vendredi 27 mai 2011

Courrier des lecteurs : A propos de la librairie Théophile Belin par Dominique Paillard.



Dans son commentaire de l’article sur la vente Hayoit dans le blog du bibliophile http://bibliophilie.blogspot.com/2007/09/charles-hayoit-bibliophile-et-homme-de.html, Bertrand mentionne la vente de Mme Théophile Belin en 1936 en ces termes : "Cette dame était la femme du célèbre libraire Théophile Belin qui officiait à Paris entre les années 1890 et 1925 environ. C'est sa femme, grande connaisseuse, qui avait repris la librairie à sa mort. Elle avait réussi à réunir des exemplaires en tous points exceptionnels (reliure, provenance, conservation, rareté des textes, etc.)"

Je sais peu de choses de Th. Belin, si ce n’est l’adresse de sa librairie [Librairie ancienne et moderne Théophile Belin, 29 quai Voltaire, Paris. (C’est l’actuelle Documentation Française)], mais je pense que Bertrand raccourcit sa carrière. Il a, en effet, commencé à éditer et à vendre des livres dès 1880. On peut citer :

• Anonyme : ‎Les Sagettes et ruses d’amour. Discours où est montré le vrai moyen de faire les approches, et entrer aux plus fortes places de son empire. Réimpression textuelle sur l’édition de 1599 avec préface par A. Chassant. Paris, Théophile Belin, 1880. ‎Petit in-8 broché, de IV-87 pp. (2) ff. Couverture rempliée.‎ ‎Réimpression tirée à 200 exemplaires numérotés. (« Dans son Histoire de la conquête amoureuse, Jean-Claude Bologne, considère ce texte anonyme comme l’un des plus cru et des plus cyniques sur le sujet. » Un libraire en ligne).

• Anonyme : Contes à rire et Aventures plaisantes ou Récréations Françaises. Nouvelle édition revue et corrigée avec préface par A. Chassant, Librairie Ancienne et Moderne Théophile Belin Paris, 1881. 1 vol. in-8, frontispice par Denis, VII-III-411 pp. [Vicaire, II, 942]

• ‎VADE‎ : ‎La Pipe cassée. Poème épitragipoissardihéroicomique.‎ ‎Paris, Théophile Belin , 1882
In-12 broché ; 58 pages + quelques feuillets de publicités pour des titres de la Maison Belin; eaux-fortes de E. Mesplès‎.

Je possède pour ma part trois ouvrages édités par Isidore Liseux et coproduits par Théophile Belin, tous trois datés de 1885 :

• DULAURE (Jacques-Antoine) : Des Divinités génératrices, ou du Culte du phallus chez les anciens et les modernes, par Jacques-Antoine Dulaure, réimprimé sur l'édition de 1825 [Notice d’A. Bonneau.] Paris, Isidore Liseux & Théophile Belin, 1885. In-8 de XVI-422 pp. sur Hollande van Gelder. [BnF : RES-J-3005.]

• RESTIF DE LA BRETONNE (Nicolas) : Sara, ou l'amour a quarante-cinq ans. Épisode de "Monsieur Nicolas" Mémoires intimes de Restif de la Bretonne. [Préface d’A. Bonneau.] Paris, Isidore Liseux & Théophile Belin, 1885. In-8 de XIX-277 pp, (1) f. n.ch. imprimé par Unsinger. [BnF : (2 ex.) : 8-y2-41673. et Res p-y2-156 ; B. L. : 12518.e.27.]

• CHORIER (Nicolas) : Aloisiæ Sigeæ Toletanæ Satyra Sotadica de arcanis Amoris et Veneris. Aloisa Hispanice scripsit, Latinitate donavit Joannes Meursius (Re vera auctore Nicolao Chorier).
Parisiis, cura et studio Isidori Liseux, editoris, Rue Bonaparte, n°25 Venit apud Theophilium Belin, bibliopolam, Quai Voltaire, n°29, 1885. In-8 de XXXVI-342 pages et (1) f.n.c. Tiré à 100 ex sur Hollande et 1500 sur papier ordinaire. Texte latin seulement. Couverture de papier gris imprimée en noir, publicité pour le catalogue de Th. Belin en 4e de couverture, titre en noir. [B. L. : P.C.28.b.27.]

