lundi 12 novembre 2012

Courrier des lecteurs : M. H. s'interroge : quel est le meilleur moyen de devenir libraire (de livres anciens et d'occasions) ?


Quel est le meilleur moyen de devenir libraire
(de livres anciens et d'occasions) ?


"Cher rédacteur du très estimable blog « le bibliomane moderne », Je me permets de vous écrire ces quelques lignes pour solliciter votre renfort afin de trouver auprès de vous conseil. Je suis étudiant à l’université de philosophie de Strasbourg (ma première année), un lieu fort propice à la méditation et au plaisir de l’esprit. Cependant me voilà gagné, depuis déjà un certain temps, par un étrange sentiment : je crois que je suis tombé amoureux des livres, et plus particulièrement des beaux livres! C’est devenu une véritable obsession qui me pousse sans cesse à me renseigner, à étudier toujours plus sur la diversité des livres et leurs secrets. Ce qui me plaît le plus dans cet objet est la beauté des matières (tel que le cuir, le papier,…), la sagesse qu’il renferme, la splendeur des gravures … bref tout ce qui fait le charme d’un livre. J’aimerais réellement faire de cet amour du livre mon métier. Mais voilà, je me sens submergé par des interrogations qui restent, hélas, sans réponses. J’ai l’espoir que vous pouvez éventuellement m’aider, me conseiller afin de me diriger sur le bon chemin. - J’aurais ainsi voulu, connaitre, quel est le meilleur moyen de devenir libraire ? Notamment en librairie spécialisé dans les livres d’occasions et de belles éditions. - Quelle formation plébisciter ? - Un rapport maître/élève est-il le plus souhaitable ? - Si oui, comment constituer et favoriser au mieux cette collaboration ? Tous vos conseils seront les bienvenus. La chance d’être débutant (au sens le plus noble du terme) est de pouvoir s’émerveiller et d’être studieusement à l’écoute de toutes sagesses. Je vous pris d’accepter, chaleureusement, mes salutations les plus distinguées. Continuez à distiller autant de passion et de ferveur à travers votre attachant blog."

M. H.

Je répondrai à M. H. en commentaire bientôt, mon ressenti, mon expérience personnelle, seuls éléments pour lesquels je suis apte à m'exprimer. En attendant je dois dire que parler ainsi de l'amour des livres à 20 ans ... c'est encourageant pour l'avenir ! La jeunesse est à nos portes, accueillons-là !

Si vous voulez répondre ou donner votre avis, commentez ou écrivez-moi par mail pour que je puisse transmettre.

Bonne journée,
Bertrand Bibliomane moderne

22 commentaires:

Textor a dit…

Bravo, C’est bien d’avoir de l’ambition ! Pierre Bérès (un libraire suédois) avait déjà ouvert sa librairie et organisait des ventes comme expert à votre âge.
J’espère que vous suivrez le même chemin !

Libraire en livres anciens est un métier merveilleux que nous rêvons tous de faire mais peu d’entre nous saute le pas.

Pour vous donner un avis externe (je ne suis pas libraire) Je pense qu’il faut une bonne formation aux affaires pour vendre au plus juste prix. (Par exemple HEC, ou un MBA) doublé d’une formation politique pour résister à la pression des clients (genre Science-Po–ENA). Bien sur si vous avez déjà de bonnes relations avec des banquiers cela peut aider, mais l’essentiel, c’est la passion. Sans passion, passez votre chemin, vous ne tiendrez pas un an.

Mais je laisse la parole au professionnels de la profession....

Textor

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

"Parti de rien pour arriver à pas grand chose mais en ayant tout mis en oeuvre pour le faire malgré tout et le mieux possible."

c'est un premier départ de réflexion qui me vient.

B.

Eric a dit…

Moi la première réflexion qui me vient c'est :
"Faites un stage longue durée non énuméré dans une célèbre librairie Bourguignonne. Votre masculinité est un sérieux handicap, mais Bertrand a ayant vraiment besoin de main d’œuvre, vous avez toutes vos chances.

