vendredi 24 décembre 2010

Henri Premier Estienne, locataire de la maison des Lapins. (1502-1520).


Dans la série « Les bonnes adresses du passé », continuons notre promenade dans le quartier de la Rue St Jacques, à Paris. Laissant l’imprimeur Poncet Lepreux en sa maison du Loup, tournons le coin de la rue pour gagner le clos Bruneau, plus précisément la maison à l’enseigne des Lapins (c’est ce qui s’appelle sauter du coq à l’âne …). C’est là qu’exerça l’imprimeur chef de file d’une dynastie : Henri Estienne premier du nom.

Fig 1 Une page de titre de l’imprimeur Henri Ier Estienne.


Le Clos Bruneau était une ancienne parcelle de vigne, appartenant à un certain Bruno, où fut érigée la Commanderie des Hospitaliers de Saint Jean-de-Jérusalem, composée d’une tour pour abriter les pèlerins et d’une église. Les Templiers possédaient aussi des maisons dont ils percevaient les loyers, telle la maison où Henri Estienne installa son imprimerie en 1502 (un an avant Josse Bade), in officina cuniculorum.

Le clos Bruneau, c’était un peu le cœur de l’Université ; une école de droit canon, Clauso Brunello universitatis Parisiensis y avait été fondée en 1384, d'où son nom de rue des Ecoles aux décrets, que l’on retrouve dans l’adresse d’Henri Estienne. Puis les collèges s’étaient multipliés : au XVIème siècle, le collège de Beauvais côtoyait le collège de Presles, celui de Dormans-Beauvais, le collège de Laon, etc. Un endroit qui ne pouvait qu’attirer les libraires et imprimeurs de tous poils.

Effectivement, les libraires, imprimeurs et relieurs pullulaient dans le quartier. Leurs maisons avaient toujours une enseigne, souvent celle d'un saint patron, parfois une devise, et portaient des noms pittoresques : « A l'enseigne de la Gargouille », « Au Livet sauvage », « A l'Ecu de France », « A l'image de Sainte Catherine », « La Maison de la Rose-Blanche et de la Hure-de-Sanglier », « A la Corne de Cerf », « Les Trois-Croissants » ou « A la Belle Fleur », etc …

Sur l’enseigne de la maison d’Henri Estienne figurait probablement un olivier et 3 lapins. Pour autant il ne fit jamais figurer sur sa marque ni l’olivier (adopté par Robert Estienne) ni les lapins (repris pour marque par Simon de Colines, l’associé et troisième mari de la Veuve Estienne). En fait Henri n’avait pas vraiment de marque ; il utilisait pour ses pages de titre de grandes compositions gravées, où apparaissaient les armes de l’Université de Paris : trois fleurs de lys et la main de Dieu faisant don du Livre, symbole repris par d’autres imprimeurs du quartier. Parfois, il ajoutait une devise, « plus olei quam vini ». (Allusion aux vignes du clos Bruneau ? Allusion au nom de sa mère, une Montolivet ?).

Fig 2 La marque de l’Université, adoptée par Henri premier


Fig 3 L’enseigne de la Maison du Lapin


Paradoxalement, le fondateur de la dynastie des Estienne n’a pas laissé beaucoup d’indices pour les biographes; le peu qu’on sache sur lui est tiré de ses propres impressions, le reste n’est que conjectures ! Des grandes étapes de sa vie, on ignore à peu près tout : sa date de naissance (Vers 1465-70), son lieux de naissance (Sans doute Paris, mais sa famille était du sud de la France et certains le font venir de Lambesc – Pierre étudie une piste tarasconnaise), jusqu’à la date de sa mort qui n’est pas connue avec exactitude !! (Quelque part entre juillet et octobre 1520).

Puisqu’ Henri premier est un imprimeur de légende, il ne faut pas hésitez à l’entretenir : Son père le destinait à une carrière sérieuse et vit d’un très mauvaise œil sa vocation de libraire-imprimeur, (Pourquoi pas saltimbanque, pendant qu’il y était !). Il le déshérita aussi sec. Inutile de dire que chez les Estienne, on ne mangeait pas tous les jours du lapin.

