jeudi 20 mai 2010

Les relieurs des rois de France - L'atelier Simier - Vente des fers à dorer du relieur du roi Simier et successeurs (2 juin 2010).





Chers amis je dois vous le dire, le 2 juin, ce sera doublement un grand jour ! Tout d'abord c'est le jour que l'étude Lafon-Castandet (Roch de Coligny expert) a choisi pour disperser l'ensemble du fonds de l'atelier de reliure-dorure de Simier, relieur des rois de France. Accessoirement c'est aussi le jour ou votre serviteur fêtera ses 39 printemps... Plus si jeune ! Pas encore si vieux ! Passons.


Voilà donc de quoi il est question aujourd'hui. J'aurais été le dernier des ânes si je n'avais pas su saisir la chance extraordinaire qui m'a été donnée d'acquérir le très beau catalogue de la vente des fers à dorer de l'atelier du relieur Simier. Nous n'allons pas refaire ici l'historique de cette célèbre maison qui honore encore aujourd'hui les plus belles bibliothèques des bibliophiles les plus exigeants. Simier c'est souvent pour ne pas dire presque toujours, de la très belle reliure ! un très beau travail de dorure. Vous pouvez en savoir plus sur cet atelier de la première moitié du XIXe siècle ICI. Vous pouvez aussi vous reporter au compte rendu de l'Exposition Universelle pour l'année 1867 qu'on trouve ICI (section reliure).



Ce luxueux catalogue je l'ai en mains, et je ne saurais trop vous conseiller d'en faire autant très vite. On n'a pas tous les jours l'occasion d'assister à la vente d'un si prestigieux atelier de reliure-dorure. Le prix : 45 euros ! Ce n'est pas donné, certes. Sans compter les 12 euros de frais de port (1). Le catalogue est arrivé sain et sauf dans un carton adapté à son transport sécurisé. Tout est donc très bien.



Parlons un peu maintenant de ce que sera cette vente. Des fers ! Des fers ! Encore des fers ! Des fers à dorer. Depuis les fers des premières années du XIXe siècle (voire quelques fers reproduisant les armes royales des rois et des princes de la fin du XVIIIe siècle), des fers romantiques, des fers des familles nobles, des maisons princières du premier et du second Empire. Enfin du matériel aussi : des presses. Et quelles presses ?! La presse offerte par le roi en 1828 ! (estimation 100.000 euros).



Mes premières impressions ? Beaucoup de fers à dorer pour finalement.... aucun livre. Je regrette, personnellement, qu'à la vente de ces outils de l'atelier Simier n'ait pas été joints quelques beaux livres reliés par ce prestigieux atelier. Évidemment, ce n'est pas une vente de livres me direz-vous, mais le plaisir des amateurs bibliophiles n'en n'aurait été que plus grand.

Les estimations ? Comptez de 80 à 100 euros pour les lots les moins chers (petits fers, décors) à 200/600 euros pour les fers plus importants. Les fers marquant une provenance prestigieuse, royale ou princière sont estimés au delà de 1.000, 2.000 voire 4.000 euros ou plus. Le grand fer de Louis XV est estimé 15.000/20.000 euros ?? (c'est peut-être un peu exagéré ??) ... à suivre.



Je vous avoue que pour mon anniversaire qui tombe le même jour comme j'ai dis, je me verrais bien m'attribuer un ou deux lots de modeste importance, pour le symbole. Qui sait ? Je ne suis pas plus motivé que cela. J'aime les livres. Les fers à dorer, c'est sympathique mais je n'y mettrais pas plusieurs centaines d'euros. Affaire de goût. Et vous ?

Le catalogue s'ouvre par quelques belles pages sur l'histoire de Simier et de son atelier (Simier un provincial à Paris), ainsi que par un bon texte sur la bibliothèque de la duchesse de Berry, un autre sur Louis Médard et les Simier. Le propos s'achève par quelques souvenirs de l'atelier Barbance.

Raisons et sentiments maintenant. Je trouve cette vente assez dommageable à l'histoire de la reliure d'art. On est en droit de se poser plusieurs questions ? Combien rapportera cette vente ? 200.000 euros ? 400.000 euros ? Les 349 lots adjugés ne donneront-ils pas à ceux qui les vendent les regrets éternels de ne pas avoir fait le bon choix ? Pourquoi ne pas avoir tout fait pour faire de ce fonds "historiquement inestimable" un musée vivant de la reliure-dorure d'art ? Avallon (petite ville de l'Yonne sur les bords du Cousin où je pêchais à la mouche il y a encore peu d'années) était la ville qui hébergeait jusqu'à peu cette immense et précieuse collection. Que représente 200 ou 500.000 euros pour les institutions publiques ? Un geste de l'Etat n'aurait-il pu être envisagé pour sauver ce patrimoine qui va se disperser comme les graines de la fleur de pissenlit de Pierre Larousse. Je sème à tout vent n'est pas toujours une devise très honorable !

