jeudi 6 janvier 2011

Connaissance de la reliure par l'image : Une reliure en daim sur une impression parisienne de 1574.




Quelques mots seulement. Tout est dans les images ce soir. Voici une reliure sobre, on pourrait dire fruste. Il s'agit d'une reliure en daim sur une impression parisienne de la fin du XVIe siècle, 1574 pour être précis. Ce type de reliure est aujourd'hui assez difficile à rencontrer en bon état, de par sa fragilité évidente lorsqu'on l'a en mains. Et pourtant il arrive comme ici d'en voir quelques unes qui ont réussi à traverser les siècles sans trop d'encombres. Quelques petits trous de vers sans gravité, quelques taches. Le titre au dos se trouve ici à l'état de lambeaux, anciennement écrit à la plume sur un morceau de papier collé. On voit clairement que la couture des cahiers sur nerfs s'est faite sur quatre nerfs, deux nerfs en haut du dos, rapprochés, et deux nerfs en bas du dos, rapprochés également. A noter que deux nerfs (les plus au centre du dos) sont plus apparents et plus saillants. On distingue l'emplacement des lacets (en daim également), qui ont ici disparu. La doublure à l'intérieur des plats et la garde blanche (formée par un seul feuillet plié) est de papier blanc tout à fait ordinaire. On notera la présence de tranchefiles, ici de couleurs unie, ton beige. L'ouvrage est complet mais les cahiers sont tous plus ou moins partiellement déboités ou mal alignés. Le temps a fait son œuvre... Le papier a subi quelques outrages (taches grasses en marge et débordant sur le texte sur une bonne partie de l'ouvrage), sans endommager l'intégrité physique (solidité) de ce dernier cependant. Voilà pour la présentation et le diagnostic du malade.


Cette reliure est la première reliure qu'a reçu l'ouvrage comme en témoigne des notes et des cotes sur les gardes blanches, d'une écriture totalement encore de la fin du XVIe siècle. Le volume est de format in-8 (env. 17 x 11 cm).


Au delà de l'aspect esthétique de cette reliure, ce volume pose une véritable question fondamentale à tous les bibliophiles (normalement) : Un volume ancien peut-il être dignement conservé par un bibliophile malgré des imperfections notoires du support, ici en l'occurrence le papier ? Sachant que l'ouvrage est bien complet de tous ses feuillets, que la reliure est intègre et d'époque, que l'ouvrage est un ouvrage qu'on peut sans hésiter qualifier de rare voire très rare. Je crois qu'il faut sans hésiter répondre : oui ! deux fois oui ! peut-être même trois fois oui !


Dans le cas qui nous intéresse, voici de quel ouvrage il s'agit : Histoire de Barlaam et de Iosaphat roy des Indes, composée par Sainct Iean Damascene, et traduicte par F. Iean de Billy, prieur de la Chartreuse de Nostre-Dame de bonne Espérance, près le Chasteau de Gaillon. Ouvrage publié à Paris par Guillaume Chaudière, libraire installé rue Saint Jacques, à l'enseigne du Temps & de l'Homme sauvage, en 1574. L'épître à Monseigneur le Cardinal de Bourbon est datée du 28 juillet 1574. L'extrait du privilège qu'on trouve à la fin du volume indique la date du 12 septembre 1574. C'est la première année du règne d'Henri III. Au verso du feuillet de privilège et dernier feuillet il y a la marque de Guillaume Chaudière. Je ne ferai pas ici l'éloge de cet ouvrage rare...

Voilà donc pour cette évocation, ce livre a vécu mais il est charmant. D'ailleurs il me charme fort, son toucher est délicat, le daim, à l'aspect velouté, apporte une chaleur et une douceur particulière à ce type de reliure qu'on pourrait croire faite pour recevoir un incunable ! Étonnant non ?

