vendredi 23 novembre 2012

Anecdotiana du Bibliomane moderne : Le Libraire Glady.

Un rédacteur de la République française, visitant le nouvel asile municipal de nuit ouvert à Paris, y a rencontré, sollicitant son admission, un libraire dont nos lecteurs n'ont sans doute point oublié le nom, Louis Glady. Voici ce que raconte le chroniqueur :

"Un homme d'une quarantaine d'années se présente au guichet.
" - Votre nom ?
" - Louis Glady.
" - Votre état ?
" - Homme de lettres, ayant demeuré rue Cloche-Perce.

" Homme de lettres ? Par-dessus la tête de l'employé, nous regardons curieusement ce pauvre hère. Louis Glady ? C'est un nom parisien ... et bien connu celui-là, il y a quelque dix ans. L'erreur n'est pas possible. C'est bien un des frères Glady qui frappe à la porte de l'asile. Les Glady tinrent autrefois une boutique d'éditeur bien achalandé, rue des Colonnes, près de la Bourse. Ils publièrent d'abord, à grands frais, une Manon Lescaut (1875) avec eaux-fortes de Flameng et préface d'Alexandre Dumas ; puis une Imitation de Jésus-Christ, traduite par Veuillot et que J.-P. Laurens commença à illustrer ; Veuillot l'arrêta dans son travail ; il ne le trouvait pas assez mystique. Enfin, un des Glady - Albéric - s'avisa de toucher une plume et écrivit un grand roman, Jouir (1875), dont le titre n'était pas seulement prometteur de polissonneries. L'auteur de Jouir fut condamné durement, et, en compagnie de son frère Louis, passa en Angleterre. De là, nous vinrent avec cette firme énigmatique : Non Gladio Gladi des éditions bizarres ; une Daphnis et Chloé où les paroles du berger étaient imprimées en bleu et celles de la bergère en rose. Puis un beau matin, éclipse complète des éditeurs de Jouir. Il a fallu le hasard d'un reportage dans les bas-fonds parisiens pour amener à la surface le nom du survivant des deux frères."

Ainsi va la vie ... si vous entendez parler des frères Glady ... complétez leur histoire ! (ils méritent).

Cette anecdote a été relevée dans la Gazette Bibliographique de la revue Le Livre, Bibliographie Moderne, livraison n°86 du 10 février 1887, page 98, Octave Uzanne rédacteur en chef.

Nous ne savons ni la source, ni le conteur de cette historiette bien plaisante. Si cette rubrique Anecdotiana vous plait, je vous en proposerai d'autres prochainement.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

2 commentaires:

Anonyme a dit…

aucun commentaire en 24 heures ! quelle honte ! Bertrand va arrêter ses anecdotiana, ce serait vraiment dommage. Alors Bertrand, rien que pour moi, continuez

Bien cordialement
Patrick C.

Bibliothèque dauphinoise a dit…

Je me réveille ! La réponse à la question de Bertrand est OUI, oui à des anecdotes comme celle, savoureuse, de la servante et son Montaigne.
Jean-Marc

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