lundi 14 février 2011

Desiderata de bibliophile : Stanislas de Guaita demande un catalogue à la librairie A. Durel (mars 1897).



Aujourd'hui, si vous désirez recevoir un catalogue de librairie ancienne, vous pouvez le demander par téléphone ou mieux encore, par courrier électronique. Un simple clic et hop ! Quelques jours plus tard le joli catalogue de librairie est dans votre boîte aux lettres (enfin, si le libraire vous juge digne de le recevoir... car tous les catalogues de librairie ancienne ne s'offrent pas à n'importe qui...).

Stanislas de Guaita (6 avril 1861 - 19 décembre 1897) était de ses bibliophiles consciencieux qui aiment lire les catalogues de librairie ancienne. Nous ne reviendrons pas sur la biographie ni sur l'histoire des deux bibliothèques de ce célèbre bibliophile occultiste et cofondateur avec Joséphin Péladan de L'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. Frédéric Coxe l'a si bien fait dans son excellent article du n°4 de la Nouvelle Revue des Livres Anciens (qui vient de paraître) que je ne trouve rien à ajouter à autant d'érudition et autant de recherches. Je me contenterai ici de donner en note de bas de billet la biographie succinte donnée par l'encyclopédie Wikipedia (*)


Voici un document intéressant. Une carte postale postée du 20 de l'avenue Trudaine au libraire Durel, 21 rue de l'ancienne comédie à Paris. Elle a été postée le 17 mars 1897 et porte le texte suivant :

"Prière de m'envoyer un exemplaire du catalogue que j'ai vu chez vous : non pas le premier où est passé l'Agrippa acheté hier ; mais celui où le même article est repassé, coté au même prix. C'est un catalogue que je n'ai certainement pas reçu. Salutations distinguées. (signé) Guaita."

On sait par cette carte-lettre au libraire Durel que Stanisla de Guaita avait acheté le 16 mars 1897 un Agrippa ... Lequel ? Seul Frédéric Coxe pourrait peut-être nous le dire tant il a étudié la bibliothèque du maître ? S'il nous lit... les colonnes du Bibliomane moderne lui sont grandes ouvertes.

Dans le coin supérieur gauche de la carte-lettre le libraire Durel a inscrit : "Exp(édié). cat(alogue). 204 // le 18 mars 97. Il faudrait retrouver le catalogue 204 de la librairie Durel... peut-être l'ai-je caché dans un coin... pas certain...

Stanislas de Guaita devait mourir le 19 décembre 1897, à 36 ans seulement, soit neuf mois après avoir rédigé cette demande à Durel.

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

(*) Né en Lorraine, à Alteville dans un château proche de Tarquimpol – remarquez d'ailleurs la croix à sa cravate, Stanislas de Guaita était issu d'une famille noble d'origine lombarde (Italie), établie en Lorraine depuis 1800. Il possédait le titre de Marquis. Dès le lycée à Nancy, vers 1880, il se lie d'amitié avec Maurice Barrès, qu'il fera adhérer plus tard au martinisme. La préface de l'une des éditions de Au seuil du mystère est d'ailleurs signée Maurice Barrès. L'Histoire ne dit pas si les deux hommes partageaient les mêmes convictions politiques : Barrès évolua en effet d'un esthétisme individualiste dont témoigne assez bien son "culte du Moi" à une mystique nationaliste et catholique de la Terre et des morts, centrée sur le patriotisme lorrain et républicain. C'est dans les écrits de Péladan que Stanislas de Guaita trouve sa première porte d'entrée dans l'univers de la Tradition. Par la suite la lecture de l'œuvre d'Éliphas Lévi, dont il se fera dès lors le commentateur et le thuriféraire, l'initie au mysticisme chrétien; Fabre d’Olivet l'oriente vers les grands mystères en général et vers la langue hébraïque; et Saint-Yves d'Alveydre le rallie à la cause synarchique. Papus, d'abord raillé par lui pour le choix de son pseudonyme, puis réhabilité, deviendra un grand ami. À la lumière de toutes ces influences, Guaita prôna un spiritualisme exaltant la Tradition chrétienne, qui, grâce à la mise en place éventuelle de la synarchie – forme de gouvernement idéale –, devait conduire à l'avènement du royaume de Dieu. En 1888, dans le même esprit, il fonde avec Péladan l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, dont fit aussitôt partie Papus. Parmi les membres on relèvera des noms passés plus tard à la postérité comme Erik Satie et Claude Debussy ou encore le banquier des artistes, Olivier Dubs. Satie semble avoir été le compositeur attitré de l'Ordre. On lui doit entre autres une Sonnerie des Rose-Croix qui devait accompagner le rituel. Peladan s’en sépara ensuite pour fonder un autre ordre : la Rose-Croix catholique, alléguant son refus de la magie opérative. En 1893, l’ordre de Guaita fut attaqué par Huysmans, qui l’accusa d’envoûter à distance l’ex-abbé lyonnais Joseph-Antoine Boullan. Des duels s’ensuivirent ; Huysmans et Jules Bois s’opposèrent à Papus et à Guaita. Stanislas est alors ce jeune poète dans le goût baudelairien à qui Mendès venait de révéler Éliphas Lévi, écrit Alain Mercier dans Les Sources ésotériques et occultes de la poésie symboliste, 1870-1914 (1969). Mais Mercier ajoute que Guaita poète (Les Oiseaux de passage, 1881; La Muse noire, 1883; Rosa mystica, 1885) « par son classicisme de forme et d’écriture, est plus proche des parnassiens que des symbolistes, si bien qu’il y eut en lui deux êtres distincts : l’hermétiste aristocrate et généreux d’une part, le poète tourmenté et inquiet d’artifices d’autre part ». Pour information, Rosa mystica est disponible à la Bibliothèque Universitaire de la faculté de Lettres de Nancy 2, en édition originale. Intoxiqué par les stupéfiants, l'homme mourut prématurément, le 19 décembre 1897, à l'âge de 36 ans. Il fut inhumé au cimetière de Tarquimpol. Certains ont prétendu qu'il avait succombé à ce que l'on appellerait de nos jours une overdose, mais cette thèse est démentie par la famille. Il semblerait plutôt qu'il ait été emporté par de graves problèmes rénaux. Cependant, on ne peut exclure que l'écrivain, en proie à la souffrance, et sentant sa fin proche, ait pu avoir massivement recours à la cocaïne et peut-être à d'autre produits comme l'héroïne. "La Coca, comme le Haschich, mais à d'autres titres, exerce sur le corps astral une action directe et puissante; son emploi coutumier dénoue, en l'homme, certains liens compressifs de sa nature hyperphysique, – liens dont la persistance est pour le plus grand nombre une garantie de salut. Si je parlais sans réticences sur ce point-là, je rencontrerais des incrédules, même parmi les occultistes. Je dois me borner à un conseil.– Vous qui tenez à votre vie, à votre raison, à la santé de votre âme, évitez comme la peste les injections hypodermiques de Cocaïne. Sans parler de l'habitude qui se crée fort vite (plus impérieuse encore, plus tenace et plus funeste cent fois que toute autre du même genre), un état particulier a pris naissance." (Le Serpent de la Genèse, première septaine, chap. V : L'arsenal du sorcier). En collaboration avec son secrétaire et ami Oswald Wirth, il réalisa un Tarot qui est toujours édité à l'heure actuelle sous le nom de Tarot de Wirth. (source Wikipedia)