Voilà. C'est un peu un coup de gueule. Il en faut. Finalement, en écrivant ces lignes, je sais maintenant qu'à cette vente, je n'achèterai rien. Un espoir de préemption par l'état ou quelque mécène privé qui vient de rapatrier ses fonds de quelque paradis fiscal sur invitation des autorités compétentes m'empêcheront de lever la main.

Et vous ?

Plus d'informations sur cette vente et pour vous procurer ce catalogue qui de toute façon restera dans les annales :

LE CATALOGUE EN LIGNE

DROUOT MONTAIGNE - SALLE BOURDELLE

Mercredi 2 juin 2010 à 14h00

Les relieurs des Rois de France. L'Atelier Simier.

Lafon - Castandet
E-mail - contact@lafon-castandet.com
Tel. 01 40 15 99 55

L'Atelier Simier.
Les relieurs des Rois de France

Exposition publique :

DROUOT MONTAIGNE – Salle Bourdelle – Lundi 31 Mai 2010 de 12h00 à 20h00
DROUOT MONTAIGNE – Salle Bourdelle – Mardi 1er Juin 2010 de 12h00 à 20h00
DROUOT MONTAIGNE – Salle Bourdelle – Lundi 2 Juin 2010 de 11h00 à 12h00

(également sur rendez-vous auprès de LAFON-CASTANDET Maison de Ventes, 46, Rue Laffitte 75009 PARIS)

Bonne journée,
Bertrand

(1) de ce que j'ai pu écrire dans ce billet vous comprendrez que ma liberté de ton m'oblige, comme tout le monde (ou presque), à payer mon catalogue... Liberté, liberté chérie !

21 commentaires:

Wall a dit…

Quelques réflexions personnelles sur cette vente:
- étant donné les 2 jours et demi d'exposition et le catalogue, je crois qu'ils espèrent bien plus que 80/100 euros par lot
- ne risque-t-on pas voir apparaître de nombreux livres de provenance prestigieuse dont on attribuera les reliures à Simier?
- comme vous Bertrand, je trouve très dommageable et triste qu'un tel ensemble ne soit pas dans un musée d'une des cités du livre que nous avons. Avec les subventions et Cie, ce n'est pas le genre d'investissement impossible pour ces villages et ça donnerait un attrait de plus à celui qui aurait l'ensemble.

Dans tous les cas, j'ai aussi mon catalogue, et je ferai surement le déplacement à Paris pour voir l'exposition, surtout pour la presse offerte par Charles X.

Wall

Bertrand a dit…

349 lots à 500 euros de moyenne ferait environ 175.000 euros. Pour une fourchette haute disons 349 lots à 1.000 euros de moyenne (ce qui engloberait les quelques lots qui peuvent dépasser les 10.000 euros et plus), ferait 350.000 euros environ.

J'ai proposé un montant de 200 à 400.000 euros pour le total. Ce qui me semble réaliste voire optimiste. Qui sait ? Nous aurons bientôt le résultat de toute façon. Il suffira de faire une addition des plus basiques.

Pour les attributions des reliures à Simier, il y en a suffisamment de signées sur le marché pour combler tout le monde non ?

B.

Pierre a dit…

Le N° 278 - Art & métiers du livre - propose un bel article sur cette vente par De Coligny et Martenet.

Qui peut donc collectionner des fers à dorer ? Un bibliophile peut en posséder un par nostalgie, un faussaire un par intérêt, mais tous les autres fers ? Pierre

Olivier a dit…

J'ai lu l'article d'Arts et métiers du livre qui a provoqué deux réactions chez moi : 1) assez bizarre que l'expert d'une vente co-rédige un article sur la vente dont il a la responsabilité dans une revue "cœur de cible" de la vente; 2) un passage assez étrange où l'un des auteurs parle des relieurs qui ne manqueront pas ("mais on ne pourra pas les en empêcher" je cite de mémoire) d'acheter certains fers...
Soit cela renvoie à ce qu'évoque Wall, soit c'est faire peu de cas de cette profession (la jonction des deux étant évidemment possible).
Cette réflexion est d'autant plus étonnante que parmi les fers de Simier s'en trouvent certains qui ont été achetés lors de ventes (une nouvelle fois de mémoire).
Olivier

Bertrand a dit…

J'ai aussi lu cet article de la revue Arts & Métiers du livre. Très intéressant, belles images. J'avais d'ailleurs pensé en parler sur le Bibliomane moderne... et puis j'ai oublié...

Je n'arrive pas à comprendre, hormis un besoin d'argent pressent ce qui peut motiver les vendeurs dans cette affaire ?? S'ils nous lisent.

B.