Pour le reste, je développerai plus tard.
Eric

Textor a dit…

Bien sur il y a des exceptions, on connait tous l'histoire de ce vétérinaire qui s’est lancé dans la librairie après avoir absorbé par erreur 5 doses de Bovilis IBR.

T

calamar a dit…

une bonne méthode serait de faire un métier très lucratif quelques années, par exemple jusqu'au cinquantième anniversaire, puis d'ouvrir une librairie, débarrassé de préoccupations ennuyeuses telles que chiffre d'affaires, marge et autres hypothétiques bénéfices. Du coup, pas besoin non plus de connaissances dans le commerce...

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

du coup Calamar, même plus besoin d'aimer les livres non plus, car attendre 50 ans pour réaliser qu'on était passionné depuis l'âge de 20 ans (ce qui est le cas de notre interlocuteur) ... c'est long !

B.

Olivier a dit…

La première question qui me vient c'est "quel genre de libraire voulez-vous être?".
Car il en est de toutes les sortes (avec les parcours qui vont avec).
Ça n'existe pas une "physiologie du libraire" 19ème?
Olivier

Pierre a dit…

Pour répondre à Textor, je dois que préciser que ma reconversion tardive n'est pas due à l’absorption par erreur de 5 doses de Bovilis IBR mais est le résultat d'une malencontreuse chute de cheval ;-))

Plus sérieusement, je dirai que ce jeune homme a tout pour réussir car il a de l'audace. On peut aimer les livres anciens, être compétent et passionné mais ne rester qu'un lecteur. Être commerçant est tout autre chose ! Il faut aimer les gens... Pierre

Pierre a dit…

Je dirais (s) Pierre

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Une sérié de question me semble de rigueur :

Etes-vous curieux ? passionné ? Y-a-t-il un autre métier qui vous plairait plus ? Pourquoi aimez-vous les livres ? Aimez-vous l'argent ? Pensez-vous prendre votre retraite un jour ? Votre papa est-il libraire ? Voulez-vous commencer votre carrière en gagnant 5.000 euros par mois ? Bref ... toute une batterie de questions qui sont essentielles pour cerner le problème.

Personnellement je vous engage à ne miser que sur trois critères : la curiosité permanente en 1 - la passion constamment renouvelée et renouvelable en 2 - la constance ou l'inconstance permanente en 3.

Evidemment vous n'irez pas au Sofitel toutes les semaines ... mais le jeu en vaut la chandelle !

B.

Eric a dit…

Beaucoup de questions en effet, car la réponse est à la fois simple et compliquée.

Comment devenir libraire : c'est simple, on crée une entreprise (www.apce.com), on achète et on revend des livres. Et voilà, c'est tout.

Sinon, on peut travailler pour un libraire. Souvent celui-ci recherche un employé ayant une formation littéraire.
Il n'y a pas réellement de formation pour devenir libraire. Les formations existantes étant destiné soit à la librairie moderne soit à la conservation du patrimoine. Ceci dit après avoir l'ENA et HEC, un petit passage par l'Ecole nationnale de Chartes sera un plus indéniable.


Je pense tout de même qu'HEC est un frein. En effet dès l'étude de marché, vous fuirez vers d'autres cieux. Il sera beaucoup plus rentable d'aller travailler dans un secteur en croissance où à moins d'être franchement mauvais, quoique l'on décide et quoiqu'on fasse cela se passe bien.
Vous pourriez vous entêter, mais très vite vous serez confronté à la question du coût du stock.
La solution la plus simple pour le résoudre étant alors de créer une entreprise sans stock. Un intermédiaire genre commissaire priseur ou plus moderne comme Abebooks, Ebay, priceminister.
Sinon vous pouvez aussi vous lancer en tant qu'intermédiaire d'intermédiaire (Artprice, auction, ...).
Le problème c'est que plus vous intermédiez, moins vous voyez de livres.
A mon sens on s'éloigne beaucoup de la passion.