3 commentaires:

sandrine a dit…

Bonjour,
Quelle ressource!
merci
Bonne journée.
Bien à vous
Sandrine

Anonyme a dit…

M. coxe, si vous nous lisez, votre avis viendrait éclairé cet article qui ne rencontre pas beaucoup de contributeurs. Je reste toujours à votre disposition pour vos reliures. En vous remerciant bien de m'avoir fait travailler sur des documents ô combien passionnants,
Bien à vous;
Sandrine

Frédérick a dit…

Bonjour,

Guaita, qui annotait la plupart de ses exemplaires, avait acheté un Agrippa en mars 1897, à coup sûr l'exemplaire mentionné sur cette carte. Voici ce qu'il écrivait sur un feuillet blanc de l'exemplaire en question:

Edition originale, fort rare et très recherchée, du traité célèbre d’Agrippa sur la philosophie occulte. Jusqu’alors, le premier livre avait seul paru (Anvers, J.Grapheus, et Paris, Christian Wechelus, 1541, in 4°) ; c’est à Cologne que Johan Soter a imprimé pour la première fois les III livres du traité De Occultâ philosophiâ. Telle est la présente édition, sans lieu ni date sur le titre, mais avec un portrait d’Agrippa et au verso le privilège de l’empereur Charles Quint, rédigé en français, ce qui constitue une double anomalie, pour un ouvrage latin publié en Allemagne (in-folio de VI feuillets non chiffrés et de 362 pages paginées en chiffres romains, avec l’indication finale du mois de juillet 1533). Au dire de M. Guizot ( Biographie Michaud ), l’année 1533 aurait vu simultanément paraître quatre éditions de la philosophie occulte – à Malines – à Bâle – à Lyon – et sans nom de lieu. Mr A.Prost, auquel nous devons un travail très complet sur Agrippa, est formel sur ce point, « On doit considérer, (dit-il) comme portant les marques fictives toute édition de la philosophie occulte datée de 1533, autre que celle donnée à Cologne, sans nom ni lieu. C’est la première qui ait été exécutée du traité complet. Les dédicaces à l’archevêque de Cologne, qui précède chacun des trois livres, rappellent par quelques uns de leurs traits les phases de la publication laborieuse, commencée en 1531 et terminée en 1533, dont nous avons fait l’histoire. » (A. Prost, Corneille Agrippa, sa vie et ses œuvres, Paris, Champion, 1882, 2 vol in-8, page 513 du tome II). Collationné, complet – (Paris, Mars 1897. Guaita).

Que le monde est petit... retrouver la carte qui mentionne cet exemplaire. Excellent.

Frédérick

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