Textor a dit…

Ce débat est intéressant et chacun semble trouver que la dispersion des fers de Simier est malheureuse. Mais n’en va-t-il pas de même de ces bibliothèques consciencieusement constituées sur une ou plusieurs générations et qu’il suffira d’une journée de vente pour anéantir ?
Il me semble que nous autres bibliophiles avons moins de scrupules à récupérer quelques pièces d’un bel ensemble qui pourtant constituait un tout. Le fonds Berès, Macclefields, Couppel de Lude, fallait-il les mettre au musée ?
Je pense que les fers de Simier avait de la valeur qu’entre les mains de cet atelier prestigieux lorsqu’il existait. Qu’importe aujourd’hui qu’il soit dispersé ou détruit ?

Textor iconoclastus

Bertrand a dit…

Votre argumentation tient la route Textor Iconoclatus !

Je dirais simplement que dans ce cas précis et pour défendre en faveur de la non-dispersion et la création d'un musée, qu'un atelier Simier il n'en existait qu'un ! Combien de belles bibliothèques ? Combien de beaux livres ? Mais là nous touchons à l'artisan lui-même, à la mémoire d'un métier. Tout ceci me ferait pencher pour une conservation en bloc et une mise en valeur.

A débattre en effet, très intéressant en tous cas de voir les différents points de vue.

B.

Lauverjat a dit…

Petites remarques: les presses ne seront pas exposées à Paris, mais étaient visibles ce jour à Avallon. Ensuite je me demande ce que deviendra une bonne part ,sans doute, du petit matériel de l'atelier. La photo générale de l'atelier publiée dans "Art & Métiers du livre", laisse apercevoir un stock considérable de fers et fleurons plus ordinaires qui je le souhaite feront le bonheur des relieurs contemporains. De toutes façons les fers vendus à Paris ne sont guère réutilisable... (le catalogue porte un avertissement sur l'usage illégal d'emblèmes ayant de légitimes propriétaires et sur le risque de contrefaçon de reliures anciennes.-le sens du "on ne pourra pas empêcher le dernier "refrappeur" professionnel de France...pour poursuivre une telle activité" d'A&MdL?- D'autre part, j'ajoute qu'un pastiche à partir de fers si typés ne me séduirait pas, les vraies reliures des Simier sont assez nombreuses)

Lauverjat

calamar a dit…

en gros, ces fers, s'ils sont intéressants, sont inutilisables, et s'ils sont courants, il n'y a pas de raison d'en priver un relieur. Peut-être que certaines bibliothèques publiques, simili-musées, en achéteront pour les mettre en rapport avec les reliures correspondantes ? autrement, ça ferait bien dans une vitrine, mais ça prend la place de combien de livres ?

Eric a dit…

Si vous en avez l'occasion, je vous conseille vivement d'aller regarder la collection des fers de l'atelier Trautz Bauzonnet.

Ceux-ci ont été rachetés à la veuve Trautz par le Baron de Rothschild qui en fit dont à la bnf.


Ils sont aujourd'hui à l'atelier de restauration du site de Richelieu.


S'il est émouvant de voir les fers des doreurs qui nous font réver, je préfère mille fois les voir au mains de doreurs en activité que derrière les vitrines d'un musée. Tant que les outils servent, ils sont vivants (c'est pareil pour les livres).

Eric

calamar a dit…

il faut noter que les fers ne sont pas tous des reproductions du XIXe, notamment le fer lot 37 (grandes armes de Louis XV), qui est un des vrais fers de l'époque (d'après la notice). Ce qui peut justifier l'estimation ?

calamar a dit…

Un certain nombre de fers portent les armoiries de familles qui ont très certainement des descendants (familles Selliere, de Broglie, par exemple). La préface indique bien que leur usage n'est pas autorisé (droit moral). Je serais un de ces descendants, j'essaierais de racheter le fer en question...

Bernard a dit…

Beaucoup de musées en France, qui voient un ou deux visiteurs par jour!! Avec la loi française ces objets resteront éternellement la propriété de l'état. Certains musées sont leurs cimetières. Je préfère voir circuler les objets.

Bertrand a dit…

En fait, la vraie question qui se dégage au final de cette vente, c'est : l'unité de cette collection a-t-elle un sens qu'on doit conserver ou non ?

Visiblement pour la plupart de ceux qui s'expriment, cela n'est pas si évident.

C'est intéressant.

B.

Anonyme a dit…

Bonjour,

J'étais pour ma part etonné de voir que la plupart des fers avaient été réalisés au XIX ( je parle des fers imitant ceux du XVIII ) le commissaire priseur avait qui j'en avais discuté me disait que ces fers avaient souvent été réalises pour restaurer des reliures ==> !!???