Théophile Belin, fut poursuivi en 1886 pour avoir racheté à une vente après décès, le Zoppino et Doutes amoureux, deux ouvrages édités par Liseux et interdits, pour lesquels il avait lui-même été condamné en tant qu’éditeur. (Cf. : Duprilot (Jacques) : Gay & Doucé, éditeurs sous le manteau, Paris, Edition Astarté, 1998. p. 8)

Théophile Belin est un descendant de François Belin, le fondateur de la Librairie classique Belin, né en 1748 qui fut reçu Libraire en 1777 et dont la maison deviendra au cours des siècles qui suivirent et jusqu’à aujourd’hui, le mammouth des éditions scolaires. « (…) son livre vedette de 1792 c’est la Constitution française décrétée par l’Assemblée nationale constituante et acceptée par le Roi. L’affaire dût être bonne, car Belin récidiva en 1793 ou 1794, en « adjoignant au texte officiel quelques remarques relativement subversives du cru d’un de ses confrères libraires, Froullé. La réaction fut assez rapide: le 23 germinal An II (12 avril 1794), François fut arrêté et détenu sans jugement jusqu’à la chute de Robespierre, le 9 thermidor et libéré le 21 thermidor ; Froullé, moins chanceux, avait été jugé et guillotiné le 13 ventôse, soit six semaines avant l’arrestation de François. Comme pendant son incarcération, un fils lui était né, il le prénomma « Thermidor »; ce fut un assez mauvais garnement. (…) Des quatre fils de François, trois ont été libraires. Le fameux Thermidor, rebaptisé Théophile (les temps changent!) ne vivait pas à Paris. »
http://www.editions-belin.com/ewb_pages/n/notre-histoire.php

Ce n’est pas le nôtre, mais d’après les dates, sans doute son grand père ou son grand oncle…

Dominique Paillard (*)

[(*)Celui-là même « au nom prédestiné » dont on annonçait sur le blog : http://le-bibliomane.blogspot.com/2009/09/isidore-debout-ou-lenigme-de-de-la.html, en citant Olivier Bessard-Banquy, la parution prochaine d’une bibliographie des ouvrages publiés par Isidore Liseux. Elle ne paraitra sans doute pas, la publication du livre de Paule Adamy lui ayant coupé l’herbe sous les pieds. C’est fort dommage car malgré l’intérêt de ce dernier ouvrage, sa bibliographie souffre d’un parti-pris de l’auteur d’appeler in-16, un petit livre ; in-12, un moyen et in-8, un grand. Il est vrai que compter les feuillets, vérifier les signatures ou le sens des pontuseaux n’est plus très à la mode, y compris chez nombre de libraires d’ancien qui confondent ainsi taille du volume et format bibliographique.]

Merci beaucoup Dominique pour ces intéressants éclaircissements sur la librairie Théophile Belin.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

14 commentaires:

Bertrand a dit…

On aimerait évidemment en savoir plus sur votre projet "Liseux" ! ça m'intéresse !

B.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Quelques précisions :

Les Belin étaient quatre frères, fils d'Auguste Belin, imprimeur à Paris :
- Belin-Leprieur, quai des Augustins et rue Pavée
- Belin-Mandar, rue St André des arts puis rue Christine ; il eut pour successeur en 1847 son fils Eugène, puis les fils de ce dernier,Henri, Tony et Paul qui succédèrent à leur mère ; un frère d'Eugène, Jules a fondé une imprimerie à Santiago du Chili.
- Dominique Belin, quai des Augustins
- Théophile Belin, imprimeur à Epernay et à Sézanne (Marne)

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Les "précisions" que je viens de donner sortent des mémoires d'Eugène Plon : après vérification de mon dossier Belin, ces "mémoires" semblent confuses et erronées.
François Belin-Le Prieur, Auguste Belin-Mandar, Théophile (alias Thermidor)et Dominique sont les quatre fils de François Belin (1748-1808) et de Marie-Geneviève Selle.
La Librairie Belin du XXe siècle descend d'Auguste, puis son fils Eugène et son petit-fils Paul (+ 1939)
Théophile,imprimeur à Epernay puis à Sézanne, a fondé sa librairie parisienne du quai Voltaire en 1875, qui sera tenue par Lucien Petitot à partir de 1936..

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Les dates ne collent pas :

- "notre" Théophile ne peut être que le petit-fils de Thermidor, car il était encore vivant dans les années 1930 ("le cou dans son foulard blanc", rapporte Pierre Champion).
- L'imprimeur, fondateur avec Henri Plon (1806-1872) de la première imprimerie de Sézanne (Marne) en 1829 serait bien Thermidor (né en 1794).
- Le fondateur de la librairie du quai Voltaire en 1875 serait donc le fils de Thermidor.

On aurait donc affaire à trois Théophile successifs (dont seul le premier se prénommait en réalité Thermidor).
Je vais me coucher ...

