dimanche 12 décembre 2010

Un petit billet de Jules Janin où il est question d’une bibliothèque…


Espace Janinomania, rubrique "podagrerie" et grande vente de livres.

Jules Janin griffonnait ses billets au même rythme endiablé avec lequel nous tapons nos e-mails.

Son écriture est parfois difficile à déchiffrer. L’âge et les douleurs le contraignirent d’ailleurs avec le temps à confier sa correspondance à la plume soignée de ses secrétaires ou de son épouse, Adèle.

Dans les quelques lignes de ce billet (autographe celui-là, on en jugera !), J.J. fait allusion à une bibliothèque dont la vente eut un certain retentissement en son temps. Pas de révélations majeures sur les Arts et Lettres ni la bibliophilie, mais de la rondeur…et des cristaux d’acide urique dans les articulations !

Un mot de Jules Janin, juste comme il faut pour « truffer ».


Une idée sur le destinataire peut-être ?

Bonne soirée,
Raphaël

12 commentaires:

Bertrand a dit…

Merci Raphaël d'offrir ainsi au Bibliomane moderne une "Janinerie" de plus !! Je ne néglige jamais ce gros-homme... (sourire).

Je me verrais bien truffer un exemplaire de son ouvrage "Le livre" (un des ex. sur Hollande) avec ce petit billet... (sourire).

Bon, je trouve que décidément je souris beaucoup trop ces derniers temps... je vais réfléchir au destinataire potentiel de cette missive mystérieuse...

Bonne nuit,
Bertrand Bibliomane moderne

Textor a dit…

Effectivement, ce n’est pas très facile à lire ! Je ne veux pas parler de votre article, Raphael, qui est très bien, mais de l’écriture de J.Janin qui avait toutes les qualités pour devenir médecin !
Le destinataire de la lettre est qualifié de « cher Confrère », ce qui donne une indication, sinon sur son identité, du moins sur sa qualité, il ne pouvait s’agir que d’un journaliste, voire d’un feuilletoniste. La liste doit être réduite si on ajoute le fait que ce journaliste était bibliophile.
Je ne vois guère que Jules Richard (1825-1899) pour satisfaire à ces critères, puisqu’Octave Uzanne et Jean Paul Fontaine étaient trop jeunes à la date de la lettre.

Textor

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Janin parle ici de la vente Debure.

Le Bibliophile Rhemus a dit…

Pardon, j'ai oublié l'essentiel : vente des frères Jean-Jacques (+1853) et Marie-Jacques (+1847) Debure en 1853.
Le destinataire pourrait être un de la "clique" du Journal des Débats, ou son ami Paul Lacroix, ou son secrétaire Albert Piedagnel, ou encore son conseiller Albert Patin de La Fizelière....difficile à résoudre.

Raphael Riljk a dit…

Le document est entre les mains du NCIS et autres Experts de tous poils pour identification précise.

Au portrait-robot que vous avez esquissé avec brio, on peut ajouter les remarques suivantes :

"Cher confrère !" (notons le point d'exclamation qui a peut-être une signification façon 'Bienvenue au club !')

"On fera ce que vous voudrez, mais
j'aurais été fort content de parler de vous et de montrer publiquement l'amitié que
je vous porte."
Manifestement, le destinataire avait bénéficié de quelque honneur récent qu'il souhaitait marquer discrètement;

"Il parait que vous avez tâté de la bibliothèque J.J.(?) Debure.
Je vous en fais bien mes sincères compliments."
Effectivement bibliophile mais ne s'en vantant pas; JJ l'apprend par la bande. La vente JJ De Bure s'est tenue en décembre 1853 comme le rappelait le BiRhé. Difficile de se prononcer sur la sincérité des compliments de JJ...On connait les bibliophiles...

"Hélas, la goutte et la pauvreté m'ont empêché de mettre le bas de mon nez dans cet eldorado."
Suffisamment proche pour ne pas lui masquer ses petites misères. Eldorado, effectivement cette bibliothèque semblait bien l'être;

"Je suis tout à vous de tout coeur"
On écrit pas cela à un homme que l'on aime pas.


"16.06.54"
On aurait envie de lire '53 mais si la vente a eu lieu, il faut lire '54, soit six mois après la vente.

Nous sommes plus rapides pour les commenter ici!


Raphael

Textor a dit…

Cette retranscription est la bienvenue ! Raphael ne lit pas que les pattes de mouche du XVème siècle, il excelle aussi sur celles des bibliophiles gouteux...

