lundi 27 février 2012

Description d'un joli livre illustré érotique : La Matinée libertine ou les Moments bien employés par Andréa de Nerciat. Pointes sèches de Legendre.



Histoire de rester dans l'ambiance un peu moite qu'a initié le Vicomte Kouyakov avec son dernier billet sur les illustrés libres anticléricaux, voici une autre petite réjouissance que j'ai le plaisir de tenir entre les mains. La Matinée Libertine ou les Moments bien employés par André de Nerciat. Volume illustré de pointes sèches et dessins de Jean-Gilles Legendre. Publié à "Paris MCMXXVIII" (1928). C'est un petit in-4 (23 x 18 cm) de 118 pages et contenant, outre de nombreux petits dessins érotiques au trait coloriés dans les marges du texte, 1 joli frontispice à l'eau-forte en couleurs et 8 eaux-fortes hors-texte également en couleurs.

Ce joli volume a été imprimé pour des souscripteurs restés anonymes, il n'a donc pas été mis dans le commerce, d'ailleurs comme la plupart de ces ouvrages légèrement illustrés de cette époque. Le tirage est assez restreint : 196 exemplaires en tout, savoir 1 exemplaire unique sur vieux Japon contenant tous les dessins originaux, tous les états des pointes sèches, les illustrations de cet exemplaire ayant été coloriées par l'artiste. On chercherait aujourd'hui vainement cet exemplaire qui doit pourtant bien être quelque part. 8 exemplaires sur Japon Impérial contenant tous les états des pointes sèches. 12 exemplaires sur Hollande Van Gelder contenant le premier état des pointes sèches avec remarques. Enfin, 175 exemplaires sur vélin à la forme (avec l'état définitif en couleurs des eaux-fortes). Celui-ci porte le n°67 et fait donc partie de ces derniers exemplaires. Le premier plat de couverture est illustré d'une vignette en couleurs.

Le texte est trop connu pour que nous ne revenions trop longuement dessus. Disons que ce roman La Matinée libertine ou les moments bien employés a été publié anonymement sous l'adresse de Cythère, 1787, 144 p. C’est un écrit qui se situe dans la même veine et dans le même style que ceux du Diable et des Aphrodites. Comme le titre le laisse pressentir, il s’agit de la description d’une matinée passée par une jeune Comtesse. Le récit se compose de quatre dialogues où règnent frivolité et libertinage. L'attribution à de Nerciat reste incertaine. En ce qui concerne la Matinée, les avis des critiques restent partagés. D’un côté Vital-Puissant, Poulet-Malassis et Marion Toebbens l’attribueraient plutôt à Mérard de Saint-Just, tandis que Apollinaire, Kearney, Denise Miège, Hubert Juin et Sarane Alexandrian l’octroieraient à Nerciat. Pour en savoir plus je vous invite à vous reporter à cette étude fort bien documentée sur cet ouvrage et ses origines.

Ce qui nous intéresse ici, ce sont les jolies illustrations annoncées sous le nom de Jean-Gilles Legendre. Qui peut bien être ce Jean-Gilles Legendre que je ne connaissais ni d’Ève ni d'Adam ?

Jean-Gilles Legendre est, il fallait s'y attendre pour ce genre de publication, un pseudonyme, celui de Gaston Trilleau. Vous me direz, qui est Gaston Trilleau ? Il n'a certes pas laissé une grande trace dans le domaine de l'illustration érotique non plus que dans l'illustration tout court. Personnellement je n'avais jamais croisé aucun livre illustré de sa main. Peu connu, c'est certain. Inconnu, pas vraiment. Gaston TRILLEAU (1874 - 1945) était un humoriste et graveur qui collabora à plusieurs revues humoristiques avant la guerre de 1914 - 1918. Il illustra notamment le Vieux cahier de chansons, la Lanterne magique, la Nouvelle méthode pour apprendre l'anglais, l'Art et manière de découper le poulet, ... et au moins un illustré érotique, celui-ci. Si vous en connaissez d'autres ? ...