Ne vous posez pas tant de questions, lancez-vous ! Cela en vaut la peine.

Vous êtes riche pas de problème pour le stock.
Vous êtes pauvre, faites un mariage de raison avec une grande famille de libraire.

Sinon, comme tout le monde, vous vous débrouillez, il y a tant de possibilités.
En vrac :
- achetez des livres en manette puis revendez les sur ebay. Votre fond de roulement est limité à un mois. Par contre il faut ficher au km. Pas marrant.
- Faites courtier : plus besoin d'acheter les livres, vous vendez ceux de vos confrères. Attention, soyez bon (vendez) sinon soyez vraiment diplomate.
- Vendez des livres à petit prix. Le marché est ainsi fait qu'il y a plein de livres, pourtant d'un grand intérêt pour le bibliophile, de faible valeur. Largement de quoi se faire plaisir. Pour tout dire certainement plus que dans les autres domaines (conseil valable aussi pour le bibliophile à bourse plate).
-Faites de nombreux salons / Marchés
-Soyez compétent, ne perdez pas une occasion d'apprendre. J'étais sérieux sur le stage non rénumerré. Le SLAM donne une série de conférence, à Tours je crois. Le Gippe faisait des formations aussi. Allez visiter des librairies anciennes, les fonds anciens de bibliothèques. Lisez !

Eric

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Je pense qu'Eric a parfaitement résumé la situation.

Lancez-vous si vous en avez la passion !

Vous réfléchirez ensuite. Vous êtes jeune, sans doute encore non engagés par une famille ou des enfants qui, malgré tout, freinent les ardeurs les plus vigoureuses.

Tenez-nous au courant de l'avancée de vos projets. Si nous pouvons vous aider. N'hésitez pas.

Vous serez le bienvenu dans ma librairie-bibliothèque en Bourgogne.

B.

Textor a dit…

Oui, Eric a bien résumé. L’école nationale de Chartres, c’est une bonne idée, surtout s’il y a encore des filles à marier.

Sinon, pour les livres à petit prix, j’ai des doutes… vous avez vu le niveau du ROCE ? pitoyable ..

Léo Mabmacien a dit…

Eric a bien résumé la situation effectivement et Textor en a apporté une solution simple dans l'idée mais ardue dans sa réalisation ;-))

Léo

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

Par contre on vous invite fortement à faire HEC ou l'ENA car cela aide pour devenir plus tard un bibliophile tout à son aise pour acheter de beaux maroquins rutilants sans faire frémir maman.

B.

sebV a dit…

Aimer les livres c'est essentiel, mais aimer s'en séparer l'est tout autant. C'est la différence entre le bibliophile et le libraire.
Il faut aimer être le passeur, avoir le goût du service client, aimer sentir le marché...bref cultiver le commerçant en soi.
Libraire ça veut dire aussi être son propre patron avec plein d' avantages et mais aussi plein d'inconvénients il faut en être conscient.
Sur la formation je dirai que la passion et la curiosité sont des motivations qui peuvent suffire (un libraire est en formation continue à vie). Mais pourquoi pas faire des stages dans les différents corps de métier du marché (libraires, bouqui, salles de ventes, restaurateur)? Ça vous habituera à votre future rémunération ;)
Ensuite le point crucial c'est la constitution du stock de départ. Point sur lequel personnellement je me suis complètement planté en le sous estimant d'un facteur 3 à 5. Et c'est dur de remonter ça. Mais bon, quand on a pas fait de riches épousailles!

Alors oui vous tomberez sur nombre de vieux bougons qui vous diront que c'était mieux avant, qu'aujourd'hui on ne gagne plus sa croûte de basane. Mais tous auront l'oeil qui pétille en vous sortant un livre de derrière les fagots et c'est finalement là l'essentiel...