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

24 commentaires:

Textor a dit…

C'est vrai que les peaux de daims ne sont pas si courantes.
Si mes souvenirs sont bons, je ne dois pas avoir plus de 2 ouvrages habillés comme tel . Le premier est un incunable, évidemment, c'est classique, le second des années 50.
Pourquoi cette matière était-elle si peu utilisée ? A cause de sa fragilité ? Inutile de dire que mes 2 livres sont des sortes d'épaves et qu'une pétition a circulé parmi les maroquins pour obtenir leur expulsion du rayon ! Pour autant je ne les ai pas fait restaurer.

Textor

Textor a dit…

Bertrand, quel est votre secret pour obtenir des pages de titre aussi blanches ? le laser, le scan ? le savon noir ?
T

Bertrand a dit…

Pas de secret Textor ! C'est rare que je propose des images comme celle-ci de page de titre en mode "bichromie" noir et blanc. En fait dans le cas présent le titre est vraiment peu reluisant avec une large tache grasse dans l'angle supérieur... j'aurais pu montrer tel quel le titre mais j'ai préféré pour la lisibilité passer le titre en mode "bichromie" (logiciel de traitement d'images type Photoshop), voilà. Pas de secret donc.

Et ce livre, vous le connaissiez ami Textor, ami des livres du XVIe siècle ?? Je ne sais même pas si Berès l'a vu ce livre tant il est rare, c'est dire ;-)) (sourire éhonté)

B.

Bertrand a dit…

Je mise en fait sur le fait que les notes manuscrites en marge du titre et dans le livre sont de la main de Ronsard... (deuxième sourire éhonté)

Allez, je vais rêver... à Ronsard... ou à la mignonne allons voir... enfin tout ça quoi...

B.

Textor a dit…

Oui ce livre est connu des amateurs, surtout des bouddhistes !

L'attribution à Jean Damascene est un mensonge éhonté de publicitaire du 16ème siècle pour faire vendre.

Il vaut moins pour Ronsard (encore que, si vous faites authentifier l'écriture !) que pour le fameux Sonnet de Léonard de La Ville.
Bonne nuit
Thextor

Gonzalo a dit…

@ Bertrand :

Peau de daim ou "peau retournée" (le côté "fleur" collé sur les cartons, et le côté chair est visible)?
Quoi qu'il en soit, j'aime beaucoup l'aspect de ces reliures en peau retournée - au contact, ça ressemble à du velour, et lorsqu'on pose le volume sur une table, il ne produit qu'un bruit feutré... Très agréable, et très sensuel.


@ textor:

>> "Si mes souvenirs sont bons, je ne dois pas avoir plus de 2 ouvrages habillés comme tel . Le premier est un incunable, évidemment"

Par vos articles, on bave déjà d'envie devant les livres de votre bibliothèque : ce n'est pas la peine d'en rajouter! ;o)

Bertrand a dit…

@ Gonzalo : j'ai toujours assimilé ce type de peau retournée à de la peau de daim car je ne pense pas que la peau mégissée retournée de truie aurait la même teinte un peu verdâtre jaunâtre. J'ai aussi lu quelque part que cela pouvait être de la peau d'autres cervidés (cerf, chèvre sauvage ou chevreuil, biche... Mmmm la peau de biche là je l'aurais reconnue... ;-))

Enfin je ne sais, mais concernant l'aspect velours et la douceur, on y est.

B.

Léo Mabmacien a dit…

@ Textor : à garder absolument !

Elles sont fragiles en effet. C'est un peu la reliure du pauvre puisqu'il s'agit de retourner simplement la peau (peau retournée). On la rencontre plutôt dans les reliures d'archives.