Jean-Pierre Dutel dans sa Bibliogaphie des ouvrages érotiques publiés clandestinement en Français entre 1920 et 1970 indique : "Édition imprimée en 1928 par Maurice Duflou. Elle est ornée d'un titre et de 8 pointes-sèches en couleurs ainsi que de 72 dessins."

Je vous laisse donc admirer d'un œil curieux et non distrait ces jolies pointes sèches tout à fait dans le ton de l'ouvrage et qui sont, à mon goût, très réussies.











Bonne soirée,
Bertrand Bibliomane moderne

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Le bonsoir. Veuillez tout d'abord pardonnez mon ignorance en cette passion qu'est la vôtre, mais je souhaiterais savoir ce que signifie la mention de "mille" sur la page de titre d'un ouvrage ? Car je peux lire, y compris sur des éditions originales: "quinzième mille", "12e mille" etc... et je ne sais à quoi m'en tenir. Je pose cette question sur ce blog car je n'ose le demander à mon mari bibliophile puisque je veux lui faire une surprise et ne pas me tromper; ainsi, vous vous en doutez, il verrait très vite qu'il y a anguille sous roche. Cordialement et bien merci d'avance. Aline

Bertrand a dit…

tout d'abord Aline, merci de nous lire. Ensuite, offrir à son mari un livre de bibliophilie bien choisi c'est sans doute ce qu'on peut rêver de plus raffiné comme cadeau.

Pour vous répondre simplement, disons que les éditeurs, à partir d'une certaine époque, disons la deuxième moitié du XIXe siècle, ont choisi cette dénomination de "mille" pour compter les tirages successifs qu'ils faisaient d'un même ouvrage.

Ainsi, pour une édition originale de Zola par exemple, chez Charpentier, vous aurez des exemplaires "sans mention de mille" (c'est à dire que ni sur la couverture jaune imprimée ni sur la page de titre vous ne trouverez de mention de mille). Ces exemplaires sont dit sur papier d'édition, sans mention d'édition. Ce ne sont pas à proprement parlé toujours de véritables éditions originales cependant puisque ce terme devrait être réservé aux grands papiers imprimés (s'il y en a eu, ce qui n'est pas toujours le cas). Ainsi les ouvrages dont il n'y a pas eu de grands papiers (papier de Hollande, papier Japon ou papiers de Chine), sont bien en édition originale dès qu'il n'y a pas de mention de "mille".

Le tirage fait par les imprimeurs se faisait par tranche de 1.000 exemplaires. Ainsi lorsque vous avez une édition de Zola portant la mention de "soixante-quatrième mille", cela signifie qu'il y a eu au moins 64.000 exemplaires d'imprimés depuis les premiers exemplaires sortis des presses. Ainsi la date peut varier avec celle de l'originale. Vous avez des ouvrages à succès de Zola qui ont été jusqu'au 260e mille voire plus... bien des années après la véritable originale.

Ainsi pour résumer, si vous voulez une originale, il faudra éliminer les mentions de mille qui signifient toujours un tirage postérieur. Plus le nombre de mille est élevé, plus la valeur de l'ouvrage est basse. Le tirage sur grand papier étant le nec plus ultra. Le prix s'en ressentira évidemment pouvant aller du simple au triple voire au décuple.

Attention ! Ceci n'est qu'un résumé rapide et forcément erroné en partie. Il existe de fausses mentions de mille, notamment sur les couvertures des livres. Ces mentions étaient alors destinées à tromper le client et à vendre les exemplaires restant du premier tirage ou des tirages antérieurs.

En espérant avoir en partie répondu à votre question.

A bientôt,
Bertrand

Textor a dit…

Pardonnez moi Bertrand, mais, rapport à la dernière gravure, dans le mille, je ne crois pas que ce soit le sens que vous lui donnez...

Bertrand a dit…

Textor au piquet ! :-)

B.

Camille MM a dit…

Charmantes illustrations érotiques... complètement inconnues de moi. On en découvre tous les jours. Merci beaucoup pour le partage.

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