Pierre a dit…

Merci, Dominique, pour ce billet qui sort "imprimé" pour rejoindre ma bibliothèque de travail. Pierre

Anonyme a dit…

Bonjour.
Concernant l'ouvrage de Paule Adamy, je crois qu'elle a reproduit les indications données par Liseux lui-même dans ses catalogues, à quoi on devrait pouvoir faire confiance.
Yves

Dominique P. a dit…

Merci pour ces commentaires qui feront sans doute avancer la connaissance de la maison Th. Belin. Mais,Yves,je persiste, Madame Adamy dit elle-même p.443 : "On a simplifié et unifié la désignation des formats, utilisant in-16 pour des livres dont la hauteur va jusqu'à 15 cm, in-12 jusqu'à 19 cm (la tradition dit 20 cm); in-8° jusqu'à 25 (...)"
On se demande d'ailleurs quelle tradition... Or je prétend, comme I. Liseux lui-même, que sa petite collection elzévirienne est de format in-18 carré, il écrivait parfoisin-18 elzévirien, et que le format d'un livre n'est pas sa taille, mais dépend de la taille de la feuille de papier (carré, écu, jésus...) et du nomre de plis effectués pour réaliser les cahiers du livre. On pourra en reparler si vous le souhaitez.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Dominique,
Ce n'est pas moi qui vous contredirai : je trouve très dommageable cette habitude de nos éditeurs contemporains de ne plus donner que des centimètres de haut et de large, pourquoi pas le poids ?!

Dominique P. a dit…

Le livre de Paule Adamy,dont je ne partage pas toutes les thèses, est cependant un ouvrage excellent dans lequel on trouve une quantité d'informations qui le rendent très recommandable. Ainsi, elle rappelle que Belin et Liseux avaient déjà collaboré en 1883 pour Les deux dialogues du nouveau langage françois italianizé... page 99. Elle signale de plus que Belin fut acquité lorsqu'il comparut devant la Cour d'assise, le 11 mai 1886, page 53.

Anonyme a dit…

Bonjour Dominique, bonjour à tous.
La question du format des livres est complexe. Elle a été superbement traitée par Charles Mortet dans un article célèbre paru en 1925. Cela dit, je pense personnellement que "trop d'exactitude tue l'exactitude", et qu'il est parfois un peu vain de vouloir atteindre une vérité absolue qui se dérobe sans cesse. Je serais donc plutôt en accord avec l'attitude pratique et pragmatique de Paule Adamy.
Yves

Anonyme a dit…

Théophile Belin n'est pas Alexandre Thermidor dit Théophile imprimeur à Épernay puis à Sézanne et revenu à Paris ou il est présent aux mariages de 2 de ses filles en 1858 et 1859.

Le Théophile dont vous parlez, en réalité Pierre Victor Théophile n'est ni son fils ni son petit-fils il est né dans la Nièvre en 1851 et s'est marié le 09/12/1876 à Paris 7ème avec Laure Eugénie PILLET dont le papa était libraire 25 quai Voltaire. On peut donc supposer qu'il a pris la suite de beau-papa. Avant son mariage (d'après l'acte, Théophile habitait au 15 quai Voltaire et était aussi libraire)

Mon mari est un des descendants d'une des filles de Thermidor.

Maryvonne

Bertrand a dit…

Merci pour ces précisions très intéressantes. Si vous souhaitez me contacter à bertrand.bibliomane@gmail.com je serais ravi de m'entretenir avec vous au sujet de cette famille Belin qui m'intéresse.

B.

Jean-Paul Fontaine, dit Le Bibliophile Rhemus a dit…

Nouvelles découvertes sur la famille Belin bientôt sur le blog Histoire de la Bibliophilie

Jean-Paul Fontaine, dit Le Bibliophile Rhemus a dit…

Après avoir dit quelques âneries...je corrige :

Pierre-Victor-Théophile Belin (1851-1921) était libraire, expert en manuscrits et livres rares, né à Châtillon-en-Bazois (Nièvre). Fils de Jean-François Belin et Marguerite Robin, il épouse Laure Eugénie Pillet en 1876 à Paris. Ils fondent la libraire ancienne et moderne, 29 Quai Voltaire. Vers 1904, il ouvre une succursale qui sert aussi de salle d'expositions au 48 rue Cambon.
A la mort de Mme Théophile Belin, Lucien Petitôt prend la succession en 1936.

Simple homonymie donc, avec les Editions Belin fondées par François Belin (officiellement en 1777, mais en réalité éditeur dès 1773.

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