Nous ignorons aussi où il apprit son art. Peut-être avec l’allemand Hygman, qui meurt en 1500 et dont il épouse la veuve, Guyonne Viart. Les premières impressions qui lui sont attribuées avec certitude sont celles réalisées en 1501 – 1503, fruit de la collaboration avec l’imprimeur allemand Wolfang Hopyl, trois au total, dont le premier, qui a pour titre « introduction morale à l’éthique d’Aristote », est l’œuvre d’un certain Jacques Lefevre d’Etaples dont on va reparler. Ensuite il se mit à son compte et sur une production de 117 titres, très peu le furent en association avec des confrères. (Une avec Jehan Petit et Denys Roce en 1504, une autre avec Jehan Hongot en 1508, trois avec Jehan Petit en 1510, 1513, 1516, une avec Josse Bade en 1512.) Il imprima aussi un ouvrage en 1506 pour le compte des frères de Marnef, un pour Regnault Chaudière en 1518 et un dernier en 1519 pour le libraire de Bale, Conrad.

Henri était un artisan soigneux et appliqué, avec un certain gout pour l’esthétique. Il aimait les beaux caractères, les belles lettrines tarabiscotées, et les mises en page claires. J’aime bien le style de ses impressions, aux lettres alignées encore de manière un peu irrégulières, qui donne un genre « primitif ». Voyez plutôt :

Fig 4 Henri Estienne ne fabriquait pas ses caractères romains, il les faisait venir de Bâle, comme beaucoup de ses confères.


Fig 5 Mise en page dépouillée. Le livre présenté est la Somme théologique de Jean Damascène, publiée une première fois en 1507, traduction de Jacques Lefebvre d’Etaples, ici avec le commentaire original de Josse Clicthove, 1512.


Fig 6 Adresse d’Henri Estienne 1er. Henri mettait avec exactitude sur ses livres, la date de l’année, du mois et même du jour de la publication. Il prenait un certain plaisir à varier l’intitulé de l’adresse (Sans changer d’adresse pour autant). Ou bien il ajoutait un commentaire : ici, il souligne que l’impression des gloses est absolument la première. (Pour attirer les futurs bibliophiles, j’imagine !)


La plupart de ses titres étaient des livres de sciences ou de philosophie, au format in-quarto, plus rarement in-folio. On rapporte qu’il était très minutieux dans la correction de ses épreuves et que lorsqu’une erreur lui avait échappée, il la mentionnait dans un feuillet séparé. La chose était peu courante à l’époque, si bien que la légende en fit l’inventeur de l’erratum. En fait, il existerait des feuillets d’errata dans les éditions incunables, bien antérieures aux productions d’Henri Estienne. (Je n’en ai pas retrouvé sur mes rayons, mais Le Bibliophile Rhemus va combler cette lacune documentaire…)

Fig 7 Erratum du Theologia Damasceni.


La Maison du Lapin devait être une ruche où les savants de l’Université aimaient à se retrouver, ils apportaient des textes à imprimer ou intervenaient comme correcteurs des épreuves. Parmi eux, Jacques Lefebvre d’Etaples a été le plus fidèle. Ce professeur de philosophie au collège du Cardinal Lemoine, avait confié à Henri, on l’a vu, l’impression de son premier livre, en 1502, ils poursuivirent leur collaboration jusqu’en 1507, date de son départ pour Meaux. L’autre grand nom attaché à Henri Estienne est Josse Clichtove, (1472?-1543), qui édita et commenta les écrits de plusieurs Pères et docteurs de l'Église, auteur du commentaire de l’édition de 1512 sur Jean Damascène (1) et dont presque tous les ouvrages ont été imprimés chez Henri Estienne. Ses centres d’intérêts touchaient, un peu comme Jacques d’Etaples, la mystique des nombres et la philosophie d'Aristote, qu'il voulait débarrasser des erreurs, surcharges ou réductions que lui avait apportées la tradition scolastique. Son gout pour la logique structurale, voire arithmétique, se retrouve dans les commentaires de Jean Damascène.