Je n'arrive pas a imaginer qu'on puisse replaquer de l'or sur des armes anciennes, le risque n'est-il pas qu'aussitot le livre puisse etre confondu avec un faux ?

Si un connaisseur à une opinion, je suis interessé.

Pour ma part, je tacherai d'acheter un petit fer symbolique du XVIII, j'ai parlé de cette vente à un ami relieur, qui lui n'est pas non plus pret à mettre des milliers d'euro dans l'operation - il y a peu de relieurs multimillionnaires travaillant pour s'occuper ;-)

Je suis très curieux de voir le type d'acquereur pour un fer à 15000€

Cordialement

Yohann

Wall a dit…

En tout cas, si quelqu'un veut acheter le lot 151, il peut aussi acheter cette reliure d'Yseux

Wall a dit…

(300 euros à la vente du 26 mars 2004, Thierry de Maigret)

Bertrand a dit…

La vente a rapporté au total 541.490 euros frais inclus. Les 349 lots présentés ont été vendus et cinq préemptions ont été exercées. (source Bibliorare).

Le détail des résultats n'est pas encore disponible je crois.

J'avais pour ma part estimé que la vente rapporterait au maximum 400.000 euros sans les frais, je ne suis pas si loin que cela de la vérité.

La messe est dite. Il est trop tard pour pleurer. Les héritiers-dépositaires Simier peuvent s'acheter un petit appartement sur la cote d'Azur (s'ils ont bien négocié les frais vendeurs, ce dont je ne doute pas). Pour un gros appartement il aurait fallut vendre son âme avec... qui sait ?

B.

Bertrand a dit…

Plus de détails selon la source Bibliorare que je reprends :

Enchères à Drouot-Montaigne : dispersion des trésors d'un maître-relieur (AFP) 3 juin 2010.

PARIS — Les trésors de l'atelier du maître-relieur parisien René Simier, dont une très rare presse à balancier de 1828 et une presse à étoile de 1718-1719, ont été dispersés entre de nombreux acheteurs lors d'une vente aux enchères mercredi à l'Hôtel Drouot-Montaigne à Paris.

Pendant 15 ans, la famille de Jean-François Barbance, dernier successeur du maître Simier (1772-1843), le fournisseur des rois de France et du gotha international, avait cherché vainement auprès des musées nationaux et des collectivités une solution pour éviter la dispersion des pièces et outils de l'Atelier.

La vente a rapporté au total 541.490 euros frais inclus. Les 349 lots présentés ont été vendus et cinq préemptions ont été exercées.

Offerte au relieur par le roi Charles X pour le récompenser de son succès à l'Exposition des Produits de l'Industrie française en 1827, la presse à balancier a été adjugée à 65.000 euros hors frais alors qu'elle était estimée entre 70.000 et 100.000 euros. Les frais sont de 23,92%.

La grande presse à étoile, dans un parfait état de conservation, datant de 1718-1719, a été adjugée à 36.000 euros hors frais (estimation entre 40.000 et 80.000). Cette pièce, l'une des plus anciennes à être conservée en France, a été utilisée dans le tournage de plusieurs films historiques dont "Angélique marquise des anges" ou "Danton".

Un collectionneur privé a acquis deux fers à graver aux armes de l'empereur Napoléon I, datant du XIXè siècle, l'un pour 25.000 euros (estimation entre 15.000 et 20.000 euros) et l'autre pour 9.000 euros (estimation autour de 400 euros).

Des fers du XIXè siècle aux armes de la duchesse de Berry, une grande bibliophile, ont rencontré un succès incontestable, atteignant des prix supérieurs aux estimations. L'un d'eux a été acquis pour 12.000 euros (estimation entre 600 et 800 euros).

Un fer des Etats-Unis d'Amérique à 18 étoiles a été adjugé pour 19.000 euros.

La bibliothèque publique de Lunel (Hérault), qui possède le plus grand fonds Simier en France, a préempté un lot. L'association de cette bibliothèque a acheté quant à elle de nombreuses pièces.

Les Archives de France ont exercé leur droit de préemption pour l'achat de deux fers aux armes de Louis XVIII, l'un pour 3.000 euros, l'autre pour 2.200 euros.

La Bibliothèque nationale a préempté un grand fer aux roses sculpté en 1834 pour 2.200 euros et une plaque à décor oriental de style Renaissance pour 600 euros. AFP 3 juin 2010

Wall a dit…

Les experts étaient contents en tout cas, car pendant la vente, un des deux fils (je suppose) de l'expert est sorti en même temps que moi et disait pour l'instant, ça se passait très bien. C'est vers le lot 160, après la vente des presses.

Wall

janvanhelmont@telenet.be a dit…

J'adorerais acquérir un exemplaire de ce catalogue.Le prix n'importe guère.
J'aimerais aussi avoir le second svp.
janvanhelmontAEROBASEtelenetPOINTcom

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