre a deux coûts. Le premier est celui que vous essayez de déterminer, en appelant l'INSEE, les statistiques et tutti quanti à la rescousse; le second est le coût de remplacement. Pour la plupart de mes livres, ce second coût est indéterminé (zéro ou l'infini, pour faire dans la métaphore mathématique). Combien pour retrouver cette petite brochure sur Suger signée de l'auteur, un envoi à son papa ? Combien pour ce traité de la sphère couvert de calcul (on aime ou on aime pas) ? Le premier coût est sans intérêt: le nombre de zéros dépend intrinsèquement de votre bourse, et rien d'autre. Si vous pouvez déterminer le second coût, c'est mauvais signe. Votre livre est remplaçable. Une copie numérique sur Google fera l'affaire.

Bonsoir à tous.

Guillaume a dit…

Bien que nécessairement imprécis, je trouve ces réflexions très intéressantes. Ne serait-ce que pour comprendre à peu près de quoi l'on parle lorsque l'auteur, dans un roman ancien, évoque une somme.

J'ai juste l'impression que vous êtes bien optimistes quand au salaire d'un universitaire au milieu de carrière. En début de carrière un maître de conf gagne moins de 2000€ net. Et je crois qu'au plus haut indice, juste avant la retraite, un professeur des universités doit toucher un peu moins de 7000€.

Anonyme a dit…

1773 euros pour un Maître de Conférence entrant, 5200 euros pour un professeur d'Université de classe exceptionnelle (pas tous, donc) en fin de carrière.

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