Fig 8 Système 1


Fig 9 Système 2


Fig 10 Colophon


Les impressions d’Henri Estienne n’intéressaient guère les bibliophiles du XIXe siècle ; Renouard (2) ne consacre même pas dix pages au fondateur de la dynastie dans ses Annales des Estienne, et ses commentaires sont truffés d’inexactitudes. D’ailleurs, il écrit lui-même qu’Henri 1er est victime de ses choix éditoriaux et du désintérêt des lecteurs pour les écrits scolastiques, il ajoute que les amateurs n’allaient pas collectionner les textes abordés par l’imprimeur et préférait les éditions aldines ! Aujourd’hui, les bibliophiles s’entretueraient pour acquérir une impression d’Henri Ier Estienne… s’ils y en avaient sur le marché !

Bonnes fêtes à Tous
Textor

(1) In hoc opere contenta Theologia Damasceni/ quatuor libris explicata : et adjecto ad litteram commentario elucidata I De ineffabili divinitate, II De creaturarum genesi ordine Moseos, III De iisquae ab incarnatione usque ad resurrectionem Christo, IIII De iis quae post resurrectionem usque ad universalem resurrectionem . Paris, Henri Ier Estienne, 1512 - In fol. de (1) bl. - 203 ff - (2) bl.

(2) Annales de l'imprimerie des Estienne, ou, Histoire de la famille des Estienne et de ses éditions, Antoine-Augustin Renouard - 1843

36 commentaires:

Bertrand a dit…

Quel plus beau cadeau pouvait nous faire Textor que ce beau billet bien troussé comme à l'habitude !?

Merci encore de cette fidélité sans faille qui montre une détermination dans votre passion et surtout des soins attentifs au Bibliomane moderne.

L'année 2010 aura connu plusieurs défections inexpliquées parmi les contributeurs, qu'ils soient remerciés de leur participation.

Entre parenthèses, ne croyez-vous pas Textor que Hugh Hefner soit bibliophile ?? J'ai des doutes... les lapins... ne vous rappellent-ils rien ?? ;-)))

Bonnes fêtes à tous et surtout..
Mollo mollo sur le foie gras, je vous rappelle que vous mangez là de la bête torturée pour notre plaisir !! ;-)) ce qui n'est pas joli joli...

Bertrand Bibliomane moderne

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Les recherches ADN de l'Indiana Jones des cimetières n'auraient-elles pas démontré qu'il était le fils de Geoffroy Estienne, seigneur de Lambesc et de Venelles, et de Laure de Montalivet ?
Deshérité en 1482 pour s'être adonné à l'art nouveau, il pratiquait donc cet art depuis vingt ans quand il publia son premier ouvrage en 1502 avec Wolfgang Hopyl.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Montolivet, pardon.

Pierre a dit…

Pour s'attirer les faveurs des bibliophiles, les éditeurs, comme Henri Estienne à cette époque, n'hésitaient pas à utiliser les superlatifs les plus dithyrambiques dans leurs pages de titre! Je trouve donc une certaine modération dans la présentation des ouvrages d'Estienne. J'aimerais néanmoins comprendre l'intérêt de porter le jour, le mois et l'année dans cette même page de titre ;-)) Pourquoi pas le temps qu'il faisait ?

Les lettrines sont magnifiques et la présentation a pu inspirer certains typographes du 20eme siècle comme Louis Jou. Je suis ébahi par la blancheur des pages présentées. Quel ouvrage ! Votre article est un cadeau de Noël, Textor. Bonnes fêtes de Noël à vous aussi et au bibliomane moderne. Pierre

Eric a dit…

Merci pour ce billet.

Joyeuses fêtes à tous.