Bertrand Hugonnard-Roche a dit…

oui, le libraire est un passeur. Il doit savoir se détacher aussi vite qu'il s'attache. Cela me convient parfaitement ainsi et c'est sans doute pour cette raison que ma passion n'a pas pris une ride en 10 ans. Ce sont parfois les humains qui vont avec qui me font vieillir avant l'âge ... mais ça c'est aussi valable sans être libraire.

B.

Daniel a dit…

De là à dire qu'une librairie est une maison de passe, de passage, où de pas sage, il y a un pas de la porte que je ne franchirai pas ! Je vous invite également à venir faire un tour du coté de Lyon, venez visiter ma non librairie comme cela vous verrez tout ce qu'il ne faut pas faire pour survivre dans le métier ;-) Un impératif me vient à l'esprit ce matin, après une petite séance tri de cartons, à moins que vous ne vouliez vendre que des livres très haut de gamme, musclez vous le dos, et aidez vos amis à déménager, cela fera un bon début d'entrainement pour le métier...

Daniel B.

Le Chalet de l'Arête a dit…

Attention, faire d'une passion une profession (qui plus est mercantile) peut nuire à cette passion.

Par ailleurs, très étranges tous ces fantasmes autour des Ecoles et des diplômes quand on parle d'amour des livres et pour quelqu'un qui s'oriente vers des études de philo...

Anonyme a dit…

Bonjour à vous tous,

Tout d'abord je tiens à vous remercier chaleureusement d'avoir rependu, commenter en nombre sur ces interrogations. Je les lis avec considération.
Vos avis, vos conseils me permettent de mieux concevoir un horizon de travail.

Mon but premier sera de consolider mes connaissances sur les livres afin de pouvoir mieux les apprécier et les expertiser.

Assez rapidement mais de manière progressive j’essayerai, comme cela a été plusieurs fois et vivement conseillé, de constituer un stock à la fois diversifié et conséquent.

Pour me garantir une sécurité économique, j'ai dans l'optique d'effectuer un DUT information communication option métier du livre et du patrimoine, qui me semble être une bonne base pour trouver rapidement un emploi et ainsi financer de futurs projets mais également pour me donner la possibilité d'effectuer de nombreux stages ( 12 semaines de stage sur les 2 ans que compte le DUT ).

L'avenir est devant moi . A moi maintenant de me donner les moyens de réussir et de persévérer dans cet univers passionnant.

M.H.

Pauline a dit…

"Pour me garantir une sécurité économique, j'ai dans l'optique d'effectuer un DUT information communication option métier du livre et du patrimoine, qui me semble être une bonne base pour trouver rapidement un emploi et ainsi financer de futurs projets mais également pour me donner la possibilité d'effectuer de nombreux stages ( 12 semaines de stage sur les 2 ans que compte le DUT )."

...Sans vouloir être pessimiste, je ne suis pas certaine que ce genre de formation puisse mener à la librairie. J'ai moi-même un master dans le domaine, et il s'oriente d'avantage vers les professions des bibliothèques et des musées. Je pense que ce genre de cursus n'est pas inutile en ce qui concerne l'histoire et la description du livre, mais elle nous fait passer à côté de toutes les problématiques du métier de libraire (aspect financier, expertise, etc.).
Voilà mon avis. Mais il est peut-être possible de sortir de l'impasse ; j'en suis à mon septième mois en tant que stagiaire en librairie ancienne et moderne et j'essaye de ne pas perdre espoir.
Bon courage.

calamar a dit…

de toutes façons, il n'existe pas de formation au métier de (plus ou moins) petit commerçant.
La seule chose importante à garder à l'esprit, c'est que le chiffre d'affaires n'est pas le bénéfice... après, on se découvre la fibre commerçante, en exerçant. Mais c'est sans doute difficile de forcer sa nature.

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