Pour le reste,il y a encore bien des incertitudes. Vous avez regardé sur Wikileaks ?
T

Pierre a dit…

Ami, proche, confident... A de la Fizelière ou Paul lacroix me semblent de bonnes suppositions.

Merci pour la transcription, Raphael ! J'y serais encore sans votre aide. Pierre

Textor a dit…

Je cherchais du côté du bibliophile Jacob.

A la vente de la bibliothèque Janin, Paul Lacroix a écrit un joli texte nécrologique : « Il est dans la destinée des bibliothèques de disparaître tôt ou tard avec leurs possesseurs. Ainsi que les morts, dans la ballade de Goethe, les bibliothèques vont vite. Et la bibliothèque de Jules Janin aura vécu plus qu'elles ne vivent d'ordinaire, car notre pauvre ami a commencé de former la sienne en 1835 ou 1836, et ce n'est qu'au bout de quarante ans que cette bibliothèque va tomber dans la fosse commune des ventes publiques. »

La suite est ici

http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache:R0X8-bucSfsJ:www.textesrares.com/janin_1.htm+janin,+fizeli%C3%A8re&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr

Mais en fait, ni lui, ni les deux confidents, que sont MM. Piedagnel et A. de la Fizelière, l'un secrétaire dévoué et désintéressé de Jules Janin, l'autre son admirateur assidu et son intime conseiller, n’auraient été qualifiés dans une lettre de « Cher Confrère » , qui reste un qualificatif un peu distant.
Il faut encore chercher.

Textor

Bertrand a dit…

Et que penseriez-vous de Sainte-Beuve comme candidat au poste de "cher confrère" et correspondant de J. Janin ??

Sainte-Beuve dont J. Janin occupera le siège à l'Académie française en 1870.

Pure spéculation... à creuser...
Je n'ai aucune connaissance sur leur intimité.

B.

Raphael Riljk a dit…

Toutes hypothèses ingénieuses et érudites. Bibliophile, Sainte- Beuve ?

Pour rajouter une couche, Il y aurait aussi Ustazade SILVESTRE de SACY, rédacteur au Journal des débats pendant vingt ans (donc confrère et vieille connaissance), conservateur de la bibliothèque Mazarine, élu à l'Académie française le 18 mai 1854 (l'événement)et qui avait consacré à la future vente De Bure un article resté fameux le 25 Octobre 1853 (bibliophile). On peut en lire des extraits ici :
http://books.google.fr/books?pg=PA356&dq=de+sacy+biblioth%C3%A8que+jj+de+bure++d%C3%A9bats&ei=F7kATa-zCMeUOuyvmaYB&ct=result&id=AwQ_AAAAcAAJ#v=onepage&q&f=false

Dans ce cas, le "il parait que vous avez tâté..." serait ironique.

Capillitraction ?


Raphael

Bertrand a dit…

oui Sainte-Beuve était bibliophile, voir un article que j'avais écris en son temps et qui se trouve encore archivé ici : http://www.librairie-amour-qui-bouquine.com/sainte_beuve_blog.html

On peut lire :

"Sainte-Beuve meurt à Paris le 13 octobre 1869 et c’est le lundi 21 mars de l’année suivante que débute la vente de la première partie de sa bibliothèque. La vente de la seconde partie débute quant à elle le lundi 23 mai 1870 et durera encore quatre jours. Ce sont près de 1.800 numéros qui sont jetés à l’encan de la rue des Bons Enfants, au n°28 (maison Silvestre, salle n°1). C’est L. Potier qui en est l’expert."

Par ailleurs je crois me rappeler que la librairie Sourget proposait il y a de cela quelques années un exemplaire en vélin du XIXe siècle des Oeuvres de Baïf (1572-1573) avec la signature de Sainte-Beuve sur les titres et des notes autographes. Possède-t-on ce genre d'édition si l'on est bibliophile ?

J'ai lu depuis hier soir les liens entre Sainte-Beuve et Janin, il semble que l'élection à l'Académie de Janin ait été pour Janin un motif de plus ou moins de brouillerie et de médisance envers Sainte-Beuve. Sinon tout reste possible.

Silvestre de Sacy me semble aussi une bonne piste.

Ce billet deviendra bientôt un cold case... célèbre ;-))

B.

Textor a dit…

Faudrait faire des relevés ADN sur la lettre...

Toujours est-il que ce petit article m'en a appris beaucoup sur le petit monde des journalistes-bibliophiles.

T

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