Eric

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Renouard date un peu ...
Errata est invariable, qu'il y ait une ou plusieurs fautes.
Pourquoi conserver "errata" alors que le mot français existe bien ; "correction(s)" ?
Estienne n'en est à l'évidence pas l'inventeur, vous l'avez dit, et bien dit, Textor.
Vos papiers sont passionnants : je suis preneur pour La Nouvelle Revue des livres anciens.

Textor a dit…

Merci à Tous pour vos sympathiques commentaires.

Bertrand, il me semble que vous ne faites pas bien la différence entre un ange céleste et un lapin … si vous n’êtes pas à la messe de minuit, vous pourriez peut-être inverser les légendes des figures 2 et 3 !! :))

Mes recherches ne m’avaient pas permis de remonter dans la vie d’Henri Estienne jusqu’en 1482. Jean Paul a des archives secrètes inconnues des biographes ! J’aimerais bien connaitre les titres des impressions d’Henri 1er entre 1482 et 1502 ; A moins qu’il n’exerçait chez un autre imprimeur. Y avaient-il des proto-imprimeurs à Lambesc ??

Pierre, c’est une bonne idée d’ajouter la météo dans les colophons : « imprimé le 24 décembre 2010 , à Tarascon, au cours d’une tempête de Neige ». ça jette !

Textor

Bertrand a dit…

La messe ? euh... non ! Pas trop.

Je fais les corrections adéquates...

PS : je vois que vous n'avez pas relevé mes plaisanteries "lapinesques" concernant Hugh Hefner. Vous êtes un homme sage Textor, peut-être même n'avez-vous aucune idée de qui est Hugh Hefner, et là vous êtes même un saint homme !!

B.

Textor a dit…

Si, si, je connais ce monsieur, d'autant plus que j'ai eu un procès contre lui !( nous ne nous disputions pas une playmate mais un droit de passage au fond du jardin !)
Vous croyez qu'il avait en tête l'oeuvre d'Henri Premier quand il a choisi son logo ?
T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Quand on habite la Provence en 1480et qu'on veut apprendre l'art nouvellement inventé, on ne peut le faire qu'à Vienne, Toulouse (un peu plus loin), Lyon (encore plus loin), Salins, Chablis, Strasbourg ou Paris.
En réalité, les seuls ateliers solidement installés en 1480 ne se trouvaient qu'à Toulouse, Lyon, Chablis, Strasbourg et Paris, et Estienne a probablement pris la direction de Toulouse, métropole typographique du midi de la France, à moins d'être monté directement à Paris, en s'arrêtant ou non à Lyon.

Textor a dit…

Puisque le Bibliophile Rhemus est un super-forme, je suggère qu’il nous écrive un article dans un des prochains numéros de la NRLA sur guyonne Viart.

Fallait-elle qu’elle aime les beaux livres pour épouser successivement 3 imprimeurs !! J’imagine que cette femme devait être « dans le vent» (la nouvelle technique était révolutionnaire et devait passionner les jeunes filles, comme aujourd’hui elles s’enflamment pour les belles voitures rouges italiennes)

T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

L'article est quasi prêt, puisqu'il n'y a plus qu'à le rédiger.
Il paraîtra donc dans le n° 5-juin 2011 de LA NRLA.
Que les amateurs s'abonnent !

Gonzalo a dit…

Merci pour ce billet, Textor.

Y avait-il des lapins sur l'enseigne d'Henri Estienne?

Je croyais que Simon de Colines, son gendre, avait choisi cette enseigne en raison du jeu de mots avec son nom (colines, conils).


Autre question : Peut-on savoir d'où vient cette piste provencale pour Henri Estienne?
De mémoire (je réveillonne loin de ma doc), il me semble qu'Estienne est messager juré de l'Université dans une ville de Picardie... J'en avais déduis, un peu vite, une origine nordique d'Estienne, mais vous me semez le trouble avec la Provence : quels sont vos sources?