Textor a dit…

@Gonzalo, en disant "évidemment", mon propos n'était pas d'en rajouter mais simplement de confirmer que cette peau mégissée me semblait plus fréquemment rencontrée sur les livres du 15ème. et d'aiileurs (là, j'en rajoute un peu...) j'ai en fait 2 livres du 15ème avec ce genre de peau retournée. :))
@ Bertrand, c'est vrai qu'on ne sait pas bien en quoi elles sont toutes ces peaux retournées. Et d'ailleurs, pourquoi, ne retourner que les cervidés et pas le veau ou le cochon ?
@ Leo, rassurez-vous, malgré le piteux état de ces reliures après 600 ans de caresses, et la pression des maroquin, je ne fais pas restaurer ce type de reliure.

T

Anonyme a dit…

bonjour,
trés beau livre à garder dans son etat, si je puis me permettre;
c'est quoi la partie plus sombre en haut à droite de la photo?
c'est difficile de savoir à quoi cela correspond mais quoiqu'il en soit, c'est vraiment un trés bel objet.
merci de nous le faire partager.

Textor a dit…

Pour un bel exemple de reliure XVIème en daim fauve, plutot bien conservée, voir ici :
http://livres-anciens-rares.blogspot.com/search?q=cartari

L'auteur nous dit : "Les reliures en daim nous arrivent très rarement bien conservées du fait de la fragilité même du matériau utilisé". Ce qui n'est pas faux !

Pierre a dit…

Je ne connaissais pas d'exemple de reliure en daim ou en daime (la femelle a la peau plus douce, j'imagine).

Merci pour cet exemple, Bertrand. Une question me turlupine. Pourquoi utiliser ce matériau fragile et pourquoi l'utiliser retourné ? A cause des taches blanches de la peau ?

J'espère qu'il s'agit bien de l'écriture de Ronsard ;-)) Pierre

Lauverjat a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Lauverjat a dit…

Deux ouvrages en peau de "daim", in-4°, sur mes étagères : 1513 et 1602.

Lauverjat

Textor a dit…

Bonsoir Lauverjat,
Etes-vous sur que ce sont des daims ? portent-ils des bois ? :)

Anonyme a dit…

Une reliure en peau retournée dans ma librairie : Légende dorée - Jehan Real - 1554. La reliure est relativement bien conservée, quelques craquelures sur le dos.

René de BlC

Bertrand a dit…

Qu'on se rassure dans les rangs des afficionados du Bibliomane moderne, je ne vous ai pas abandonné... simplement un petit être de 50 cm et de 3kgs et 70 grammes, plutôt blond pour le moment (vais faire un test de paternité moi...), de son prénom Tristan premier du nom, occupe mon temps depuis samedi soir 2h05 ... Je reviens vite vers les colonnes du Bibliomane moderne pour vous donner à lire sur l'amour des livres.

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

Textor a dit…

Normal qu'il soit blond pour un gaulois !! pas la peine de faire de test !
Une étymologie celtique/galloise de Tristan pourrait être drust, qui signifie "tonnerre" ou "applaudissement".
Donc, on applaudit des 2 mains !

Textor, dit le Piton.

Anonyme a dit…

Un nouveau gaulois à Alésia !

Tous nos voeux à Tristan et aux parents.

René

Anonyme a dit…

mes meilleurs voeux de bonheur à toute cette famille que je ne connais pas.
mais dont j'ai plaisir à lire les billets sur ce blog; Sandrine

Léo Mabmacien a dit…

Mes meilleurs voeux Bertrand pour cette belle nouvelle.
Léo

calamar a dit…

félicitations ! que du bonheur...

Bernard a dit…

Et un nouveau Bourguignon !
Mettre le berceau à coté des rayonnages pour un bon conditionnement à la bibliophilie.
Félicitations à la maman et au papa.
Bernard

Bertrand a dit…

Pas assez de temps ce soir pour poster le billet que j'avais prévu. Mais vous ne perdez rien pour attendre !! Parce que le Bibliomane est en colère !! une grosse colère !!! et demain ça va saigner !! Je vous promets du Audiard revu par Bernie Bonvoisin !!! Je suis très très en colère !! Et ça va se savoir !!

Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...