J'aime ces discussions stimulantes! :o)

bon noel à tous.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Henri I est bien né dans les environs d'Aix-en-Provence vers 1465. A Paris, il fut effectivement messager juré de l'Université de Paris.Henri n'a pas de marque personnelle.
C'est son fils Robert I qui inventa la marque de l'Olivier dont la version la plus ancienne apparaît sur la page de titre de son "Dictionarium seu latinae linguae thesaurus".

Le Bibliophile Rhemus a dit…

J'ai oublié les lapins.
Effectivement, Gonzalo, Simon de Colines ne faisait qu'allusion à son nom en transposant les lettres et en lisant "conils" au lieu de "colines", en faisant représenter des lapins à côté de ses initiales.

Textor a dit…

Oui, ce jeu de mots entre conils et colines serait à l’origine de la marque de Simon de Colines si l’on en croit le journal des sçavans, (Volume 63), Ces sçavans-là pensaient sans doute que Colines était dyslexique ou qu’il aimait les calembours, mais cela dit, la blague tourne court en latin (colinaeus et cuniculus).

Les maisons de l’époque étaient désignées le plus souvent par le nom de l’enseigne qu’elles portaient ou par un élément architectural sculpté; celle d’Estienne était nommée Maison des lapins (officina cuniculorum ), on ne sait pas pourquoi, et comme Colines continua l’exploitation du fonds d’Estienne comme tuteur de Robert, avant de déménager un peu plus tard au Soleil d’or , toujours rue Jean de Beauvais, puis de prendre en 1527 la marque du temps, il est tout de même plausible que sa première marque et l’enseigne de la maison soient similaires. Mais c’est une simple hypothèse qu’il conviendrait de vérifier avec des sçavans de Marseille!

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Hypothèse recevable, Textor, mais cela tombait bien quand même de pouvoir y ajouter un jeu de mots.

Textor a dit…

Perrousseaux ( que j'aurais du consulter plus tôt mais il me manque toujours une partie de ma doc quand je rédige mes articles !) soutient cette thèse. Il écrit ( p 190) " ... Wolfang Hopyl. C'est en 1501 que parait le premier livre portant leur 2 noms; il s'agit d'une introduction morale à l'éthique d'Aristote, par Jacques Lefèvre d'Etaples. Leur maison a pour enseigne des lapins, marque que Simon de Colines reprendra par la suite pour un temps ( fig 348).
Ouf !
J'aurais pas voulu vous tendre un lapin sur ce coup-là !! :)

T

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Cette hypothèse, ancienne et très vraisemblable, est d'Auguste Bernard ("Geofroy Tory", 1857, p. 97 et 343).
L'ouvrage de Yves Perrousseaux n'est pas celui d'un chercheur (qui trouve), mais d'un compilateur, très respectable, évidemment.

Textor a dit…

Merci Jean Paul,je vais aller de ce pas à la médiathèque consulter Auguste Bernard.

Je suppose que les chercheurs du 19ème siècle ont épluché les archives notariales et autres terriers des templiers du clos Bruneau et qu'ils sont tombés sur cette histoire de lapins.

Perroussezaux a l'avantage d'être un compilateur-vulgarisateur moderne qui a travaillé sérieusement,on peut imaginer qu'il a intégré les dernières avancées en histoire de la typographie, mais il ne cite pas toujours ses sources, c'est vrai.

Bonne journée. Il fait moins dix ici, je crois que je vais rester au chaud dans la bibliothèque !!

Gonzalo a dit…

Perrousseaux fait un excellent boulot de compilation : il nous manquait une synthèse de cette ampleur sur l'histoire de la typographie.

Oeuf corse, il y a quelques inexactitudes, et l'auteur ne fait pas toujours une place aux derniers développements de la recherche, mais son bouquin est quand même très commode et bien fichu.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Je pense qu'on doit pouvoir trouver le Tory de Bernard sur Gallica ou Google books. Je n'ai pas vérifié, ayant le Bernard sous la main.Ici, à cette heure, -7° C sur le balcon : je reste aussi au chaud. Les vieux risquent gros : fractures, oedème aigu du poumon, pneumopathie, etc.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Pour Perrousseaux, mon propos (toujours difficile à rendre exactement sur un courriel)n'était pas une critique négative.Nous sommes tous,le plus souvent, des compilateurs.Et je me range à l'avis de tous qui disent qu'il est très pédagogue.

Lauverjat a dit…

Bravo et Merci Textor pour cet article et merci aux auteurs des commentaires... mes fiches s'enrichissent.
Sur Colines, une étude intéressante a été publiée par Jeanne Veyrin-Forrer dans un catalogue consacré en 1995 par Fred Schreiber.
Simon de Colines hérita bel et bien de Henri Estienne sa marque aux lapins qu'il abandonna avec retard après son déménagement au "Soleil d'or" en 1526. Il avait surtout épousé vers 1520 la veuve de Henri Estienne. L'histoire des femmes dans l'imprimerie reste à écrire...ou existe-t-elle déjà?
Pour les corrections on raconte que les Estienne affichaient leurs épreuves sur leur devanture pour que les passants trouvent les coquilles ... s'ils pouvaient! Je ne sais pas si cette histoire est accréditée.
On retrouve ces personnages et beaucoup d'autres dans le roman d'Anne Cunéo, "le maître de Garamond", une lecture sympa par le froid d'aujourd'hui.

Bonnes fêtes

Lauverjat

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Pour les femmes dans l'imprimerie, Lauverjat, voir Romeo Arbour.

Bertrand a dit…

Je suis vos débats avec attention Messieurs ! Que de sérieux en cette période festive, cela invite au respect et surtout me motive pour vous livrer en 2011 des billets à la hauteur de vos attentes (je sais que je pourrai toujours compter sur Textor pour vous satisfaire).

Concernant les femmes et l'imprimerie, Romeo Arbour effectivement, et d'ailleurs les plus attentifs auront retenu que le Bibliomane moderne n'est jamais loin ... voir ici en archives...

http://le-bibliomane.blogspot.com/2008/11/les-femmes-et-les-mtiers-du-livre-1600.html

Bonne lecture, bonnes fêtes !

Bertrand Bibliomane moderne

Textor a dit…

Romeo Arbour s'est intéressé au 17ème siècle. Le siècle précédent a été également fécond pour les femmes-imprimeures et autres muses des typographes. Un ouvrage resterait à écrire : il y a Guyonne Viart, mais aussi Charlotte Guillard, la veuve Chevallon, qui, non contente d’épouser plusieurs imprimeurs, décidait des orientations éditoriales et planifiait la production, et surement quelques autres que je n'ai plus en t^ete.

J’ai trouvé le titre pour le futur article de la NRLA : "Guyonne Viart, la femme qui aimait les types" ! :))

Textor

Bertrand a dit…

Textor, vous avez du pain sur la planche...

Lister les femmes.. oui.. et c'est sans compter sur les "infidèles" des imprimeurs et autres libraires, amantes, maîtresses, muses d'un jour ou de toujours, celles de l'ombre, inspiratrices au petit jour... ou dès la tombée de la nuit...

Je vous laisse travailler sur le sujet...

Bertrand Bibliomane moderne

Le Bibliophile Rhemus a dit…

A Reims, de 1585 à 1766, elles furent dix veuves d'imprimeurs à tenir, plus ou moins facilement, l'atelier de leurs défunts maris.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

et on peut y rencontrer, effectivement,des aventures singulières ... pas plus ni moins que dans la population générale ...

Gonzalo a dit…

Arbour a travaillé sur le XVIIe siècle, et a publié un gros réperoire.

Il y a eu plusieurs articles publiés sur les veuves d'imprimeurs du XVIe siècle. Pour Paris, Yolande Bonhomme (veuve Kerver) et Charlotte Guillard (veuve Rembolt, puis Chevallon) ont été étudiées par Beatrice Beech ; Françoise de Louvain (veuve Langelier) par Michel Simonin et Jean Balsamo.
Plusieurs articles de synthèses ont aussi paru dans des actes de colloques (voir par exemple Sylvie Postel-Lecocq, "Femmes et presses à Paris au XVIe siècle", Le livre dans l'Europe de la Renaissance, Tours, 1985).
Mais le sujet est encore méconnu, parce que seules les sources d'archives permettent d'appréhender le rôle joué concrètement par ces femmes dans les métiers du livre - et les archives manquent souvent, ou sont d'exploitation difficiles.

Textor a dit…

Merci pour ces compléments, BiRhemus et Gonzalo, je crois qu'il va falloir que nous comblions ce vide par un gros volume, publié aux éditions du Bibliomane Moderne, sur l'histoire des femmes imprimeurs, graveurs, libraires, au XVIème.

Il n'y avait pas tant de métiers intellectuels qui leur étaient ouvert, c'est étonnant que persone n'ait encore traité du sujet autrement que par des petits articles et des communications.

Je vois bien Bertrand se charger du chapitre "qui couche avec qui? transmission d'ateliers et généalogie", tandis que Gonzalo fera la partie historique et le bibliophile Rhemus le chapitre: " Y a-t-il une impression féminine ? le question éditoriale et le sexe".

Qu'en pensez-vous ? Pierre, vous voulez un chapitre ? :)

T

Anonyme a dit…

À propos des contributeurs qui se font rares... cela ne signifie pas qu'ils aient disparu! Il existe un très beau "Tableau généalogique et héraldique" de la famille Estienne dans l' "Essai sur la Typographie" d'Ambroise Firmin-Didot, publié dans le tome 26 de l'Encyclopédie moderne (Paris: Firmin Didot, 1851). On y apprend que les ancêtres de Henri Ier Estienne étaient au XIIIe siècle seigneurs de Lambesc (en Provence) et qu'ils appartenaient à une "ancienne race de chevaliers". Henri, fils de Geoffroy ou Godefroy et de Laure de Montolivet, aurait été deshérité par son père en 1482, mais il n'est pas dit pourquoi. Ambroise Firmin-Didot ajoute que c'est en souvenir de sa mère qu'Henri Estienne adopta l'olivier comme emblème "faisant revivre ainsi les armes de sa mère, puisque son père l'avait privé des siennes". On dirait du Corneille!
Amitiés et bonne année à tous!
Yves

Bertrand a dit…

Yves is back ! Yes ! (sourire) merci pour ce supplément d'information absolument non négligeable.

et meilleurs voeux pour 2011...

B.

M. Roulot a dit…

Bonjour, il est bien tard pour relancer ce fil, mais je n'y accède qu'aujourd'hui, en "compilateur" amateur. J'étais en train de tracer la marque de Guillaume Chaudière par mon Académie Françoise, première édition de 1577, quand j'ai dégagé les relations entre Simon de Colines et les Chaudière qui devaient reprendre (du moins, le troisième héritier) la marque du dernier époux de Notre chère Guyonne.
J'avais évoqué ces histoires de coucheries dans les passations de privilèges en postant un article sur Plantin Moretus il y a quelques mois (voir: http://laitramshop.blogspot.fr/2014/09/mes-petites-politiques.html ; c'est assez nouveau, comme je suis relativement novice...) J'en plaçais une pour "ce coquin de Sabon" qui après avoir quitté Plantin, se relança à Francfort auprès de la veuve Egenolff. Mais celle-ci en était une autre!!! Elle devait se consoler en troisième noce avec Conrad Berner; en voilà une dame qui contribua pour beaucoup à la condition des imprimeurs!

Merci pour ces études. Je me précipite sur Romeo Arbour et serai dans les premiers clients pour une histoire de l'imprimerie par ses amours...

Bien à vous.

Martial. Débutant. Vient d'acquérir son deuxième vieux livre...

Anonyme a dit…

Bonsoir Martial. Il n'est jamais trop tard pour commenter les articles bibliophiliques de ce blog et pour partager vos idées ou vos connaisances avec les autres passionnés qui viennent le visiter. Merci !
Textor

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